Inégalité de Young
En mathématiques, la forme standard de l'inégalité de Young, portant le nom de William Henry Young, affirme que pour tous réels et positifs ou nuls et tous réels et strictement positifs tels que (on dit parfois qu'ils sont conjugués), on a :
L'égalité a lieu si et seulement si .
Un cas simple (relativement fréquemment utilisé) de l'inégalité de Young est l'inégalité avec exposants 2 (faisant partie des inégalités entre moyennes) :
qui donne également l'inégalité de Young avec (valide pour tout ) :
On a enfin la généralisation, pour , et tout
autrement dit, dans l'inégalité de Young, il est possible de fixer la valeur souhaitée devant le terme , quitte à modifier en conséquence celui devant .
Utilisation
L'inégalité de Young peut être utilisée dans la preuve de l'inégalité de Hölder. Elle est également largement utilisée pour estimer la norme de termes non linéaires en théorie des équations aux dérivées partielles, puisqu'elle permet d'estimer un produit de deux termes par une somme des deux mêmes termes à une puissance quelconque et divisé par un nombre.
Démonstrations
Cas élémentaire p = q = 2
Preuve algébrique
L'inégalité de Young avec des exposants 2 est le cas particulier . Mais elle a une preuve plus élémentaire : on observe seulement que
on ajoute de chaque côté et on divise par 2.
L'inégalité de Young avec suit, en appliquant l'inégalité de Young avec exposants 2 à

Preuve géométrique
À partir de et , on observe que le rectangle de longueur et de largeur a une aire . Une bissectrice en un sommet le découpe en deux régions d’aire et . Si , le rectangle est un carré et les deux régions sont des triangles rectangles de base et hauteur et on a
Si , la région d’aire est un triangle rectangle de base et hauteur , et donc d’aire tandis que la deuxième, d’aire est un trapèze rectangle contenu dans un triangle rectangle de base et hauteur , qui a une aire de . On a donc
- .
Le cas est semblable.
Cas général 1 < p < ∞
Preuve géométrique par calcul intégral
Étant donné , , on décompose le rectangle de base et de hauteur en deux zones : une première où d’aire et une seconde où d’aire :

Puisque , on a et la condition est équivalente à . L’aire de est majorée par une intégrale qu’on peut calculer par croissance de l'intégrale définie :
- .
De même, comme , on calcule et la condition est équivalente à et donc
- .
On conclut que
- .
Preuve par l’inégalité des moyennes
La forme standard est l'inégalité entre moyennes pondérées arithmétique et géométrique[1], appliquée à , mais se déduit aussi de la section suivante.
Preuve par convexité de l’exponentielle
On a par convexité de la fonction exponentielle et l’inégalité de Jensen, puisque :
Preuve par réduction à une variable et croissance de fonction
On définit la fonction
Sa dérivée vaut
- .
Par le lien entre monotonie et signe de la dérivée, si , on a alors tandis que si on a . On a donc avec égalité si et seulement si , et donc
- .
Étant donnés , on prend ,
En effet, l’hypothèse implique que et .
Généralisation utilisant des intégrales

L'inégalité ci-dessus est un cas particulier de la suivante, démontrée par Young[2] :
Soit une fonction continue strictement croissante sur (avec ) et sa bijection réciproque. Si , et alors
- ,
avec égalité si et seulement si [3].
Le diagramme ci-contre donne une preuve graphique très simple de ce résultat, en interprétant les deux intégrales comme deux aires bordées par le graphe de .
Le calcul précédent revient à dire que si F est une fonction strictement convexe de classe C1 alors, en notant G sa transformée de Legendre (ou fonction conjuguée)[4],
- [5].
Sous cette forme, cette inégalité est encore valide si F est une fonction convexe à argument vectoriel[6].
- Exemples d'applications
- La transformée de Legendre de est avec tel que 1/p + 1/q = 1, et ainsi l'inégalité de Young standard est un cas particulier de l'inégalité ci-dessus[7] ; cette démonstration est alors équivalente à celle du paragraphe "preuve intégrale" ci-dessus.
- La transformée de Legendre de est , et alors pour tous et strictement positifs.
Généralisation à plusieurs variables
Pour , si et si satisfont
on a alors
,
avec égalité si et seulement si .
Avec les notations de somme et de produit, on peut reformuler cela sous la forme suivante: si
,
alors
La formule se démontre par récurrence en utilisant le cas . En effet, en posant
,
on a
et donc
.
Par le cas , on a
.
Puisque
partir du cas , on a
.
Notes et références
- ↑ (en) D. S. Mitrinović (en), Analytic Inequalities, coll. « Grund. math. Wiss. » (no 165), (lire en ligne), p. 49, Remark 1.
- ↑ (en) W. H. Young, « On classes of summable functions and their Fourier series », Proc. Roy. Soc. Lond. Series A, vol. 87, , p. 225-229 (lire en ligne).
- ↑ Mitrinović 1970, p. 48-49.
- ↑ C'est-à-dire que G est « la » primitive de la réciproque de la dérivée de F.
- ↑ Pour des détails, voir Mitroi, F. C., & Niculescu, C. P. (2011). An extension of Young's inequality. In Abstract and Applied Analysis (Vol. 2011). Hindawi.
- ↑ (en) V. I. Arnold, Mathematical Methods of Classical Mechanics, coll. « GTM » (no 60), , 2e éd. (1re éd. 1978), 520 p. (ISBN 978-0-387-96890-2, lire en ligne), p. 64.
- ↑ Mitrinović 1970, p. 49, Example 1.
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