Étatisme corporatif

L’étatisme corporatif, ou corporatisme d’État, désigné sous le terme de corporativisme par les tenants du fascisme, constitue une conception politique et une forme spécifique de corporatisme. Selon cette doctrine, la société et l’État devraient reposer sur des groupements d’intérêts professionnels ou économiques. En vertu de ce principe, l’État impose à tous les citoyens l’appartenance obligatoire à l’un des multiples corps d’intérêt officiellement reconnus, le plus souvent organisés par secteurs d’activité. Ces corps, jouissant d’un statut public, exercent un pouvoir étendu sur leurs membres et sont investis, soit directement, soit par leurs délégués, de la faculté de participer à l’élaboration des politiques publiques au niveau national, du moins sur le plan formel[1].

L'étatisme d'entreprise a connu des applications historiques dans plusieurs sociétés. Parmi celles-ci figurent le modèle théorique proposé par Othmar Spann en Autriche, ainsi que sa mise en pratique sous le régime de Benito Mussolini en Italie (1922-1943). D'autres exemples incluent l'Estado Novo instauré par António de Oliveira Salazar au Portugal (1933-1974)[2] et l'organisation politique de l'État fédéral autrichien durant l'entre-deux-guerres. Après la Seconde Guerre mondiale, cette forme d'interventionnisme économique a contribué à l'essor accéléré de certaines nations, notamment la Corée du Sud et le Japon, où il influença notablement leur développement industriel et commercial.

L’étatisme d’entreprise se manifeste principalement par l’intervention d’un parti au pouvoir qui joue le rôle d’arbitre entre les ouvriers, les capitalistes et les autres intérêts majeurs de l’État, en les intégrant institutionnellement au sein des instances gouvernementales. Ce mode d’organisation, souvent qualifié de corporatiste, connut son apogée en Europe au cours de la première moitié du XXᵉ siècle, avant de se diffuser dans divers États en voie de développement. L’une des critiques majeures adressées à ce système tient à la multiplicité et à la diversité des intérêts sociaux et économiques, que l’État se trouve dès lors dans l’incapacité de définir ou d’ordonner de manière efficiente par le biais de cette intégration institutionnelle. L’étatisme d’entreprise se distingue du nationalisme d’entreprise, en ce qu’il constitue une forme d’organisation sociale et politique, et non une stratégie d’affirmation économique nationale reposant sur l’action de sociétés commerciales privées. La question demeure sujette à controverse dans plusieurs nations, parmi lesquelles la Corée du Sud, le Japon et le Portugal.

Voir aussi

  • Chaebol — un type de très grand conglomérat commercial sud-coréen
  • Corporatocratie — un gouvernement dominé par les intérêts commerciaux, souvent confondu avec le corporatisme
  • Miracle de l'Asie de l'Est — une transformation économique dans les pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est
  • Fascisme — une idéologie politique qui inclut l'étatisme d'entreprise comme composante
  • Miracle sur le fleuve Han — une transformation économique en Corée du Sud
  • Folkhemmet — Nom donné à la variante suédoise du corporatisme, parfois appelée corporatisme social
  • Capitalisme d'État est une forme économique dans laquelle les entreprises contrôlées par l'État dominent l'économie et opèrent à but lucratif.
  • Zaibatsu — un type de très grand conglomérat commercial japonais
  • Keiretsu – Type de conglomérat au Japon

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Corporate statism » (voir la liste des auteurs).
  1. Abrahamian, DeBardeleben, DeSipio, Grindle, Kew and Lewis et Ross, Introduction to Comparative Politics, Boston, MA, Wadsworth Cengage Learning, p. 474
  2. International Encyclopedia of Political Science, SAGE Publications, (réimpr. 2011) (ISBN 9781483305394, lire en ligne [Morlino archive]) :
    « ... fascist Italy ... developed a state structure known as the corporate state with the ruling party acting as a mediator between 'corporations' making up the body of the nation. Similar designs were quite popular elsewhere in the 1930s. The most prominent examples were Estado Novo in Portugal (1932–1968) and Brazil (1937–1945), the Austrian Standestaat (1933–1938), and authoritarian experiments in Estonia, Romania, and some other countries of East and East-Central Europe, »
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