Casque de Broe

Casque de Broe
Image illustrative de l’article Casque de Broe
L'ornement de sourcil orné de terminaisons animales issu du casque de Broe.
Type Casque
Inventaire 12 291
Matériau Fer, bronze, grenats
Période Âge de Vendel
Culture
Date de découverte c. 1904
Lieu de découverte Broe, Högbro, Gotland, Suède
Conservation Musée historique de Stockholm

Le casque de Broe, ou casque de Broa, est un casque en fer datant de l'époque de Vendel, découvert vers 1904 sur l'île suédoise de Gotland. Les fragments du casque sont conservés au musée historique de Stockholm.

En 1969, une reconstitution du casque est réalisée sur des bases hypothétiques dans un cadre archéologique. Le modèle segmenté comprend une bande frontale et une bande longitudinale allant du nez à la nuque, avec des plaques métalliques offrant une protection pour la nuque, les joues et le visage. La bande naso-nuquale est décorée de feuilles de bronze, tandis qu'un élément sourcillier  conservé dans son intégralité  présente des têtes animales sculptées et des incrustations de bandes d’argent. Ce casque montre une forte similitude stylistique avec le casque de Vendel XIV.

La datation précise du casque reste incertaine, mais son style et le mobilier funéraire associé suggèrent une datation probable dans la seconde moitié du VIIe siècle. Cette période est relativement cohérente avec celle de la tombe de Vendel XIV, généralement datée entre 520 et 625, et les similitudes entre les deux sépultures vont au-delà des casques. En particulier, plusieurs fragments de fer décoré des deux ensembles funéraires présentent un décor identique, ce qui indique un répertoire ornemental commun et un univers culturel et technique partagé par les élites scandinaves du haut Moyen Âge.

Description

Le casque de Broe présente des similitudes avec le casque Vendel XIV.

Le casque de Broe subsiste dans un état fragmentaire, accompagné d'une reconstitution artistique conjecturale[1]. À l'origine, il se composait d'une calotte en fer, probablement assemblée par sections, équipée à la fois d’un jonc frontal et d’un jonc nasal qui s'étend jusqu'à la nuque[2],[3]. Ce dernier, auquel pourrait appartenir un fragment portant des traces de feuilles de bronze décoratif[4], se termine au-dessus des sourcils par la représentation d’une tête d'animale, les yeux étant incrustés de grenats[3]. Un autre fragment du jonc nasal conserve l'empreinte d'une tête animale qui ne correspond pas à celle qui subsiste, suggérant ainsi la présence d’une seconde tête d'animal à l’arrière du casque[3],[N 1]. Des lanières de fer suspendues au jonc frontal assuraient la protection du cou et des joues. Bien que la joue gauche conservée soit fragmentaire, elle semble avoir été particulièrement profonde. D’autres lanières, rattachées au jonc nasal, s’étendaient pour couvrir le nez et entourer les yeux afin de protéger le visage[1],[3]. Au-dessus des yeux, une pièce décorative, en fer incrustée de fines baguettes d’argent[6], se prolongeait de chaque côté par une tête d’animal[3].

Le casque de Broe présente, sous certains aspects, des analogies possibles avec celui de Vendel XIV[7],[8]. Ces deux exemplaires semblent avoir été dotés de plaques articulées descendant profondément pour protéger les joues et la nuque, d’une crête plate ornée de têtes animales à ses extrémités, ainsi que de sourcils décoratifs[9]. Néanmoins, la nature particulièrement lacunaire du casque de Broe rend toute tentative de reconstitution précise de sa forme originale hautement spéculative[2].

Découverte

Le casque est découvert aux alentours de 1904 dans une sépulture située à Broe, une ferme de la localité de Högbro, au cœur de la paroisse de Halla, dans la région centrale de l’île suédoise de Gotland[3],[10],[11]. La tombe est mise au jour de manière fortuite lors du creusement d’un jardin. L’excavation atteint une profondeur d’environ 0,30 mètre et s’étend sur une surface équivalente approximativement à 154 m2[10]. À l’exception d’un unique artéfact  une agrafe circulaire en bronze ornée de trois têtes animales , l’ensemble du mobilier funéraire présente des altérations dues à une exposition au feu[10].

Les éléments de fixation de bouclier provenant de la tombe de Broe.

Parmi les objets en bronze mis au jour dans la tombe, outre une fibule ornée de trois têtes animales, figurent une fibule ronde incrustée, deux anneaux décorés de motifs zoomorphes, des fragments de poignée d’une épée à anneau, sept grands rivets hémisphériques, quatre rivets de plus petite taille, ainsi qu’environ 35 types d’attaches de courroies fragmentaires, dont plusieurs présentent une ornementation animale. Deux de ces dernières sont en fer rehaussé de décor en bronze, tandis que cinq se distinguent par leur forme évoquant un chapeau[10]. Plusieurs de ces attaches  tout comme, peut-être, les anneaux [12] semblent avoir appartenu à des poignées de boucliers[10]. L’arsenal en fer comprend trois épées à double tranchant, deux épées larges et quatre plus fines à simple tranchant, huit pointes de lance, quatre umbos, plusieurs poignées de bouclier, quatre brides, un couteau, une paire de ciseaux[13], ainsi qu’un ensemble varié de pièces de fixation, dont certaines destinées au renforcement des bords de bouclier. Un casque complète cet inventaire métallique[10]. Enfin, les objets non métalliques incluent des fragments d’une coupe en verre vert, sept pièces de jeu en os[14], ainsi que quelques ossements calcinés, vraisemblablement d’origine équine[10].

Les objets sont acquis en 1904 par le musée historique de Stockholm, où ils sont enregistrés sous le numéro d’inventaire 12 291[10]. Trois ans plus tard, en 1907, les découvertes font l’objet d’une première publication illustrée dans Månadsblad, la revue mensuelle de l'académie royale suédoise des belles-lettres, d'histoire et des antiquités[15]. Plusieurs de ces artéfacts, dont une reconstitution hypothétique du casque, sont ensuite reproduits dans le deuxième volume de l’ouvrage que Birger Nerman consacre aux découvertes de la période de Vendel à Gotland, Die Vendelzeit Gotlands. Ce volume iconographique précède de six années le premier tome, qui en constitue le complément textuel[16],[17],[18].

Typologie

Les fragments de fer provenant des tombes de Broe (en haut) et de Vendel XIV (en bas) présentent le même aspect décoratif.

Bien que difficile à dater, le casque de Broe, tout comme les autres artéfacts mis au jour sur le même site, présente des traits stylistiques caractéristiques du début de la période des grandes migrations[19]. Certains éléments, notamment la pièce sourcilière, évoquent des casques ou fragments retrouvés à Gotland, tels que celui de Lokrume, ainsi que dans des contextes continentaux, notamment en Uppland[20]. Le casque de Broe montre en particulier de fortes analogies avec celui de Vendel XIV, dont la datation oscille entre 520 et 625, ce qui suggère une chronologie similaire[21]. Par ailleurs, des fragments de fer décorés, sans lien direct avec les casques mais issus des deux sépultures, présentent un motif estampé identique[19],[22],[23],[24]. L’ensemble du mobilier funéraire découvert à Broe tend ainsi à situer l’inhumation dans la seconde moitié du VIe siècle[25].

Le casque de Broe s’inscrit dans le groupe des « casques à crête » attestés en Europe du Nord du VIe siècle au XIe siècle[26],[27]. Ce type de casque se caractérise par une calotte bombée surmontée d’une crête proéminente, qui s’étend du nez jusqu’à la nuque[28]. Hormis un fragment daté de l’époque viking retrouvé à Kiev, tous les exemplaires connus proviennent d’Angleterre ou de Scandinavie[29],[30]. La Suède en concentre plus de la moitié, et jusqu’à une vingtaine ont été découverts à Gotland, bien que ces derniers proviennent le plus souvent de sépultures à crémation et ne soient conservés qu’à l’état fragmentaire[31],[32],[33].

Notes et références

Notes

  1. Il n'est pas clair, à partir des fragments conservés, quelle tête d'animal se fixe à l'avant du casque et laquelle se place à l'arrière[5]. Soit le fragment de bande allant du nez à la nuque, portant une empreinte, se fixe à l'avant, tandis que la tête d'animal conservée se trouve à l'arrière, soit le fragment de bande se fixe à l'arrière et la tête d'animal conservée se place à l'avant[5].

Références

  1. 1 2 Nerman 1969a, Fig. 601.
  2. 1 2 Tweddle 1992, p. 1106.
  3. 1 2 3 4 5 6 Nerman 1975, p. 29.
  4. SHM nose-to-nape band.
  5. 1 2 Tweddle 1992, p. 1105.
  6. Bruce-Mitford 1978, p. 158.
  7. Arwidsson 1977, p. 27.
  8. Tweddle 1992, p. 1104-1105.
  9. Tweddle 1992, p. 1105-1109.
  10. 1 2 3 4 5 6 7 8 Månadsblad 1907, p. 169.
  11. Nerman 1969b, p. 13.
  12. SHM shield handle.
  13. SHM scissors.
  14. SHM game pieces.
  15. Månadsblad 1907.
  16. Nerman 1969a.
  17. Nerman 1969b.
  18. Nerman 1975.
  19. 1 2 Lindqvist 1925, p. 193.
  20. Bruce-Mitford 1978, p. 209.
  21. Tweddle 1992, p. 1109.
  22. Månadsblad 1907, fig. 222.
  23. Stolpe et Arne 1912, pl. XLII, figs. 2–3.
  24. Stolpe et Arne 1927, pl. XLII, figs. 2–3.
  25. Nerman 1975, p. 4, 29.
  26. Steuer 1987, p. 199–203, 230–231.
  27. Tweddle 1992, p. 1083-1086.
  28. Tweddle 1992, p. 1085.
  29. Steuer 1987, p. 199–200.
  30. Tweddle 1992, p. 1086–1087, 1125.
  31. Nerman 1969a, Figs. 600, 620.
  32. Nerman 1975, p. 29-30.
  33. Steuer 1987, p. 199–200, 230–231.

Annexes

Bibliographie

Article connexe

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