Jean Warin (résistant)

Jean Warin
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Jean Jules Laurent Warin
Pseudonyme
Walter
Nationalité
Activités
Conjoint
Anne-Marie Pariselle
Enfant
Autres informations
A travaillé pour
Lycée Ronsard (d)
Lycée Michelet de Vanves
Membre de
Conflit
Lieux de détention
Distinction
Archives conservées par
Service historique de la Défense (GR 16 P 600986, AC 21 P 549 288)

Jean Warin, né le 17 septembre 1914 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et mort le 14 décembre 1944 dans le camp de concentration de Neuengamme en Allemagne, est un professeur agrégé de lettres et un résistant français de la première heure[1].

Biographie

Un intellectuel réformé contre son gré

Jean Warin obtient l'agrégation de lettres à Lille en 1936 en même temps que sa femme avec laquelle il se marie à Besançon le 23 juillet 1937. Animé par des valeurs humanistes, il prépare une thèse sur Périclès et la démocratie athénienne[2]. Ses premiers postes dans l'enseignement sont à Marseille (1936-1937), puis Lyon où naît son premier fils François Warin. Il obtient ensuite un congé pour préparer l'École d'Athènes et vit à Beauvais où sa femme a été affectée.

Quand la guerre éclate le 3 septembre 1939 et il se replie avec sa famille à Montpellier où il enseigne avec sa femme. Mobilisé fin octobre 1939, il est affecté dans le Génie, détaché à Versailles peloton E.O.R., puis admis au peloton E.A.R. De santé fragile, atteint d'hémoptysie, iI se bat pour ne pas être réformé définitivement et obtient d'être réformé de manière temporaire le 3 mai 1940. Il retourne alors à Montpellier avec sa famille.

Premiers faits de résistance en 1940-1941

Après la signature de l'armistice le 22 juin 1940, il enseigne au lycée Ronsard à Vendôme[3], où il fait la connaissance de Jean Gosset, professeur de philosophie[4]. Les deux hommes deviennent amis et font plus tard partie du réseau Cohors-Asturies[5]. Jean Warin accueille ses élèves en classe en retournant le portrait du maréchal Pétain[6]. Il écrit et diffuse un journal clandestin dont le titre est « Notre patrie » à la tonalité péguyste[7].

Début août 1941, la Kommandantur établit une liste de fonctionnaires qui doivent faire des rondes nocturnes pour empêcher la pose d’affiches clandestines et essayer de découvrir les auteurs de ces affichages. Jean Warin refuse d’obtempérer aux ordres allemands : « Je n’obéis pas à ces gens-là »[8],[9]. Il est arrêté, présenté devant la Feldgendarmerie. Condamné à six mois de prison, il est incarcéré à Blois. Il est libéré en décembre 1941.

Le réseau Cohors-Asturies en 1942-1943

Libéré de prison, Jean Warin est nommé à Orléans pour la fin de l’année scolaire 1941-1942. Il est ensuite affecté au Lycée Michelet (Vanves)[10]. Il entre alors dans la Résistance, affilié au réseau Cohors-Asturies, « agent P2, en qualité de chargé de mission de 3e classe, à compter du 1er mars 1943 », responsable pour les régions orléanaise et parisienne. Enseignant le jour, il participe à des missions opérationnelles le soir : évasions, parachutages, renseignement.

C’est sous le nom de résistant de Walter[11] qu’il apparaît dans un rapport rédigé à Londres par Jean Gosset, sous les ordres duquel il travaille, fin octobre 1943. Il continue à imprimer secrètement dans son domicile à Bourg-la-Reine et à diffuser clandestinement le journal « Notre patrie ». Il est arrêté une première fois le 10 décembre 1943 et relâché faute de preuves le 16 décembre 1943.

Arrestation et déportation en 1944

Arrêté une nouvelle fois le 9 mai 1944, il est incarcéré à Fresnes le 10 mai, puis à Compiègne le 30 juin, d’où il est déporté le 28 juillet par le convoi I.250 à destination du camp de concentration de Neuengamme[12]. Il y meurt d'épuisement le 14 décembre 1944[13], sept jours avant Jean Gosset, devenu chef du réseau Cohors-Asturies, le 21 décembre 1944.

Il a bénéficié par deux fois, en mai 1942, puis en avril 1943, d’un congé pour raison de santé. Il subit la veille de son départ pour l’Allemagne un pneumothorax. On peut donc imaginer dans quel état de délabrement physique il a quitté Compiègne pour Neuengamme. Son corps est brûlé dans le crématoire du camp. Sa femme Anne-Marie Pariselle n'apprend son décès qu'en mai 1945[14].

Distinctions

Jean Warin est récipiendaire, à titre posthume, des décorations suivantes :

Hommage

  • Son action résistante est saluée dans la revue d'Etudes grecques[16] et dans la revue Esprit parue en août 1945[17].
  • Une bibliothèque Warin est inaugurée au lycée lycée Michelet à Vanves le 10 novembre 1945[18].
  • Son portait fait partie du « parcours de mémoire » réalisé par la ville de Vendôme rendant hommage à ses résistants avec ceux de Jean Emond et Jean Gosset[19].
  • Son nom est inscrit sur le monument aux morts du lycée Louis-le-Grand où il a été élève en khâgne.
Monument aux morts du lycée Louis-le-Grand

Bibliographie

  • Notice nécrologique "Jean Warin", Esprit, août 1945, page 456.
  • François Marcot (dir.) et Alya Aglan, Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, (ISBN 9782221099971), p. 146-147 « Cohors-Asturies »
  • Allocution de M. Georges Mathieu, président. In: Revue des Études Grecques, tome 58, fascicule 274-278,1945. pp. 15-25.
  • Fabienne Federini, Écrire ou combattre : des intellectuels prennent les armes, Paris, Éditions La Découverte, (ISBN 978-2707148254), p. 46, 157, 236-237, 281, 293.
  • Jocelyne Grandiau, Le lycée Michelet de Vanves, Nouvelles Editions Sutton, coll. « Provinces Mosaïques », (ISBN 978-2-8138-0800-4), Warin, Walter, un résistant, p. 212-215.
  • Jean-Jacques Loisel et Jean-Claude Pasquier, Un lycée dans la guerre : le lycée Ronsard de Vendôme, Le Cherche-Lune, (ISBN 9782904736322), Un résistant de la première heure : Jean Warin, p. 108-110
  • Marie Granet, Cohors-Asturies : Histoire d'un réseau de résistance 1942-1944, Bordeaux, Éditions des Cahiers de la Résistance, , 148 p. (ISBN 9782307190509, lire en ligne)
  • Danielle Rioul-Gosset, Sur les traces de Jean Gosset (1912-1944), Scripta, (ISBN 9782353212187), p. 102-106
  • Anne-Marie Warin, Comment comptes-tu les jours ?, (ISBN 9782954969800)
  • Limore Yagil, La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944), vol. 1 : Exemple du sauvetage des Juifs, Les Ed. du Cerf, (ISBN 978-2-204-08863-3, lire en ligne)

Notes et références

  1. Federini 2006, p. 279-301.
  2. Jocelyne Grandiau, Le lycée Michelet de Vanves, Sutton, 2014., Warin, Walter, un résistant, p. 213
  3. « Parcours de Mémoire »
  4. Danielle Rioul-Gosset, Sur les traces de Jean Gosset, Scripta, , p. 102-106
  5. Granet 1974, p. 34.
  6. Loisel et Pasquier 2004, p. 108.
  7. « Jean Warin », Esprit, , p. 456 (lire en ligne)
  8. Anne-Marie Warin, Combien comptes-tu les jours ?, (ISBN 978-2-9549-6980-0)
  9. Yagil 2010, p. 355.
  10. 1 2 « Figures du lycée Michelet »
  11. Marie Granet, Cohors-Asturies. Histoire d'un réseau de résistance 1942-1944, Cahiers de la Résistance,
  12. Fondation pour la mémoire de la déportation, « Transport parti de Compiègne le 28 juillet 1944 (I.250.) »
  13. Archives Arolsen, « Fiches de déportation de Jean Warin (1914) »
  14. Anne-Marie Warin, Comment comptes-tu les jours ?, (ISBN 978-2-9549-6980-0)
  15. « - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
  16. Matthieu Georges, « Allocution », Revue des Etudes Grecques, , p. 15-25 (lire en ligne)
  17. « Jean Warin », Esprit, (lire en ligne)
  18. Jocelyne Grandiau, Le lycée Michelet de Vanves, Sutton, (ISBN 978-2-8138-0800-4), p. 215
  19. « Parcours de mémoire »,

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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