François Le Mouël

François Le Mouël, né le à Kerien (Côtes-d'Armor) et mort le à Créteil (Val-de-Marne), est une figure emblématique de la police française. Il est connu pour avoir fondé la Brigade de recherche et d'intervention[1] (BRI) de Paris en 1964, dirigé la Direction régionale de la police judiciaire de Paris en 1981 puis fondé l’Unité de coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT) en 1984[2].

Il marque l'institution policière par ses réformes et succès opérationnels, mais également par la forte empreinte qu'il laisse auprès de ses équipes[3]. Mince, fumant la pipe, d'un calme remarquable, avec une approche pragmatique des situations complexes, il est un chef exigeant et respecté, qui impose une discipline rigoureuse tout en veillant à la cohésion de ses effectifs[4].

Biographie

Fils d'un père commerçant et d'une mère institutrice, il effectue ses études secondaires aux lycées de Saint-Brieuc et de Laval dont il sort bachelier en 1944. Il rejoint par ailleurs les rangs de la résistance la même année, à seulement 17 ans[5].

Il intègre alors la faculté de droit de Rennes et en sort licencié en droit et titulaire d’un diplôme d'études supérieures d’économie politique.

Entrée à la Préfecture de police de Paris sur concours externe comme officier de police le , il devient adjoint dans plusieurs commissariats de quartier parisiens et de banlieue (1951-54) puis est chargé du secrétariat du directeur de la police judiciaire de la préfecture de police (1954-57)[2].

Reçu au concours de commissaire et chef de service (1957) à la direction de la police judiciaire de la préfecture de police : il est successivement chef du commissariat du quartier Bonne-Nouvelle (1957-60), du commissariat de Montreuil-sous-Bois (1960) et de la 5e brigade territoriale (1961-64)[2].

La création de la BRI

En 1964, il propose la création d'une unité spécialisée, capable d'anticiper et de neutraliser les criminels avant le passage à l'acte. De cette réflexion naît la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), service fondé sur la surveillance, la coordination du renseignement et l'intervention, ce qui est une véritable révolution policière pour l'époque[6]. Il en est le chef de 1964 à 1971[7].

Le démantèlement de la French Connection

Devenu commissaire divisionnaire, il prend, de 1971 à 1981, la tête de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) à la DCPJ. Il joue un rôle crucial dans la coopération franco-américaine pour lutter contre la French Connection[8],[9].

L'affaire Marcel Leclerc

François Le Mouël devient sous-directeur des affaires criminelles à la Direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Paris en 1981, avant d’être nommé directeur régional le 29 septembre de la même année[10].

En 1982, François Le Mouël s’oppose vivement à Gaston Defferre, ministre socialiste de l'Intérieur, qui tente d'imposer la mutation du commissaire divisionnaire Marcel Leclerc, chef de la brigade criminelle à la Préfecture de police, à la tête de la sûreté urbaine de Marseille. Cette décision est prise à l’insu de François Le Mouël et contre la volonté de l’intéressé[11],[12]. Ceci alors même que l'ancien statut dont bénéficient les commissaires de police de la ville de Paris autorise ceux-ci à refuser, s'ils le souhaitent, toute mutation - à moins qu'elle ne vienne sanctionner une faute professionnelle - hors de la circonscription parisienne[12]. À cette occasion, François Le Mouël prononce une phrase restée célèbre :

«Monsieur, je n'ai pas eu peur des Boches, je n'ai pas eu peur des voyous, je n'ai pas peur de vous![4]»

Lors d'une première convocation chez le ministre, le 19 février 1982, Marcel Leclerc se voit proposer le poste à Marseille, sous la menace explicite d'une fin de carrière en cas de refus. Face à sa résistance, Gaston Defferre renouvelle ses pressions le 4 mars, provoquant un effondrement nerveux du commissaire Leclerc. Le ministre convoque alors son épouse et lui indique qu’elle serait responsable de la « chute » de son mari s'il persistait à refuser la mutation[13].

Le même jour, Defferre reçoit François Le Mouël pour l’inciter à convaincre son subordonné, ce qu’il refuse catégoriquement.

Devant ce qu’il considère comme une absence totale de respect et de concertation, François Le Mouël demande officiellement à être relevé de ses fonctions, dénonçant publiquement une méthode qui manifeste, selon lui, « un profond mépris des hommes »[14]. Dès le lendemain, le ministre désigne Pierre Touraine pour lui succéder à la tête de la police judiciaire parisienne, marquant ainsi l’éviction officielle de François Le Mouël[14].

Fin de carrière et décès

Après un court passage à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), François Le Mouël est nommé chargé de mission puis conseiller technique au cabinet du directeur général de la police nationale (DGPN) de 1982 à 1984[15]. Il devient contrôleur général des services actifs en 1983[16].

La nomination de Pierre Joxe comme ministre de l’Intérieur, le 19 juillet 1984, marque un nouveau tournant dans sa carrière. Dès le 22 octobre, ce dernier nomme François Le Mouël inspecteur général des services actifs de la police nationale et lui confie la création puis la direction de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), poste qu’il occupe jusqu’à son départ à la retraite en 1987[2].

Il décède le 4 octobre 2015 à l'hôpital Henri-Mondor, à Créteil, après un accident de circulation survenu à Joinville-le-Pont[17].

Hommage

Le 20 juin 2025, la 76e promotion des commissaires de police lui rend officiellement hommage en le choisissant comme éponyme[18],[19]. Entrée en formation initiale en 2024, cette promotion honore à la fois les 80 ans de son premier acte de bravoure dans la Résistance, les 60 ans de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) ainsi que les 40 ans de l'UCLAT.

Notes et références

  1. https://www.20minutes.fr/paris/1702687-20151005-val-marne-deces-fondateur-bri-antigang-parisien-ecrase-camion
  2. 1 2 3 4 La Rédaction, « Notice biographique François Le Mouël », sur www.sfhp.fr, (consulté le )
  3. « M. François Le Mouël un " grand flic " ouvert et opiniâtre », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  4. 1 2 « Le tombeur de la French Connection est mort », sur Le Figaro, (consulté le )
  5. « François Le Mouël, le père de la lutte anti-gang », Historia, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  6. G.Moréas, « La PJ de papa », sur POLICEtcetera, (consulté le )
  7. « UNE NOUVELLE BRIGADE VA ÊTRE CRÉÉE A LA PRÉFECTURE DE POLICE », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  8. « M. François Le Mouel est nommé chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  9. François Missen, Marseille connection, L'Archipel, (ISBN 978-2-8098-1057-8, lire en ligne)
  10. « DEUX NOMINATIONS DANS LA POLICE JUDICIAIRE • M. Michel Guyot directeur central. • M. François Le Mouël directeur à la préfecture de police de Paris. », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  11. « Le commissaire Leclerc refuse sa mutation à Marseille », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  12. 1 2 « M. Le Mouël demande à être relevé de ses fonctions », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  13. « M. Defferre : les cimetières sont pleins de gens irremplaçables Protestations et explications », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  14. 1 2 « M. Defferre a nommé le successeur de M. Le Mouël Les commissaires et enquêteurs de la P.J. réunissent une assemblée », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  15. « Plusieurs nominations dans la police nationale M. Michel Lacarrière devient directeur des renseignements généraux parisiens », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  16. « Deux ou trois " réhabilitations " », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  17. Par Le 5 octobre 2015 à 12h52, « Légende de la police, il meurt écrasé par un camion à Joinville », sur leparisien.fr, (consulté le )
  18. Gilles Carvoyeur, « PARIS : Cérémonie de sortie de la 75ème promotion de commissaires de police, Promotion « Damien Ernest » », sur Presse Agence, (consulté le )
  19. « Métropole de Lyon. « Vous incarnez la France du courage », lance Bruno Retailleau à de jeunes commissaires de police », sur www.leprogres.fr, (consulté le )
  • icône décorative Portail de la police
  • icône décorative Portail de la France