Alpes maritimes (province romaine)
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Les Alpes maritimes (en latin classique : Alpes Maritimæ) étaient une province de l’Empire romain. Elles englobaient les vallées de la Vésubie, la Tinée, le Var jusqu'à la mer, et la partie haute du Verdon, comprenant une partie des trois départements actuels des Alpes-Maritimes, des Alpes-de-Haute-Provence et, plus tard, des Hautes-Alpes.
Elles font partie des quatre provinces alpines, à cheval sur les crêtes et soumises en dernier, après les Alpes Cisaplines et les territoires des Voconces et des Allobroges[1].
Histoire
Haut-Empire
Sous le principat d'Auguste, les Romains conquièrent les territoires des Alpes Maritimae en une seule saison de combats, au cours de l'été 14 av. J.-C.[2]. Les territoires conquis sont constitués en praefectura (« préfecture ») placée sous la responsabilité d'un praefectus (« préfet ») de l'ordre équestre[3] et dont relèvent des cohortes auxiliaires stationnées à Cemenelum (« Cimiez »)[4]. Le seul préfet connu est C. Baebius Atticus[4].
Sous le règne de Claude (41-54 ap. J.-C.), Cemenelum est la seule communauté à obtenir le droit latin, témoignage d'une intégration rapide au monde romain[5].
En 63 ap. J.-C., sous Néron (54-68 ap. J.-C.), la préfecture est élevée au rang de province impériale (en latin classique : provincia Alpium Maritimarum) et obtient le droit latin. Elles est gouvernée par un procurateur choisi dans l’ordre équestre par l’empereur. Sa capitale était Cemenelum (aujourd’hui Cimiez, un quartier de Nice)[6].
Conséquence de la mort de Cottius II cette même année, les Alpes cottiennes perdent les peuples au sud de la Durance. Les territoires des Vesubiani, des Veamini et des Ecdinii sont intégrés dans les Alpes Maritimes[7].
À sa création, la province se compose de six civitates (« cités ») : Cemenelum (Cimiez), Vintium (Vence), Glanate ( Glandèves, près d'Entrevaux), Brigantio (Briançonnet), Salinae (Castellane) et Sanitium (Senez)[8]. Nice, qui relevait jusque là de Marseille, a été rattachée au IIIe siècle à la province des Alpes Maritimæ[9].
Lors de troubles de 69, qui accompagnent la guerre civile entre les partisans de Vitellius et de l'empereur Othon, la province fut le théâtre de combats qui nous sont connus par Tacite et dont il a peut-être été retrouvé certaines traces archéologiques[10]. Digne et les Bodiontici sont intégrés à la Narbonnaise. Ils réintegrent les Alpes Maritimes probablement sous le reigne d'Hadrien (117-138 ap. J.-C.)[6].
Avant la fin de IIe siècle, le territoire des Alpes maritimes est accru, en direction du nord, par l'intégration, dans la province, d'une part, de Dinia (« Digne-les-Bains ») qui relevait antérieurement de la province de Narbonnaise[11] et, d'autre part, de Caturigomagus (« Chorges »), d'Eburodunum (« Embrun ») et de Rigomagus (« Faucon-de-Barcelonnette ») qui relevaient antérieurement de province des Alpes cottiennes[12].
Bas-Empire
Sous Septime Sévère (193-211 ap. J.-C.), les Alpes Maritimes et les Alpes Cottiennes sont gouvernées par un même « praeses » : procurator Augustorum nostrorum item praeses Alpium Cottiarum et Maritimarum. Cette decision permet à l'empereur de securiser le passage des Alpes, mettant un homme de confiance aux commandes[13].
Sous Dioclétien (284-305), les Alpes Maritimæ les Alpes Maritimæ s’agrandissent vers le nord jusqu’à la Durance et le col de Montgenèvre. Elles intègrent le diocèse de Vienne (diœcesis Viennensis), partie de la préfecture des Gaules et prennent Eburodunum (Embrun) comme capitale. Caturigomagus (Chorges) perd son rang de cité et son territoire est intégré dans celui d'Eburodunum[14].
Au plus tard au début du Ve siècle , Embrun est élevé au rang de métropole la province[14].
Dans la première moitié Ve siècle, Eturamina (Thorame-Haute) obtient le statut de cité et le rang d'évêché[14].
Géographie

Au Haut-Empire, les quatre provinces romaines des Alpes correspondent aux voies d'accès à la Gaule[15]:
- Alpes Penines pour l'Alpis Pœnina par le col du Grand-Saint-Bernard,
- Alpes Grées pour l'Alpis Graia par le col du Petit-Saint-Bernard,
- Alpes Cottiennes pour la Voie Domitienne par le col de Montgenèvre,
- Alpes Maritimes pour la Via Julia Augusta.
Les voies romaines
La Via Julia Augusta relie la Via Aurelia à la Voie Domitienne, permettant de rejoindre l'Hispanie par le sud de la Gaule.
Liste des villes antiques de la province romaine des Alpes maritimes
- Cemenelum (en grec ancien : Κεμενέλιον ; aujourd’hui : Cimiez)
- Nicaea (en grec ancien : Νίκαια ; aujourd’hui : Nice)
- Antipolis (en grec ancien : Ἀντίπολις ; aujourd’hui : Antibes)
- Portus Herculis Monoeci (Monaco)
- Salinae (aujourd’hui : Castellane)
- Sanitium (en grec ancien : Σανίτιον[16] ; aujourd’hui : Senez)
- Vintium (en grec ancien : Οὐίντιον ; aujourd’hui : Vence)
À partir de 297 :
- Brigantio[17] (aujourd'hui : Briançonnet ; antérieurement, jusqu'au XVIIe siècle : Briançon)[17]
- Caturigomagus[11] (aujourd'hui : Chorges)[11]
- Dinia[11] (aujourd'hui, Digne-les-Bains ; antérieurement, jusqu'en : Digne)[11]
- Eburodunum[11] (en grec ancien : Ἐβρόδουνον ; aujourd'hui : Embrun)[11]
- Rigomagus[14] (aujourd'hui : Faucon-de-Barcelonnette)[14]
À partir de la première moitié du Ve siècle :
- Eturamina[14] (aujourd'hui : Thorame-Haute)[14] : localité secondaire de la haute vallée du Verdon qui obtient, dans la première moitié du Ve siècle, le statut de cité et le rang d'évêché[14].
Notes et références
- ↑ Ségard 2009, p. 18.
- ↑ Morabito 2010b, no 1.
- ↑ Morabito 2010b, no 2.
- 1 2 Morabito 2010b, no 4.
- ↑ Morabito 2010b, no 6.
- 1 2 Ségard 2009, p. 74.
- ↑ Morabito 2010b, no 18.
- ↑ Morabito 2010b, résumé.
- ↑ Jean-Loup Fontana, "Nice et le comté, une histoire multimillénaire", éditions "Mémoires millénaires", 2018, (ISBN 978-2-919056-65-1)
- ↑ Pascal Arnaud, « Événement et fait archéologique : les événements de 69 et leur impact sur les Alpes-Maritimes », Cahiers de la Méditerranée, 62, 2001, Lire en ligne
- 1 2 3 4 5 6 7 Morabito 2015, p. 114, col. 2.
- ↑ Morabito 2015, p. 114, col. 2, et p. 115, col. 1.
- ↑ Morabito 2010b, no 35.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Morabito 2015, p. 115, col. 1.
- ↑ Lefebvre 2011, p. 108-115.
- ↑ Ptolémée, 3.1.43.
- 1 2 Barruol 2004a, § 1, p. 375, col. 1.
Annexes
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- [Ferdière 2004] Alain Ferdière (dir.), Capitales éphémères : des capitales de cités perdent leur statut dans l'Antiquité tardive, Tours, FÉRACF, coll. « Revue archéologique du Centre de la France / supplément » (no 25), , 1re éd., 508 p., 21 × 27 cm (ISBN 2-913272-10-X, EAN 9782913272101, OCLC 496593099, BNF 39202388, S2CID 163000078, SUDOC 079474292, lire en ligne
[PDF]) :
- [Barruol 2004a] Guy Barruol, « Briançonnet / Brigantio (Alpes-Maritimes) », dans op. cit., 2de partie (« Atlas »), notices, p. 375-376 (lire en ligne
[PDF]) ; - [Barruol 2004b] Guy Barruol, « Castellane / Salinae (Alpes-de-Haute-Provence) », dans op. cit., 2de partie (« Atlas »), notices, p. 393-395 (lire en ligne
[PDF]) ; - [Barruol 2004c] Guy Barruol, « Chorges / Caturigomagus (Hautes-Alpes) », dans op. cit., 2de partie (« Atlas »), notices, p. 403-404 (lire en ligne
[PDF]) ; - [Barruol 2004d] Guy Barruol, « Faucon-de-Barcelonnette / Rigomagus (Alpes-de-Haute-Provence) », dans op. cit., 2de partie (« Atlas »), notices, p. 419-421 (lire en ligne
[PDF]) ; - [Barruol 2004e] Guy Barruol, « Glandève / Glanate (Alpes-de-Haute-Provence) », dans op. cit., 2de partie (« Atlas »), notices, p. 429-430 (lire en ligne
[PDF]) ; - [Jannet-Vallat 2004] Monique Jannet-Vallat, « Cimiez / Cemelenum (Alpes-Maritimes) », dans op. cit., 2de partie (« Atlas »), notices, p. 405-410 (lire en ligne
[PDF]).
- [Barruol 2004a] Guy Barruol, « Briançonnet / Brigantio (Alpes-Maritimes) », dans op. cit., 2de partie (« Atlas »), notices, p. 375-376 (lire en ligne
- [Morabito 2010a] Stéphane Morabito, « En marge de la province de Narbonnaise : les inscriptions latines des Alpes maritimae », Revue archéologique de Narbonnaise, t. 43, , p. 85-91 (OCLC 7347029342, DOI 10.3406/ran.2010.1800, S2CID 194022104, lire en ligne
[PDF]). - [Morabito 2010b] Stéphane Morabito, « Entre Narbonnaise et Italie : le territoire de la province des Alpes Maritimae pendant l'Antiquité romaine (Ier s. av. J.-C. – Ve s. apr. J.-C.) », Gallia, vol. 67, no 2, , p. 99-124 (OCLC 10275746229, DOI 10.4000/11rg4, JSTOR 43608132, HAL hal-01931070, S2CID 190317722, résumé, lire en ligne
).
- [Morabito 2015] Stéphane Morabito, « Signa et tituli dans les Alpes maritimae : l'exemple des stèles funéraires en forme de porte », dans Sandrine Agusta-Boularot et Emmanuelle Rosso (éd.), Signa et tituli : monuments et espaces de représentation en Gaule méridionale sous le regard croisé de la sculpture et de l'épigraphie, Arles et Aix-en-Provence, Errance et Centre Camille-Jullian, coll. « Bibliothèque d'archéologie méditerranéenne et africaine » (no 18), , 1re éd., 239 p., 22 × 28 cm (ISBN 978-2-87772-588-0, EAN 9782877725880, OCLC 906300575, BNF 44299210, DOI 10.4000/books.pccj.2288, HAL halshs-02122783, S2CID 194335370, SUDOC 184323886, présentation en ligne), 2e partie (« Espaces et monuments funéraires »), chap. 1er, p. 113-121.
- Maxime Ségard, Les Alpes occidentales romaines, , 288 p. (ISBN 978-2-87772-387-9, lire en ligne)
- Sabine Lefebvre, L'administration de l'Empire romain d'Auguste à Dioclétien, Paris, Armand Collin, coll. « Cursus Histoire », , 222 p. (ISBN 978-2-200-35575-3)
Articles connexes
- Notitia dignitatum, Liste des diocèses de l'Empire romain tardif, Liste des provinces du Bas-Empire
- Cemenelum, Cimiez (quartier de Nice)
- Via Julia Augusta
- Gouverneur romain
- Histoire des Alpes-Maritimes
- Alpes cottiennes (province romaine)
- Alpes grées (province romaine)
- Alpes poenines (province romaine)
Liens externes
- (en) Herbert Graßl, « Alpes Maritimae »
, Brill's New Pauly, Leyde, Brill, (OCLC 10218600013, DOI 10.1163/1574-9347_bnp_e116390). - (en) Oliver Nicholson, « Alpes Cottiae, Alpes Maritimae, and Alpes Graiae et Poeninae »
, Oxford Reference, Oxford, OUP, (OCLC 7352761672).
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