Attaque de minorité
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L'attaque de minorité est un concept stratégique de milieu de jeu aux échecs qui consiste à attaquer par un ensemble de pions numériquement inférieur un groupe de pions adverses, généralement à l'aile dame[N 1]. Cette stratégie a pour but d'affaiblir la structure de pions de l'adversaire et d'y créer des faiblesses (par exemple un pion isolé ou arriéré). Les pions adverses peuvent alors être attaqués ou bloqués par des pièces, empêchant par exemple l'adversaire de créer un pion passé. Ces dernières peuvent aussi bénéficier de l'ouverture de colonnes — la colonne c devient souvent un bon point de pénétration pour une tour — ce qui permet plus facilement de mener une attaque ; les cavaliers du camp attaquant peuvent aussi gagner en mobilité.
L'attaque de minorité est importante car elle est un plan de milieu de jeu qui peut être utilisé avec de nombreuses structures de pions. Les ouvertures où elle est couramment efficace incluent le gambit dame refusé et la Défense Caro-Kann. Le nom d'« attaque » peut être trompeur, car le dispositif n'implique pas de tactique pour infliger l'échec et mat ou gagner du matériel, mais vise plutôt un avantage stratégique structurel.
Lors de la manœuvre, c'est une minorité de pions qui attaque une majorité de pions (généralement 2 contre 3 pions). Il s’agit d’une situation paradoxale car une attaque nécessite généralement une supériorité matérielle. Dans Chess from Morphy to Botvinnik : A Century of Chess Evolution, Imre König (en) déclare que, jusqu'à ce que Capablanca apporte en 1921 une importante contribution à la théorie de l'attaque de minorité, la pensée dominante était la théorie de Tarrasch selon laquelle une minorité de pions ne devrait pas être avancée contre une majorité. De fait, dans leur Dictionnaire des Échecs, F. Le Lionnais et E. Maget citent comme exemple de l'attaque la 10e partie du championnat du monde Lasker-Capablanca de 1921[1].
Parties d'exemples
- Emanuel Lasker - José Raúl Capablanca, championnat du monde d'échecs 1921, La Havane, 10e partie[2]
- Par son jeu, Capablanca rappelle ici qu'il est considéré comme l’un des plus grands dans le domaine des finales (un livre leur a même été consacré : Capablanca's Best Chess Endings par Irving Chernev[3]).
- 1. d4 {Annotations de J. R. Capablanca, développées dans son ouvrage World's Championship Matches 1921 and 1927, Dover Publications, 1977, (ISBN 0-486-23189-5), pp. 20-23.} 1...d5 2. c4 e6 3. Cc3 Cf6 4. Fg5 Fe7 5. e3 0-0 6. Cf3 Cbd7 7. Dc2 c5! {bien meilleur que 7...c6 ou 7...b6.} 8. Td1 Da5 9. Fd3 h6 10. Fh4 cxd4 11. exd4 dxc4 12. Fxc4 {Les Blancs se retrouvent avec un pion dame isolé qui les pénalisera fortement, car la raison principale pour accepter un pion isolé en d4 est de mener une attaque en milieu de partie, alors que ce pion est généralement une faiblesse en finale, car il est difficile à défendre. Or dans la partie Lasker ne trouve pas vraiment de plan efficace pour mener une attaque.} 12...Cb6 13. Fb3 Fd7 14. 0-0 Tac8 15. Ce5 {15. De2!} 15...Fb5? {Capablanca écrit dans A Primer of Chess que 15...Fc6!, menaçant ...Fd5 était bien meilleur.} 16. Tfe1 Cbd5 17. Fxd5 {Capablanca commente : Lasker aurait obtenu un clair avantage par 17. Fxf6.} 17...Cxd5 18. Fxe7 Cxe7 19. Db3 Fc6 {Pas Fa6 à cause de Cd7, suivi de Cc5.} 20. Cxc6 bxc6 21. Te5 Db6 22. Dc2 Tfd8 23. Ce2 {Capablanca affirme que Lasker aurait dû plutôt contre-attaquer avec Ca4 et Tc5.} Td5 24. Txd5 cxd5 {Les Noirs ont maintenant la colonne ouverte et leur structure de pions à l'aile Roi est très solide, tandis que les Blancs ont un pion d faible. Le Pion a noir apparemment faible ne l'est en fait pas car les Blancs n'ont aucun moyen de l'attaquer.} 25. Dd2 Cf5 26. b3 {Afin de libérer la Dame de la défense du Pion b et aussi d'empêcher Tc4 à tout moment.} 26...h5 {Afin d'empêcher g4 à un stade ultérieur. Aussi pour agir à l'aile Roi, en préparation d'autres opérations à l'aile Dame.} 27. h3 {Faible, mais les Blancs veulent être prêts à jouer g4. 27. Cg3 était meilleur.} 27...h4! {Pour ligoter l'aile Roi des Blancs. Plus tard, on verra que les Blancs sont obligés de jouer g4 et d'affaiblir ainsi encore plus leur position.} 28. Dd3 Tc6 29. Rf1 g6 30. Db1 {30. Dd2!} 30...Db4! 31. Rg1 {Ceci était le coup scellé des Blancs (à l'ajournement). Ce n'était pas le meilleur coup, mais il est douteux que les Blancs aient un bon système de défense.} 31...a5! {le pion a, unique pion des Noirs à l'aile dame, va à l'attaque du duo a2 + b3 des Blancs.} 32. Db2 a4 33. Dd2 Dxd2 34. Txd2 axb3 35. axb3 {Un « ilôt de pions » est un groupe de pions connectés. Ici, les Blancs ont trois ilôts, tous faibles, alors que les Blancs en ont un seul. Dans cette position, on peut affirmer que les Noirs ont une meilleure structure de pions que les Blancs (il est généralement préférable d'avoir moins d'ilôts que son adversaire).} 35...Tb6 {Afin de forcer Td3 et ainsi empêcher la tour blanche de soutenir son pion b par Tb2 plus tard. Cela signifie pratiquement lier la tour blanche à la défense de ses deux pions faibles.} 36. Td3 Ta6! 37. g4 hxg3 en passant 38. fxg3 Ta2 39. Cc3 Tc2 40. Cd1 {L'alternative Ca4 n'était pas meilleure. La partie des Blancs est condamnée.} 40...Ce7! 41. Ce3 Tc1+ 42. Rf2 Cc6 43. Cd1 Tb1 {Pas Cb4 à cause de 44. Td2 Tb1 45. Cb2 Txb2 46. Txb2 Cd3+ 47. Te2 Cxb2 48. Rd2, et les Noirs ne pouvaient pas gagner.} 44. Re2 {Ce n'est pas une erreur, mais c'est joué délibérément. Les blancs n'avaient aucun moyen de protéger leur pion b.} 44...Txb3! 45. Re3 Tb4 46. Cc3 Ce7 47. Ce2 Cf5+ 48. Rf2 g5 49. g4 Cd6 50. Cg1 Ce4+ 51. Rf1 Tb1+ 52. Rg2 Tb2+ 53. Rf1 Tf2+ 54. Re1 Ta2 55. Rf1 Rg7 56. Te3 Rg6 57. Td3 f6 58. Te3 Rf7 59. Td3 Ke7 60. Te3 Rd6 61. Td3 Tf2+ 62. Re1 Tg2 63. Rf1 Ta2 64. Te3 e5! {obtient un pion passé.} 65. Td3 {Si 65. Ce2 Cd2+ 66. Rf2 e4 67. Tc3 Cf3 68. Re3 Ce1 69. Rf2 Cg2, et les Blancs seraient impuissants. Si 65. Cf3 Cd2+ l'échange des Cavaliers gagne.} 65...exd4 66. Txd4 Rc5 67. Td1 d4 68. Tc1+ Rd5 {Il ne reste plus rien. Le pion noir avancera et les Blancs devront abandonner leur cavalier pour l'arrêter (69. Td1 Cg3+ 70. Re1 Tg2). C'est la plus belle victoire du match et elle a probablement enlevé au Dr. Lasker son dernier espoir véritable de gagner ou de faire match nul.} 0-1.
- Alex Yermolinsky-Gildardo Garcia, Saint-Martin, 1993[4],[5]
- 1.d4 Cf6 2. c4 e6 3. Cc3 d5 4. cxd5 exd5 {Les Blancs ont à leur disposition, dans cette variante d'échange du gambit dame refusé, la stratégie de l'attaque de minorité b2-b4-b5, attaquant le pion c6, car l'échange c4xd5 e6xd5 a stabilisé le centre, ce qui donne des chances d'attaque par les poussées de pions sur les ailes de l'échiquier. Les Blancs n’ont d’ailleurs pas que l’attaque de minorité comme stratégie possible ; ils peuvent notamment opter pour 0-0-0 ou encore Cge2, f3 suivi de e4.} 5. Fg5 c6 6. e3 Fe7 7. Dc2 Cbd7 8. Fd3 0-0 9. Cf3 Te8 10. 0-0 Cf8 11. h3 Cg6 12. Fxf6! Fxf6 13. b4 Fe7 14. b5 Fd6 15. bxc6 bxc6 {Les Noirs se retrouvent avec un pion arriéré c6} 16. Cb1! Df6 17. Cbd2 h6 18. Tfc1 Ce7 19. Dd1 Tb8 20. Cb3 Tb6 21. Tc2 Cf5 22. Cc5 g6 23. Tac1 Rg7?! 24. Ca4 Tb4 25. Txc6 Fd7 26. Ta6 Cxe3 27. fxe3 Txe3 où 28. Cc3 est gagnant pour les Blancs selon Yermolinsky[6].
Notes et références
Notes
- ↑ Les joueurs roquent généralement à l'aile roi dans les ouvertures où une attaque de minorité est efficace, et l'avancement des pions du côté du roque est largement considéré comme affaiblissant gravement la sécurité du roi.
Références
- ↑ François Le Lionnais et Ernst Maget, Dictionnaire des Échecs, Paris, Presses universitaires de France, , 432 p., p. 260.
- ↑ Partie commentée sous Chessgames.com
- ↑ Dover Publications, 1978, (ISBN 978-0486-24249-1) ; la partie présentée ici y figure pages 124-130 (partie #32).
- ↑ Alex Yermolinsky-Gildardo Garcia, 1993
- ↑ The Road to Chess Improvement pdf (page 69 et suivantes)
- ↑ La partie s'est poursuivie à la place par : 28. Cc5? Fxh3! 29. Txd6 Dxd6 30. Ff1 Dg3 31. Tc2 Ff5 32. Tf2 Tc3 33. Dd2 Tc2 34. De3 Dxf2+ 35. Dxf2 Txf2 36. Rxf2 Tb2+ 37. Re3 Txa2 38. Ce5 a5 39. g4 Ta3+ 40. Rd2 Fc8 41. Fb5 h5 42. gxh5 gxh5 43. Fc6 Fe6 44. Ced3 h4 45. Cf4 Rf6 46. Cxd5+ Fxd5 47. Fxd5 h3 48. Cd3 Re7 49. Cf2 Rd6 50. Fxf7 h2 51. Fc4 Ta1 52. Rc2 Tg1 53. Rb3 Tg2 54. Ch1 Td2 55. Ff1 Txd4 56. Ra3 Rc5 57. Fg2 a4 58. Fa8 Rb5 59. Cf2 Tf4 60. Ch1 Tf8 61. Fb7 Te8 62. Fd5 Te3+ 63. Ra2 Rb4 64. Rb1 Te5 65. Ff3 Rb3 66. Fd1+ Ra3 67. Ff3 Tb5+ 68. Rc1 Ra2 69. Cg3 Tc5+ 0-1
Liens externes
- « L'attaque de minorité aux échecs », sur Apprendre les échecs (consulté le ), indiquant comme exemple la première partie du championnat du monde d'échecs 1935 entre Alekhine-Euwe (partie commentée sous Chessgames.com).
- « Who's afraid of the Big Bad Minority attack? | Exeter Chess Club », sur www.exeterchessclub.org.uk (consulté le ).
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