Guillaume de Tournemire

Guillaume de Tournemire
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
(à 69 ans)
Sarroux (France)
Nom de naissance
Marie Louis Guillaume de Tournemire
Pseudonyme
Dispater
Nationalité
Activité
Famille
Père
Pierre de Tournemire (d)
Mère
Marie Descubes du Chatenet (d)
Enfant
Alain de Tournemire (d)
Autres informations
Organisation
Membre de
Arme
Grade militaire
Colonel
Conflit
Sport
Blason

Guillaume de Tournemire, né le à Tours et mort le à Sarroux (Corrèze)[1], est un militaire et pentathlète français.

Militaire de carrière, il participe à la guerre du Rif, puis à la lutte contre les rebelles dans le sud marocain, entre 1925 et 1931. Après la défaite de 1940 au début de la Seconde Guerre mondiale, il prend la tête du mouvement de jeunesse Compagnons de France. Pétainiste convaincu mais sans attraits pour la collaboration, il combat les tentatives de politisation de son mouvement, jusqu'à ce qu'il soit convaincu par certains de ses éléments de se rapprocher de la résistance giraudiste ; cela se traduit finalement par l'engagement de la plupart des cadres des CdF dans le sous-réseau Druides du réseau de renseignement Alliance, Tournemire y compris.

Biographie

Famille et formation militaire

Né au sein de la famille de Tournemire, en 1901 à Tours, Guillaume de Tournemire se tourne vers la voie militaire, tout comme son père[2], officier de cavalerie[3]. Il est diplômé de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion La Devise du drapeau (1920-1922).

De son mariage en 1932[4] ou 1934 avec Magdeleine de Montesquieu, il a eu trois filles et quatre fils dont :

  • Guillaume de Tournemire (1936), qui épouse en 1968 Hélène de Gourcuff[5] (1939-2023)[6] ;
  • Pierre de Tournemire (1940) épouse en 1966 Sabine d’Hubert (1939)[4] ;
  • Alain Marie de Tournemire (1941-2012)[7], épouse en 1968 Nicole Marcelle Marie Claude Desrousseaux de Vandières[4] (1946-1983)[8], puis Agnès Tassin. Il est le père de Gaspard Dominique Marie de Tournemire (1971), qui épouse en 1997 Florence Geneviève Pécresse (1972), sœur de Jérôme Pécresse.
  • Aymeric de Tournemire (1943-1997), épouse en 1968 Christine de Rousiers (1945)

Carrière

À l'issue de sa sortie de Saint-Cyr, il entre dans la cavalerie, au 13e Dragons à Saumur, puis part chez les spahis en Algérie[3].

En 1924, il participe aux Jeux olympiques d'été en pentathlon moderne de Paris ; il finit 23e sur 38[9] en individuel, et médaillé d'argent par équipe, ce qui lui vaut une lettre de félicitations du ministre de la Guerre[3].

Il arrive au Maroc en 1925 où il est affecté au 23e Spahis, et rencontre le résident général, le maréchal Lyautey[10]. Il y rencontre également pour la première fois le maréchal Pétain, venu coordonner les forces franco-espagnoles qui organisent une action durant la guerre du Rif. Sans action d'éclat à son actif, il demande en 1926 à rejoindre le service des renseignements au Maroc, qui prend pour nom en 1927 le service des Affaires indigènes ; il y aide à pacifier le Tafilalet, rejoignant le bureau d'Erfoud  où il rencontra Gaston Parlange  puis son affectation en tant que chef de poste à Aoufous, où il reste trente mois[11]. Il y dirige une action victorieuse contre les rebelles Ait Hamou, mais celle-ci ayant été faite sans avertir le commandement local, celui-ci sanctionne durement Tournemire, jusqu'à ce que le maréchal Franchet d'Esperey vienne le soutenir en personne[11]. En novembre 1928, il quitte Aoufous pour Tarda, jusqu'à l'occupation de Taouz. En 1931, il est sous les ordres du capitaine Henri de Bournazel[3],[12], et prend le commandement du 46e goum marocain[11]. Il affronte dans ces années en duel un chef de la dissidence marocaine ; Tournemire est grièvement blessé mais tue son adversaire, et obtient décoration et citation pour cette action[3],[11]. Il est décoré de la croix de chevalier de la Légion d'honneur en janvier 1932, au moment où le Tafilalet est réputé désormais pacifié.

Deux mois plus tard, il rentre en France pour suivre le cours d'instruction à Saumur ; à l'issue de celui-ci, Lyautey lui propose de devenir son officier d'ordonnance, mais il refuse, préférant entrer dans une division mécanisée, . En 1932[4] ou 1934[3], il épouse Magdeleine Marie Anne de Secondat de Montesquieu. Il se retrouve ensuite à la 1re division légère mécanique à Reims[11]. En 1939, il entre à l'école supérieure de guerre[3].

Seconde Guerre mondiale

Durant la bataille de France, Tournemire est tour-à-tour à l'état-major de la 61e division d'infanterie, puis à la 1re brigade de dragons portés, et enfin à la 6e brigade légère mécanique (3e division légère mécanique)[11]. Après l'armistice, il est affecté en tant que capitaine au 2e régiment de hussards, mais accepte la proposition de poste qui lui est faite par le Secrétariat à la Jeunesse : inspecter les Chantiers de la Jeunesse, qui viennent d'être créés. En novembre 1940, Georges Lamirand, responsable de l'administration de la Jeunesse, lui demande de s'occuper de la population étudiante parisienne, fortement réprimée après la manifestation du 11 novembre. Il introduit une heure et demie de sport hebdomadaire, ainsi que des sections d'enseignement technique dans les facultés. Il crée également le Service des Étudiants Parisiens, qui va à la fois apporter une assistance sociale et économique aux étudiants, et leur proposer une formation civique à travers de nombreuses conférences, suivant la demande du gouvernement de redresser moralement la jeunesse. Toutefois, ce service évite d'aborder dans ses conférences les questions liées à la politique actuelle, dans le but de rétablir le calme entre les étudiants et les autorités d'occupation[3].

En , il est proposé à la tête du mouvement de jeunesse vichyste des Compagnons de France[13], composé d'une jeunesse plus populaire que les universités parisiennes, qui vient de connaître quelques différents entre leur fondateur, Henri Dhavernas, et les responsables compagnons, ces derniers souhaitant que le mouvement reste le plus apolitique possible[3]. La candidature de Tournemire, poussé par Louis Garrone, directeur de la Jeunesse, est avancée par les responsables des Compagnons pour contrer celle d'Armand Petitjean, rédacteur à La Nouvelle Revue française et proche de la collaboration[3]. Tournemire accepte, souhaitant notamment s'installer en zone libre[3].

Plus proche de la Révolution nationale et de la presse catholique[3], Tournemire obtient que sa nomination soit confirmée par Pétain et lui seul[3]. Très bon meneur d'hommes[3], il s'implique plus fortement que son prédécesseur dans la vie des Compagnons, y propageant la tradition militaire[3]. Certains de ses collaborateurs du SEP le rejoignent avec enthousiasme chez les CdF[3]. C'est toutefois un adepte d'un certain anti-intellectualisme, attribuant la défaite à l'incapacité des politiques à répondre aux besoins de la population. Fidèle absolu de Pétain, c'est également un catholique fervent[3]. Il écarte de la rédaction du bulletin du mouvement les membres qui préféreraient un rapprochement plus étroit avec le IIIe Reich, et réclame l'indépendance financière et politique vis-à-vis du gouvernement[3]. Ce dernier, notamment durant le gouvernement Laval, tente de limiter les subventions qu'il reçoit, et de mettre fin au soutien moral que Pétain lui apporte[3]. Une crise éclate lorsque certains membres ont la tentation d'utiliser les « Compagnons » comme d'un vivier pour le service d'ordre légionnaire : pour Tournemire, « On n'a pas le droit de jeter les gosses qui nous sont confiés dans un domaine de guerre où le danger est permanent. On ne nous les a pas confiés pour en faire des soldats, mais pour les élever. »[3] Le soutien de Lamirand, nouveau secrétaire général à la Jeunesse, permet à Guillaume de Tournemire de conserver le contrôle sur le mouvement[13]. Le président des Compagnons peut condamner la collaboration, ou la Rafle du Vélodrome d'Hiver, sans risquer sa place[14]. Il s'assure dans le même temps que ses protégés ne puissent être exposés à une potentielle dissidence, même si le mouvement accueille parfois des réfugiés juifs sous de faux noms[3]. Mais Tournemire ne s'oppose pas ouvertement au STO, incitant au départ mais cachant les requis : sa position médiane, permettant une certaine résistance passive tout en maintenant le respect de la loi, s'infléchit à la fin de l'année 1942. Ses déclarations anti-gaullistes et anti-communistes ont toutefois fortement limité la possibilité pour son mouvement de s'associer aux différentes tendances de la Résistance intérieure[3].

Reçu par Pétain le , au lendemain de l'occupation de la zone libre, il lui fait part de sa volonté d'engager un jour les « Compagnons » pour reprendre le combat. Pétain semble l'encourager dans sa démarche[13]. De fait, Georges Lamarque, inspecteur général des « Compagnons » et membre du réseau de renseignement Alliance, dirigé par Marie-Madeleine Fourcade, depuis , propose d'organiser l'armement de l'ensemble du mouvement (17 000 hommes) via les Britanniques. Au mois de juillet 1942, Tournemire rencontre Léon Faye, chef militaire de l’Alliance, et s'accorde avec lui sur la création d'un réseau au sein des CdF, et l'utilisant comme couverture, tout en étant lié au réseau de résistance[3]. Avec la nomination de Giraud à Alger, Tournemire peut se rapprocher de la résistance active sans renier ses précédentes positions[3]. Le , c'est chose faite : l'engagement des « Compagnons » dans l’Alliance est acté par un accord entre Tournemire et Fourcade, par l'intermédiaire de Lamarque[14]. En , Lamarque prend le commandement du sous-réseau Druides, qui va comporter de nombreux cadres des « Compagnons », à commencer par Tournemire lui-même, sous le pseudonyme de Dispater[15], et compter jusqu'à 200 membres[3].

Guillaume de Tournemire a également des contacts avec l'Organisation de résistance de l'Armée, par l'intermédiaire du général Georges Revers[16]. En août 1943, son oncle Henri de Tournemire est arrêté par la police allemande ; il s'agit en fait d'une méprise, car c'est bien Guillaume qui est visé. Ce dernier finit par passer dans la clandestinité avant , laissant le commandement des « Compagnons » à François Huet[17]. Il tente de convaincre Pétain de continuer à sauvegarder les CdF, tandis que le gouvernement Laval profite de la situation pour proposer la dissolution du mouvement[3]. Le , les Compagnons de France cessent d'exister, mais Tournemire et les Druides continuent leur action clandestine, mettant en place une liaison avec Giraud. Ils font notamment passer le plan complet des défenses côtières du littoral méditerranéen, et de l'arrière-pays, en vue du débarquement de Provence, tout en gardant leur indépendance vis-à-vis de l'Alliance, désormais rattachée au BCRA gaulliste[3].

À la Libération, Tournemire maintient sa confiance envers Pétain, au point d'arborer la Francisque aux côtés de la Croix de Lorraine[3].

Fin de carrière

Il prend le commandement du 1er régiment de chasseurs d'Afrique à Rabat en 1946. Il y prend sa retraite militaire, et obtient ensuite un poste à la Banque d'état[11]. Il décède le à Sarroux[1] ; il est enterré au cimetière de Sarroux[11].

Décorations

Guillaume de Tournemire a reçu les décorations suivantes[18] :

Bibliographie

Notes et références

Notes

    Références

    1. 1 2 Archives départementales d'Indre-et-Loire, commune de Tours, année 1901, acte de naissance no 687, avec mention marginale de décès
    2. Revue historique des armées, (lire en ligne), « Guillaume de Tournemire ».
    3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 Rozenn de Kerangal, « Tournemire, ou le choix de l'ambivalence des Compagnons de France », Revue historique des Armées, vol. 223, no 2, , p. 41–52 (DOI 10.3406/rharm.2001.5188, lire en ligne, consulté le )
    4. 1 2 3 4 Bottin mondain, édition 1969, p. 1590.
    5. Bottin mondain, édition 1978, p. 1556.
    6. Fichier Insee des morts en France depuis 1970.
    7. « Alain de TOURNEMIRE : décès (annonce désactivée) », sur SudOuest.fr, (consulté le )
    8. Fichier Insee des morts en France depuis 1970
    9. « Guillaume de Tournemire Bio, Stats, and Results | Olympics at Sports-Reference.com », sur web.archive.org, (consulté le ).
    10. Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Presses universitaires de France., (lire en ligne).
    11. 1 2 3 4 5 6 7 8 Parlange 1971.
    12. Jacques Duquesne, Les Catholiques français sous l'Occupation, Editions Bernard Grasset, (lire en ligne).
    13. 1 2 3 Jérôme Cotillon, Ce qu'il reste de Vichy, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-35629-3, lire en ligne).
    14. 1 2 Valode 2011, chap. « Henri Dhavernas et les Compagnons de France ».
    15. Fourcade, tome 2, p. 56.
    16. Augustin de Dainville, L'ORA : la résistance de l'armée: Guerre 1939-1945, FeniXX réédition numérique, (ISBN 978-2-402-31210-3, lire en ligne).
    17. Philippe Valode, Le destin des hommes de Pétain, Nouveau Monde éditions, (ISBN 978-2-36583-989-1, lire en ligne).
    18. Notice « Guillaume de Tournemire » dans la base Léonore.

    Liens externes

    • icône décorative Portail de l’histoire militaire
    • icône décorative Portail du pentathlon moderne
    • icône décorative Portail de Tours