Fédération latino-américaine d’associations de familles de détenus-disparus

La Fédération latino-américaine d’associations de familles de détenus-disparus (FEDEFAM) est une organisation non gouvernementale apolitique intégrant des associations de divers pays venant en aide aux familles de victimes de disparition forcée en Amérique Latine et aux Caraïbes. Elle a été fondée en .

Histoire

La Fedefam est créée en , mais l'idée remonte à [1],[2],[3],[4],[5],[6],[7],[8].

Un homme barbu, attablé dans un bar, lève la main droite.
Patrick Rice (1945-2010) ancien prêtre catholique et défenseur des droits de l'homme.

Dans le contexte des disparitions forcées en Amérique latine durant la guerre froide, des femmes des divers pays ont commencé à réaliser qu'elles avaient des choses en commun à travers la recherche de leurs proches disparus[3]. L'idée d'une association d'Amérique latine est née en 1979 quand deux ONGs de droits humains du Venezuela et du Costa Rica ont organisé une rencontre au Costa Rica[3]. C'est durant cette rencontre qu'est née la FEDEFAM. La première présidente Lidia Galletti était membre des Mères de la Place de mai[3]. Une autre personne clef fut Patrick Rice (en)[9] qui ouvrit un bureau à Caracas[3]. En , la fédération couvre 14 pays d'Amérique latine : l'Argentine, le Brésil, la Bolivie, la Colombie, le Chili, l'Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua, le Paraguay, le Pérou et l'Uruguay[10].

Bien que de nombreux membres de cette organisation soit des femmes, ce n'est pas une organisation féministe[11]. Sa devise est la suivante[12] :

« Ils les ont pris vivants, ramenez-les vivants ! »

Actions menées

La FEDEFAM a aidé à internationaliser la question de la disparition forcée[13] en agissant comme une plateforme centrale pour les familles des disparus qu'elles encouragent à faire appel à l'ONU[3]. En est ainsi crée le Groupe de travail sur les disparitions forcées dont l'objectif était de soutenir le travail d'investigation sur les disparitions forcées[3].

Elle demande à la fois de connaître toute la vérité sur le sort des disparus et l'absence d'impunité pour les responsables des disparitions forcées[14],[15]. En Argentine, elle s'est ainsi opposée au décret de grâce 1002/89[16] du gouvernement Menem du , qui amnistie la plupart des militaires et civils poursuivis pour atteinte aux droit de l'homme au nom de la réconciliation nationale[17]. Elle a également joué un rôle de leader, aux côtés de l'ONG Human Rights Watch et de la Commission International de Juristes, pour l'adoption par l'’Organisation des États Américains de la Convention Internationale sur la disparition forcée de personnes du [18]. Opposée à toute forme d'amnistie, la FEDEFAM a combattu des dispositions défendues, à l'ONU, par les représentants de l'Algérie, de l'Afrique du Sud et des États-Unis, qui étaient favorables à un compromis lors des travaux préparatoires de la Convention internationale de 2006 et proposaient de faire adopter la disposition suivante [15] :

« Chaque État partie veillera à ce que les mesures de grâce, d'amnistie et autres mesures similaires dont peuvent bénéficier les auteurs ou les personnes soupçonnées d'avoir commis une disparition forcée, n'aient pas pour effet d'empêcher l'exercice d'un recours effectif pour obtenir réparation. En particulier, le droit d'obtenir des informations exactes et complètes sur le sort des personnes disparues est garanti en toutes circonstances. »

La FEDEFAM, de même que la plupart des représentants d'Amérique latine et les ONG défendant les droits de l'homme, ont rejeté cette formulation qu'elles jugeaient trop conciliante, à l'égard des auteurs de disparitions forcées[15] .

Cette ONG fait la promotion de commémorations de la semaine internationale des disparus[19].

Reconnaissance et influence

La FEDEFAM détient un statut consultatif en catégorie II devant le Conseil Économique et Social des Nations unies[20], lequel est octroyé aux ONG qui se concentrent sur « un nombre limité de domaines couverts par l’ECOSOC »[21].

L'ONG a servi de modèle en Asie, au moment de la création de la fondation de la Fédération asiatique contre les disparitions involontaires (en)[22], organisation faîtière fondée en à Manille[23].

Références

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Federación Latinoamericana de Asociaciones de Familiares de Detenidos-Desaparecidos » (voir la liste des auteurs).
  1. « Federación Latinoamericana de Asociaciones de Familiares de Detenidos Desaparecidos (Fedefam) (1981-) - Facultad de Humanidades y Comunicaciones », sur archivocidoc.uft.cl (consulté le )
  2. (en) María Teresa Tula, Hear My Testimony: María Teresa Tula, Human Rights Activist of El Salvador, South End Press, (ISBN 978-0-89608-484-1, lire en ligne)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Iain Guest, Behind the Disappearances: Argentina's Dirty War Against Human Rights and the United Nations, University of Pennsylvania Press, (ISBN 978-0-8122-1313-3, lire en ligne)
  4. (en) Thomas E. Doyle II, Robert F. Gorman et Edward S. Mihalkanin, Historical Dictionary of Human Rights and Humanitarian Organizations, Rowman & Littlefield, (ISBN 978-1-4422-7621-5, lire en ligne)
  5. (en) Mariana Achugar, What We Remember: The Construction of Memory in Military Discourse, John Benjamins Publishing, (ISBN 978-90-272-0617-6, lire en ligne)
  6. (en) Winifred Tate, Counting the Dead: The Culture and Politics of Human Rights Activism in Colombia, University of California Press, (ISBN 978-0-520-25282-0, lire en ligne)
  7. (en) United Nations Economic and Social Council, Documents, UN, (lire en ligne)
  8. Angélica Cocomá Ricaurte, « Who is a legitimate actor under international human rights law? A story about women’s mobilization against enforced disappearances », Journal of Human Rights, vol. 22, no 2, , p. 198–213 (ISSN 1475-4835, DOI 10.1080/14754835.2022.2096405, lire en ligne, consulté le )
  9. (pt) Marcos Gonçalves, « Ativismo em direitos humanos e violência: notas sobre a história da FEDEFAM e a atualidade do desaparecimento forçado de pessoas », História (São Paulo), vol. 41, , e2022014 (ISSN 0101-9074 et 1980-4369, DOI 10.1590/1980-4369e2022014, lire en ligne, consulté le )
  10. (es) « El Presidente recibe a una delegación de la FEDEFAM que sesiona en Buenos Aires », sur www.elindependiente.com.ar, (consulté le )
  11. (en) Mark Ensalaco, « Murder in Ciudad Juárez: A Parable of Women’s Struggle for Human Rights », Violence Against Women, vol. 12, no 5, , p. 438 (note n°1) (ISSN 1077-8012 et 1552-8448, DOI 10.1177/1077801206287963, lire en ligne, consulté le )
  12. Naftali 2016, p. 10.
  13. (en) Rachel Brett, « The Role and Limits of Human Rights NGOs at the United Nations », Political Studies, vol. 43, no 1, , p. 99 (ISSN 0032-3217 et 1467-9248, DOI 10.1111/j.1467-9248.1995.tb01738.x, lire en ligne, consulté le )
  14. (en) Tilsa Albani, « Del Espacio Privado a la Historia/From the Personal to the Historical », Aquelarre, (lire en ligne Accès libre [PDF])
  15. 1 2 3 Naftali 2016, p. 12.
  16. Collectif, Groupe de travail du Conseil économique et social, Question des disparitions forcées ou involontaires (rapport du groupe de travail), ONU, (lire en ligne), p. 15
  17. Encyclopædia Universalis, « Argentine. Amnistie des militaires. 7 octobre 1989 - Événement », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  18. Paola Diaz, « Circulation et transnationalisation de dispositifs et de catégories socio-politiques. Les « transitions vers la démocratie » et la « disparition forcée » au Chili et en Espagne », Les Cahiers de Framespa, no 27, , p. 5 (ISSN 1760-4761, DOI 10.4000/framespa.4725, lire en ligne, consulté le )
  19. (es) María Angélica Tamayo Plazas, « Más allá de la frontera nacional: la Federación Latinoamericana de Asociaciones de Familiares de Detenidos-Desaparecidos (FEDEFAM) y la memoria transnacional de la desaparición forzada en México », Caravelle. Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien, no 120, , p. 39–52 (ISSN 1147-6753, DOI 10.4000/caravelle.13735, lire en ligne, consulté le )
  20. « Fédération latino-américaine d’associations de familles de détenus-disparus (FEDEFAM) | Missing Persons Platform », sur missingpersons.icrc.org (consulté le )
  21. « Introduction au statut consultatif auprès de l’ECOSOC | Conseil économique et social », sur ecosoc.un.org (consulté le )
  22. (en) Kathryn Sikkink, « From Pariah State to Global Protagonist: Argentina and the Struggle for International Human Rights », Latin American Politics and Society, vol. 50, no 1, , p. 5 (ISSN 1531-426X et 1548-2456, DOI 10.1111/j.1548-2456.2008.00002.x, lire en ligne, consulté le )
  23. (en) La Rédaction (avec CNA), « AFAD wins human rights award - Taipei Times », sur www.taipeitimes.com, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Patricia Naftali, « Crafting a “Right to Truth” in International Law: Converging Mobilizations, Diverging Agendas? », Champ pénal, vol. Vol. XIII, (ISSN 1777-5272, DOI 10.4000/champpenal.9245, lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (es) María Angélica Tamayo Plazas, Umbrales de la memoria y la desaparición: estudios sobre Colombia y México, Editorial Universidad del Rosario, (ISBN 978-958-784-900-4), chap. 4 Memorias tempranas Prácticas mnemónicas de Fedefam en torno a la desaparición, 1982-1989 »).
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