Constitution monégasque de 1911
| Titre | Loi constitutionnelle portant organisation de la Principauté de Monaco |
|---|---|
| Pays |
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| Branche | Droit constitutionnel |
| Rédacteur(s) | Louis Renault ; André Weiss ; Jules Roche |
|---|---|
| Signature | 5 janvier 1911 |
| Promulgation | 7 janvier 1911 |
| Abrogation |
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La constitution monégasque de 1911 est la norme juridique suprême qui régit la principauté de Monaco de 1911 à 1962.
Le prince Florestan Ier de Monaco tente vainement d'établir une charte en 1848 mais la sécession de Menton et Roquebrune dans le contexte des révolutions européennes de cette année ne le lui permet pas[2]. La première constitution est octroyée par le prince Albert Ier le à la suite de la révolution monégasque, créant ainsi le Conseil national, chambre des représentants du peuple. Elle met ainsi un terme à la monarchie absolue et institut une monarchie constitutionnelle et parlementaire.
La constitution est remplacée par la constitution du 17 décembre 1962.
Contexte historique
Régime princier absolu avant 1911
Avant 1911, le prince gouvernait la principauté de manière absolue, selon une vision paternaliste[3], ou, lorsque le Souverain n'était pas en Principauté, cette fonction exécutive était confiée à un gouverneur général (lequel sera remplacé par un Ministre d'État), assisté par un Conseil d'État.
En , un embryon de gouvernement fut établi, par la création d'un Conseil supérieur de Gouvernement, mais, néanmoins, ce dernier demeurait dominé par la voix prépondérante du gouverneur général.
L'exercice de la fonction législative n'était à l'époque qu'entre les mains du Prince, lequel légiférait par ordonnances souveraines.
Par ailleurs, l'existence d'une Commission communale n'impliquait pas pour autant des mécanismes de désignation démocratiques pour ses membres, dans la mesure où ils étaient directement nommés par le monarque.
Si l'absence d'institutions démocratiques en Principauté avait – au cours du XIXe siècle – été justifiée en raison de « l'exigüité du territoire et de la modicité de sa population »[4], l'émergence d'une classe sociale nouvelle coïncida avec sa volonté d'avoir son mot à dire dans la conduite des affaires publiques.
Revendications populaires des années 1910
L'émergence d'une élite locale monégasque au début du XXe siècle eu pour effet d'inquiéter la haute administration de nationalité française en Principauté, qui vit d'un mauvais œil les revendications de nationaux alors extrêmement minoritaires dans leur propre pays.
Néanmoins, le [5] naquit le premier mouvement politique de l'histoire de Monaco : le Comité monégasque. Regroupés en son sein derrière des figures telles que l'avocat Suffren Reymond ou encore l'architecte Eugène Marquet, ces notables monégasques commencèrent à porter leurs revendications :
- la réforme du champ municipal (modification du fonctionnement et extension des attributions de la Commission communale)
- la reconnaissance de libertés fondamentales (liberté de la presse, de réunion)
Le , une assemblée populaire regroupant près de 800 personnes adopta un cahier de doléances, remis au Prince Albert Ier. Le Souverain y répondit par une série d'ordonnances souveraines en mai et , qui permirent l'élection des membres de la Commission communale (excepté le Maire et son premier adjoint) par les monégasques (), et qui reconnurent la liberté de réunion () et de la presse ().
Entrée sous pression dans le constitutionnalisme
Le point de rupture intervient en , lorsqu’un courrier du Comité monégasque est adressé au président du Conseil français, Aristide Briand. Dans cette lettre, les réformateurs critiquent la création d'une commission franco-monégasque exclusivement composée de fonctionnaires français. Cette initiative du Comité entraînera sa dissolution le par le Prince Albert Ier.
Suite à une rencontre manquée entre le Prince et les réformateurs à Paris, Albert Ier s'en remit à son fils le Prince héréditaire Louis II pour recevoir les élus municipaux au Palais. Lors de cette entrevue, il les informe qu'un régime constitutionnel leur sera prochainement octroyé.
Lorsqu'il reçut quatre délégués monégasques à Paris le , le Prince Albert Ier les informa qu'il ne comptait pas sur eux pour la rédaction du texte constitutionnel, mais qu'il s'appuierait sur « des experts compétents et sûrs », en les personnes de Louis Renault, professeur de droit et juriste internationaliste, André Weiss, universitaire, et Jules Roche, ancien ministre : trois jurisconsultes de nationalité française.
Élaboration et nature juridique
Élaboration unilatérale
Les jurisconsultes – spécialisés en droit international – de la Commission de rédaction fournirent dès un projet au Prince Albert Ier. Cependant, les délégués populaires ne découvrirent () le texte constitutionnel uniquement à l'achèvement de ce dernier, ce qui démontre d'une volonté claire du Souverain de conserver l'intégralité du pouvoir constituant entre ses mains, à l'image du terme d'octroi du texte, qui relève ainsi d'une volonté unilatérale du monarque (comme pour les Chartes constitutionnelles de 1814 et de 1830 en France).
Ce procédé de révélation du texte, eu pour effet – dans la mesure où aucune des revendications populaires ne fût retrouvée dans les travaux des jurisconsultes – de frustrer bon nombre de sujets monégasques, qui, impuissants, ne pouvaient que constater leur place très relative dans ce nouveau régime politique.
Négation d'un fait national monégasque
Après avoir recensé la population monégasque et avoir constaté la minorité que représentaient les monégasques sur leur propre sol, les juristes français écartèrent toute possibilité d'établir à Monaco un régime de type parlementaire. Arguant que la souveraineté de Monaco résidait exclusivement dans la personne de son seigneur devenu Prince, ils refusèrent d'accorder des droits politiques au peuple monégasque, et ce, en faisant fi des liens qui l'unissait avec son Souverain.
Contenu
Organisation du texte
La Constitution du se compose de 57 articles, répartis en sept titres. Est rappelé dans le préambule de cette dernière que sa promulgation relève du « libre exercice de l'autorité souveraine » du Prince, ce qu'affirme formellement l'octroi de ce texte.
L'article premier souligne la nécessité pour un État indépendant de posséder une Constitution, et l'article 2 réaffirme l'autorité princière.
Innovations
Les articles 3 et 4 consacrent la création d'un domaine public (inaliénable et imprescriptible) et d'un budget public, lesquels correspondaient auparavant au domaine et budget princier.
Par ailleurs, les dix articles du titre II (Les droits publics) de la Constitution énoncent un certain nombre de droits fondamentaux reconnus aux monégasques, tels que l'égalité devant la loi des monégasques (art. 5), la liberté d'opinion et des cultes (art. 10), ainsi que la liberté de réunion (art. 12).
Fondation d'un État de droit
L'article 14 consacre la création d'un Tribunal Suprême, alors chargé de veiller au respect des libertés et droits fondamentaux reconnus au titre II de la Constitution. Par cette innovation envergure, la Principauté de Monaco devient le premier État au monde à créer une Cour constitutionnelle par sa Constitution[4]. En effet, c'est la jurisprudence par l'arrêt Marbury v. Madison (1803) et non pas la Constitution de 1787 qui a conféré à la Cour suprême des États-Unis sa compétence constitutionnelle. De la même manière, l'activité du Tribunal d'Empire[6] d'Autriche-Hongrie de 1867 consistait principalement à régler les conflits de compétence entre les États fédérés et les juridictions impériales. Ce Tribunal Suprême pouvait alors être saisi par tout justiciable, bien que dans les faits, il ne sera effectif qu'en 1924.
Formalisation de la fonction exécutive
En outre, le Ministre d'État remplace le Gouverneur général à la tête du Gouvernement, qu'il préside avec voix prépondérante. Ce dernier conduit les relations internationales, dispose de la force publique et préside le Conseil d'État (art. 16). Le Conseil d'État est une instance composée de sept membres chargée de préparer et de soumettre les actes juridiques (les plus importants) au Prince.
Le Conseil de gouvernement était quant à lui composé de trois membres nommés par le Prince (intérieur, finances, travaux publics).
Réforme de la fonction législative
La fonction législative demeure désormais partagée (art. 21) entre le Prince et un Conseil National alors composé de 21 membres élus pour 4 ans au suffrage universel masculin, hormis le président et le vice-président, lesquels sont nommés par le Prince (art. 23). Le Prince possède la seule initiative législative (art. 30), bien que le Conseil National puisse lui demander de proposer des textes (propositions de loi) sur un sujet déterminé (art. 31). Le Souverain peut également dissoudre l'assemblée après avis du Conseil d'État (art. 27) et s'adresser aux conseillers nationaux via des messages (art. 28).
Est reconnue au Conseil National une compétence en matière budgétaire (art. 33, 35 et 36) et en matière de levée d'impôts directs – matière dans laquelle il possède l'initiative – (art. 32).
Enfin, le Prince promulgue et sanctionne les lois (art. 30).
Place des institutions communales
Notes et références
- ↑ Legimonaco, (version avant et après modification de 2002).
- ↑ Julien Padovani, « Joël-Benoît d’Onorio, Monaco, Monarchie et démocratie », Les Cahiers Portalis, vol. 4, no 1, , p. 141-143 (DOI 10.3917/capo.004.0141, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Célebration du Centenaire de la Constitution – Comment la Principauté de Monaco est devenue un Etat Constitutionnel, par M. Georges GRINDA / Journal 7998 / Année 2011 / Journaux / Accueil - Journal de Monaco », sur journaldemonaco.gouv.mc (consulté le )
- 1 2 Joël-Benoît d' Onorio, Monaco, monarchie et démocratie, Presses universitaires d'Aix-Marseille, (ISBN 978-2-7314-1040-2)
- ↑ Félicitas Guillot, Reflets d'un siècle de vie publique monégasque, 1910/1911-2010/2011: des mouvances aux mouvements en principauté de Monaco: deo juvante, Serre, (ISBN 978-2-86410-540-4)
- ↑ « Loi fondamentale du 21 décembre 1867 sur l'institution d'un tribunal de l'Empire », sur Digithèque MJP (consulté le )
Voir aussi
Articles connexes
Lien externe
Constitution de la Principauté (site du gouvernement monégasque)
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