Anastase-Marie al-Karmali

Anastase-Marie al-Karmali
Biographie
Naissance
Décès
(à 80 ans)
Bagdad
Nom dans la langue maternelle
أنستاس ماري الكرملي
Nom de naissance
بطرس بن ميكائيل (أو ميخائيل) عواد الماريني
Nationalités
Activités
Autres informations
Nom en religion
Anastase-Marie
Ordre religieux
Membre de
Titre honorifique
Révérend Père (d)
Œuvres principales
Al-Musa'id (d)

Butrus Mikha'il 'Awwad al-Marini (en arabe : بطرس ميخائيل عواد الماريني[1],[2] / Buṭrus Mīkhāʼīl ʻAwwād al-Mārīnī;[note 1] 5 août 1866[5],[2] – 7 janvier 1947), plus connu comme Anastase-Marie al-Karmali[6] (en arabe : أنستاس ماري الكرملي / Anastās Mārī al-Karmalī, litt. « Anastase-Marie le carme ») ou par son nom religieux d'origine, Anastase-Marie de Saint Élie[note 2][8], était un prêtre catholique et carme déchaux irakien[4] d'origine libanaise et irakienne, surtout connu pour ses contributions en lexicologie et lexicographie arabes[9] et en philologie arabe[10] ainsi que pour avoir édité le Lughat al-Arab (en arabe : لغة العرب / Lughat al-ʻArab, litt. « La Langue des Arabes »), une revue « littéraire, scientifique, historique » publié de 1911 à 1914 et de 1926 à 1931. Il était aussi un membre fondateur de l'Académie de langue arabe du Caire. Parmi ses œuvres les plus célèbres figure un dictionnaire inachevé, Al-Musa'id (en arabe : المساعد / Al-Musāʻid, litt. « L'Assistant »), dont deux tomes ont été publiés posthumément. Il est considéré comme ayant été l'« un des artisans de la Nahda »[11] (la renaissance arabe de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle).

Biographie

Origines et études

Le père de Butrus, Mikha'il al-Marini, fils de 'Awwad al-Marini, était originaire de Bhersaf (au Liban actuel), et émigra à Bagdad (en Irak actuel) pour travailler comme interprète[2],[12]. À Bagdad, Mikha'il épousa la mère de Butrus, une Irakienne nommée Maryam Jubran, fille du chaldéen Augustin Jubran originaire de Bagdad, descendant d'une vieille famille chrétienne irakienne[2]. Butrus naquit à Bagdad[10],[5],[12], et était le quatrième fils de Mikha'il et de Maryam[2].

Butrus reçut son enseignement primaire à la Madrasat al-Ābāʼ al-Karmalīyīn (l'école des pères carmes) à Bagdad. Il reçut son enseignement secondaire à la Madrasat al-Ittifāq al-Kāthūlīkī, aussi à Bagdad.[13] Alors qu'il était encore un élève, à l'âge de 12 ans, il montrait tant d'aptitude en arabe qu'il commença à donner des cours particuliers.[13] Au terme de son enseignement secondaire, en 1882, âgé de 15[5],[13] il fut nommé enseignant d'arabe à la résidence carmélitaine de Basra par le supérieur de la mission carmélitaine.[13] Vers cette époque, les articles d'al-Marini commençèrent d'être publiés par le périodique beyrouthin jésuite Al-Bashir.[13]

Le décès en 1883 de Butrus al-Bustani, auteur du dictionnaire arabe Muhit al-Muhit, inspira à al-Marini de commmencer à écrire son propre dictionnaire arabe[14], qui demeurerait cependant inachevé à sa mort. Al-Marini intitula d'abord son projet de dictionnaire Dhayl Lisan al-'Arab (en arabe : ذيل لسان العرب / Dhayl Lisān al-ʻArab, litt. « La Queue du Lisân al-'Arab ») avant de choisir le titre Al-Musa'id (en arabe : المساعد / Al-Musāʻid, litt. « L'Assistant »)[14].

En 1886, al-Marini se rendit au Collège des pères jésuites de Beyrouth (Kullīyat al-Ābāʼ al-Yasūʻīyīn fī Bayrūt) pour étudier l'arabe, le latin, le grec et la littérature française[15],[13] Le 5 mai 1888, il entra au monastère carmélitain de Chèvremont, près de Liège, en Belgique.[13] Il alla ensuite à Montpellier, en France, pour étudier la philosophie et la théologie.[13] Il fit sa profession simple en juin 1889 et sa profession solennelle en 1892.[13] Il fut ordonné prêtre le 22 octobre 1894,[13] et prit le nom Anastase-Marie de Saint Élie.[13] Il deviendrait connu en arabe comme « al-Karmali », signifiant « le carme ».

Premières années en tant que prêtre

Dans la période qui suivit son ordination, al-Karmali visita l'Espagne avant de rentrer à Bagdad.[13] Ses articles furent publiés dans les périodiqqes d'Irak, de Syrie et d'Égypte. Certains de ces articles portaient sur les différentes communautés de l'Irak. En 1900 et en 1901, al-Karmali publia deux articles au sujet des Mandéens,[note 3] une communauté avec laquelle il devriendrait profondément impliqué.[16] Cependant, sa description du peuple shabak dans un article des 1902[note 4] a été la source de beaucoup d'incompréhension et d'une littérature secondaire biaisée.[6]

En juin 1908, il fut demandé à al-Karmali d'escorter Louis Massignon de Bagdad à Beyrouth après la captivité de Massignon. Al-Karmali l'accompagna finalement jusqu'en Bretagne, où il rencontra les parents de Massignon, avant de rentrer à Bagdad. Al-Karmali et Louis Massignon entretiendraient une correspondance jusqu'en 1936[17].

En 1911, al-Karmali fut impliqué dans les débats qui suivirent les découvertes (y compris sa prorpre découverte) de faux manuscrits des livres sacrés yazidis.[note 5]

Également en 1911, al-Karmali founda Lughat al-Arab La Langue des Arabes »), « revue mensuelle littéraire, scientifique, historique » (en arabe : مجلة شهرية أدبية علمية تاريخية / majallah shahrīyah adabīyah ʻilmīyah tārīkhīyah)[19]. La publication de la revue serait interrompue par la Première Guerre mondiale, avant de se poursuivre pendant six années supplémentaires entre 1926 et 1931. La découverte du texte perdu du premier dictionnaire arabe, le Kitab al-'Ayn, fut annoncée en 1914 dans cette revue.[20]

La Première Guerre mondiale et les années suivantes

En 1914, alors que la Première Guerre mondiale avait commencé, les Ottomans accusèrent al-Karmali d'être un espion et l'exilèrent à Kayseri en Anatolie centrale,[13] où il fut retenue jusqu'en 1916.[13] À sa libération, al-Karmali rentra à Bagdad en juillet 1916. Pendant son absence, sa bibliothèque avait été détruite en grande part.[13] Al-Karmali rebâtirait cependant sa collection, qui compterait 15 000 volumes and 2 500 manuscrits au milieu des années 1930.[13]

Dans les années 1930, al-Karmali joua un rôle dans la défense de la communauté mandéenne contre des accusations d'astrolâtrie, en prenant part au procès intenté par le grand prêtre mandéen Dakhil Aidan contre l'historien irakien 'Abd al-Razzaq al-Hasani.[note 6]

Photographie des membres de l'Académie de langue arabe du Caire durant sa première session. Al-Karmali se tient à l'arrière.

Le 8 octobre 1933, al-Karmali fut nommé membre de l'Académie de langue arabe du Caire par Fouad Ier.[13] Il y prit part dès la session inaugrale de 1934.[13]

Al-Karmali mourut à Bagdad le 7 janvier 1947.

Écrits

En 2010, nombre des écrits d'al-Karmali étaient non publiés ou perdus.[13]

Livres

En arabe
  • (ar) Aghlāṭ al-Lughawīyīn al-Aqdamīn, (lire en ligne)
  • (ar) Al-Musāʻid, vol. 1, Baghdad,
  • (ar) Al-Musāʻid, vol. 2, Baghdad,
  • (ar) Fī al-Lughah wa-Shuʻarāʼ Baghdād wa-Kuttābhā
  • (ar) Nushūʼ al-Lughah al-ʻArabīyah wa-Numūhā wa-Iktihālhā
  • (ar) Al-Nuqūd al-ʻArabīyah wa-ʻIlm al-Namīyāt
  • (ar) Al-Fawz bil-Murād fī Tārīkh Baghdād
  • (ar) Khilāṣat Tārīkh al-ʻIrāq
  • (ar) Adyān al-ʻArab
  • (ar) Tārīkh al-Kurd
  • (ar) Jamharat al-Lughāt
  • (ar) Al-Lamʻ al-Tārīkhīyah wal-ʻIlmīyah
  • (ar) Juzʼān Kabīrān
  • (ar) Mazārāt Baghdād wa-Tarājim baʻḍ al-ʻUlamāʼ[note 7]
  • (ar) Al-ʻArab Qabl al-Islām
  • (ar) Amthāl al-ʻAwām fī Baghdād wal-Mawṣil wal-Baṣrah
En français
  • L'origine élianique de l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel d'après deux manuscrits arabes inédits, (lire en ligne)

Articles

En arabe
  • (ar) « Al-Ṣābiʼah aw al-Mandāʼīyah », Al-Machriq, vol. 3, no 17, , p. 777–785
  • (ar) « Al-Ṣābiʼah aw al-Mandāʼīyah », Al-Machriq, vol. 4, no 9, , p. 400–406
  • (ar) « Tafkihat al-Adhhān fī Taʻrīf Thalāthat Adyān », Al-Machriq, vol. 5, no 13, , p. 577–582
  • (ar) « Al-Maradah aw al-Jarājimah » [« The Marada or the Jarajima »], Al-Machriq, vol. 6, , p. 301–309[22]
En français
  • « La femme du désert autrefois et aujourd'hui », Anthropos, vol. 3, no 1, , p. 53-67 (JSTOR 40442525)
  • « Les Racusiens », Anthropos, vol. 3, no 3, , p. 556-558 (JSTOR 40442324)
  • « Aventures d'un voyage en 1861 dans le Yémen », Anthropos, vol. 4, no 2, , p. 416-441 (JSTOR 40442410)
  • « Le culte rendu par les Musulmans aux sandales de Mahomet », Anthropos, vol. 5, no 2, , p. 363-366 (JSTOR 40443556)
  • « La découverte récente des deux livres sacrés des Yézîdis », Anthropos, vol. 6, no 1, , p. 1-39 (JSTOR 40444071)

Décorations

Notes

  1. En Belgique et en France, où il étudia, son nom fut francisé en Pierre Marini[3] ou Pierre-Michel Marini[4].
  2. En arabe : أنستاس ماري دي سنت إيلي[7] / Anastās Mārī dī Sant Īlī.
  3. Les articles en question sont
    • « Al-Ṣābiʼah aw al-Mandāʼīyah », Al-Machriq, vol. 3, no 17, , p. 777–785
    • « Al-Ṣābiʼah aw al-Mandāʼīyah », Al-Machriq, vol. 4, no 9, , p. 400–406
  4. L'article en question est « Tafkihat al-Adhhān fī Taʻrīf Thalāthat Adyān », Al-Machriq, vol. 5, no 13, , p. 577–582
  5. Dans un article publié dans Anthropos (« La découverte récente des deux livres sacrés des Yézîdis », Anthropos, vol. 6, no 1, , p. 1-39 (JSTOR 40444071)), al-Karmali annonça sa découverte de ce qu'il prétendait être les originaux kurdes de manuscrits arabes qui avaient circulé despuis les années 1880 contenant les livres sacrés yazidis.
    « Une traduction allemande du texte d'Anastase fut publiée deux ans plus tard (Bittner 1913). Pour un temps, il était supposé que ces nouvelles découvertes représentaient en effet une tradition scripturale ancienne. Cependant, quelques années plus tard Alphonse Mingana, un savant chrétien originaire de la région de Zakho qui prétendait bien connaître les Yazidis, remit en question de façon convaincante l'authenticité de ces ouvrages comme représentant une tradition manuscrite ancienne. Au vu des découvertes et connaissances plus tardives, il semble maintenant clair que ces « livres sacrés » étaient en effet des faux, bien que leur contenu suggère que leur auteur avait une connaissance considérable des traditions yazidies authentiques[18]. »
  6. Dakhil Aidan, un ganzibra (grand prêtre mandéen) originaire de Nasiriyya, avait intenté un procès contre l'historien irakien 'Abd al-Razzaq al-Hasani, qui avait accusé les Mandéens d'astrolâtrie dans un livre de 1931. Le grand prêtre présenta en justice à Bagdad une copie du Ginza Rabba. Al-Karmali, qui avait servi de traducteur et de témoin, traduisit des passages du Ginza Rabba dans lesquels l'astrolâtrie était expressément prohibée.[21]
  7. Mentionné dans (ar) Majallat Sūmir

Références

  1. الاب انستاس ماري الكرملي (lire en ligne) :
    « الأب الكرملي يسمى (بطرس ميخائيل الماريني) قبل ترهبه مما يؤيد ان اسم أبيه هو ميخائيل وليس جبرائيل »
  2. 1 2 3 4 5 رسائل الأستاذ الرئيس محمد كرد علي إلى الأب انستاس ماري الكرملي, (lire en ligne), « مسرد تاريخي » :
    « ١٨٦٦م(:) في الخامس من آب ولد في بغداد بطرس بن ميكائيل (أو ميخائيل) عواد الماريني، ابناً رابعاً لرجل لبناني الأصل من «بحر صاف» في «بكفيا» من قرى لبنان، يرجع نسبه إلى قبيلة بني مراد العربية، وأم عراقية تدعى مريم من بيت أوغسطين جبران الكلداني البغدادي، وهو من أعرق البيوتات المسيحية في العراق. »
  3. Revue d'histoire des missions, (lire en ligne), p. 111 :
    « […] R. P. Anastase-Marie de Saint Elie. Il y a cinquante ans que ce religieux dont le nom de famille est Pierre Marini donne des leçons d'arabe. »
  4. 1 2 Augustin de la Vierge, « Un moine, membre de l'Académie du Caire », La Croix, , p. 3 (lire en ligne)
  5. 1 2 3 ʻAwwād 1966, p. 7: "ولد الأب أنستاس ماري الكرملي، في بغداد، يوم ٥ آب ١٨٦٦، من أب لبناني الأصل، وأم بغدادية. / تلقى دروسه الابتدائية في « مدرسة الآباء الكرمليين » ببغداد، وأتم دراسته الثانوية في « مدرسة الاتفاق الكاثوليكي » ببغداد وتخرج منها في سنة ١٨٨٢."
  6. 1 2 Bruinessen 1999, p. 187.
  7. (ar) المشرق, (lire en ligne)
  8. L'Anthropologie, (lire en ligne), p. 490
  9. The International Who's Who, (lire en ligne), p. 25 :
    « Anastase-Marie Al-Karmeli, Père; Iraqi (Arabic) lexicographer and writer; b. 66 »
  10. 1 2 Isis, (lire en ligne), p. 246 :
    « The Carmelite father Anastase Marie was one of the outstanding Arabic philologists of our age. He was born in Baghdad on 5 August 1866; educated at the Jesuit college of Beirūt, […] »
  11. Avon 2010: "Son rayonnement personnel, ses publications et sa correspondance publiée dans certaines revues comme Al-Machrek en font un des artisans de la Nahda selon les spécialistes de la question."
  12. 1 2 Guest 2012, p. 153: "[Butrus] was born in 1866 in Baghdad, where his father had moved from his native Lebanon to work as an interpreter"
  13. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 Avon 2010.
  14. 1 2 Ālūsī 1970, p. 43: "باشر الأب أنستاس الكرملى بتأليف معجمه في عام ١٨٨٣ أي في السنة التي توفى فيها المعلم بطرس البستاني، صاحب « محيط المحيط » وظل يعمل فيه باحثا ومدققا في مفرداته حتى قبيل وفاته عام ١٩٤٧ وبكلمة أخرى، ان العلامة الكرملي، أمضى أكثر من نصف قرن على إعداد هذا المعجم النفيس، فاطلق عليه اسم « ذيل لسان العرب »، وقد […]"
  15. ʻAwdāt 1990, p. 205: "وفي عام 1886 غادر بغداد إلى كلية الآباء اليسوعيين في بيروت فتعمق فيها في دراسة العربية كما تعلم اللاتينية واليونانية وأتم دراسة آداب اللغة الفرنسية"
  16. Häberl 2010, p. 551.
  17. Autour d'une conversion. Lettres de Louis Massignon et de ses parents au père Anastase de Bagdad, Cerf,
  18. Oral Literature of Iranian Languages, (lire en ligne)
  19. Portail mondial des revues
  20. Haywood 1960, p. 23.
  21. Häberl 2010, p. 551–552.
  22. Moosa 1986, p. 378.

Sources

  • (ar) Sālim Ālūsī, في ذكرى الأب الكرملي الراهب العلامة, (lire en ligne)
  • Dominique Avon, L’enseignement français en Méditerranée, Presses universitaires de Rennes, (DOI 10.4000/books.pur.103274), « Un carme dans la langue arabe, Anastase Marie de Saint-Élie »
  • (ar) Ḥusayn ʻAwdāt, الموسوعة الصحفية العربية, (lire en ligne)
  • (ar) Kūrkīs [Gūrgīs] ʻAwwād, الأب أنستاس ماري الكرملي: حياته ومؤلفاته (١٨٦٦-١٩٤٧), (lire en ligne)
  • (en) Martin van Bruinessen, Islam des Kurdes, (lire en ligne), « The Shabak »
  • (en) John S. Guest, Survival Among the Kurds, (lire en ligne)
  • (en) Charles G. Häberl, « Neo-Mandaic in Fin de Siècle Baghdad », Journal of the American Oriental Society, American Oriental Society, vol. 130, no 4, , p. 551–560 (ISSN 0003-0279, JSTOR 23044557, lire en ligne, consulté le )
  • (en) John Haywood, Arabic lexicography: its history, and its place in the general history of lexicography, Brill, (lire en ligne)
  • (en) Matti Moosa, The Maronites in History, (lire en ligne)

Liens externes

  • icône décorative Portail du catholicisme
  • icône décorative Portail de l’Irak