Hôtel-Dieu de Rennes

Hôtel-Dieu de Rennes
La façade principale de l'Hôtel-Dieu.
Présentation
Destination initiale
Destination actuelle
Hôtellerie, restauration, loisirs
Style
néo-classique
Architecte
Aristide Tourneux
Construction
1858
Inauguration
Localisation
Pays
Commune
Accès et transport
Métro
Coordonnées
48° 07′ 06″ N, 1° 40′ 46″ O
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L'Hôtel-Dieu de Rennes est un ancien hôpital construit en 1858 dans le centre-ville de Rennes, en Bretagne. Succédant à l'hôpital Saint-Yves, alors situé dans le centre-ville historique depuis cinq siècles, il s'agit du premier établissement hospitalier construit au XIXe siècle dans la capitale bretonne empreint du courant hygiéniste : imaginé par Aristide Tourneux, l'ensemble hospitalier est établi sur un plan en peigne. avec des ajouts successifs dans le siècle suivant pour répondre à l'accroissement des besoins médicales.

Le site est le principal hôpital de la ville au XXe siècle, avant que la plupart de ses activités soient progressivement transférées centre hospitalier universitaire de Rennes sur le site de Pontchaillou. Après plus de 150 années d'activité hospitalière, la maternité, dernier service encore présent sur le site, est fermée en 2009.

Désaffecté pendant une dizaine d'années, le site est depuis 2017 requalifié pour offrir une vie de quartier, avec de nouveaux commerces, de l'hôtellerie et des activités de loisirs. Cette reconstruction se fait en conservant la plupart des bâtiments présentant un intérêt architectural. Certains ajouts postérieurs au plan d'Artistide Tourneux sont démolis pour laisser place à des nouveaux logements dans ce quartier très central de la ville.

Situation et accès

L'Hôtel-Dieu est situé dans le centre-ville de Rennes, dans la partie nord du quartier Centre. Il est bordé au sud par la rue de l'Hôtel-Dieu, à l'ouest par la rue Saint-Malo et au nord par la rue Saint-Martin. Le mail Germaine Poinso-Chapuis, inauguré dans le cadre de la requalification moderne des lieux dans les années 2010, borde à l'est l'ancien ensemble hospitalier.

Description

Plan initial d'Artistide Tourneux

À sa construction, l'architecte Aristide Tourneux conçoit le lieu avec un plan en peigne, inspiré de l'hôpital Lariboisière à Paris. L'entrée principale se fait par le sud, via la rue de l'Hôtel-Dieu où une cour d'honneur est présente[C 1]. Un accès par la rue de la Cochardière est également présent[C 2].

Un premier bâtiment, composé d'un corps central à deux niveaux et de deux ailes en retour d'équerre à trois niveaux, fait face à une cour d'honneur au sud du site. Ce bâtiment accueille en son centre l'administration hospitalière, l’aumônerie dans son aile ouest et l'économat dans l'aile à l'est. L'architecture est de style néo-classique austère et peu décorer afin de contenir les coûts de construction[C 1]. Un fronton triangulaire, réalisé par le sculpteur Jean-Baptiste Barré et représentant l'allégorie de la charité chrétienne, est présent au-dessus du pavillon central[A 1],[1].

Derrière le premier bâtiment, une cour centrale est entourée de deux galeries longitudinales. Chaque galerie est composée de deux étages, avec un rez-de-chaussée éclairé par de grandes baies en plein cintre, et l'étage par baies rectangulaires jumelles, espacés de petites colonnes, donnant un aspect extérieur moins austère que le reste des bâtiments[C 3].

Quatre pavillons pour les malades sont connectés via les galeries de façon perpendiculaire. Dans le projet initial, les deux à l'ouest sont dédiés aux hommes et ceux à l'est aux femmes[A 1],[1].

Enfin, une chapelle est située au nord, dans la continuité des galeries, dans l'axe de l'entrée principale[C 4]. L'extérieur de la chapelle présente une architecture semblable au bâtiment sud, avec un fronton triangulaire, décoré d'une statue de Saint-Yves. Le bâtiment suit un plan en T : la nef au centre est jouxtée de deux transepts de longueur quasi identique[A 2],[A 3]. À l'intérieur, arbore un plafond à caissons, inspiré de la chapelle de l'asile de Charenton[C 4].

L'ensemble des bâtiments est entouré de jardins et lieux de promenades, ce qui répond aux normes hygiéniques du XIXe siècle pour maximiser l'ensoleillement et l'aération de chaque bâtiment[A 1].

Ajouts postérieurs

Avec les progrès de la science, de nouveaux services spécialisés s'installent au fil des années, nécessitant plus de bâtiments[C 5]. Plusieurs bâtiments, intégrés au plan initial d'Aristide Tourneaux selon l'espace disponible présentaient un intérêt architectural limité et ont été détruit lors de la rénovation des lieux engagée à la fin des années[C 6]. Certains de ces ajouts ont cependant été conservés.

En 1898, une maternité est édifiée à l'ouest du site par l'architecte Julien Ballé, qui a également travaillé sur le nouvel hospice de Pontchaillou dans les mêmes années, décliné le même système pavillonnaire. Le bâtiment est isolé du reste de l'hôpital, présentant l'avantage de limiter la contagion d'épidémies mais de nécessiter des transferts par l'extérieur en cas de besoins d'opérations au bloc du bâtiment principal[C 7]. Le bâtiment accueille depuis 2022 un pôle de santé.

En 1941, un bunker est construit par les allemands lors de l'occupation, à l'est du site entre les deux ailes perpendiculaire du plan initial[C 8]. En 1952, l'architecte Yves Lemoine rajoute, en plus de la construction de bâtiments détruits depuis, des marquises en béton sur plusieurs bâtiments existants[C 9].

En 1998, un nouveau pavillon Damien Delamaire est construit au nord-ouest du site pour y accueillir un EHPAD[2].

Histoire

Premier hôpital Saint-Yves

L'hôpital saint-Yves en 1857

En 1358[N 1] est fondé l'Hôpital Saint-Yves par le chanoine Eudon le Bouteiller. Ce dernier choisit la patronage de Saint-Yves pour nommer l'établissement car le chanoine est originaire de Tréguier, tout comme le Saint[B 1],[3]. L'Hôtel-Dieu Saint-Yves grandit au fil des siècles et est le seul hôpital de la ville encore mentionné dans les archives en 1536[B 2]. À partir de 1644, la gestion de cet hôpital est confiée aux chanoinesses Augustines de la Miséricorde de Jésus, au travers d'un traité avec la ville[A 3]. Avec l'affluence des dons, l'hôpital rachète les immeubles mitoyens et s'agrandit régulièrement[B 3].

Après cinq siècles d'activité, les locaux vétustes posent de plus en plus problème : en 1836 la charpente menace de s'effondrer et on est contraint d'installer des piliers dans les salles d'hospitalisation. En 1853, des incendies volontaires endommagent définitivement l'hôpital[B 4]. Les chirurgiens se plaignent également de la salubrité des lieux, avec un manque de salles dédiées aux opérations et un manque d'hygiène entraînant des infections nosocomiales[B 5].

Les autres établissements hospitaliers de la ville sont également vétustes et éloignés géographiquement : en plus de l'hôpital Saint-Yves en bordure de la Vilaine, il existe trois hospices au début du XIXe siècle : l’hospice des Catherinettes rue de Paris, l’hospice Saint-Melaine sur la place éponyme et l’hospice des Incurables, rue de la Santé[C 10].

Construction du nouvel Hôtel-Dieu au XIXe siècle

Dès 1835, la nécessité de remplacer l'hôpital Saint-Yves émerge[C 2]. Après vingt ans de discussions et de recherches de financement, plusieurs options sont étudiées pour reconstruire l'Hôtel-Dieu : le site actuel à proximité avec la Vilaine, dont l'eau est désormais stagnante depuis la suppression d'un moulin voisin, n'est plus souhaitable et d'autres sites sont également refusés : le terrain des Catherinettes au parc du Thabor car trop exigu, l'avenue du Mail-Donges[N 2] à cause des aménagements ferroviaires prévus, ou encore un terrain dans la rue du Champ Dolent, trop en contre-bas de la Vilaine[B 6]. Le choix final est fait en 1851 et se porte sur un terrain dans la rue de la Cochardière : le site jouit d'une situation favorable pour établir un hôpital : situé en hauteur, éloigné des quartiers insalubres et d'une superficie spacieuse de 2,4 ha[4],[A 1]. Le terrain est acquis par des dons et des expropriations[B 6].

Intérieur de la chapelle au début du XXe siècle

Un concours national d'architecture est lancé pour la réalisation de l'édifice : le programme indique une surface constructible de 2,4 ha, pour établir un établissement d'une capacité de 500 lits, avec une orientation est/ouest et une circulation aisée entre les bâtiments administratifs, les logements, la chapelle et les services généraux. Le concours bénéficie d'une publicité dans plusieurs villes française et à l'école des Beaux-Arts de Paris[C 11]. Vingt-quatre projets sont proposés et la commission d'examen, composée de neuf membres, étudie neuf de ces projets[1]. Le projet retenu est celui de l'architecte Aristide Tourneux. Il s'inspire du plan de l'hôpital de Bordeaux et du nouvel hôpital Lariboisière à Paris, avec un projet de 400 à 500 lits[A 1],[B 6],[4].

Les travaux débutent en 1854[B 6]. Pour décorer la chapelle au nord, les chanoinesses augustines, ayant déjà la gestion de l'hôpital historique dans le centre, font réaliser à leurs frais une statue de Saint-Yves[A 3].

En , l'empereur Napoléon III est en déplacement officiel et pour marquer cette visite, le nouvel établissement est alors renommé hôpital Napoléon III[A 3]. Il est inauguré le , en présence de Élisa Napoléone Baciocchi et de Honoré-Charles Baston de La Riboisière[B 6]. Le soir de l'inauguration, une procession, organisée par les chanoinesses augustines et accompagnées par les autorités civiles et militaires, traverse la ville pour acter le transfert de l'hôpital Saint-Yves au nouvel hôpital Napoléon III[A 3]. Lors du déménagement, plusieurs pierres tombales datant du XVIe siècle sont transférées, ainsi que le cœur reliquaire de Charles d'Albert d'Ailly, ancien gouverneur de Bretagne au XVIIe siècle[A 4],[5].

L'ancien Hôtel-Dieu Saint-Yves est détruit vers 1860 pour permettre l'alignement des quais dans le cadre de la canalisation de la Vilaine[6]. L'ancienne chapelle est d'abord utilisée comme quincaillerie avant d'être racheté par la ville en 1981[7].

L'ère Hôpital Napoléon III

Vue de l'entrée principale au début du XXe siècle

Déjà présentes à l'hôpital Saint-Yves, les chanoinesses augustines sont chargées du fonctionnement du nouvel hôpital Napoléon III. En 1865, les hospices de Rennes rédigent un règlement intérieur qui organise le fonctionnement des lieux. En échange de la fourniture du matériel, les 32 sœurs hospitalières s'assurent de la bonne tenue des lieux[A 5],[B 7].

À cette époque, le corps médical est composé de deux médecins, deux chirurgiens et de cinq internes (deux en médecine, deux en chirurgie et un en pharmacie)[A 6]. Le personnel administratif se limite à un économe et d'un commis d'économat, la responsabilité de direction étant assurée par la Commission Admnistrative de la ville[B 7]. L'essentiel des revenus proviennent des rentes foncières, des pensions payées par les malades aisées ou encore de legs. La médication et les remèdes administrés ne représentent que peu de revenus[B 7].

En 1867, la première maternité ouvre à l'Hôtel-Dieu, succédant à la salle d'accouchement qui a brièvement existé à l'hôpital Saint-Yves après la Révolution puis une clinique chez une sage-femme de l'école de médecine ensuite. Cette maternité ouvre d'abord au-dessus de l'amphithéâtre de dissection, présentant des risques sanitaires. En 1898, un pavillon isolé est construit par l'architecte Julien Ballé réservé exclusivement à la maternité, financé par un leg de François Coulabin. Bâtiment composé de deux étages, le rez-de-chaussée est réservé aux accouchements tandis que l'étage accueille les femmes arrivant à terme de grossesse. L'isolement de ce pavillon présente l'inconvénient de devoir transférer la future mère par l'extérieur si l'accouchement nécessite une médicalisation[A 7],[C 7].

Doté de 200 lits d'hospitalisation à son ouverture, l'hôpital en compte 365 lits en 1868, quand la ville de Rennes atteint les 50 000 habitants[A 8],[B 8]. Cette hausse engendre de nombreuses réorganisations des salles de malades, notamment en 1870, où l'Hôtel-Dieu est contraint d'accueillir les soldats blessés lors de la guerre franco-allemande[B 8],[A 9]. Cette guerre entraîne la chute du Second Empire et l'hôpital est débaptisé du nom de l'Empereur pour reprendre le nom d'Hôtel-Dieu[A 3].

Expansion de l'hôpital

En 1881, le plan architectural adopté trente ans plus tôt se relève déjà insuffisant. La Commission Administrative décide alors de surélever les galeries centrales en y ajoutant un étage. Ces travaux sont finalisés en 1887 et augmente nettement les capacités du site[B 9].

Au début du XXe siècle, les découvertes médicales autour de l'asepsie par Louis Pasteur requièrent un changement des pratiques : on retire les rideaux des lits des salles communes, complexe à laver et responsable de la prolifération des maladies[B 9]. En 1893, le pavillon Anaïs Bernard est construit[A 10]. Il est suivi rapidement du pavillon Pasteur, baraque en briques, au centre de la cour centrale, l'année suivante, qui accueille les opérations chirurgicales effectuées auparavant dans des couloirs non adaptés, proches des latrines[B 9],[C 12],[A 11].

Edmond Castex en service de radiologie au début du XXe siècle

Grâce aux dons de la bienfaitrice Mme Lemonnier, le pavillon est rénové entièrement en 1910 et comporte désormais plusieurs salles d'opérations. Enfin en 1937 la salle Lister vient compléter le service, avec une salle divisée en deux parties afin de permettre aux étudiants de pouvoir observer les opérations sans gêner les chirurgiens. Le service est alors capable d'accueillir jusqu'à 200 malades en chirurgie[A 11],[C 13].

Grâce aux dons de Mme Lemonnier, un autre pavillon est créé la même année pour accueillir le service de radiothérapie d'Edmond Castex, professeur agrégé de l'école de médecine. Ce médecin demande en 1921 d'utiliser du radium dans le cadre des traitement anticancéreux, ainsi que des crédits pour financer du matériel de radiothérapie moderne. Cinq ans plus tard, une salle de radioscopie est ajoutée au pavillon[A 12],[C 14].

Ces progrès de la médecine font que les milieux aisés, qui auparavant payaient les médecins, se mettent à fréquenter l'hôpital public gratuit, toujours financé sur le modèle de la charité. En , une circulaire ministérielle formule une distinction claire entre hospice et hôpital[A 13]. Les medecins de l'Hôtel-Dieu insistent cependant à ce que le lieu conserve le statut d'hospice des pauvres. En effet, la plupart de ces médecins exercent, voire dirigent, dans des cliniques privées de la ville, avec des honoraires conséquents, et souhaitent que les malades aisées soient redirigées vers ces cliniques[A 13].

Mail Germaine Poinso-Chapuis où l'on distingue le bunker allemand entre les deux ailes de la partie est

Le , l'occupation allemande réquisitionne le lieu après une visite la veille d'un médecin général de l'armée allemande. Le 12 juillet, les 690 malades présents sont transférés entre l'hôpital militaire Ambroise Paré, la maison du peuple et l'hospice de Pontchaillou[A 14]. Lors de cette occupation, une partie des archives seront incendiées[B 10],[8]. Héritage de cette occupation, les allemands construisent en 1941 un blockhaus entre les deux ailes du côté est de l'hôpital, qui ne sera jamais démoli[C 8]. Le personnel de l'hôpital exercent dans des conditions spartiates, et l'école d'infirmiers accueillent même des élèves de Lorient et Brest, villes bombardées pendant la guerre[A 15].

Le , à la libération de la ville, l'armée américaine prend possession des lieux. Ils y importent du matériel qui révolutionne les pratiques de soins : du matériel d'anesthésie générale, des appareils de radiologie ou encore du matériel à oxygène. Ils y introduisent également les premiers traitements avec antibiotiques via la pénicilline[B 10],[8],[A 16]. L'armée américaine quitte définitivement l'hôpital le [A 14].

Modernisation des lieux après-guerre

Après la guerre, l'heure est à la réparation des dégâts et la modernisation des lieux[B 11].

Dès 1948, pour accompagner les progrès médicaux, un centre régional de transfusion sanguine (CRTS) est ouvert et Maurice Le Foll y est nommé directeur. Il utilise l'ancien blockhaus allemand pour installer la structure, bien qu'il se montre rapidement inadapté. Une extension est alors créé du côté de la rue de la Cochardière[A 17]. Dans les années 1950, les grandes salles de 40 malades sont remplacées par des box de deux à quatre lits[A 18]. Le laboratoire de biochimie se dote d'appareils de mesure modernes (photomètres à flamme, photocolorimètres, spectrophotomètres)[A 19].

À partir de 1946, la loi n°46-330 requiert l'obtiention d'un diplôme d'État afin d'exercer le métier d'infirmière[9]. Les premières infirmières laïques arrivent en service en 1955 et deviennent rapidement majoritaires : en 1968, l'hôpital compte 160 infirmières laïques pour dix religieuses. Les religieuses quittent alors les bâtiments d'hébergement qui leurs étaient réservés pour une maison privée, avant de quitter définitivement leurs fonctions l'Hôtel-Dieu en octobre 1975[A 20].

En 1970, après dix ans de travaux, un nouvel hôpital de dix étages est inauguré sur le site de Pontchaillou au nord-ouest de la ville. Celui-ci est suivi par l'inauguration de l'Hôpital Sud en 1980. À cette période, les services de l'Hôtel-Dieu sont progressivement transférés. La clinique médicale, les services d'ORL, de chirurgie digestive et de chirurgie infantile s'installent à Pontchaillou. Une partie du service d'urgences puis une partie de la chirurgie orthopédique en 1972 déménagent également dans le nouvel hôpital[A 21]. En 1979, le CRTS déménage du blockhaus pour des locaux au centre Eugène-Marquis, puis dans des locaux dédiés ensuite, toujours présent aujourd'hui via l'Établissement français du sang[A 17]. Cette expansion du nouveau site hospitalier au nord-ouest de la ville lui fait devenir le centre médical le plus important de Rennes, au détriment de l'Hôtel-Dieu[C 15].

Cependant, ces transferts libèrent de l'espace à l'Hôtel-Dieu pour développer de nouvelles spécialités pendant un temps : la rhumatologie, les services d'hématologie clinique, de diabétologie et nutrition et de maladies métaboliques[A 22],[A 21]. Trois unités de cardiologie sont successivement ouverts entre 1970, 1972 et 1975. Les deux services distincts de cardiologie de l'Hôtel-Dieu cumuleront jusqu'à 108 lits. Un service d'urgence cardiologique, structure alors unique en France, est ouvert après la libération des urgences générales par leur déménagement à Pontchaillou[A 23].

En , la loi Veil, dépénalisant l'avortement est votée en France. Cependant, les chef du service gynécologie de l'Hôtel-Dieu se positionnent contre l'ouverture d'une unité d'interruption volontaire de grossesse sous couvert de la clause de conscience, malgré le consensus administratif en faveur de cette ouverture[10]. En , le vétuste pavillon Anaïs Bernard, désaffecté depuis plusieurs années, est utilisé pour installer un centre d'IVG, à l'opposé géographiquement du service de gynécologie. Il est alors composé d'une salle d'intervention et six puis neuf lits[A 10],[11],[12]. En , ce service déménage dans une unité plus vaste et devient un service d'orthogénie, mais toujours séparé du pôle gynécologie. Jusqu'en 2009, année de transfert du service à l'Hôpital Sud, le centre d'IVG de l'Hôtel-Dieu aura réalisé près de 60 000 opérations[A 10].

Transition vers un hôpital gériatrique

Entrée du pavillon Damien Delamaire

Dans les années 1980, le centre hospitalier de Rennes amorce une nouvelle restructuration : face au vieillissement de la population, il est important de définir un plan d'accueil gérontologique. Après des concertations avec la ville de Rennes, 27 nouveaux lits de moyen séjour sont installés dans le cloître de l'Hôtel-Dieu début 1987 suivi rapidement de 27 autres lits pour le long séjour[A 24]. La ville construit également en 1991 un site indépendant à la Tauvrais au nord-est de la ville, pour décharger les services d'urgences[A 25]. En 1997, le pavillon Damien Delamaire est ouvert avec une capacité de 120 lits sur le site de l'Hôtel-Dieu[A 25].

Cette restructuration entraîne le transfert de plusieurs services. En 1979, les services d'urgence sont centralisés à Pontchaillou, hormis les spécialités cardiologie et gynéco-obstétricales, et quittent définitivement l'Hôtel-Dieu. En 1992, c'est le service dermatologie qui est à son tour transféré dans un nouveau pavillon à Pontchaillou[A 21]. La maternité reste cependant fortement présente sur le site, et est notamment étendue en 1987, en construisant des chambres plus agréables pour les femmes sur le point d'accoucher[13]. À la fin du XXe siècle, l'hôpital entre 1 300 à 2 000 accouchements par an[A 26].

Ces transferts se poursuivent au début du XXIe siècle : en 2003, le service de gynécologie quitte l'Hôtel-Dieu pour l'Hôpital Sud. Il est rejoint par les services maternité et chirurgie pédiatrique en , qui prennent possession du nouveau bloc maternité de l'Hôpital Sud[A 27],[14].

Reconversion du lieu depuis 2017

Dès 2013, des discussions et études ont lieu sur l'avenir du site. Rennes Métropole souhaite un projet de reconversion globale du site, et non un parcellement du lieu. Une reconversion universitaire est d'abord envisagé pour l'Université de Rennes pour y installer des services administratifs, une école d'architecture et des logements étudiants mais le projet est abandonné en 2014[C 16].

En 2016, l'îlot de la Cochardière, à l'est du site, est cédé pour dix millions d'euros à un promoteur immobilier pour un programme de cinq bâtiments résidentiels[15]. Les anciens bâtiments de l'Hôtel-Dieu sont détruits en et un an de fouilles archéologiques ont lieu[16],[C 16].

Une galerie de l'ancien hôpital en 2022, avec un espace restauration et une salle d'escalade au fond.

Lors de ces fouilles, les équipes de l'Inrap étudie le développement de la partie nord de Condate Riedonum. Le secteur fouillé est intégré à la ville romaine entre le Ier et le IIIe siècle, avec plusieurs édifices de qualité diverses. Lors des fouilles sur la partie sud, des élévations en torchis et des poutres en bois sont recensés, alors que la partie nord-ouest révèle une domus en béton et en schiste. Au IVe siècle, une vaste nécropole est installé dans le quartier, dont les fouilles révèlent des rangées de tombes soigneusement organisées[17].

En , la cession de l'hôpital est actée afin de centraliser l'activité hospitalière sur le Centre hospitalier universitaire de Rennes en pleine reconstruction. Le centre hospitalier, propriétaire du foncier, vend le site à l'Établissement public foncier de Bretagne pour 14,6 millions d'euros, après avoir déduit 2,2 millions d'euros pour le désamiantage et la démolition. Cette somme permet le financement de l'agrandissement du site de Pontchaillou[18]. Seul le pavillon Damien Delamaire, qui accueille l'EHPAD, n'est pas concerné cette cession[A 28].

En 2018, le promoteur immobilier Linkcity, filiale de Bouygues Construction, est choisi par la ville pour mener le programme de réaménagement du site, pour un budget estimé entre 70 et 80 millions d'euros. Après une concertation publique, la ville souhaite garder l'identité patrimoniale de l'Hôtel-Dieu tout en le transformant comme un lieu de vie. Des bâtiments annexes seront détruits pour laisser place à la construction de logements mais la partie historique conçue par Aristide Tourneux en 1858 sera conservée et requalifiée[19].

Terrasse dans la cour intérieure en 2022.

En 2019, une série de grands travaux pour requalifier près de 30 000 m2 de surface est lancé pour une durée estimée de trois ans. En , un espace éphémère de 1 000 m2 est aménagé : une salle d'escalade, une microbrasserie et un bistrot y sont installés dans le bâtiment sud du lieu. Un espace de restauration extérieur occupe la cour centrale de l'ancien hôpital[20].

Le pôle santé dans le pavillon conçu par Julien Ballé.

En 2022, le pavillon hébergeant l'ancienne maternité est entièrement revue, avec un sol rabaissé afin de créer un nouvel étage au niveau du rez-de-chaussée et une façade réhabilitée selon sa configuration du XIXe siècle. Ces travaux permettent d'aménager 23 salles de consultations sur 1 000 m2 de plancher pour divers professions médicales (généralistes, psychologue, osthéopathe, sages-femmes, etc.)[21]

Fin 2024, un appel à candidatures est lancé pour occuper cinq locaux rénovés : trois restaurants avec terrasses, un commerce de 80 m2 et la chapelle de 345 m2, pour des projets culturels ou événementiels[22].

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Conservatoire du Patrimoine Hospitalier Rennais, Chroniques de l’Hôtel Dieu « 120 ans d’une passion rennaise », , 130 p. (ISBN 978-2-9510926-5-5, présentation en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Capucine Lemaître et Benjamin Sabatier, Les hôpitaux de Rennes : histoire, architecture et patrimoine, In Situ, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean-Charles Sournia, Histoire des hôpitaux de Rennes, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean-Yves Veillard, Rennes au XIXe siècle: architectes, urbanisme et architecture, Éditions du Thabor, , 518 p., p. 331-345

Notes et références

Notes

  1. Selon l'historien Amédée Guillotin de Corson
  2. Aujourd'hui devenue l'avenue Aristide Briand

Ouvrages récurrents

  • Conservatoire du Patrimoine Hospitalier Rennais, Chroniques de l’Hôtel Dieu « 120 ans d’une passion rennaise », , 130 p. (ISBN 978-2-9510926-5-5, présentation en ligne)
  1. 1 2 3 4 5 CPHR 2017, p. 15.
  2. CPHR 2017, p. 16.
  3. 1 2 3 4 5 6 CPHR 2017, p. 19.
  4. CPHR 2017, p. 20.
  5. CPHR 2017, p. 21.
  6. CPHR 2017, p. 28.
  7. CPHR 2017, p. 41.
  8. CPHR 2017, p. 26.
  9. CPHR 2017, p. 29.
  10. 1 2 3 CPHR 2017, p. 119.
  11. 1 2 CPHR 2017, p. 39.
  12. CPHR 2017, p. 42.
  13. 1 2 CPHR 2017, p. 37.
  14. 1 2 CPHR 2017, p. 60.
  15. CPHR 2017, p. 66.
  16. CPHR 2017, p. 61-63.
  17. 1 2 CPHR 2017, p. 88.
  18. CPHR 2017, p. 74.
  19. CPHR 2017, p. 99.
  20. CPHR 2017, p. 73.
  21. 1 2 3 CPHR 2017, p. 105.
  22. CPHR 2017, p. 84.
  23. CPHR 2017, p. 107.
  24. CPHR 2017, p. 120.
  25. 1 2 CPHR 2017, p. 121.
  26. CPHR 2017, p. 113.
  27. CPHR 2017, p. 114.
  28. CPHR 2017, p. 123.
  • Capucine Lemaître et Benjamin Sabatier, Les hôpitaux de Rennes : histoire, architecture et patrimoine, In Situ, (lire en ligne)

Autres références

  1. 1 2 3 Notice no IA35023220, sur Gertrude, base du service de l’Inventaire du patrimoine de la région Bretagne.
  2. « 150 ans d'histoire pour l'ancien hôpital », sur Ouest-France, (consulté le )
  3. Notice no IA35027493, sur Gertrude, base du service de l’Inventaire du patrimoine de la région Bretagne.
  4. 1 2 Rennes Métropole, « Dossier de presse : Le CHU valorise son patrimoine historique et le centre-ville se déploie vers le nord », Communiqué de Presse, , p. 15 (lire en ligne)
  5. Jeanne Nicolle-Annic, « Rennes. Les pierres tombales dorment dans le chantier de l’Hôtel-Dieu », sur Ouest-France, (consulté le )
  6. Notice no IA35022403, sur Gertrude, base du service de l’Inventaire du patrimoine de la région Bretagne.
  7. Linda Benotmane, « Rennes. Dans le centre ancien, la chapelle Saint-Yves est-elle à vendre ? », sur Ouest-France, (consulté le )
  8. 1 2 Agnès Le Morvan, « Photos, matériels… À Rennes, 150 ans d’histoire de l’Hôtel-Dieu se racontent dans un livre », sur Ouest-France,
  9. France. « Journal officiel », art. n°46-330 du 8 avril 1946 [lire en ligne (page consultée le 29 juin 2025)]
  10. [vidéo] « Il suffit d'écouter les femmes - Annick Le Mescam », à 33:20, , 54 min, sur Entretiens patrimoniaux | INA (consulté le )
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  22. « Restaurants, commerce, chapelle... Qui veut lancer son activité à l'hôtel-Dieu de Rennes ? », sur actu.fr, (consulté le )

Liens externes

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