Effondrement du glacier du Birch

Effondrement du glacier du Birch
Image illustrative de l’article Effondrement du glacier du Birch
Le glacier du Birch, neuf jours avant son effondrement dans la vallée en 2025.

Type Éboulement rocheux, puis effondrement d'un glacier.
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Localisation Lötschental (Valais)
Coordonnées 46° 24′ 10″ nord, 7° 50′ 17″ est
Cause Eboulement rocheux
Date mai 2025
Résultat Destruction du village de Blatten
Bilan
Morts 1

Géolocalisation sur la carte : Suisse
(Voir situation sur carte : Suisse)
Effondrement du glacier du Birch
Géolocalisation sur la carte : canton du Valais
(Voir situation sur carte : canton du Valais)
Effondrement du glacier du Birch

Le , l'effondrement du glacier du Birch, dans le massif du Bietschhorn (canton du Valais, Suisse) ensevelit les neuf dixièmes du village de Blatten, situé dans la vallée de Lötschental. L'événement survient après l'évacuation préventive du village mise en œuvre le . Une victime est à déplorer.

Un lac se forme en amont du barrage naturel créé par les matériaux tombés en travers du lit de la rivière Lonza, qui submerge plusieurs maisons épargnées par l'éboulement.

Contexte

Le glacier du Birch est placé sous surveillance en à la suite d'une avalanche[1].

Contrairement à la tendance générale de recul des glaciers, la langue de celui du Birch a avancé d'environ 50 m au cours des cinq années précédant l'effondrement de la montagne, possiblement en raison du poids des matériaux qui y tombent fréquemment[2]. Selon Christophe Lambiel, professeur et chercheur à l'Université de Lausanne et spécialiste du pergélisol et de l'évolution des paysages alpins, le mouvement accéléré du glacier du Birch est lié au réchauffement climatique[3]. Matthias Huus, professeur de glaciologie à l'École polytechnique fédérale de Zurich, pense quant à lui que le changement climatique n'est pas la seule cause de la catastrophe ; l'effondrement de la montagne résulte de changements géologiques à long terme qui auraient, à eux seuls, abouti à cette conséquence. Le changement climatique est néanmoins impliqué dans la mesure où il est un facteur d'accélération des processus géologiques[4].

À partir du [réf. nécessaire], les premiers signes d'instabilité sont observés sur le flanc du Petit Nesthorn (altitude de 3 342 m avant l'éboulement), qui fait partie d'une zone géologiquement complexe composée de gneiss et d'amphibolites, où les masses rocheuses sont constamment influencées par l'érosion et les mouvements des glaciers[réf. nécessaire]. L'éboulement déclenche tout d'abord une lave torrentielle qui s'arrête à environ 500 mètres en amont de la rivière Lonza en dehors du village[5].

Évacuation

Vue de Blatten en 2007.

Le samedi , 92 habitants et 16 touristes sont évacués[5].

Deux jours plus tard, le lundi , le reste des 300 habitants de Blatten sont évacués en urgence[6]. Les animaux de ferme sont également évacués, parfois par hélicoptère[7]. Ces évacuations sont ordonnées en raison de mouvements de plusieurs mètres par jour sur la montagne[6].

Les hameaux de Weissenried et Eisten ne sont cependant pas évacués[8].

Évolution du glacier du Birch

Mise en charge du glacier

Les éboulements du Petit Nesthorn s'arrêtent sur le glacier du Birch et chargent le glacier. Au total, 1,5 million de mètres cubes de pierre se sont détachés de l'arête nord-est du Petit Nesthorn[9]. Sous la pression, la vitesse de glissement du glacier s'accélère et passe notamment d'un demi-mètre à un mètre par jour le mercredi [10]. Le service sismologique suisse enregistre à partir du une douzaine de mouvements de masse qui, à l'exception de l'événement principal du , ont engendré des signaux captés par le réseau de surveillance sismique d'une magnitude indicative allant de 0,3 à 1,6[11][source secondaire souhaitée].

Le , l'ingénieur en dangers naturels Alban Brigger indique que le « scénario du pire », à savoir la destruction totale du village de Blatten, peut quasiment être exclu[12].

Lors de la conférence de presse du , Brigger explique que provoquer des explosions contrôlées est irréalisable autant sur le plan organisationnel que technique. De plus, les tentatives d'explosion menées précédemment sur d'autres glaciers ont déjà démontré qu'une telle option n'était pas envisageable[13].

Au soir du mardi , il est estimé qu'environ neuf millions de tonnes de débris se trouvent sur le glacier du Birch qui avance à la vitesse d'environ dix mètres par jour[14]. Vers 18 heures ce jour-là, le plus gros éboulement survenu jusque-là s'arrête à 400 mètres des premières habitations[14].

Rupture du glacier du 28 mai 2025

Le , le glacier du Birch cède sous la charge des matériaux tombés sur lui, ce qui déclenche une « gigantesque avalanche de glace, de boue et d'éboulis » qui ensevelit environ les neuf dixièmes du village de Blatten, soit 130 maisons et l'église[15],[16]. Le volume de matériaux rocheux tombés dans la vallée en provenance du glacier est estimé à environ 3 millions de mètres cubes, auxquels s'ajoutent de grands volumes de glace[15]. Les ondes sismiques enregistrées à 15 h 24 en raison de ce mouvement de masse sont comparables en intensité à celles du glissement de terrain sur le Piz Cengalo en 2017 et correspondent à un séisme d'environ 3,1 sur l'échelle de Richter[17]. Le hameau de Ried, en aval, est également enseveli tandis que celui de Weissenried, situé à environ 1 700 m d'altitude, sur la contre-pente à 200 mètres au-dessus du fond de la vallée, est seulement légèrement atteint par la masse de débris et est pour l'essentiel intact[18]. Le hameau d'Eisten, en amont derrière Blatten, n'est pas atteint et est également trop haut pour être inondé par le lac formé par la Lonza en amont de la masse éboulée[réf. nécessaire]. Ces deux hameaux n'avaient pas été évacués[8]. Un sexagénaire est porté disparu ; d'après la SonntagsZeitung (de), il s'agissait d'un éleveur de moutons qui était dans sa bergerie située hors de la zone d'évacuation[19],[20]. Son corps est retrouvé le au cours du déblaiement des débris de l'effondrement[21].

Le cône de débris recouvre le fond de la vallée de Lötschental sur une longueur d'environ km, une largeur de 50 à 200 mètres et une épaisseur de 50 à 200 mètres. Cette masse forme un barrage naturel bloquant temporairement l'écoulement de la rivière Lonza. Un lac se crée en amont de ce barrage et submerge les bâtiments épargnés par l'éboulement[15],[22].

Après l'éboulement, le Conseil d'État du canton du Valais déclare l'état de « situation particulière » qui permet la mobilisation rapide de moyens d'intervention tels que l'armée si nécessaire[23].

Conséquences

Le Bietschhorn à Blatten après la rupture du glacier au 30 mai 2025.
Modélisation en 3D de l'effondrement du glacier du Birch, vu par le satellite Sentinel-2.

Barrage naturel sur la Lonza

L'éboulement ayant recouvert le lit de la Lonza et celui du ruisseau Gisentella, un lac se forme en amont de ce barrage naturel, qui submerge certaines des maisons épargnées par l'éboulement. Le , le niveau du lac augmente d'environ 80 cm par heure[24],[22]. Les autorités s'attendent alors à un débordement dans la nuit du au  ; on craint particulièrement que la Lonza n'emporte des matériaux en débordant et que cela n'engendre une lave torrentielle[24].

En raison de ce risque, des habitants de Wiler et de Kippel sont évacués préventivement[24].

Dès le vendredi et au cours du week-end, l'eau de la Lonza parvient à se frayer un chemin à travers les dépôts et le niveau du lac diminue[25]. Pour favoriser son écoulement, certains débris comme des troncs d'arbre sont retirés par hélitreuillage[16].

Développement ultérieur

Des vols de reconnaissance le lendemain de la catastrophe montrent qu'il reste encore plusieurs centaines de milliers de mètres cubes de roche prêts à s'effondrer sur le Petit Nesthorn. De plus, les matériaux ayant dévalé la pente restent instables et risquent de glisser à nouveau vers le fond de la vallée. Il n'est ainsi pas possible de réaliser des travaux de déblaiement ou de drainer la Lonza à travers son barrage naturel[26].

En prévision du débordement du lac de Blatten et d'éventuelles laves torrentielles, le lac artificiel du barrage de Ferden, en aval, est vidé après l'éboulement pour recevoir un écoulement soudain[27].

Plusieurs personnes, ainsi que du bétail et des véhicules restés dans le haut Lötschental ont été évacués par hélicoptère le [28].

Le , la Lonza s'écoule le long de l'éboulis sans provoquer de lave torrentielle et atteint le barrage de Ferden[27]. Selon Raphaël Mayoraz, chef du Service des dangers naturels du canton du Valais, ce développement fait partie des meilleurs scénarios possibles[29]. L'eau contenant trop de sédiments pour être turbinée, le système de vannes de fond est ouvert[27].

Des travaux sur le cône de déjection commencent le , plus de deux semaines après l'évènement[30]. L'armée commence le déblaiement des objets flottants sur le lac artificiel de Blatten une semaine plus tard, le [31].

Notes et références

  1. Walliser Bote, « Blatten menacé par l’instabilité du glacier du Birch: le point sur les dangers glaciaires en Valais », Le Nouvelliste, (lire en ligne Accès payant, consulté le )
  2. (de) Christoph Bernet et Léonie Hagen, « Bergsturz Blatten Lötschental : Was, wenn der Gletscher bricht? » Accès payant, sur aargauerzeitung.ch, (consulté le ).
  3. Agence télégraphique suisse, « La catastrophe de Blatten serait directement liée au réchauffement climatique », Blick, (lire en ligne, consulté le )
  4. Arthur Grosjean, « "La probabilité d'un autre Blatten est infime" », 24 heures, , p. 12
  5. 1 2 Agence télégraphique suisse, « Eboulement en Valais: le danger subsiste dans la zone du Lötschental en aval des glaciers », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).
  6. 1 2 Walliser Bote et Noémie Fournier, « Haut-Valais: situation critique à Blatten. Un morceau du sommet s’est détaché », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).
  7. Léo Michoud, « Les vaches volantes du Valais, héliportées loin de Blatten, font fondre la BBC », Blick, (lire en ligne, consulté le ).
  8. 1 2 (de-CH) « Ein Drittel des Bergs ist gerutscht – der Rest dürfte noch folgen », Schweizer Radio und Fernsehen, (lire en ligne, consulté le ).
  9. Walliser Bote et Didier De Iaco, « 1,5 million de mètres cubes arrachés: à Blatten, la montagne s’effondre et le glacier inquiète », Le Nouvelliste, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  10. Walliser Bote et Agence télégraphique suisse, « Blatten: environ 2 millions de m3 de roches décrochés. «Le reste descendra bientôt» », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).
  11. « Mouvements de masse », sur seismo.ethz.ch (consulté le ).
  12. Didier De Iaco, « «Nous pouvons quasiment exclure le scénario du pire.» A Blatten, le spécialiste des dangers naturels rassure », Le Nouvelliste, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  13. (de-CH) « Felssturz Blatten : Gletscher rutscht weiter talwärts » [vidéo], sur Schweizer Radio und Fernsehen, (consulté le ).
  14. 1 2 Agence télégraphique suisse, « Blatten: une partie du glacier a cédé, des gravats se sont arrêtés à 400 mètres des premières maisons », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).
  15. 1 2 3 Agence télégraphique suisse, Laure Schmidt, Lea Gloor et SIM, « Le village de Blatten en grande partie détruit, une personne disparue », 24 heures, (lire en ligne, consulté le ).
  16. 1 2 [vidéo] « Blatten : des habitants sans village et sans perspectives - Mise au point - Play RTS » (consulté le )
  17. « Le réseau sismique enregistre la rupture du glacier au Petit Nesthorn », sur Service sismologique suisse (consulté le ).
  18. Victorien Kissling, « Ces images qui permettent de saisir l'ampleur de la catastrophe de Blatten », Radio télévision suisse, (consulté le ).
  19. Olivier Hugon, « Blatten: un habitant de la région de 64 ans est porté disparu », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).
  20. « On sait qui est l'homme porté disparu à Blatten », Watson, (lire en ligne, consulté le ).
  21. « Effondrement d'un glacier à Blatten : le corps retrouvé est bien celui de l'homme porté disparu », Le Dauphiné libéré, (lire en ligne, consulté le )
  22. 1 2 Yannick Wiget, Mathias Lutz, Dariush Mehdiaraghi, Svenson Cornehls, Patrick Vögeli et Sebastian Broschinski, « Blatten enseveli: la catastrophe en cartes, graphiques et vidéos », 24 heures, (lire en ligne, consulté le ).
  23. Clément Girardot, « Blatten: le Conseil d’Etat déclare la situation particulière après les effondrements sur le glacier », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).
  24. 1 2 3 Dimitri Mathey, « À Blatten, l’incertitude autour du lac créé par la débâcle persiste », 24 heures, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  25. « La situation s'améliore à Blatten, mais le danger demeure à un niveau élevé », sur rts.ch, (consulté le )
  26. (de) « Dorf Blatten verschüttet - Lonza steigt +++ Gampel/Steg sollen sich auf Räumung vorbereiten », sur Schweizer Radio und Fernsehen (SRF) (consulté le ).
  27. 1 2 3 Agence télégraphique suisse, « L’eau traverse le cône d’éboulis de Blatten et atteint le barrage », Swissinfo, (lire en ligne, consulté le ).
  28. (de) « Nach Gletscherabbruch: Weitere Evakuierungen im Lötschental »
  29. « Emission forum »,
  30. Agence télégraphique suisse, « Blatten: le déblaiement commence pour permettre l’accès au lac. Le point sur les travaux en cours », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).
  31. Guillaume Chillier, « Eboulement à Blatten: l’armée s’attaque aux débris dans le lac », Le Nouvelliste, (lire en ligne, consulté le ).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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