Combat du pont de Vrbanja
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Pont de Vrbanja, à Sarajevo |
| Issue | Victoire française |
| Chefs d'État major des armées | Colonel Erik Sandahl Capitaine François Lecointre Lieutenant Bruno Heluin |
| 14 soldats 1 véhicule de transport de troupes |
100 soldats 6 blindés ERC-90 Sagaie Plusieurs véhicules de transport de troupes |
| 4 morts 3 blessés 4 prisonniers |
2 morts[1] 17 blessés[1] 12 prisonniers (1 échappé, 1 blessé par sniper serbe rendu le jour même, 10 échangés en juin)[2] |
| Coordonnées | 43° 51′ 12″ nord, 18° 24′ 23″ est | |
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Le combat du pont de Vrbanja est un épisode de la guerre de Bosnie-Herzégovine qui oppose, le , des Casques bleus français de la Force de maintien de la paix des Nations unies à l'armée de la république serbe de Bosnie (VRS). Les Français reprennent à cette dernière le poste d'observation de la force de protection des Nations unies (FORPRONU) situé aux deux extrémités du pont de Vrbanja à Sarajevo.
Contexte
Sarajevo est assiégée d'avril 1992 à février 1996. Le 25 mai 1995, l'ONU fait bombarder des dépôts de munitions serbes, à Pale. En représailles, les Serbes emprisonnent 375 Casques bleus, dont 103 Français[3]. Leurs images humiliantes circulent. Ils servent de boucliers humains, parqués dans des sites militaires.
Le 27 mai 1995, les Serbes attaquent le poste de Vrbanja, tenu puis repris par des casques bleus Français.
Le 11 juillet 1995, les Serbes perpétuent un massacre historique, dans la ville de Srebenica, surveillée par des casques bleus des Pays-Bas. Celui-ci, avec le bombardement du marché de Markale (à Sarajevo), le 28 août 1995, pousse la coalition internationale à riposter fermement, par une campagne de bombardements aériens contre les forces armées serbes.
Ainsi cesse cette guerre le 14 décembre 1995.
Déroulement
Le 27 mai 1995, déguisés en Casques bleus français[4], à quatre heures trente du matin, des militaires de l'armée de la république serbe de Bosnie (Vojska Republike Srpske, VRS), de la faction menée par Slavko Aleksic (les Tchetniks), s'emparent sans combat du poste Sierra Victor situé aux deux extrémités du pont historique de Vrbanja, à Sarajevo. Enjambant la rivière Miljacka, l'ouvrage se trouve au centre dévasté de la ville, entre des immeubles tenus par les belligérants (l'un, au sud, occupés par les Bosniaques ; deux, à l'ouest et au sud-ouest, par les Serbes). Les Serbes capturent ainsi douze soldats français, qu'ils retiennent en otages[5].
Sans réponse aux appels à la radio, le capitaine François Lecointre, escorté du sergent Taukapa, se rend sur place. Un soldat serbe tente de le prendre en otage[6]. Lecointre tourne les talons, protégé par le sous-officier[7].
À la demande du colonel Erik Sandhal, le général Hervé Gobilliard commandant ces unités françaises, sort de son mandat légal et ordonne de reprendre le poste[8]. Il ne consulte pas le général français Bernard Janvier, qui commande les Casques bleus. La France a tout juste changé de président de la République[9], lequel vient de donner des consignes de fermeté.
D'une longueur de soixante-cinq mètres, le long de la berge sud de la rivière, le poste comprend un point d'observation du côté est et une zone de vie établie par trois containers ; un couloir d'une trentaine de mètres conduit au poste d'observation.
La première section de la 1re compagnie (surnommée « les Forbans »), soit 31 soldats du 3e régiment d'infanterie de marine, qui sort de dix journées passées dans ce poste, est désignée pour l'opération « Douaumont ». Elle se reposait en vue d'une cérémonie de prise d'armes. Aux premières heures de la matinée, la section se met en route. Elle sort des véhicules, au cimetière juif, à quatre cents mètres au sud du pont. Le sergent-chef Check, adjoint de la section, se déploie en appui, avec des fusils de précision de 12,7 mm. Les Français parlementent avec les Bosniaques pour traverser leurs lignes. Menée par son chef, le lieutenant Bruno Heluin[10], ainsi que par le capitaine Lecointre, la section reconquiert les trois bunkers du poste et le pont, en lançant des grenades et en tirant contre ses occupants. « À mon signal, nous dévalons, baïonnette au canon dans la tranchée à une cinquantaine de mètres de l’objectif, appuyés d’abord par les tirs Bosniaques » (le lieutenant Heluin[11]).
Parti à trente mètres du pont, le premier groupe du sergent Le Couric, stoppé par les barbelés, déplore cinq blessés, dont Colantonio et Maudoigt. Le peloton de chars français et la section de véhicules de l'avant blindés (VAB) tirent en appui sur les deux immeubles serbes. Le lieutenant Heluin franchit le découvert avec le deuxième groupe. Dannat, l'infirmier, est blessé gravement au poumon. Djaouti et Coat sont blessés. Les défenses de barbelés et de croisillons sont franchies. Un merlon protège l'entrée du poste. Le FAMAS du lieutenant ne fonctionne pas. Ce dernier jette une grenade et s'élance, suivi de Dupuch, Llorente, Humblot et Jego. Le bunker oriental est pris. À son poste d'appui, le marsouin Amaru est tué. Du toit d'où il couvre la progression, le marsouin Jacky Humblot est également tué, mortellement frappé au ventre par la balle d'un tireur serbe. Delcourt avance. Dans la zone de vie, un rideau blanc se trouve devant une cuisine. Le lieutenant lance une grenade, qui fait exploser une bouteille de gaz. Delcourt et Dupuch reculent. Blessé au visage par un éclat, le lieutenant Heluin s'arrête. Un Serbe tire sur trois Français s'inquiétant du lieutenant, ensanglanté. Ils ripostent et le tuent. Trois Serbes sont capturés. Le lieutenant s'évanouit. Le capitaine Lecointre poursuit avec deux sergents, Taukapa et Hohmann, ainsi qu'avec trois autres hommes, dont le caporal-chef Dupuch. Les Serbes reculent. Deux d'entre eux font feu : l'un est blessé, l'autre, tué. Le couloir est trop étroit ; le capitaine et le groupe passent par l'extérieur, longeant les défenses. Ils lancent deux grenades. Les chars français mitraillent les Serbes qui ripostent. À l'entrée du deuxième bunker, côté ouest, les Serbes menacent de tuer deux soldats français, otages gardés sur place. Le capitaine Lecointre menace à son tour un prisonnier serbe[12]. Le colonel, un médecin et un interprète viennent négocier. En fin de journée, une tentative d'échange des soldats français prisonniers contre les prisonniers serbes échouera. La milice serbe a volontairement fait exploser une mine anti-char afin de faire passer un VAB où se trouvaient les cadavres serbes en vue de l'échange. Au moment de l'explosion le caporal Pochart et un de ses camarades se trouvaient sur la route tenus en joue par une kalashnikov. Suite à la detonation, le serbe a rafalé en direction des 2 soldats pour éviter qu'ils s'échappent. Ceci a mis fin à la tentative d'echange. Dix soldats français resteront en captivité dans des conditions extrêmes pendant deux semaines et seront soumis à des simulacres d'exécution quotidiens. Le bunker ouest est lui repris, ainsi que le pont et le poste Sierra Victor.
À 10 h 30, la section du lieutenant Heluin est relevée. Elle rejoint sa base, la patinoire Skanderja. Les blessés partent vers l'immeuble médical de l'état-major du régiment.
Parmi les quatorze soldats serbes : quatre morts, deux blessés et quatre prisonniers. L'opération a duré de 8 h 45 à 9 h 8[13].
L'attaque est appuyée par le régiment d'infanterie chars de marine, ses 70 soldats tirant au moyen des mitrailleuses de véhicules blindés, dont des ERC-90 Sagaie. Profitant de l'assaut français, des soldats de l'armée de la république de Bosnie-Herzégovine (ARBiH) ouvrent le feu sur les postes d'observation tenus par la VRS, blessant accidentellement un otage français.
Deux soldats français, les marsouins Marcel Amaru[14] posté en appui avec une mitrailleuse de 12,7, ainsi que Jacky Humblot[15], tireur de VAB, sont tués durant l'assaut par des tireurs embusqués. Dix-sept autres fantassins sont blessés, dont le lieutenant Heluin[1].
Après ce combat, les forces serbes de la VRS évitent de s'engager contre les soldats français de l'ONU déployés dans la ville[2].
Hommages
Ce combat est considéré comme la dernière charge « baïonnette au canon » de l'armée française (les soldats avaient muni leurs fusils d'assaut de cet équipement). Il eut une grande répercussion dans l'opinion publique[16].
Lors des obsèques des marsouins Amaru et Humblot, le à Vannes, le président Jacques Chirac déclare : « Les marsouins Amaru et Humblot sont morts pour une certaine idée de la France, une France qui refuse de s'abandonner à la fatalité et à l'irresponsabilité[17]. » Une plaque sur le pont mentionne leurs noms[18].
Par décret du 14 juin 1995, le capitaine Lecointre et le lieutenant Heluin sont faits chevaliers de la Légion d'honneur[19].
Par décret du 20 juin 1995, le sergent-chef Check, les sergents Taukapa et Le Couric, le caporal-chef Dupuch et le soldat Lemarie reçoivent la médaille militaire.
Par décret du 26 juillet 1995, le soldat de première classe Marcel Amaru et le soldat Jacky Humblot sont décorés de la médaille militaire.
Une voie d'Angoulême, sa ville natale, porte le nom de Jacky Humblot.
En 2016, un musée est créé à Bordeaux, dans la caserne Nansouty, en hommage à ce fait d'armes[20].
Le 29 mai 2020, une cérémonie commémorative rappelle le 25e anniversaire de l'assaut[21].
Le 27 mai 2025 se tient aux Invalides la journée de commémoration du trentième anniversaire de cet acte de guerre[22].
Soldats du 3e RIMa lors de l'assaut
- Capitaine François Lecointre
- Lieutenant Bruno Heluin
- Sergent-chef Amir Check
- Sergent Alefonsio Taukapa[23]
- Sergent Philippe Le Couric
- Sergent Frédéric Hohmann
- Caporal-chef Patrick Dupuch
- Caporal-chef Saada Bentehami
- Caporal-chef Evaristo Llorente
- Caporal-chef Cyril Jego
- Caporal-chef Stéphan Colantonio
- Caporal-chef Jérôme Ibanez
- Caporal-chef Patrice Dannat
- Caporal Anthony Brebion
- Caporal Éric Coat
- Caporal Olivier Launay
- Caporal Martial Lanthier
- 1re classe Benoit Maillard
- 1re classe Samuel Cosyns
- 1re classe Patrick Mandart
- 1re classe Donnee
- 1re classe Mickaël Lemarie
- 1re classe Yvon Lhuissier
- 1re classe Cyriaque Delcourt
- 1re classe William Quintana
- 1re classe Philippe Laurent
- 1re classe Frédéric Lescornez
- Marsouin Marcel Amaru († tué à l'ennemi)
- Marsouin Jacky Humblot († tué à l'ennemi)
- Marsouin Cédric Maudoigt
- Marsouin Frédéric Henrion
- Marsouin Djaouti
Caporal David Pochart (otage)
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Battle of Vrbanja bridge » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 Philippe Chapleau, « Pont de Vrbanja : les Forbans du 3e RIMa ont désormais leur petit musée à Bordeaux », Lignes de défense,
- 1 2 (en) « The day the Serbs went the bridge too far », The Independent, (consulté le )
- ↑ https://www.cairn.info/revue-inflexions-2006-1-page-173.htm
- ↑ « Le jour où les Casques bleus français se sont rebiffés », Le Point, , modifié le (consulté le )
- ↑ https://archives.defense.gouv.fr/terre/actu-terre/archives/27-mai-1995-les-marsouins-reprennent-le-pont-de-vrbanja.html
- ↑ https://www.calameo.com/books/000413241fbf649074ce0
- ↑ https://www.lepoint.fr/monde/le-jour-ou-les-casques-bleus-francais-se-sont-rebiffes-22-07-1995-8571_24.php
- ↑ https://www.cairn.info/revue-cites-2007-4-page-93.htm
- ↑ https://www.elysee.fr/la-presidence/proclamation-des-resultats-du-scrutin-du-7-mai-199
- ↑ https://lavoiedelepee.blogspot.com/2012/05/assaut-1.html
- ↑ livre de Michel Goya, "Sous le feu : La mort comme hypothèse de travail", éditions Tallandier, 2014
- ↑ Entre guerres, F. Lecointre, chez Gallimard, 2024, page 106
- ↑ https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-lundi-06-mars-2023-5206232
- ↑ Caporal Marcel Amaru, né le 20 décembre 1970 à Uturoa-Raiatea (Polynésie Française), Mort pour la France le 27 mai 1995 (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine), à 24 ans. Médaille militaire (à titre posthume). Voir : « Mémoires des hommes, Ministère des Armées »
- ↑ Jacky Humblot, né le 6 octobre 1976 à Angoulême (Charente), Mort pour la France le 27 mai 1995 (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine), à 18 ans. Médaille militaire (à titre posthume). Voir : « Mémoires des hommes, Ministère des Armées »
- ↑ « 1995, Sarajevo, l'assaut des Casques Bleus français sur le pont de Vrbanja », sur France Inter, (consulté le ) 28e minute
- ↑ « Hommage présidentiel aux Casques bleus tués », Libération, (consulté le )
- ↑ https://archives.defense.gouv.fr/actualites/international/visite-officielle-du-cema-dans-les-balkans-occidentaux.html
- ↑ https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000168862
- ↑ https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2016/03/31/pont-de-vrbanja-15927.html
- ↑ https://archives.defense.gouv.fr/ema/chef-d-etat-major-des-armees/actualite/commemoration-du-25e-anniversaire-des-combats-du-pont-de-vrbanja.html
- ↑ https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/Note%20aux%20r%C3%A9dactions_Comm%C3%A9moration%20du%2030e%20anniversaire%20des%20combats%20du%20pont%20de%20Vrbanja%2C%20le%2027%20mai%202025%20dans%20la%20cour%20d%E2%80%99honneur%20de%20l%E2%80%99H%C3%B4tel%20national%20des%20Invalides.pdf
- ↑ https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000001746984
Voir aussi
Bibliographie
- Hervé-Michel Gobilliard, Barbara Guibal et Guillaume Desert, « La prise du pont de Vrbanja : un acte de guerre des soldats de la paix », Cités, Presses universitaires de France, vol. 32, no 4, , p. 93-100 (ISSN 1299-5495, OCLC 46890605, DOI https://doi.org/10.3917/cite.032.0093
).
- Rapport du lieutenant Heluin, Enseignements tirés de la reprise du pont de Verbanja (27 mai 1995).
Article connexe
Émission radiophonique
- Fabrice Drouelle, « 1995, Sarajevo, l'assaut des Casques Bleus français sur le pont de Vrbanja », émission de 54 min [
], sur France Inter, Affaires sensibles, (consulté le ).
Liens externes
- « « 27 mai 1995 : les marsouins reprennent le pont de Vrbanja… », sur ministère de la Défense français »
- « « Assaut sur Verbanja-27 mai 1995 » », extrait de Sous le feu - La mort comme hypothèse de travail.
- « - French peacekeepers assault on the Vrbanja bridge - Bosnian war », sur youtube
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