Criminologie queer
La criminologie queer est la branche de la criminologie critique (en) et des études gaies et lesbiennes qui étudie les relations entre la communauté LGBT et le système judiciaire.
Caractéristiques
La criminologie queer suit une approche similaire à la criminologie critique féministe[1].
Outre la reconnaissance des droits LGBT, elle s'intéresse à la façon dont les discriminations et préjugés systémiques à l'encontre des personnes LGBT affectent ces dernières en pratique dans les systèmes judiciaires, policier et carcéral, qu'elles soient victimes, suspectes ou professionnels de ces domaines[2].
Elle est une tentative d'élargir les perspectives de la criminologie classique, qui a tendu historiquement soit à ignorer les problématiques spécifiques aux personnes LGBT, soit à les stigmatiser, par exemple dans les travaux du pionnier de la criminologie du XIXe siècle, Cesare Lombroso[3].
Par la suite, les sociologues tels que Howard Becker ou Edwin Lemert et les criminologues ont eu tendance au cours du XXe siècle à voir dans les personnes LGBT des « déviants » et à les envisager d'abord sous ce prisme[4], établissant un lien de causalité entre l'appartenance de certains criminels à des minorités sexuelles et leurs crimes, là où ce lien ne serait pas fait pour des personnes hétérosexuelles[5].
Parallèlement à cela, les analyses avancées par différentes écoles de criminologie, sur les causes de la criminalité, ou sur l'application concrète de certaines lois, ne tenaient pas compte des discriminations subies par les personnes LGBT.
Ainsi, par exemple, le sociologue américain W.J. Chambliss a-t-il proposé en 1964 une analyse des lois sur le vagabondage au Royaume-Uni et aux États-Unis[6] selon laquelle l'émergence et l'application de ces lois était motivée en grande partie par des raisons économiques. Cette analyse a été par la suite critiquée comme négligeant voire occultant l'utilisation de ces lois à des fins de discriminations vis-à-vis de personnes LGBT[4].
Un des sujets d'étude majeur de la criminologie queer est donc la manière dont les personnes LGBT deviennent hors-la-loi.
Outre les lois criminalisant leur existence même, l'homophobie a souvent pour conséquence leur rejet hors de leurs familles, de la discrimination dans la recherche de logements ou d'emplois et une application différenciée de la loi par les forces de l'ordre à leur encontre. Ces facteurs se combinent pour aboutir à une exclusion sociale des personnes LGBT et multiplient leurs chances de se tourner vers la criminalité, tout en diminuant leurs possibilités de désistance[7].
Articles connexes
Références
- ↑ Ricordeau 2020, Chapitre 1 : "L'abolitionnisme pénal" section "Développements académiques et théoriques".
- ↑ Buist et Lenning 2022.
- ↑ Woods 2014.
- 1 2 Woods 2013.
- ↑ Buist et Lenning 2022, 3 QUEER CRIMINOLOGY AT THE INTERSECTIONS : Victimization and offending.
- ↑ William J. Chambliss, « A Sociological Analysis of the Law of Vagrancy », Social Problems, (présentation en ligne)
- ↑ Asquith, Dwyer et Simpson 2017.
Bibliographie
- (en) Matthew Ball, « Queer Criminology, Critique, and the “Art of Not Being Governed” », Critical Criminology, Springer Science+Business Media, vol. 22, no 1, , p. 21-34 (ISSN 1205-8629 et 1572-9877, DOI 10.1007/S10612-013-9223-2).
- (en) Jordan Blair Woods, « Queer Contestations and the Future of a Critical ‘‘Queer’’ Criminology », Critical Criminology, Springer Science+Business Media, (ISSN 1205-8629 et 1572-9877, DOI 10.1007/S10612-013-9222-3).
- (en) Jordan Blair Woods, « The birth of modern criminology and gendered constructions of homosexual criminal identity », Journal of Homosexuality, États-Unis, Routledge et Taylor & Francis, vol. 62, no 2, , p. 131-166 (ISSN 0091-8369 et 1540-3602, OCLC 01790856, PMID 25265480, DOI 10.1080/00918369.2014.969053).
- (en) Dana Peterson (éditeur) et Vanessa Panfil (éditeur), Handbook of LGBT Communities, Crime, and Justice, Springer, , 531–555 p. (ISBN 978-1-4614-9188-0, DOI 10.1007/978-1-4614-9188-0, lire en ligne)
- Nicole L. Asquith, Angela Dwyer et Paul Simpson, « A Queer Criminal Career », Current Issues in Criminal Justice, no 29, , p. 167 (lire en ligne)
- (en) Angela Dwyer (éditeur), Matthew Ball (éditeur) et Thomas Croft (éditeur), Queering Criminology, Londres, Palgrave Macmillan (DOI 10.1057/9781137513342, présentation en ligne)
- Gwenola Ricordeau, Pour elles toutes : femmes contre la prison, Lux, (ISBN 978-2-89596-313-4 et 2-89596-313-4, OCLC 1131690060, lire en ligne)
- (en) Carrie L. Buist et Emily Lenning, Queer Criminology, Routledge, (1re éd. 2016) (ISBN 978-1-000-63131-9)
- Carrie L. Buist et Lindsay Kahle Semprevivo, Queering Criminology in Theory and Praxis : Reimagining Justice in the Criminal Legal System and Beyond, Bristol University Press, (DOI 10.46692/9781529210712)
- (en) George B. Radics, « Queer Criminology Through the Lens of the Global South and Its Impact on Human Rights », dans Weber, L., Marmo, M., A Research Agenda for a Human Rights Centred Criminology, Palgrave Macmillan, Cham., coll. « Palgrave Critical Studies in Human Rights and Criminology », (DOI https://doi.org/10.1007/978-3-031-46289-4_11)
Liens externes
- (en) « Division on Queer Criminology » (consulté le ), site de la section de criminologie queer de l'American Society of Criminology.
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