Florence de Verquigneul
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(à 79 ans) Douai, royaume de France |
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Florence de Verquigneul ou Werquignoeul, née à Épinoy (France) le et morte à Douai (France) le ) est une moniale bénédictine française du XVIIe siècle, qui créa une congrégation monastique inspiré de l'ordre de Saint-Benoît : les "Bénédictines réformées de Paix Notre-Dame" ou aussi "Notre-Dame de la Paix"[1]. Elle fonda plusieurs monastères en France et en Belgique.
Enfance
Florence de Verquigneul est la fille de François de Verquigneul et de Gertrude de Davre[2]. Elle fut placée à son adolescence au chapitre noble de l'abbaye de Moustier-sur-Sambre et y bénéficia d'une prébende[3]. L'abbaye est sous la direction de Madame de Davre, une parente de sa mère.
Sa famille s'enfuit à Douai en 1579 à la suite des guerres de Religion. En septembre 1583, Verquigneul entre à l'abbaye des Flines (de tradition cistercienne, sous la direction de Gabrielle d’Esne de Béthencourt[1]. Elle y fait ses vœux en compagnie de sa sœur cadette le 15 juin 1585[1] alors que la congrégation réintègre ses murs la même année après plusieurs exils forcés[3]. La vie spirituelle reprend notamment grâce à un cousin de Verquigneul qui est chapelain de l'abbaye, le moine cistercien Jean d’Assignies[3].
Création d'une congrégation monastique
Contexte
L’émergence de cette congrégation se fait dans un contexte de mouvement de réforme catholique parmi les communautés de cisterciennes implantées aux Pays-Bas méridionaux, alors sous influence espagnole, et à la suite de textes issus du concile de Trente consacrés aux ordres réguliers[3].
En raison des guerres de Religion où le respect de la règle monastique est mis à l'épreuve, en particulier l'isolement et l'influence permanente des familles, Verquigneul décide avec d'autres sœurs d'adopter des règles plus strictes et plus conformes à l'esprit de saint Bernard, le fondateur de l'ordre cistercien. En 1595, sur les conseils de son confesseur jésuite le Père Thomas Cogniers, elle écrit des 'constitutions', qui forment un ensemble de règles monastiques.
Mise en place des établissements
Son projet de réforme est soutenu par Monseigneur Moullart, évêque d'Arras qui est moine bénédictin. Verquigneul obtient aussi le droit de fonder des communautés monastiques, des souverains des Pays-Bas les archiducs Albert d'Autriche et son épouse Isabelle, Infante d'Espagne (fille de Philippe II) dans le cadre de leur soutien plus vaste au travers de l'université de Douai pour de hautes études ecclésiales[4].
Florence de Verquigneul et ses 6 coreligionnaires obtiennent en 1599 l'autorisation de quitter l'ordre de Saint-Bernard pour rejoindre l'ordre de Saint-Benoît.
Le 18 octobre 1604, Verquigneul est officiellement désignée pour diriger le premier monastère, qui porte le nom de La Paix Notre Dame à Douai[5]. Le 12 novembre 1604[6], Verquigneul quitte l'abbaye de Flines pour emménager à l'Hôtel de la Motte à Douai[1] avec le soutien de jésuites anglais, sous la responsabilité de l'évêque d'Arras[3]. Monseigneur Richardot, évêque d’Arras donnera sa bénédiction abbatiale le 21 mars 1605, jour de la fête de saint Benoît.
Le texte des 'constitutions' est approuvé par le nonce apostolique en 1609[7].
En 1612, le pape Paul V approuve les constitutions proposées par Verquigneul. Les constitutions de fondement bénédictin créées par Verquigneul sont alors en place[8]. La même année, le monastère de "La Paix de Jésus" est fondé à Arras et un prieuré est créé à Fauquembergues pour suivre cette nouvelle règle monastique.
En 1613, sur la demande d'Anne Boucqueau, une jeune dame de Bouvignes et de l’évêque de Namur, Monseigneur Buisseret, Verquigneul, envoie quelques-unes de ses moniales à Namur pour y fonder un couvent à l'Abbaye de la Paix Notre-Dame[9],[10].
La règle de Verquigneul est ensuite adoptée par l'ancienne abbaye Sainte-Godeleine de Bruges en 1613. Cette dernière est en possession du testament spirituel de Verquigneul.
En 1624, un monastère de bénédictines est formé à partir de la communauté d’Arras puis un autre appelé "La Paix du Saint-Esprit" est fondé à Béthune. Le prieuré de Hunnegem est créé la même année à Grammont, ayant pour première abbesse Anne Scudamore, petite-fille du shériff de Herefordshire.
L'abbesse de Namur, Madame Laubegeois, est appelée le 10 février 1626 à créer un monastère à Liège[11]. Après obtention de l'approbation de Ferdinand de Bavière, l'abbaye de la Paix Notre-Dame d'Avroy à Liège est créée le 16 janvier 1627, par quatre moniales venant de l'abbaye de Namur[12]. La devise de cette dernière abbaye est "Pax Virginis".
En 1635, un prieuré créé par celui de Fauquembergues est établi à Poperinge. Le monastère de Liège fonde le monastère "Notre-Dame de la Paix" à Menin en 1640.
Décès
Florence de Verquigneul abdiquera de son rôle le 17 octobre 1730, remplacée par Marie-Anne de Coudenhove[13].
Malade et aveugle, elle décède à l'âge de 78 ans le 29 août 1638, dans la première maison qu'elle avait fondée, à Douai. Elle est enterrée dans le chœur de l'église du monastère qui se trouve à l'emplacement actuel de la gare de Douai[2].
Vie de Florence de Verquigneul
Au XVIIIème siècle, ce sont, environ, 1000 à 3500 ouvrages qui sont publiés sur le marché. Suire considère que les biographies religieuses occupent un tiers des nouvelles parutions littéraires, sans compter les rééditions[14].
Dans ce contexte, Marguerite Trigault, religieuse du monastère de Douai, décide de rédiger une biographie de la fondatrice, nommée la Vie de Florence de Verquigneul[15].
Elle dépeint, à l'intérieur, la fondatrice comme une jeune fille destinée à la foi dès le plus jeune âge, issue d’une famille noble, placée dans un couvent et se mutilant pour se rapprocher du Christ. Avec l’aide de quelques moniales, elle décide de fonder un nouvel ordre, plus en accord avec les prescriptions tridentines. Après moult souffrances, visions et extases, elle fonde enfin sa première abbaye à Douai, puis de nombreuses autres. Elle finit par mourir de maladie. L’ensemble des pages sont comblées par de grandes descriptions de sa grandeur, sa charité, sa proximité avec le Christ, sa dévotion…
On ne sait pas précisément combien de biographies de Florence de Verquigneul ont été imprimées. Néanmoins, on peut déterminer l’espace de circulation du livre, car il en existe cinq aujourd’hui, dont un à Valencienne, Paris, Lyon, Louvain et Amsterdam. L’ouvrage était certainement destiné à un public local, dans ou proche des Pays-Bas-Espagnols, et de toutes catégories sociales. La biographie a aussi pu être utilisée dans des territoires plus lointains par les missionnaires. Le frère de l’autrice en était d’ailleurs un. Il est parti en Inde et en Chine.
L'ouvrage est, avant tout, un outil publicitaire afin de faire rayonner la figure de Florence de Verquigneul. La biographie est un genre utilisé par les nouvelles congrégations religieuses pour faire canoniser leur fondateur, et donc contribuer à la célébrité de leur ordre. C'est, en tout cas, ce qu'affirme Say : « La rédaction de chroniques et de vies caractérise, depuis le début du monachisme, les ordres nouveaux : il s’agit de faire connaître et reconnaître la sainteté du fondateur et la fécondité humaine et spirituelle de son œuvre qui se poursuit après sa mort »[16].
La reconnaissance de la sainteté permettant encore plus de popularité auprès des fidèles, plus de postulantes et donc plus de revenu lié aux dots, considérées par Lecomte comme "un point crucial dans l’économie conventuelle, qui dépend en grande partie des aumônes dotales et des pensions des jeunes filles de la bonne société"[17].
Héritage
En France, toutes les maisons issues de la réforme de Verquigneul disparaissent durant les troubles qui suivent la Révolution française. En Belgique, certaines communautés continuent d'exister et de fonctionner à l'exemple des bénédictines de Liège[11].
Plus récemment, en 1864, le couvent "Paix Saint Joseph" est établi à Tongres et suit cette même règle. En 1880, le monastère de Liège fonde le prieuré " Pax Cordis Jesus" à Ventnor, une communauté qui fut ensuite déplacée à Ryde (île de Wight )[5]. La communauté de Gistel est créée en 1891. La maison Sainte Gertrude (Sint-Gertrudis) de Louvain suit en 1919. En 1971, la communauté de Ryde crée un monastère sur Shanti-Milayan en Inde.
Source
- (nl) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en néerlandais intitulé « Florence de Werquignoeul » (voir la liste des auteurs).
Notes et références
- 1 2 3 4 Pierre Hélyot, Histoire des ordres religieux et militaires (volume 6), Louis, (lire en ligne), chapitre XLIV
- 1 2 « Florence de Verquigneul - Verquigneul », sur www.verquigneul.fr (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Henneau Marie-Élisabeth, Piront Julie, Un nouveau profil de bénédictines au Nord de la « dorsale catholique » : une réforme pensée par et pour des femmes au XVIIe siècle, Université de Liège, Annales de l'Est - spécial, , 55 p. (lire en ligne), p. 1
- ↑ François-Joseph Parenty, Histoire de Florence de Werquignoeul: première abbesse de la Paix Notre-Dame, à Douai, et institutrice de la réforme de l'ordre de Saint-Benoît, dans le nord de la France et en Belgique, L. Lefort, (lire en ligne), avant-propos
- 1 2 (en) Gordon Beattie, Gregory's Angels: A History of the Abbeys, Priories, Parishes and Schools of the Monks and Nuns Following the Rule of Saint Benedict in Great Britain, Ireland and Their Overseas Foundations : to Commemorate the Arrival of Saint Augustine in Kent in 597 AD, Gracewing Publishing, (ISBN 978-0-85244-386-6, lire en ligne)
- ↑ « Benedictine Paix Notre Dame à Liège - Trois siècles de vie Bénédictine à l'ombre de la cité ardent - Placide Delmer », sur www.chokier.com (consulté le )
- ↑ François-Joseph Parenty, Histoire de Florence de Werquignoeul: première abbesse de la Paix Notre-Dame, à Douai, et institutrice de la réforme de l'ordre de Saint-Benoît, dans le nord de la France et en Belgique, L. Lefort, (lire en ligne), p. 127, chap XV
- ↑ François-Joseph Parenty, Histoire de Florence de Werquignoeul: première abbesse de la Paix Notre-Dame, à Douai, et institutrice de la réforme de l'ordre de Saint-Benoît, dans le nord de la France et en Belgique, L. Lefort, (lire en ligne), p. 139, chap XVI
- ↑ Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix, « Les Bénédictines de la Paix Notre-Dame », La Lettre d'Information FUNDP, (lire en ligne)
- ↑ Les Jésuites qui, au XIXe siècle, ouvrirent leur (second) collège à Namur dans les bâtiments de l'ancienne abbaye gardèrent pour leur établissement scolaire le même vocable de 'Notre-Dame de la Paix', et de même pour les facultés universitaires de Namur qui furent les 'facultés Notre-Dame-de-la-Paix' avant d’être 'université de Namur'
- 1 2 (en) « historique – Bénédictines de Liège » (consulté le )
- ↑ Joseph Delmelle, Abbayes et béguinages de Belgique, Bruxelles, Rossel Édition, , p. 82
- ↑ André Le Glay, Cameracum Christianum ou histoire ecclésiastique du diocèse de Cambrai, extraite du Gallia Christiana et d'autres ouvrages, avec des additions considerables et une continuation jusqu'à nos jours, L. Lefort, (lire en ligne)
- ↑ SUIRE (Éric), La sainteté française du Concile de Trente à la fin de l’Ancien Régime d’après la littérature hagiographique et les procès de canonisation, sous la direction de Philippe Loupès, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III, Bordeaux, 1998, p.156.
- ↑ TRIGAULT (Marguerite), La vie de la Noble Dame Florence de Werquignoeul, très-distinguée par ses vertus et son rare mérite, première abbesse et institutrice de la réforme de Saint Benoît à Douay, sous le Titre de La Paix Notre Dame, suivant ce qu’en a écrit une Vertueuse Religieuse Contemporaine qui avoit vécut quarante ans avec ladite Abbesse et qui étoit sa Conseillère et sa Confidente, Charles-Louis Derbaix, Douai, 1733.
- ↑ SAY (Hélène), « Sur les chemins de la sainteté ? Portraits de femmes en religion aux XVIIe et XVIIIe siècles. » Entre mémoire et histoire : écriture ordinaire et émergence de l’individu, [Actes du 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009], Editions du CTHS, 2010. p. 283.
- ↑ LECOMTE (Laurent), « Les visitandines et “l’embellissement” des villes aux XVIIe-XVIIIe siècles », Histoire, économie & société, n°38, 2019, p.62.
Annexes
Articles connexes
Liens externes
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