Évêque errant

Le terme « évêque errant » (du latin : episcopus vagans, traduit du grec χωρεπισϰόπος - chorévêque) désigne un certain nombre de personnes ayant reçu la consécration épiscopale, mais qui ne sont pas en communion avec l'Église catholique, une Église orthodoxe canonique, ou une Église protestante établie (Église d'Angleterre, Église de Suède).

Cela concerne, par exemple, des évêques se réclamant de l'Église catholique, mais qui ne sont pas en communion avec le Saint-Siège, et s'affirmant « Vieux-Catholiques », voire « Vieux-Catholique romain » sans être en communion avec l’Église Vieille-Catholique de l'Union d'Utrecht. Beaucoup d'autres évêques vagabonds (Episcopi vagantes) ont, eux, préféré rejoindre (ou même fonder) des Églises éloignées de Rome, faisant valoir la validité de leur sacrement.

Le point de vue catholique

L'Église catholique accorde la primauté du sacrement sur la communauté et considère qu'une consécration épiscopale suivant un rite canonique et par un évêque ordonné canoniquement est valide mais illicite. Pour elle, une personne canoniquement consacrée évêque le reste toute sa vie, même si elle n'est plus en communion avec le pape.

En effet, un catholique romain ou oriental ordonné à l'épiscopat sans mandat du pape est automatiquement excommunié et est donc interdit de célébrer les sacrements en vertu du droit canonique[1],[2].

Cependant, en vertu du caractère sacramentel de l'épiscopat et du principe ex opere operato de par l’action opérée »), selon lequel l'efficacité d'un sacrement ne dépend pas des mérites de la personne qui accomplit ou qui reçoit le sacrement, cette ordination est considérée comme valide mais illicite. Cette doctrine, qui relève de la théologie sacramentelle, affirme que l’efficacité spirituelle d'un sacrement découle de son action même. La grâce divine particulière donnée par un sacrement, et en particulier la présence de l’Esprit-Saint, agissent de façon indépendante.

Cette doctrine est formulée dans le Catéchisme de l’Église catholique (no 1128) :

« C’est là le sens de l’affirmation de l’Église (cf. Concile de Trente : Denzinger 1608) : les sacrements agissent ex opere operato (littéralement: « par le fait même que l’action est accomplie »), c’est-à-dire en vertu de l’œuvre salvifique du Christ, accomplie une fois pour toutes. Il s’ensuit que « le sacrement n’est pas réalisé par la justice de l’homme qui le donne ou le reçoit, mais par la puissance de Dieu » (St Thomas d’Aquin). Dès lors qu’un sacrement est célébré conformément à l’intention de l’Église, la puissance du Christ et de son Esprit agit en lui et par lui, indépendamment de la sainteté personnelle du ministre. Cependant, les fruits des sacrements dépendent aussi des dispositions de celui qui les reçoit. »

Cela signifie que, bien qu'excommunié et interdit d'exercer tout ministère sous l'autorité de l'Église catholique, un évêque ainsi ordonné est considéré comme ayant les pleins pouvoirs sacramentels d'un évêque, y compris celui d'ordonner d'autres évêques[3].

Le point de vue orthodoxe

Les Églises orthodoxes accordent la primauté à la communauté sur le sacrement, la consécration épiscopale ne peut avoir lieu qu'au sein d'une véritable communauté, une personne ne peut donc être évêque seule.

Aujourd'hui

Il existe à l'heure actuelle un certain nombre de personnes ayant été consacrées à l'épiscopat et animant des groupes religieux dans la succession apostolique de telle ou telle Église. Beaucoup de ces évêques affirment descendre des sacres d'Arnold Harris Matthew de l'Église vieille-catholique romaine ou de ceux de Joseph-René Vilatte et de l'archevêque catholique vietnamien Pierre Martin Ngo Dinh Thuc.

Notes et références

  1. Code de droit canonique (lire en ligne), can. 1387.
  2. Code de droit canonique (lire en ligne), can. 1331 §1.
  3. (en) Ludwig Ott, Fundamentals of Catholic Dogma, , p. 456 :
    « Every validly consecrated bishop, including heretical, schismatic, simonistic, or excommunicated bishops, can validly dispense the Sacrament of Order, provided that he has the requisite intention, and follows the essential external rite (set. Certa). Cf. D 855, 860; CIC 2372. »

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Bernard Vignot, Les Églises parallèles, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Bref », , 125 p. (ISBN 2-7621-1781-X)
  • Bernard Vignot, Le Phénomène des Églises parallèles, Paris, Éditions du Cerf, coll. « L'Histoire à vif », , 127 p. (ISBN 978-2-204-08801-5)
  • Frédéric Luz, Le Soufre et l'Encens : enquête sur les Églises parallèles et les évêques dissidents, Paris, Claire Vigne, coll. « La Place royale », 1995, 319 + XVI p.   (ISBN 2-84193-021-1), (BNF 36687158).
  • (en) John P. Plummer et John R. Mabry, Who Are the Independent Catholics ?, Berkeley, Apocryphile Press, , 100 p. (ISBN 978-1-933993-00-3)
  • (en) John P. Plummer, The Many Paths of the Independent Sacramental Movement, Berkeley, Apocryphile Press, , 236 p. (ISBN 978-0-9771461-2-3)
  • (en) Alistair Bate, A Strange Vocation : Independent Bishops Tell Their Stories, Berkeley, Apocryphile Press, , 214 p. (ISBN 978-1-933993-75-1)
  • (en) Henry R.T. Brandreth, Episcopi Vagantes And the Anglican Church, Berkeley, Apocryphile Press, (1re éd. 1961), 108 p. (ISBN 0-9771461-7-0)
  • (en) Peter F. Anson, Bishops at Large, Berkeley, Apocryphile Press, (1re éd. 1964), 628 p. (ISBN 978-0-9771461-9-2)
  • (en) Gary L. Ward, Bertil Person et Alan Bain, Independent bishops : an international directory, Détroit, Apogee Books, , xix - 524 (ISBN 1-55888-307-X)
  • (en) Karl Pruter, Bishops extraordinary, San Bernardino, Borgo Press, , 58 p. (ISBN 0-89370-544-6)
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