Domitila Barrios de Chungara

Domitila Barrios de Chungara
Biographie
Naissance
Décès
(à 74 ans)
Cochabamba
Sépulture
Cimetière général de Cochabamba (d)
Nationalité
Activités
Autres informations
Mouvement
Distinctions

Domitila Barrios de Chungara, née le à Llallagua et morte le à Cochabamba, est une autochtone bolivienne[1] et figure éminente du féminisme bolivien.

Issue d'une famille modeste, elle a donné de nombreux témoignages sur les souffrances subies par les mineurs de son pays.

Elle est connue pour sa lutte pacifique contre les dictatures de René Barrientos Ortuño et Hugo Banzer Suárez.

Biographie

Domitila Barrios naît le dans la communauté de Catavi (en), près de la mine Siglo XX. À dix ans, les conditions de vie difficiles dans la ville minière coûtent la vie à sa mère et elle doit s'occuper de ses cinq jeunes sœurs, car son père travaille toute la journée comme couturier pour la police minière. Elle commence à travailler dans la mine en tant que palliri (es)[2],[3].

En 1952, en tant qu'épouse d'un travailleur minier, elle est membre du Comité des maîtresses de maison de l’arrondissement minier Siglo XX, dont elle est nommée secrétaire générale[4].

Elle s'exile dans les années 1980, mais retourne rapidement en Bolivie et s'installe à Cochabamba, où elle dirige un centre de formation politique spécialement destiné aux jeunes femmes des quartiers les plus pauvres de la ville[4].

Buste de Domitila Barrios de Chungara au cimetière général de Cochabamba (en).

Massacre de San Juan

En , le président René Barrientos Ortuño envoie un contingent militaire dans les communautés de Catavi et Llallagua, pour réprimer les revendications des mineurs qui protestent contre l'exploitation et les abus des grands chefs d'entreprise[5].

Après la tuerie, Domitila Barrios Cuenca est emprisonnée et torturée par les militaires[5].

À la suite de ces abus, elle perd le bébé qu'elle attendait[6],[7].

En 1971, elle joue son propre rôle dans le film Le Courage du peuple de Jorge Sanjinés qui raconte le massacre de San Juan (es)[8].

Grève de la faim de 1978

Début 1978, Barrios est appelée à faire partie du deuxième piquet de grève mis en place par le prêtre Luís Espinal Camps (en) dans les locaux du journal Présencia, avec le prêtre Xavier Albó, pour soutenir la grève de la faim que quatre femmes mineurs avaient précédemment organisée contre la dictature[9].

En peu de temps, plus de 1 500 personnes rejoignent la grève. Au fil des heures, les grévistes se multiplient par milliers, et le régime militaire n'a pas d'autre choix que d'abandonner en faveur de la démocratie[9].

Moema Libera Viezzer (es) en 2009.

Banzer cède à toutes les revendications des grévistes, à l’exception du retrait de l’armée des centres miniers, et décrète une amnistie générale pour tous les prisonniers politiques et exilés boliviens, cédant partiellement aux demandes de plus de 1 200 étudiants, chefs religieux et proches de dirigeants syndicaux qui avaient participé à une grève de la faim de 20 jours[9],[10].

Barrios contribue à faire éclater la dictature militaire du général Hugo Banzer Suárez[11].

En 1976, son témoignage est consigné dans le livre Si me permiten hablar... (es), de Moema Libera Viezzer (es)[12],[13].

Candidature à la vice-présidence

Ana Maria Romero de Campero.

En 1978, elle accompagne le leader paysan Casiano Amurrio comme candidate à la vice-présidence[14].

Elle a rédigé des livrets de formation syndicale et politique. Elle fonde l'École de formation syndicale mobile qui porte son nom et travaille à Quillacollo et à Cochabamba[15].

En 1975, elle participe à la tribune de l'Année internationale de la femme organisée par les Nations unies, tout en étant la seule femme de la classe ouvrière à avoir assisté à l'événement[15].

En 1978, elle entame une grève de la faim, rapidement rejointe par des dizaines de personnes de tout le pays, aboutissant à la chute du dictateur de l'époque Hugo Banzer[16].

Elle est également nommée pour le prix Nobel de la paix en 2005 avec Ana María Romero de Campero et Nicolasa Machaca, parmi 1 000 femmes exceptionnelles dans le monde, un an avant de créer le Mouvement Guevarista, un groupe politique qui vise à représenter la lutte populaire[14].

Elle meurt d'un cancer du poumon dans la ville de Cochabamba le à l'âge 74 ans[11].

Hommages

Tombe de Domitila Chungara au cimetière général de Cochabamba (en)
Evo Morales.

Après sa mort, le gouvernement national de la Bolivie déclare alors 3 jours de deuil national et la décore à titre posthume de l'ordre du Condor des Andes, la plus haute décoration offerte par l'État bolivien pour services rendus à la nation[17].

La distinction est remise par le président Evo Morales, venu dans la vallée pour rendre hommage à Barrios[18].

En 2012, un buste en son honneur est dévoilé au cimetière général de Cochabamba, où elle est enterrée[19].

Elle a également été nommée pour le prix Nobel de la paix[17].

Publications

  • Si me permiten hablar... (es)

Références

  1. Domitila Chungara et Aníbal Yáñez, « The Owners of This Land...An Interview with Domitila Chungara », Latin American Perspectives, vol. 19, no 3, , p. 92–95 (ISSN 0094-582X, lire en ligne, consulté le )
  2. (es) « Domitila Chungara, la minera que se enfrentó a las dictaduras », El País, (lire en ligne)
  3. (es) « Domitila Chungara, una mujer de las minas y su legado », sur EA Bolivia
  4. 1 2 (en) PeaceWomen Across the Globe, « Domitila Barrios de Chungara », sur archive.ph, (consulté le )
  5. 1 2 (en-US) Domitila Barrios de Chungara et Moema Viezzer, « Monthly Review | Let Me Speak! Testimony of Domitila, A Woman of the Bolivian Mines, New Edition », sur Monthly Review, (consulté le )
  6. (en) Emily Achtenberg, « Remembering Domitila: Making Bolivian History », The North American Congress on Latin America (NACLA), (lire en ligne)
  7. (es) Mabel Azcui, « Domitila Chungara, la minera que se enfrentó a las dictaduras », El País, (ISSN 1134-6582, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Isabel Seguí, « The embodied testimony of Domitila Chungara in The Courage of the People (Jorge Sanjinés, 1971) », Interlitteraria, vol. 22, no 1, , p. 180–193 (ISSN 1406-0701, DOI 10.12697/IL.2017.22.1.15, lire en ligne, consulté le )
  9. 1 2 3 (en) Elena McGrath, « Housewives Against Dictatorship: The Bolivian Hunger Strike of 1978 », sur Nursing Clio (consulté le )
  10. (en) Charles A. Krause, « Bolivian Agrees to Amnesty Demanded in Hunger Strike », sur Washington Post,
  11. 1 2 « Domitila BARRIOS DE CHUNGARA, militante ouvrière et démocrate bolivienne. », sur Dictionnaire des créatrices (consulté le )
  12. Moema Viezzer, « 'Si me permiten hablar...'. Testimonio de Domitila, una mujer de las minas de Bolivia », sur Cmpa.es (consulté le )
  13. Rossana Nofal, « "SI ME PERMITEN HABLAR..." TESTIMONIO DE DOMITILA UNA MUJER DE LAS MINAS DE BOLIVIA: Hablar y denunciar : dominios borrosos del contrato testimonial », sur JSTOR (Journal Storage) (consulté le )
  14. 1 2 (es) Gerardo Cadierno, « Domitila, el cóndor de los Andes », sur InfoRegión, (consulté le )
  15. 1 2 Segura Graíño 1998, p. 26.
  16. La Jornada: Fallece opositora al régimen de Bánzer
  17. 1 2 (es) Gerardo Cadierno, « Domitila, el cóndor de los Andes », sur Inforegion.com,
  18. «Cóndor de los Andes póstumo para Domitila Barrios Cuenca de Chungara» [archive du ] (consulté le )
  19. (es) « Busto de Domitila Chungara en homenaje a la lucha sindical del país », (version du sur Internet Archive).

Voir aussi

Bibliographie

  • (es) Cristina Segura Graíño, Diccionario de mujeres en la Historia, Editorial Espasa Calpe, (ISBN 84-239-8631-4)
  • (es) Moema Viezzer, Si me permiten hablar... : Testimonio de Domitila, una mujer de las minas de Bolivia, Buenos Aires

Liens externes

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