Attentat de la prison de Condé-sur-Sarthe

Attentat de la prison de Condé-sur-Sarthe
Localisation Centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, Condé-sur-Sarthe, Orne, Drapeau de la France France
Cible Surveillant pénitentaire
Coordonnées 48° 25′ 55″ nord, 0° 02′ 03″ est
Date
de 9h45 à 20h
Type Attaque au couteau
Armes couteau en céramique
Morts 1 terroriste
Blessés 3 (dont 1 terroriste)
Auteurs Michaël Chiolo et Hanane Aboulhana
Participants 2
Organisations Drapeau de l'État islamique État islamique (allégeance)
Mouvance Terrorisme islamiste

L'attentat de la prison de Condé-sur-Sarthe en France survient le lorsque les époux Michaël Chiolo et Hanane Aboulhana attaquent au couteau deux surveillants à l'aide d'armes en céramique. Les agresseurs revendiquent leur geste au nom de l'État islamique. Deux surveillants pénitentiaires sont blessés lors de l'attentat. Hanane Aboulhana est tuée lors de l'assaut mené par le RAID tandis que son mari est blessé.

Contexte

Michaël Chiolo effectuait une peine de trente ans, assortie d’une période de sûreté de vingt ans pour enlèvement et séquestration suivie de mort et vol avec arme[1], pour des faits remontant à 2012 quand il s'était attaqué à un octogénaire. Il a été converti depuis 2010 et dit avoir commencé à « s'intéresser à la religion » et être « rigoureux dans la pratique » depuis 2016-2017. Il affirme avoir été convaincu par un codétenu à adhérer à l'idéologie de Daech. En détention, il est condamné à un an de prison pour apologie du terrorisme, pour avoir vanté la tuerie du Bataclan[2] et en 2017, un codétenu dénonce son projet d'égorger un surveillant. Il est alors transféré au Centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, pour sa haute-sécurité. Michaël Chiolo et Cherif Chekatt, l'auteur de l'attentat de Strasbourg, étaient codétenus. Lors de sa revendication de l'attentat, il expliquera avoir voulu venger Cherif Chekatt[3].

Né en 1991 à Saint-Avold, Michaël Chiolo connait une enfance chaotique, marquée par des carences affectives et la violence de son père envers sa mère, qu'il répercutera sur elle et son petit-frère. Ses parents divorcent quand il a cinq ans. Durant l'adolescence, il est fasciné par le nazisme, fume du cannabis et est alors hostile aux musulmans. Il doit quitter le domicile familial à 17 ans après avoir menacé sa mère avec un couteau. Il est ensuite chassé du domicile de son père après des violences sur le chien de la famille. Il vit alors en foyer puis à la rue[4],[5].

Déroulement

Vers 9 h 45, Hanane Aboulhana, l'épouse de Michaël Chiolo, simule un malaise dans une unité de vie familiale de la prison de Condé-sur-Sarthe. Deux surveillants arrivent pour lui venir en aide quand Michaël Chiolo et sa femme les poignardent à plusieurs reprises avec des couteaux en céramique (qu'Hanane Aboulhana avait réussi à introduire dans l'établissement) en criant Allahu akbar selon plusieurs témoins. Les surveillants réussissent à s'enfuir et à fermer la cellule, Michaël Chiolo menace alors de faire exploser une ceinture explosive. Il refuse de se rendre et se réclame de l'État islamique et prête allégeance à son chef Abou Bakr al-Baghdadi[6].

Peu avant 20 h, le RAID mène l'assaut et neutralise les deux terroristes. L'opération, qui mobilise des troupes d'intervention et des hélicoptères de l'armée, dure près de 10 h. Hanane Aboulhana, touchée par balles lors de l'assaut, meurt quelques minutes plus tard alors que Michaël Chiolo est blessé par balle à la mâchoire[2],[7].

Conséquences

La perpétration de cet attentat dans l'une des prisons les plus sécurisées de France pose question et les syndicats Force ouvrière et CGT lancent un appel au blocage de tous les établissements pénitentiaires pour dénoncer un manque de moyen. Un rapport d'inspection pointe en effet de nombreux problèmes, dont une vidéosurveillance insuffisante, l'absence de matériel pour contrôler les visiteurs (portail à onde millimétrique) et surtout une insuffisante communication avec le renseignement pénitentiaire, qui manque également de moyen pour analyser les écoutes. En effet, un enregistrement d'une conversation entre détenus captée la veille de l'attentat n'avait pas pu être écouté à temps par les agents[8],[9].

Le jeune Bureau central du renseignement pénitentiaire (BCRP), créé le 16 janvier 2017, commence à peine à se structurer d'autant que selon une source du Parisien, « aucun service de renseignement ne possède les moyens humains d'écouter en temps réel les conversations (...) Il y avait plus de deux heures d'enregistrements à traiter, ce qui correspond à huit heures de travail. Il n'est pas possible de mettre 30 agents sur chaque écoute. »[9].

De plus, selon Le Figaro, « les surveillants n’ont pas osé fouiller - même légèrement - la compagne du terroriste de peur de représailles de la part des détenus »[8].

Enquête

Michaël Chiolo a déclaré vouloir « venger la mort de Cherif Chekatt », auteur de l'attentat du marché de Noël de Strasbourg en décembre 2018. Le 22 mars, quatre personnes sont mises en examen, trois pour association de malfaiteurs terroriste criminelle et un pour complicité de tentative d’assassinats sur personnes dépositaires de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste. Selon un enregistrement d'une conversation entre détenus, les suspects ont incité au passage à l'acte et donné des conseils au tueur, alors que celui-ci semble encore hésitant[1],[10]. Parmi eux, on trouve Jérémy Bailly, un des membres de la cellule terroriste de Cannes - Torcy, et Abdelaziz Fahd, considéré comme l'instigateur des faits par le parquet[9],[6].

Lors de l'instruction, Michaël Chiolo assume son attentat (« Si c'était à refaire, je ferais exactement la même chose avec plus de haine, plus de violence, plus d'inimitié, plus de ferveur »)[11] et affirme avoir voulu tuer. Il affirme n'avoir préparé l'attentat qu'avec sa femme, sans l'aide des quatre personnes mis en examen.

Le 21 juillet 2023, deux juges d'instructions ordonnent un procès pour trois des cinq personnes mises en examen, dont l'auteur principal Michaël Chiolo, ainsi que Abdelaziz Fahd et Nabil G., Jérémy Bailly bénéficiant alors d'un non-lieu, contrairement aux réquisitions du parquet[12], qui fait appel et obtient satisfaction, les cinq mis en examen étant finalement tous renvoyés pour un procès[13]. En effet, les deux individus ayant un temps bénéficié d'un non-lieu ne sont pas présents sur les écoutes les plus compromettantes, deux jours avant l'attentat, mais restent proches des principaux accusés et sont accusés d'avoir fourni un appui idéologique[14].

Procès

Le procès s'ouvre le devant la Cour d'assises spéciale de Paris. Cinq suspects sont alors jugés, dont l'auteur principal Michaël Chiolo qui revendique son acte et se livre à une longue diatribe en faveur de l'État islamique à l'ouverture du procès. Il dit « cautionne[r] tout ce qu'à fait l’État islamique, de A à Z. (...) L'assassinat des mécréants c'est la justice »[15]. Il précise plus tard, « Je ne conçois pas que quelqu’un ait une autre religion que l'islam, et s’il refuse de se convertir, il doit être combattu (...) Je ne peux plus revenir en arrière, sinon je perds l’au-delà. »[16].

Parmi les quatre autres accusés, seul Abdelaziz Fahd est jugé pour complicité de tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, tandis que les trois autres le sont pour association de malfaiteurs terroristes, et seul Jérémy Bailly était détenu à l'origine pour des faits terroristes, les autres l'étant pour des crimes de droit commun. Nabil G. avait par exemple été condamné à seize ans de prison pour seize braquages en 2009[17]. Ils risquent tous la prison à vie, en raison de leur état de récidive, et tous nient leur participation à l'attentat de Chiolo[14]. Considéré comme l'organisateur de l'attaque, Abdelaziz Fahd a été pris en flagrant délit de récupération d'un couteau livré par drone depuis sa cellule de prison, quelques mois avant le début du procès, et en 2013, il était l'auteur d'une tentative d'évasion avec Smaïn Aït Ali Belkacem, condamné pour les attentats de 1995 en France[18]. Libéré de détention provisoire en novembre 2023, Yassine Merai est depuis en fuite en Tunisie et ne se présente pas au procès[19].

Références

  1. 1 2 Condé-sur-Sarthe : quatre détenus, dont une figure du djihad, mis en examen sur Le Monde, le 22 mars 2019
  2. 1 2 A Condé-sur-Sarthe, agression terroriste dans l’une des prisons les plus sécurisées de France sur Le Monde, le 6 mars 2019
  3. Attaque de la prison de Condé : le principal accusé revendique tout et insulte l’administration pénitentiaire sur paris-normandie.fr, le 3 juin 2025
  4. Attentat à la prison de Condé : le parcours du couple d’assaillants passé au crible de l’enquête sur Ouest-France, le 4 juin 2025
  5. Au procès de l’attentat djihadiste de Condé-sur-Sarthe, la colère enfouie d’un accusé en quête de radicalité sur Le Monde, le 19 juin 2025
  6. 1 2 Derrière l'attaque de la prison de Condé-sur-Sarthe, un "club des cinq" radicalisés sur france3-regions, le 12 juillet 2023
  7. Attentat terroriste à la prison de Condé-sur-Sarthe : « Michaël Chiolo a hâte de s’expliquer » sur Ouest France, le 12 juillet 2023
  8. 1 2 « Attentat de Condé-sur-Sarthe: autopsie d’un drame », sur Le Figaro, (consulté le )
  9. 1 2 3 Par Jean-Michel Décugis et Éric Pelletier et Jérémie Pham-Lê Le 18 mars 2019 à 20h44, « Attentat à la prison de Condé-sur-Sarthe : les écoutes qui annonçaient le drame », sur leparisien.fr, (consulté le )
  10. Procès de l’attentat de la prison de Condé-sur-Sarthe : les «dysfonctionnements» de la «Rolls-Royce de la sécurité» en question sur Libération, le 14 juin 2025
  11. Le détenu radicalisé qui avait agressé des surveillants « referait la même chose, avec plus de haine » sur Le Parisien, le 14 aout 2023
  12. Attentat à la prison de Condé-sur-Sarthe : trois détenus seront finalement jugés sur Ouest France, le 21 juillet 2023
  13. Attaque à la prison de Condé-sur-Sarthe : le procès de Michaël Chiolo aura lieu à Paris en 2025 sur francebleu.fr, le 23 février 2024
  14. 1 2 Procès Chiolo : qui sont les quatre coaccusés également jugés par la cour spéciale de Paris ? sur Ouest France, le 31 mai 2025
  15. Attentat de la prison de Condé: Michaël Chiolo ou l’Etat islamique à perpétuité sur Mediapart, le 19 juin 2025
  16. «Sortir les mécréants des ténèbres»: le terroriste de Condé explique son serment à l’État islamique sur Ouest France, le 19 juin 2025
  17. Attentat à la prison de Condé-sur-Sarthe : qui est Nabil Ganned, jugé aux côtés de Michaël Chiolo ? sur Ouest France, le 16 juin 2025
  18. Bientôt jugé dans l’attaque à la prison de Condé-sur-Sarthe en 2019, un détenu tente de récupérer un couteau en cellule avec un drone sur Libération, le 27 mars 2025
  19. Procès de l'attentat à Condé-sur-Sarthe : la longue diatribe du principal accusé sur mesinfos.fr, le 3 juin 2025
  • icône décorative Portail du terrorisme
  • icône décorative Portail de l’islam
  • icône décorative Portail de l’Orne
  • icône décorative Portail des années 2010