Charles Daville

Charles Daville
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Biographie
Naissance
Décès
(à 26 ans)
Activité

Charles Daville est un écrivain de l'entre-deux-guerres, né à Chartres le 29 avril 1911 et mort prématurément de phtisie le 3 septembre 1937 au sanatorium d’Aincourt nouvellement construit. Il a laissé derrière lui le manuscrit inachevé d'un second roman, La Face de Dieu, que son épouse essaiera en vain de faire publier après la seconde guerre mondiale. Elle finira par l'éditer à compte d'auteur à une centaine d'exemplaires. Il n'en reste à ce jour aucun, mais Louis Damard[1], un érudit local d'Eure-et-Loir, assurait en 1972 qu'il y en aurait eu deux dans les archives de la bibliothèque de Chartres. Il se peut néanmoins que les dits ouvrages aient été victimes d'un vaste « désherbage » opéré dans les années 1980, puisque Vincent Naguet, alors doctorant en Lettres à l’Université d’Orléans (Collège doctoral Centre Val de Loire) ne les a pas retrouvés en 1991, lorsqu’il a commencé son vaste travail de recherche sur les écrivains de la région.

Famille

Charles Daville est né à Chartres, le 29 avril 1919 dans une famille relativement modeste, il est le second fils de Louis Charles Daville, cordonnier et de Marie Émilie Rostoll, cousette.

Avant guerre, la famille Daville avait connu quelques déboires financiers, mais grâce à la manne des brodequins militaires à réparer durant la première guerre mondiale, elle atteignit assez rapidement la prospérité. Malheureusement, la petite échoppe de cordonnerie de Louis Daville sera entièrement détruite par le bombardement de la ville par les allemands, le 15 août 1918. Louis Charles David ouvrira alors une cordonnerie dans le quartier Beaulieu, puis la famille s’installera à Paris en 1927 où elle connaîtra à nouveau une relative prospérité.

Enfance à Chartres

Charles Daville fut élève à l’ancien collège royal (actuellement nommé Marcelle Pardé), dans les bâtiments mêmes où avait pris place le poète Aloysius Bertrand, un siècle plus tôt. Charles Daville écrira avoir été profondément troublé par « l'invisible présence »[2] de l'auteur de Gaspard de la nuit entre les murs de l'établissement. Le poète romantique exercera du reste une influence notable sur l'œuvre poétique de Charles Daville, fortement teintée de néo-gothique crépusculaire, et parsemée de créatures nocturnes plus ou moins fantastiques. Daville fréquentera aussi beaucoup la cathédrale de Chartres, hantée selon lui, « par la silhouette évanescente de Charles Péguy »[2]. Du reste, on trouve trace, de manière plus ou moins allusive, des poèmes de Charles Péguy dans l’œuvre majeure de Daville, La nuit des saints[3], où il est notamment fait mention d’un vers de La route de Chartres de Péguy : « Un sanglot rôde et court par-delà l’horizon » (mais sans le signaler à l'attention du lecteur, ce qui relève du plagiat).

Daville à Paris

A Paris, Daville va fréquenter assez vite les milieux littéraires, ce dès 1930, repéré par deux écrivains pourtant aux antipodes, André Breton et Marcel Aymé. Louis Naguet rapporte dans sa thèse que Breton appréciait la capacité qu’avait Daville d’entrer en transe sur demande, à la manière de Robert Desnos. C’est d’ailleurs ce dernier qui fera découvrir à Daville Le journal du Séducteur de Søren Aabye Kierkegaard qui le marquera durablement. Là encore, La nuit des saints en témoigne, puisque Daville fait dire à Mérieux, son personnage principal : « Aimer une seule est trop peu ; aimer toutes est une légèreté de caractère superficiel ; mais se connaître soi-même et en aimer un aussi grand nombre que possible, enfermer dans son âme toutes les puissances de l’amour de manière que chacune d’elles reçoive son aliment approprié, en même temps que la conscience englobe le tout – voilà la jouissance, voilà qui est vivre ».

C’est d’ailleurs à la suite de la lecture du Journal du séducteur que Daville va entreprendre la rédaction de son roman La nuit des saints. Il lui faudra 6 ans pour en venir à bout. Entre temps, il fréquente les bancs de la Sorbonne et s’initie au spiritisme en compagnie de Pierre Joubert d’Agremont, qui se prétendait rien moins que la réincarnation de Hippolyte Léon Rivail Denizard, alias Allan Kardec, l’inventeur des mots "spirite" et "spiritisme". Dans les années 20 et 30, la tombe de Kardec, au Père Lachaise, était déjà nuitamment fréquentée par les adeptes de l’occulte : Daville fut ainsi suspecté d’avoir participé à une sorte de bacchanale morbide. L’enquête conclura finalement à sa « présence fortuite » sur les lieux, mais il sera surveillé quelques mois par la police.

En 1932, Charles Daville rencontre Louisa Maria Atenza, une danseuse de cabaret, qu’il épousera deux ans plus tard.

En 1933, il publie un recueil de poèmes, Chant d’Amor et d’Amen[4], aux Éditions de la Sirène. L’ouvrage est remarqué par les milieux artistes de l’époque, notamment les surréalistes qui en apprécient l’onirisme, pourtant assez souvent « appuyé ».

En 1934, il cherche en vain à faire publier La Nuit des saints chez les éditeurs parisiens en vue. De guerre lasse, il tente l’aventure en Belgique et trouve finalement un lecteur attentif en la personne de Henri Chavagnon, alors éditeur chez C. Muquardt à Bruxelles. Le livre paraît en 1935, dans la plus grande indifférence, plongeant assez rapidement son auteur dans une profonde dépression, laquelle s’accompagnera bientôt des premiers symptômes de la tuberculose, maladie qui l’emportera de manière assez fulgurante.

La Nuit des Saints

La nuit des Saints est un roman très difficile à classer, tant il semble à la confluence de courants différents. L’histoire d’amour qui sous-tend l’intrigue est marquée par l’esthétique de Kierkegaard, mâtinée de spiritisme, tout en drainant des mièvreries assez proches de certains romans « moraux » du XVIIIe siècle, comme Les aventures du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut d'Antoine François Prévost. On y trouve aussi une lecture « déterministe » des personnages, voisine du naturalisme de Zola, d’autant que certaines descriptions « réalo-fantastiques » de La nuit des Saints sont, dans leur facture, assez proches de celles qu’on peut trouver dans Thérèse Raquin ou la saga des Rougon-Macquart. Ainsi la description de la révolte des Canuts d'avril 1834, qui constitue un épisode central de La nuit des Saints, est-elle fortement inspirée de la scène de révolte populaire décrite par Zola dans La Fortune des Rougon. Plagiat, hommage, simple réminiscence, il est assez difficile d’en juger. Quoi qu’il en soit, Charles Daville n’a jamais nié ces influences (sauf celle de Péguy) ; au contraire, il les a souvent mises en avant, comme un gage de son érudition et de sa bonne foi. Il aimait à répéter que toute œuvre était un palimpseste et qu’« [il] écri[vait] sur Homère comme sur Proust ou Giraudoux. » Compte tenu de sa malice parfois un peu égrillarde, on peut le soupçonner d’avoir écrit cette phrase en songeant à la scène des Liaisons dangereuses où le Vicomte de Valmont rédige sa fameuse épitre Ce n’est pas ma faute « sur » Émilie.

En 1936, sentant déjà la mort venir, Charles Daville entreprend la rédaction d’un second roman, provisoirement intitulé La face de Dieu, dont on se connaît que quelques bribes disséminées dans la correspondance de son auteur. Il semblerait que l’occultisme de Daville se soit finalement mué en un mysticisme chrétien, proche de celui de Péguy. In articulo mortis, les perspectives changent...

Notes et références

  1. Revue Miscellanées, n°104 p.32 in "les artistes inconnus d'Eure-et-Loir" par René Damard, Maitres es Lettres. 1972. Consultable à la Bibliothèque Centrale de Chartres.
  2. 1 2 In Les écrivains du Val de Loire ou la transparence des eaux, Vincent Naguet - Thèse de Doctorat, Université d’Orléans, 1994. Consultable sous forme de micro-film à la Bibliothèque Universitaire d’Orléans.
  3. La Nuit des Saints, Bruxelles, C. Muquardt, 1935.
  4. Chants d’Amor et d’Amen - Éditions de la Sirène, Paris, 1933.
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