Aujourd'hui ou demain

Aujourd'hui ou demain
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Aujourd'hui ou demain est un essai publié le par la militante anarchiste Louise Michel dans L'En-dehors. Michel l'écrit au début de l'Ère des attentats (1892-1894), la veille de l'exécution de Ravachol. Elle le présente comme un justicier venu libérer l'humanité et pouvant l'amener à une ère nouvelle - plus largement, il s'agit pour Michel de rendre hommage à cette figure et de réaffirmer son soutien à la propagande par le fait et à l'anarchisme insurrectionnaliste, voies privilégiées pour amener à la révolution.

Michel reste marquée par les visions habituelles de son époque et ses milieux ; elle genre le terrorisme anarchiste au masculin et compare Ravachol à Jésus-Christ, comme d'autres figures anarchistes de sa période.

Contexte

En France, les relations entre les autorités et les anarchistes se tendent par l'importante répression que les anarchistes subissent dans les années 1880[1]. Les anarchistes se tournent vers de nouvelles questions[2] : « L'usage de la violence est-il légitime pour mener le combat anarchiste ? Et s'il est légitime, dans quelle mesure »[2]?

Michel se rapproche de l'anarchisme progressivement et le rejoint en 1887 pendant l'affaire Clément Duval, fondateur de l'illégalisme arrêté après un cambriolage où il incendie le domicile de sa victime[3],[4]. Sa condamnation à mort lui semble alors être une déclaration de guerre de la part de l'État, qu'il faudrait user de tous les moyens pour le faire libérer et que peu importait si elle était fusillée, car la vengeance des anarchistes deviendrait de plus en plus grande[3],[4].

Après le massacre de Fourmies et l'affaire de Clichy (1891), un certain nombre d'anarchistes en France décide de s'engager dans des actions terroristes envers les responsables présumés de la répression qu'ils subissent, lançant l'Ère des attentats (1892-1894)[5]. L'un des premiers terroristes de cette période, qui a visé les magistrats de l'affaire de Clichy, François Ravachol, est arrêté et envoyé à la guillotine le , le transformant en martyr et héros de la cause anarchiste[6].

La militante anarchiste publie son texte dans L'En-dehors du sous le titre d'« Aujourd'hui ou demain »[2].

Contenus

Réhabilitation et commémoration de Ravachol

Michel commence son texte en opposant la violence étatique et la violence révolutionnaire, profitant pour cela de l'exemple de l'exécution de Ravachol[2]. Elle met en exergue le fait que ce type de militants sacrifient leur vie pour le bien commun - ce qui explique pourquoi elle fait de l'anarchiste une sorte de « Messie sacrifié », bien qu'elle soit athée[2]. Ses choix littéraires la poussent à comparer le récit des deux exécutions, elle parle par exemple des « traînées de sang laissées par Deibler d’une ville à l’autre [qui] indiquent le chemin des bourreaux », comparant le bourreau Louis Deibler à Ponce Pilate et ses assassinats politiques[2].

Ravachol est par ailleurs entouré de tout un champ lexical de l'éternité par l'autrice, qui fait de lui l'instigateur possible d'une nouvelle ère par la vengeance qui naîtra de sa mort et les soulèvements populaires qui pourront en naître[2].

Théories

Plus généralement, Michel utilise ce texte pour faire de la propagande par le fait et l'anarchisme insurrectionnaliste les moyens privilégiés du combat anarchiste[2]. Les actes terroristes sont vus comme libérateurs et c'est grâce à la propagande par le fait qu'il peut être possible d'obtenir les meilleures chances d'« ouvrir une brèche entre l'ancien monde et l'humanité nouvelle »[2].

L'autrice introduit aussi une certaine forme de darwinisme social fondé sur la pensée anarchiste et humaniste, Ravachol luttant pour sa survie[7].

Aspects partagés

Aujourd'hui ou demain est marqué par une série d'éléments usuels des milieux anarchistes dans lesquels Michel évolue, comme une vision masculine des terrorisme et combat anarchistes - Ravachol est par exemple présenté comme un père duquel des fils vengeurs naîtraient[2]. Marie-Pierre Tardif remarque que l'imaginaire déployé dans le texte est très masculin[2].

Par ailleurs, la comparaison de Ravachol avec Jésus-Christ est effectuée par d'autres auteurs anarchistes de la période, bien qu'il s'agisse souvent - hormis pour Michel - de figures intellectuelles avec des liens relativement flous avec l'anarchisme[6].

Postérité

Le manuscrit autographe de l'oeuvre, qu'elle rédige le , la veille de l'exécution de Ravachol, est vendu à 9.000 euros aux enchères au début du XXIe siècle[8].

Versions consultables

Références

  1. Bouhey 2009, p. 190-215.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Tardif 2021, p. 141-144.
  3. 1 2 Verhaeghe 2019, p. 88-92.
  4. 1 2 Baylac 2024, p. 275-280.
  5. Bouhey 2009, p. 219-220.
  6. 1 2 Millot 2000, p. 110-119.
  7. Claude Rétat, « Quand Louise Michel écrit... », La chaîne d'union, vol. 80, no 2, , p. 35-36 (ISSN 0292-8000, DOI 10.3917/cdu.080.0030, lire en ligne, consulté le )
  8. Pierre Bergé & Associés, « MICHEL (Louise) - Lot 415 », sur Pierre Bergé & Associés (consulté le )

Bibliographie

  • Marie-Hélène Baylac, Louise Michel, Paris, Perrin, , 432 p. (ISBN 978-2262097714).
  • Vivien Bouhey (préf. Philippe Levillain), Les anarchistes contre la République : contribution à l'histoire des réseaux (1880-1914), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 491 p. (ISBN 978-2-7535-0727-2, présentation en ligne).
  • Hélène Millot, « Ravachol, Christ et crapule. Élaboration littéraire d'un mythe populaire », dans Mireille Piarotas (dir.), Regards populaires sur la violence, Saint-Étienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, coll. « Travaux / Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'expression contemporaine » (no 98), , 292 p. (ISBN 2-86272-180-8), p. 109-126.
  • Marie-Pierre Tardif, Ni ménagères, ni courtisanes : Les femmes de lettres dans la presse anarchiste française (1885-1905) (thèse), Montréal - Lyon, Université du Québec - Université Lyon 2, .
  • Sidonie Verhaeghe, « Une pensée politique de la Commune : Louise Michel à travers ses Conférences », Actuel Marx, vol. 66, no 2, , p. 81-98 (lire en ligne).
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