Coalition pour l'abolition de la prostitution
| Fondation |
2013 |
|---|
| Type |
Coalition |
|---|---|
| Siège |
Paris |
| Pays |
| Membres |
37 (2025) |
|---|---|
| Site web |
La Coalition pour l'Abolition de la Prostitution (CAP International) est une coalition de 37 associations de terrain présentes dans 29 pays[1]. Cette organisation non gouvernementale internationale plaide en faveur du modèle abolitionniste de la prostitution, afin de lutter contre la prostitution et la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle[2].
Histoire
CAP International a été co-créé en 2013 par 9 associations de terrain[3]. Parmi elles : la Concertation des Luttes contre l'Exploitation Sexuelle (Canada), Reden/KFUKS Sociale Arbejde (Danemark), la Fondation Scelles, le Mouvement du Nid (France), SOLWODI (Allemagne), Apne Aap (Inde), Ruhama (Irlande) et la Comisión para la Investigación de Malos Tratos a Mujeres (Espagne)[4].
La coalition a été lancée officiellement à l'occasion de son premier congrès mondial pour l'abolition de la prostitution à Paris en 2014. Depuis, elle n'a cessé de s'étendre, pour atteindre 37 associations aujourd'hui[5].
Structure
Elle est caractérisée par son réseau international d'ONG indépendantes sur 5 continents. Ses associations membres sont fondées et/ou travaillent avec des femmes ayant connu la prostitution, dans un but de défense des droits des femmes et des filles en situation de prostitution[6].
Objectifs
Quatre missions principales découlent de son objet social :
- Plaider avec ses associations membres pour l'adoption de législations abolitionnistes, au niveau national et international et renforcer l'accès des associations de terrain aux espace de prises de décisions[7],[8].
- Mettre en relation et renforcer l'échange de bonnes pratiques entre des organisations de terrain engagées dans la lutte contre la prostitution et l’exploitation sexuelle à l’échelle mondiale[9].
- Sensibiliser le grand public pour déconstruire les mythes sur la prostitution et inverser la stigmatisation des personnes en situation de prostitution en la redirigeant vers les proxénètes et les clients[10]. En 2020, CAP International avait sensibilisé 430 000 personnes[9].
- Proposer un accompagnement aux personnes prostituées, en répondant à leurs besoins spécifiques et individuels, afin de leur permettre de quitter la prostitution dans le cadre du programme EXIT[11]. En 2020, les membres de CAP international soutenaient 15 000 personnes en situation de prostitution[9].
Evènements
Congrès mondiaux
Depuis 2014, CAP International a organisé quatre Congrès Mondiaux pour l'abolition de la prostitution. Il s'agit du plus grand événement pour mettre fin à l'exploitation sexuelle des femmes dans le monde, réunissant des personnes ayant connu la prostitution, activistes féministes, experts internationaux, travailleurs de terrain, parlementaires et chercheurs[12].
Le premier congrès mondial s'est tenu à Paris le 12 et 13 novembre 2014. Il a été co-organisé avec le Mouvement du Nid, la Fondation Scelles. Le thème abordé était : « Prostitution et traite des êtres humains dans le monde : une exploitation des plus vulnérables. ». À cette occasion, des parlementaires de France, d’Irlande, du Royaume-Uni, du Canada et du Portugal ont lancé un appel pour l'abolition de la prostitution à destination du Secrétaire Général des Nations-Unies[13].
Le deuxième était à New Delhi en 2017 et a réuni 250 autres représentants de la société civile venus de plus de 30 pays[14].
Le troisième à Mayence en 2019[15]. Ce dernier dénonce l'approche règlementariste visant à dépénaliser la prostitution et le proxénétisme, appelant l'Allemagne à revoir sa politique publique considérée par les participants comme dangereuse[16].
Le quatrième Congrès Mondial a duré 3 jours et s'est tenu à Montréal, au Québec. Il a été ouvert par une marche organisée et coordonnée par 30 personnes ayant connu la prostitution issues de douze pays[17]. Cette marche a rassemblé plus de 200 personnes[18]. On pouvait entendre parmi les slogans scandés durant la marche : « Un oui acheté est un oui imposé. »[19].
Positionnement
CAP International revendique une lecture féministe intersectionnelle de la prostitution, respectueuse des droits humains[20],[21]. L'association considère la prostitution comme une violence faite aux femmes, et comme étant à l'intersection d'oppressions sexistes, racistes et de classe[22] qui touche principalement les plus discriminées : autochtones[23], migrantes[24], précaires[25] et/ou issues des castes opprimées[26].
Afin de lutter contre ce phénomène, CAP International défend l'adoption de législations abolitionnistes visant à dépénaliser les personnes en situation de prostitution et leur garantir des services de soutien adaptés et des parcours de sortie de la prostitution[27]. Dans un même temps, la coalition souhaite décourager la demande par l'interdiction d'achats d'actes sexuels, en plus d'interdire toutes les formes de proxénétisme[3],[28].
Cette coalition et ses membres considèrent qu'accepter un rapport sexuel en échange d'argent résulte de contraintes économiques, compromettant le consentement sexuel libre et éclairé, puisque ce choix est dicté par la nécessité[29],[30]. Comme le dit Cherie Jimenez, présidente de CAP International, « C'est précisément parce que vous ne voulez pas de cet acte sexuel que les prostitueurs veulent vous payer pour passer outre à votre consentement. »[31].
La coalition estime que la loi française du 13 avril 2016 forme un ensemble cohérent en proposant un accompagnement des personnes prostituées (voies de sortie, mesures de protection, etc.), en sensibilisant les jeunes et en luttant contre le proxénétisme et la demande[32]. Elle s'inscrit selon CAP International dans le respect du droit international et européen, ce qui en ferait une des approches les plus abouties pour lutter contre les violences faites aux femmes, dans le cadre de la prostitution[33].
Publications
Pour assurer sa mission de sensibilisation et de plaidoyer, CAP International a publié un certain nombre de documents :
Livre
- Sibi, H. (2023). Last girl first !: La prostitution à l'intersection des oppressions sexistes, racistes et de classe. Editions Libre[34].
Brochures
- Théry, G. (2016) Prostitution et droits humains : Etats du droit international et des obligations qui en découlent. CAP International[35].
- Théry, G. et Legardinier, C. (2017) La loi française du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées. CAP International[36].
Voir aussi
Articles connexes
Notes et références
- ↑ « COALITION POUR L'ABOLITION DE LA PROSTITUTION | lobbyfacts », sur www.lobbyfacts.eu (consulté le )
- ↑ « Coalition pour l'Abolition de la Prostitution (CAP) », sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr (consulté le )
- 1 2 (en-US) Sommer Porter, « Last Girl First: CAP International Exposes the Truth About Prostitution », sur NCOSE, (consulté le )
- ↑ Fondation Scelles, Rapport annuel d'activités 2013, Paris, (lire en ligne)
- ↑ « Jonathan Machler : "la prostitution est un système de violences fondé sur des schémas d’oppression sexiste, raciste et de classe qu’il faut abolir" 1/2 », sur 50 - 50 Magazine, (consulté le )
- ↑ « FACT-S », sur FACT-S (consulté le )
- ↑ St. Petersburg State University et Elizaveta V. Rezvaia, « The Role of NGOs Involved in Protecting the Rights of Prostituted Women in Germany in the Politicization of the Issues of Sexual Exploitation and Violence », Общество: политика, экономика, право, no 1, , p. 54–63 (DOI 10.24158/pep.2024.1.7, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Anastasia RAYNAUD, LA PROSTITUCIÓN: ¿AMENAZA A LA DIGNIDAD HUMANA DE LA MUJER O DERECHO A LA VIDA PRIVADA? : El caso de la nueva legislación francesa, Universitat Autonoma de Barcelona, 14 de mayo del 2018, 52 p. (lire en ligne), p. 43
- 1 2 3 (en-US) Staff Reports, « CAP International Is Trying to End Prostitution in Poverty », sur BORGEN, (consulté le )
- ↑ « AIDE À LA SENSIBILISATION DU PUBLIC À LA PROBLÉMATIQUE DE L'EXPLOITATION SEXUELLE (H/F) - COALITION POUR L'ABOLITION DE LA PROSTITUTION », sur Engagement Jeunes (consulté le )
- ↑ « CAP International », sur fondationpierrebellon.org (consulté le )
- ↑ « A l’occasion du 1er congrès international pour l’Abolition de la prostitution, sept parlementaires internationaux lancent un Appel pour l’abolition - Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes », sur www.haut-conseil-egalite.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Un appel de parlementaires pour l'abolition de la prostitution », sur 50 - 50 Magazine, (consulté le )
- ↑ « Osez le féminisme ! à New Delhi pour faire avancer l’abolition ! – Osez le feminisme ! », (consulté le )
- ↑ « 4e congrès mondial pour mettre fin à l’exploitation sexuelle des femmes et des filles », sur CDÉACF (consulté le )
- ↑ Mety Rahmawati, « Pelarangan dan Pembolehan Prostitusi di Luar Indonesia », BaLRev, vol. 1, no 1, , p. 15 (lire en ligne)
- ↑ (en) Daniel J. Rowe, « Prostitution survivors hold march for equality in Montreal », sur CTVNews, (consulté le )
- ↑ « Un événement historique pour et par les survivantes de la prostitution », sur Le Devoir, (consulté le )
- ↑ Olivier Faucher, « «Un oui acheté est un oui imposé»: une marche pour abolir la prostitution à une semaine du Grand Prix de F1 à Montréal », sur Le Journal de Montréal, (consulté le )
- ↑ « Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui », sur OHCHR (consulté le )
- ↑ « Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes », sur OHCHR (consulté le )
- ↑ « La prostitution au coeur des dominations », sur www.breizhfemmes.fr (consulté le )
- ↑ Association des femmes autochtones du Canada, Rapport final sur l'exploitation sexuelle et traite des filles et des femmes autochtones : Revue de la littérature et entrevues auprès d'intervenants clés, Association des femmes autochtones du Canada, , 98 p. (lire en ligne)
- ↑ Anna Zobnina, « Women, Migration, and Prostitution in Europe: Not a Sex Work Story », Dignity: A Journal of Analysis of Exploitation and Violence, vol. 2, no 1, (ISSN 2472-4181, DOI 10.23860/dignity.2017.02.01.01, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Mona Chollet, « L'utopie libérale du service sexuel », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
- ↑ (en-US) « About Us », sur Apne Aap (consulté le )
- ↑ (en-GB) « What is the Nordic Model? », sur Nordic Model Now! (consulté le )
- ↑ (en) « Discouraging the demand that fosters trafficking for the purpose of sexual exploitation », sur www.osce.org (consulté le )
- ↑ (en) UK Feminista, “Consent cannot be purchased” Building on France and Ireland’s experiences of tackling commercial sexual exploitation, , 21 p. (lire en ligne)
- ↑ « Contre le choix pro-prostitution d'Amnesty International », sur Libération (consulté le )
- ↑ Presse-toi à gauche !, « Conférence internationale sur la prostitution au Liban avec DoubleX - Presse-toi à gauche ! », sur www.pressegauche.org (consulté le )
- ↑ République Française, LOI n° 2016-444 du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, Paris, (lire en ligne)
- ↑ « « Il n’y a pas de liberté ni de consentement réel dès lors que l’acte sexuel est imposé par l’argent » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Last Girl First ! La prostitution à l’intersection des oppressions sexistes, racistes et de classe (Héma Sibi - CAP International) », sur Editions LIBRE (consulté le )
- ↑ (en + fr + lv) Grégoire Théry, Prostitution et droits humains : État du droit international et des obligations qui en découlent pour les États., CAP International, , 24 p. (lire en ligne)
- ↑ (en + fr + es) Grégoire Théry, Claudine Legardinier, Loi française du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées: Principes, objectifs, mesures et processus d’adoption d’une loi historique., CAP International, , 44 p. (lire en ligne)
- Portail du droit
- Portail de la sexualité et de la sexologie
- Portail de la criminologie
- Portail des femmes et du féminisme