Dispersion funéraire

La dispersion est un mode de funérailles qui vise à un retour à la nature de la personne défunte après sa crémation. Elle est de ce fait intimement liée et conséquente de la crémation. Les restes corporels issus du four crématoire sont éparpillés, dispersés, dans un élément naturel : espace aquatique, terrestre ou aérien. Cela est souvent considéré comme un retour symbolique de la personne défunte à la nature[1]. De plus la philosophie crématiste préfère la dispersion à la sépulture en prônant "la terre aux vivants".

Historique

Période antique

Dans la période antique de la crémation, jusqu’à la fin du 1er siècle, moment où elle a été bannie, les restes  constitués des os calcinés étaient mis dans une poterie qui était enfouie dans le sol[2] et surmontée d’un cippe (stèle funéraire).

Quant à la notion elle-même de dispersion des restes corporels après crémation , elle est inexistante à l’époque antique, sauf lorsque l’on voulait « effacer » quelqu’un en lui refusant une sépulture et le culte de la personne : par exemple, en 177 Sainte Blandine et ses compagnons chrétiens ont été dispersées dans le fleuve à Lyon par le pouvoir romain[3].

Période moderne

La crémation est réintroduite en France à la fin du XIXe siècle avec la Loi sur la Liberté de funérailles en 1887[4]. De ce moment là à nos jours, on peut parler de l’époque moderne de la crémation et avec, de la dispersion, puisqu'elle en découle.

Graphique taux de crémation depuis 1887
Graphique taux de crémation depuis 1887

La notion de dispersion, elle, est évoquée dès 1886, un an avant le début de construction du premier four crématoire au cimetière du Père Lachaise à Paris,  pour fertiliser les sols[5]. De 1887 jusqu’en 1980,  soit près d’un siècle, la crémation et avec, l’éventuelle dispersion des restes osseux, reste très marginale et concerne moins de 1% % des décès[6]. Puis, une évolution, subite et continue, du taux de crémation est observée (graphique) à partir de 1980 . Elle correspondrait à l’obligation à partir de 1977[7] de réduire en poudre ("Aussitôt après la crémation, les cendres sont pulvérisées....") les os calcinés[2] issus du four crématoire ( source 1 à consulter pour le coup d'oeil impressionnant page 67). Avant cette obligation ces os étaient mis dans des boites en bois de taille conséquente (style boite à ossuaire) et leur dispersion était évidemment peu acceptable visuellement et symboliquement. On peut se demander si cette transformation en poudre des os, avec son aspect « cendres », n’est pas à l’origine de la popularisation fulgurante de la crémation (voir graphique) avec une dispersion « des cendres » devenue, de ce fait, visuellement et symboliquement acceptable.

La dispersion en elle même,  n’est légalement reconnue  en France que depuis 2008[8].

Statistiques

Le choix de la dispersion des restes corporels, issus du four crématoire puis pulvérisés, reste à l’appréciation de la personne défunte ou éventuellement de ses proches en charge de ses funérailles. La dispersion dite "en pleine nature" doit faire l’objet d’une déclaration en mairie, mais ce n'est que rarement le cas : Il n’y a donc pas de statistiques disponibles et il faut se reporter aux souhaits exprimés dans les enquêtes CSNAF-CREDOC[9].

La dispersion étant consécutive à la crémation pour 50% des personnes crématisées[9], c’est en suivant la courbe du taux de crémation[10] que l’on peut supputer l’importance de sa pratique. Or, cette courbe (graphique) montre que la popularisation de la crémation est intimement liée à l’acceptabilité de la dispersion des restes corporels une fois réduits en poudre. Le gouvernement le confirme[11]. Il en est même à se demander si le fait de pouvoir disperser en toute acceptabilité et sans remords - puisque l’on a plus à faire à un « matériau » qu’à des os- n’est pas un des moteurs de la crémation elle-même.

Parmi les souhaits de destination « des cendres » (image), la dispersion est envisagée par 55% des sondés en 2019 et est en baisse à 50% en 2024 au profit de la sépulture en urne[9]  (Image)

Quant aux lieux de dispersion souhaités, le Jardin du souvenir est en nette perte de vitesse en passant de 23% en 2019 à 17% en 2024[9], alors que la dispersion en pleine nature reste stable.

Sémantique : Dispersion d'une « Personne en urne »  ou des «cendres »

En France, la dénomination officielle du processus est dispersion "des cendres ». Cette appellation n'est cependant pas très conforme au Code Civil[12]  qui impose le respect du défunt, même après sa mort ainsi qu’après sa crémation. En effet, le terme « cendres » se réfère, légalement et physiquement à la réalité corporelle d’une personne défunte . Il s'agit donc bien d'une Personne. Suite à la Loi du 19 décembre 2008, les restes osseux issue du four crématoire ont le statut d’une Personne au sens du droit[12] à l'instar de d'une personne en cercueil. Les cendres sont nommées «calcius» dans le milieu funéraire. De plus, il s'agit réellement d'ossements calcinés[2] (voir la photo dans l'ouvrage cité) suffisamment reconnaissables pour que dans le rite funéraire  japonais ils soient empilables  des pieds à la tête en respectant l’ordre  corporel. En France, ils sont fragmentés dès la sortie du four puis broyés pour les réduire en poudre. Ce processus appelé « pulvérisation ». est obligatoire[7] .  Ce caractère obligatoire est reproché[13] par certains car l’autorisation du broyage de ses os n’est pas recueilli auprès du défunt ou de ses proches en charge de ses funérailles comme il l'est pour sa crémation.

Le Jardin du souvenir utilisé comme un jardin de tombes
Jardin du souvenir, cimetière de la Madeleine, Amiens 2025
panneau d'interdiction de dépôts
Panneau d'interdiction de dépôts. Jardin du souvenir du Cimetière La Madeleine à Amiens 2025

Une dénomination plus conforme à la réalité et plus respectueuse[12] de la Personne défunte serait « dispersion d'une personne en urne » au lieu de « dispersion des cendres ».

L’alternative à la dispersion, comme choix de funérailles, est d’opter pour une sépulture. En effet, cette dernière constitue un lieu repéré où l'intégralité des restes corporelles reposent ensemble et sont identifiés par le nom de la personne. Soit, l’extrême opposée de la dispersion où les restes sont définitivement épars et le lieu anonyme. Certains tanguent entre dispersion et sépulture , comme le Jardin du souvenir du cimetière de La Madeleine à Amiens en témoigne (photo) et l'atteste bien que ce soit interdit (photo) . Permettre une sépulture au cimetière sur un emplacement gratuit du terrain communal est une obligation[14],[15] du Maire de chaque commune :. « une sépulture est due… »[16]

Le terrain communal, une alternative à la dispersion au cimetière[14].

Si la dispersion est choisie pour des questions de simplicité et de faible cout, mais avec cependant le regret de ne pouvoir disposer d’un lieu précis de recueillement (image Amiens), l’alternative[14] est d’établir une sépulture  d‘urne au cimetière, dans l’espace gratuit qu'est le terrain communal du cimetière, c’est à dire sans avoir à payer de concession . Cette option est valable pour les personnes en urnes comme pour les personnes en cercueil[15]. En optant  pour une mise en terre de l’urne, la solution la plus économique, on obtient une sépulture nominative, un processus aussi simple qu'une dispersion mais avec un lieu de recueillement  Cette alternative est disponible pour tout un chacun dans sa commune de résidence, de décès ou dans celle où il dispose d’une tombe de famille[15],[16].

Réglementation en France

On remarquera[17] que les cendres doivent être dispersées dans leur totalité et qu’il n’est pas permis de fractionner ou de faire connaître plusieurs destinations en même temps (exemple : moitié en dispersion et moitié en sépulture).

Dispersion au sein d'un cimetière ou d'un site cinéraire

Les espaces funéraires sont des espaces communaux où le Maire a tout pouvoir d’organisation, de gestion et de police[18].L’on peut opter pour la dispersion des cendres dans l'espace aménagé à cet effet, le « jardin du souvenir », ou souvent dans un «puit de dispersion» (voir Jardin du souvenir). L’on ne peut pas procéder soi-même à la dispersion des cendres en cimetière.

Dispersion des cendres en pleine nature

Une déclaration doit être faite à la mairie du lieu de naissance du défunt. Un registre indique l'identité du défunt, la date et le lieu de dispersion des cendres; Le transport terrestre d'une urne sur le territoire national ne nécessite aucune formalité[17].

Pour être en pleine nature, le lieu de dispersion doit n'appartenir à personne sauf autorisation et ne pas être clos. La dispersion est interdite sur la voie publique ou dans un lieu public (stade, square, jardin public, etc.). La dispersion peut être interdite sur les cours d'eau (se renseigner auprès de la mairie de la commune concernée). La dispersion des cendres ou l'immersion de l'urne (en matière biodégradable) est autorisée en pleine mer mais à 300m du rivage[17].

La dispersion est interdite dans un jardin privé. Toutefois, la dispersion dans une grande étendue (champ, prairie, forêt, etc.) accessible au public et non close mais appartenant à une personne privée est possible. Il faut l'accord préalable du propriétaire du terrain[17].

Attention, un lieu où est pratiqué une dispersion en devient possiblement sanctuarisé. C'est une conséquence de l'article 16–1-1 du Code civil, qui impose le respect envers les personnes défuntes[12]. Cette sanctuarisation peut être source de problèmes. Peut-on disperser une personne défunte  sur une autre dans un Jardin du souvenir ? Peut-on tondre la pelouse du jardin du souvenir ? Ce sont des questions qui se posent.

Délai pour la dispersion : La loi prévoit un délai d’un an après la crémation pour organiser une dispersion « des cendres » ou une sépulture d’urne[8].

Anomalies légales

1) Le caractère obligatoire[7] du broyage des os calcinés[2] est contradictoire avec le respect dû à une personne en urne depuis 2008[12] . Sauf, bien sûr, si la personne exprime la volonté que ses restes soient broyés. Cependant, à aucun moment le défunt, ou ses proches en charge de ses funérailles, n’ont l’occasion d’exprimer leur avis comme ils le font pour sa crémation. Entre autres, dans le devis type de prestations funéraires  imposé par le gouvernement aux pompes funèbres depuis  2010. En conséquence, à l’obligation de broyage se cumule l’absence d’autorisation : deux fautes de légalité par non respect des personnes défuntes[12] . 2) Autre incongruité légale : l’impossibilité pratique, mais pas légale, pour une personne en urne d’avoir un emplacement gratuit de sépulture en « terrain communal du cimetière». La loi de 2008, en reconnaissant qu’il y a une Personne dans l’urne, ouvrait à cette disposition. Malgré cela il fallu attendre onze ans (2008-2019) pour que ce soit clairement exprimé à travers un site légalisé[14] : service-public.fr (page crémation > destination des cendres > au cimetière). Cependant, six ans plus tard, à ce jour (mai 2025), cette disposition n’est toujours pas appliquée par les maires de chaque commune comme ils en ont le devoir[17],[15][16]. Par exemple la ville de Lyon, historiquement très versée sur la crémation, ne propose pas[19] d’emplacement gratuit de sépulture d'urne. Pourtant elle a un service funéraire conséquent qui devrait lui permettre d’être au fait de cette disposition. Les autres grandes villes en sont au même point et, à priori, seul le tout petit hameau de Fontgillarde dépendant de Molines-en-Queyras (05350) est au goût du jour, un peu par hasard, car ce hameau a toujours eut un cimetière géré selon le régime du terrain communal , c'est à dire en n’ayant jamais octroyé de concessions. Il serait souhaitable que, dans toutes les communes, une affichette (image) soit visible par le public au Service d'état civil et aux guichets des agences de pompes funèbres et crématoriums agréés par la Mairie.

Rituels et opposition de l'église catholique

Rituels

La dispersion peut faire l’objet d’une cérémonie organisée par la famille, en respectant les volontés du défunt et en suivant les règles légales. La personnalisation de cette cérémonie peut inclure lectures, musique ou symboles, pour rendre hommage de manière significative. Mais, de facto, la dispersion n’offre pas un lieu précis et nominatif où se recueillir plus tard ce que, à contrario, permet une sépulture d’urne.

Opposition de l’église catholique

La crémation, en elle-même, fut bannie (1917)[20] puis admise (1963)[21] par le Vatican.

Par contre, concernant la dispersion, l’église catholique y est fermement opposée. L’Instruction Ad resurgendum Christo, « Pour ressusciter avec le Christ » du 15 août 2016[22], précise « Art. 7. Pour éviter tout malentendu de type panthéiste, naturaliste ou nihiliste, la dispersion des cendres dans l’air, sur terre, dans l’eau ou de toute autre manière, n’est pas permise ; il en est de même de la conservation des cendres issues de l’incinération dans des souvenirs, des bijoux ou d’autres objets. En effet, les raisons hygiéniques, sociales ou économiques qui peuvent motiver le choix de l’incinération ne s’appliquent pas à ces procédés. Art. 8. Dans le cas où le défunt aurait, de manière notoire, requis l’incinération et la dispersion de ses cendres dans la nature pour des raisons contraires à la foi chrétienne, on doit lui refuser les obsèques, conformément aux dispositions du droit ».

Notes et références

  1. https://info-obseques.com/cremation-et-dispersion-des-cendres-lieux-reglementations-et-significations/
  2. 1 2 3 4 Isabelle Le Goff, Cadavre et crémation, Open editions, (lire en ligne), page 67
  3. https://www.lyon-visite.info/traboules-croix-rousse/
  4. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000021810111
  5. "les cendres renfermant des principes précieux pour la végétation seraient déposées dans nos champs. On les rendrait ainsi « à leur destination providentielle, » dit le célèbre docteur Henry Thompson" Extrait de "La crémation et ses bienfaits" d’ ALEXANDRE BONNEAU 1886
  6. FFC Fédération Française de Crémation
  7. 1 2 3 Décret 77-241 1977-03-07 JORF et JONC 18 Mars 1977 "Aussitôt après la crémation, les cendres sont pulvérisées"
  8. 1 2 Loi du 19 décembre 2008
  9. 1 2 3 4 https://csnaf.fr/wp-content/uploads/2024/07/Les-Francais-et-les-obseques-2024-RAPPORT_TOTAL_VFinaledef.pdf
  10. Données de la FFC (Fédération Française de Crémation)
  11. Journal officiel du 9 février 2016, Le ministère, répondant à une Q.E., confirme cette obligation (de broyage) en la justifiant comme une opération permettant la dispersion des cendres
  12. 1 2 3 4 5 6 Article 16-1-1 du Code civil
  13. JO Assemblée  09/02/2016 page : 1338
  14. 1 2 3 4 Etat français, « service-public.fr », sur service-public.fr, page "crémation"
  15. 1 2 3 4 Etat français, « service-public.fr, page "inhumation (enterrement)" », sur service-public.fr
  16. 1 2 3 Article L 2223-3 du CGCT
  17. 1 2 3 4 5 https://www.resonance-funeraire.com/magazine/reglementation/5874-la-declaration-de-dispersion-de-cendres-en-pleine-nature
  18. CGTC . Code Général des Collectivités Territoriales
  19. Entretien téléphonique 04 37 70 00 Cimetières de LYON le 09/05/2025 à 10h37
  20. Code de droit canonique de 1917, canon 1203
  21. Instruction du Saint-Office approuvée par Paul VI le 5 juillet 1963, mais publiée seulement le 24 octobre 1964
  22. Instruction Ad resurgendum Christo, « Pour ressusciter avec le Christ » 15 août 2016
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