Élections législatives burundaises de 2025

Élections législatives burundaises de 2025
100 des 111 sièges de l'Assemblée nationale
(majorité absolue : 51 sièges)
Corps électoral et résultats
Inscrits 6 013 498
Votants 5 859 238
98,88% en augmentation 11,6
Votes exprimés 5 945 869
Votes blancs 44 514
Votes nuls 42 117
Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie  Évariste Ndayishimiye
Voix 5 654 807
96,51%
en augmentation 25,5
Sièges obtenus 100 en augmentation 14
Union pour le progrès national  Olivier Nkurunziza
Voix 80 639
1,38%
en diminution 1,2
Sièges obtenus 0 en diminution 2
Congrès national pour la liberté  Nestor Girukwishaka
Voix 34 267
0,58%
en diminution 22,8
Sièges obtenus 0 en diminution 32
CENI

Les élections législatives burundaises de 2025 ont lieu le afin de renouveler les membres de l'Assemblée nationale du Burundi. Des élections municipales sont organisées simultanément.

Le scrutin est remporté sans surprise par le parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) qui réunit 96,51 % des suffrages et l'intégralité des sièges à pourvoir.

Contexte

Pierre Nkurunziza.

Le 9 juin 2020, le gouvernement annonce la mort de Pierre Nkurunziza, survenue le à l’hôpital du Cinquantenaire Natwe Turashoboye de Karuzi à la suite d'un « arrêt cardiaque » peu de temps avant la passation de pouvoir prévue pour le mois d'[1]. Le communiqué indique que cet arrêt cardiaque est consécutif à un malaise survenu le 6 juin[2]. Pourtant, la veille, des sources gouvernementales avaient démenti les rumeurs sur son état de santé[3], tandis que des sources le disaient lui-même atteint du coronavirus SARS-CoV-2[4], et dans un état grave[5]. Un deuil national de sept jours est décrété à partir du 9 juin[6]. Les circonstances du décès du président sortant amènent de nombreux observateurs à avancer l'hypothèse d'une contagion par le coronavirus, que le gouvernement chercherait à cacher en raison de sa négation de la pandémie au cours des mois précédents[7],[4]. Le 30 mai 2020, son épouse est évacuée vers le Kenya pour des raisons médicales, après avoir été infectée par le Covid-19[8],[9],[10].

Gouvernement et opposition sont en désaccord quant à la succession et à la suite des événements. Alors que le gouvernement planche sur une investiture anticipée de Ndayishimiye, l'opposition exige que le président de l'Assemblée nationale, Pascal Nyabenda, assure l'intérim et convoque un nouveau scrutin[11],[12]. Le 11 juin, du fait que le pays se trouve dans une situation de transition constitutionnelle, le gouvernement et les deux vice-présidents saisissent la Cour constitutionnelle pour constater la vacance présidentielle et indiquer la marche à suivre[13]. Dans les faits, un comité de crise, composé de généraux et de membres du parti au pouvoir[14], se réunit pour trancher la succession, entre une investiture rapide du président élu, un intérim jusqu'en août ou encore un intérim écourté[15]. Le Soir affirme qu'en réalité, le président de l'Assemblée nationale et le président élu ont également été contaminés par le coronavirus[16].

Le 12 juin, la Cour constitutionnelle du Burundi estime qu'une période d'intérim n'est pas nécessaire, et ordonne d'investir « le plus rapidement possible » Évariste Ndayishimiye. La décision est largement attribuée au comité de crise[17]. La vacance du pouvoir s'étend ainsi du 8 au 18 juin. La Cour constitutionnelle décide de ne pas recourir à une présidence par intérim du président de l'Assemblée, Pascal Nyabenda, comme pouvait le prévoir la Constitution, arguant de l'existence d'un président élu. La juridiction décide cependant d'avancer du 20 août au 18 juin la prise de fonction d'Évariste Ndayishimiye[18],[19].

Système électoral

Provinces du Burundi.

L'Assemblée nationale est la chambre basse du parlement bicaméral du Burundi. Elle est dotée d'un minimum de 100 sièges pourvus pour cinq ans au scrutin proportionnel dans 18 circonscriptions électorales plurinominales correspondant aux provinces du pays. La composition des listes est bloquée, avec pour trois noms successifs un maximum de deux hommes et de deux personnes du même groupe ethnique[20].

Les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt à tous les partis ayant franchi le seuil électoral de 2 % des suffrages exprimés. Un nombre variable de députés supplémentaires s'ajoute à ce total de telle sorte que la répartition finale des membres de l'assemblée corresponde à un ratio 60-40 entre Hutus et Tutsis, auquel s'ajoute un quota de 30 % de femmes[20],[21]. L'ensemble des membres cooptés sont choisis par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) parmi les candidats non élus figurant sur les listes des partis ayant remporté au moins un siège au scrutin direct, en concertation avec ces derniers.

Enfin, trois membres de l’ethnie Twa sont cooptés par la Céni sur la base de liste présentées par leurs organisations représentatives reconnues, en tenant compte du sexe et de la répartition géographique[20],[21].

Résultats

Résultats nationaux[22]
Parti Voix  % +/- Sièges +/-
Élus Cooptés Total
Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD–FDD) 5 654 807 96,51 en augmentation 25,53 100 8 108 en augmentation 22
Union pour le progrès national (UPRONA) 80 639 1,38 en diminution 1,16 0 0 0 en diminution 2
Congrès national pour la liberté (CNL) 34 267 0,58 en diminution 22,83 0 0 0 en diminution 32
Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) 22 299 0,38 Nv 0 0 0 en stagnation
Coalition Burundi Bwa Bose (BBB) 12 936 0,22 Nv 0 0 0 en stagnation
Fraternité des patriotes-Ineza (FPI) 3 974 0,08 Nv 0 0 0 en stagnation
Parti monarchiste parlementaire (PMP) 3 813 0,07 Nv 0 0 0 en stagnation
Alliance démocratique pour le renouveau (ADR-Imvugakuri) 3 283 0,06 Nv 0 0 0 en stagnation
Alliance pour la paix, la démocratie et la réconciliation (APDR) 2 996 0,05 en diminution 0,10 0 0 0 en stagnation
Union pour la paix et la démocratie (UPD-Zigamibanga) 2 858 0,05 en stagnation 0 0 0 en stagnation
Rassemblement national pour le changement (RANAC) 2 705 0,05 Nv 0 0 0 en stagnation
Parti libérateur du peuple Burundais (PALIPE-Agakiza) 1 880 0,03 Nv 0 0 0 en stagnation
Ralliement pour la démocratie et le développement économique et social (RADDES) 1 742 0,03 Nv 0 0 0 en stagnation
Forces nationales de libération (FNL) 1 362 0,02 en diminution 0,40 0 0 0 en stagnation
Rassemblement des démocrates pour le développement au Burundi (RADEBU) 1 083 0,02 Nv 0 0 0 en stagnation
Front populaire national-Imbonenza (FPN-Imbonenza) 783 0,01 en diminution 0,02 0 0 0 en stagnation
Parti pour la démocratie et la réconciliation (Sangwe-PADER) 439 0,01 en diminution 0,04 0 0 0 en stagnation
Alliance nationale pour le développement (AND-Intadohoka) 439 0,01 Nv 0 0 0 en stagnation
Parti libéral (PL) 354 0,01 Nv 0 0 0 en stagnation
Front de libération nationale (FROLINA) 186 0,00 Nv 0 0 0 en stagnation
Kaze-Forces pour la Défense de la Démocratie (Kaze-FDD) 181 0,00 Nv 0 0 0 en stagnation
Indépendants 26 212 0,45 en diminution 0,47 0 0 0 en stagnation
Sièges réservés aux Twas 3 3 en stagnation
Suffrages exprimés 5 859 238 98,54
Votes blancs 44 514 0,75
Votes nuls 42 117 0,71
Total 5 945 869 100 100 11 111 en diminution 12
Abstentions 67 629 1,12
Inscrits / participation 6 013 498 98,88

Analyse et conséquences

Human Rights Watch dénonce « du harcèlement, des passages à tabac, mais aussi des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des meurtres » à l'encontre des membres de l'opposition, ainsi qu'un gouvernement qui ne tolère aucune opposition réelle[23].

Les résultats provisoires rendus publics le voient la victoire du Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), qui réunit 96 % des voix. Olivier Nkurunziza, secrétaire général de l'Union pour le progrès national (UPRONA)  arrivé en deuxième position avec 1,3 %  rejette les résultats, qu'il dénonce en les qualifiant de « fantaisistes » et le scrutin de « truqué ». Les autres partis dénoncent de graves irrégularités et la volonté d'instaurer un parti unique au Burundi[24]. Le , la Cour constitutionnelle valide les résultats du scrutin et rejette les recours formés par l'opposition[25].

Notes et références

  1. « Burundi: décès du président Pierre Nkurunziza »
  2. « Burundi : le président Pierre Nkurunziza est mort », sur TV5MONDE, (consulté le ).
  3. « Burundi: décès du président Pierre Nkurunziza », sur rfi.fr, Radio France internationale, (consulté le ).
  4. 1 2 Maria Malagardis, « Burundi : mort de Pierre Nkurunziza, chef rebelle devenu despote », sur liberation.fr, (consulté le )
  5. Colette Braeckman, « Le président sortant du Burundi Nkurunziza serait dans un état grave », sur Le Soir, (consulté le ).
  6. « Pierre Nkurunziza, le président du Burundi, est mort », Le Monde, 9 juin 2020.
  7. « Burundi : après la mort du président Nkurunziza, les Burundais entre stupeur et inquiétude », sur france24.com, (consulté le )
  8. http://www.slateafrique.com/auteur/104480, « Après la mort du président Nkurunziza, le Burundi en quête d'une transition », sur Slate Afrique (consulté le ).
  9. « Burundi : la première dame a-t-elle été évacuée pour se faire soigner du coronavirus ? », sur JeuneAfrique.com, jeuneafrique1, (consulté le ).
  10. « Burundi: la Première dame Denise Nkurunziza hospitalisée au Kenya », RFI, .
  11. « Burundi: après la mort du président, désaccord entre pouvoir et opposition sur la succession », sur RFI, RFI, (consulté le ).
  12. « Mort de Pierre Nkurunziza: quelles conséquences pour le Burundi? », sur rfi.fr, Radio France internationale, (consulté le ).
  13. « Burundi : Qui succédera à Nkurunziza? A la Cour constitutionnelle de le dire — La Libre Afrique », sur La Libre Afrique, lalibreafrique, (consulté le ).
  14. « Burundi: réunion extraordinaire du conseil des ministres après le décès du président », sur Le Figaro.fr, lefigaro, (ISSN 0182-5852, consulté le ).
  15. AFP/VOA, « Le gouvernement burundais se tourne vers la Cour constitutionnelle pour la transition », sur VOA, VOAAfrique (consulté le ).
  16. Colette Braeckman, « Burundi: le Covid-19 décapite la classe dirigeante et plonge le pays dans l’angoisse », sur Le Soir Plus, (consulté le ).
  17. « Burundi : la Cour constitutionnelle ordonne l'investiture d'Évariste Ndayishimiye au plus vite », sur france24.com, (consulté le )
  18. FRANCE24, « Burundi : la Cour constitutionnelle ordonne l'investiture d'Évariste Ndayishimiye au plus vite », sur France 24, FRANCE24, (consulté le ).
  19. « Burundi: la Cour constitutionnelle ordonne l'intronisation du président élu », sur RFI, RFI, (consulté le ).
  20. 1 2 3 Inter-Parliamentary Union, « IPU PARLINE database: BURUNDI (Inama Nshingamateka), Texte intégral », sur archive.ipu.org (consulté le ).
  21. 1 2 « Loi électorale », sur www.droit-afrique.com (consulté le ).
  22. Commission électorale nationale indépendante, « Synthèse des résultats provisoires de l'élection des députés au niveau national (intérieur+diaspora) » [PDF] (consulté le ).
  23. « Législatives au Burundi: le parti au pouvoir rafle la totalité des sièges en jeu à l'Assemblée », Radio France internationale, 12 juin 2025
  24. « Législatives au Burundi: le parti au pouvoir rafle la totalité des sièges en jeu à l'Assemblée », sur rfi.fr, Radio France international, (consulté le ).
  25. David Yemba, « Burundi – Validation des législatives : la Cour constitutionnelle confirme les résultats, l'opposition conteste », sur sosmediasburundi.org, SOS Médias Burundi, (consulté le ).
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