Hazel Massery
Hazel Bryan Massery, née le 31 janvier 1942[1](p45) est une citoyenne américaine initialement connue pour son opposition à la déségrégation scolaire[1]. Elle est notamment figurée sur une photographie emblématique, immortalisée en 1957 par le photojournaliste Will Counts, où elle apparaît invectivant Elizabeth Eckford, membre des Neuf de Little Rock, lors de la crise de Little Rock[2](pp60–62).
Lycée de Little Rock
Le 9 septembre 1957, neuf élèves afro-américains firent leur entrée au lycée Little Rock Central, devenant ainsi les premiers étudiants noirs de l’établissement. Parmi eux figurait Elizabeth Eckford. Alors qu’elle se rendait à l’école, un groupe d’adolescentes blanches la prit à partie, lui adressant des invectives et scandant : « Deux, quatre, six, huit ! Nous ne voulons pas nous intégrer ![3]» L’une de ces jeunes filles, Hazel Bryan, se distingua par son comportement véhément. Benjamin Fine, journaliste au New York Times, la dépeignit comme « hurlante, en proie à une exaltation frénétique, semblable à l’effervescence que suscitait alors Elvis Presley parmi ses admirateurs ». Bryan lança également à Eckford des propos injurieux, dont : « Rentre chez toi, nègre ! Retourne en Afrique ! »[4],[5]
Après que la photographie eut été rendue publique, Hazel commença à recevoir un courrier majoritairement critique, émanant principalement des États du Nord. L’écrivain David Margolick relata que, si Hazel jugea ces réactions « surprenantes », « ses parents estimèrent que cette soudaine notoriété était suffisamment inquiétante pour la retirer de l’établissement scolaire »[2].
Bryan quitta son nouvel établissement scolaire à l’âge de dix-sept ans, épousa Antoine Massery et fonda un foyer. Par la suite, sa perception de Martin Luther King Jr. et de la déségrégation évolua. Hazel Bryan Massery, d’un naturel interrogateur et méditatif, prit conscience un jour que ses enfants découvriraient, dans leurs manuels d’histoire, que la jeune fille hargneuse figurant parmi les illustrations n’était autre que leur mère. Elle mesura alors l’étendue de la responsabilité qui lui incombait[6].
En 1963, ayant reconsidéré sa position sur la question de l’intégration et éprouvant des remords quant à son comportement envers Elizabeth Eckford, Hazel Bryan prit l’initiative de la contacter pour lui présenter ses excuses. Leur entrevue resta sans suite immédiate, et Eckford, interrogée par la presse, s’abstint alors de révéler l’identité de la jeune femme figurant sur la célèbre photographie[2].
Après les événements de Little Rock, Hazel s'engagea davantage dans la vie politique, élargissant son action à l'activisme pacifiste et au travail social. David Margolick a relevé qu’elle dispensait des enseignements en puériculture à des mères noires célibataires et organisait des excursions pour des adolescentes issues de milieux défavorisés[4]. Elle fréquentait assidûment le rayon d’histoire afro-américaine de la librairie Barnes & Noble locale, acquérant des ouvrages de Cornel West et de Shelby Steele, ainsi que le volume complémentaire de Eyes on the Prize[2].
Bryan espérait recouvrer sa réputation, mais cette reconnaissance n’intervint qu’à l’occasion du quarantième anniversaire de la déségrégation du lycée Central, en 1997. Will Counts, le photographe à l’origine du cliché devenu iconique, organisa une nouvelle rencontre entre Elizabeth Eckford et Hazel Bryan. Cette entreprise permit des gestes de réconciliation, comme le relata un éditorial de l’Arkansas Democrat-Gazette en date du 1er janvier 1998 :
Communication avec Elizabeth Eckford
En 1997, lors d’une nouvelle rencontre entre Elizabeth Eckford et Hazel Bryan, une certaine gêne persiste, bien que les deux femmes parviennent brièvement à établir une relation amicale[2]. En 1999, le journaliste David Margolick se rend à Little Rock et organise un entretien avec elles. Hazel Bryan déclare alors : « Je pense qu’elle… parfois, nous avons un peu… enfin, la lune de miel est terminée, et maintenant nous pouvons sortir les poubelles[4]. » Pour sa part, Elizabeth Eckford développe l’impression que Bryan « souhaitait qu’[elle] soit guérie, qu’[elle] tourne la page et que cela ne se prolonge pas… Elle désirait que [sa] gêne s’atténue afin de ne plus se sentir responsable[6]. »
En 2000, les deux femmes n’entretenaient plus de relations suivies. Interrogée sur la possibilité de rééditer une affiche intitulée Réconciliation, représentant Elizabeth et Hazel se donnant la main, Elizabeth y consentit à la condition qu’y fût apposé un discret autocollant portant ces mots : « Une véritable réconciliation ne saurait advenir sans que soit reconnu, en toute honnêteté, notre passé douloureux, bien que commun[4]. »
Références
- 1 2 David Margolick, Elizabeth and Hazel: Two Women of Little Rock, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-14193-1, OCLC 711045600, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Margolick, « Through a Lens, Darkly », Vanity Fair, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Blakemore, « The Story Behind the Famous Little Rock Nine 'Scream Image[[:Modèle:'-]] » [archive du ], History.com, (consulté le )
- 1 2 3 4 David Margolick, « Elizabeth Eckford and Hazel Bryan: the story behind the photograph that shamed America », The Telegraph, (lire en ligne [archive du ], consulté le Mois invalide (limited))
- ↑ NPR staff, « [[:Modèle:-']]Elizabeth And Hazel': The Legacy Of Little Rock », Weekend Edition Sunday, NPR, (consulté le )
- 1 2 Margolick, « The Many Lives of Hazel Bryan », Slate, (lire en ligne, consulté le )
Liens externes
- Portail de la photographie
- Portail des États-Unis
