La Partie de chasse de Henri IV

La Partie de chasse de Henri IV
Image illustrative de l’article La Partie de chasse de Henri IV
Page de titre de la seconde édition, Paris, Veuve Duchesne & Gueffier fils, 1767.

Auteur Charles Collé
Pays Drapeau de la France France
Genre Comédie
Éditeur s.n.
Lieu de parution s.l.
Date de parution 1766
Date de création

La Partie de chasse de Henri IV est une comédie en 3 actes, en prose, de Charles Collé (1709-1783), qui fait partie de son Théâtre de société.

Argument

La pièce comporte deux volets nettement distincts :

  • à l'acte I, pendant qu'Henri IV et ses courtisans se préparent à partir pour la chasse, on assiste au dénouement d'une intrigue de cour dirigée contre Sully : lors d'un entretien avec le roi (Acte I, Scène 6) le ministre parvient à se disculper des accusations qui avaient été portées contre lui et se réconcilie avec le souverain qui lui rend hautement son amitié ;
  • aux actes II et III, Henri IV, qui s'est trouvé séparé de sa chasse par un orage, se retrouve chez des paysans et bénéficie de l'hospitalité d'un meunier. Il peut observer les mœurs simples des gens du peuple et éprouver sa propre popularité. Il a également l'occasion de rendre justice à une jeune fille vertueuse enlevée par un grand seigneur. Le dénouement de la pièce comporte un rappel de l'acte I.

Histoire

Une première version de la pièce, intitulée Le Roi et le Meunier, correspondant aux actes II et III, fut entreprise par Collé en 1760, sur la base d'un « conte dramatique » de Robert Dodsley, Le Roi et le Meunier de Mansfield (The King and the Miller of Mansfield, 1736), qui avait été traduit en français en 1756[1]. Collé transposa l'intrigue en France et introduisit le personnage de Henri IV, mais surtout, il modifia complètement le caractère de la paysanne qui, dans l'original anglais, s'était laissée séduire par le seigneur qui lui avait fait croire qu'elle avait été abandonnée par son fiancé, ce qui n'empêchait pas l'affaire de se conclure par un mariage à prix d'argent payé par le séducteur. Dans la pièce française, le caractère vertueux des paysans est plus conforme à l'esprit du temps, imprégné par la philosophie des Lumières.

Gravure de Jean-Baptiste Blaise Simonet d'après Gravelot dans le première édition de 1766.

Le Roi et le Meunier fut joué le à Bagnolet, sur le théâtre du duc d'Orléans, et remporta un grand succès. Collé essaya, mais en vain, de faire recevoir son œuvre à la Comédie-Française. Il voulut alors lui donner davantage d'ampleur et rajouta l'acte I, centré sur le personnage de Sully, et dont la source principale est à rechercher dans les Mémoires du ministre[N 1]. Ainsi complétée, la pièce fut représentée à Bagnolet le , puis au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles le 1er janvier 1767, et sur de nombreux théâtres de société, y compris en présence de Louis XV lors de l'inauguration du pavillon de Madame du Barry à Louveciennes le . Le , cette comédie en prose fut jouée à l'hôtel des Intendants de Champagne à Châlons-en-Champagne par les soins et sur les ordres de Gaspard-Louis Rouillé d'Orfeuil, alors Intendant, au début d'une réception offerte à l'occasion du passage de l'archiduchesse d'Autriche Marie-Antoinette qui se rendait à Paris pour épouser le dauphin, futur Louis XVI. En revanche, le Roi s'opposa toujours à ce qu'elle fût jouée sur les théâtres publics de Paris, quoiqu'il la laissât imprimer à partir de 1766[N 2]. Sans doute Louis XV craignait-il le parallèle qu'on n'eût pas manqué d'établir entre son style de monarchie et celui d'Henri IV. L'exaltation de l'idéal d'une monarchie qui prend directement ses racines dans le peuple et met de côté la noblesse et la cour, présentées comme des foyers d'intrigue, pouvait alors passer pour subversive. Si le concept n'était anachronique, c'est l'idéal de l'orléanisme qui se trouvait ainsi proclamé – comme dans Le Siège de Calais de Dormont de Belloy – et l'on n'aura garde d'oublier que l'auteur était au service du duc d'Orléans, qui pouvait parfaitement incarner cet idéal bonhomme et bourgeois.

Après la mort de Louis XV en 1774, Louis XVI et son ministre Turgot pouvaient en revanche se réclamer du couple Henri IV / Sully : aussi la pièce fut-elle aussitôt reçue à la Comédie-Française avec un immense succès et jouée au Théâtre des Tuileries à partir du pour 26 représentations. Jusqu'à la Révolution française, elle fut jouée aussi souvent que Le Mariage de Figaro et vivement applaudie à toutes ses reprises[2].

Sous la Restauration, l'air Vive Henri IV ! était fréquemment chanté et joué dans les cérémonies se déroulant hors de la présence du Roi et de la famille royale. Il faisait alors figure d'hymne quasi-officiel de la monarchie légitimiste :

Vive Henri Quatre !
Vive ce roi vaillant !
Ce diable à quatre
A le triple talent
De boire et de battre
Et d'être un vert galant.

La pièce se soutint au répertoire de la Comédie-Française jusqu'au début du XXe siècle. Elle a, depuis, cessé d'être représentée. Mais elle a inspiré à Castil-Blaze son opéra-comique en 3 actes "La Forêt de Sénart, ou La partie de chasse de Henri IV", créé le  au Théâtre de l'Odéon, à Paris.

Notes et références

Notes

  1. Il y est d'ailleurs fait une référence transparente à l'acte I, scène 2 : « ...ses injustices, qu'il appelle des économies royales ».
  2. La pièce est publiée à Paris chez la veuve Duchesne et Gueffier fils en 1766, avec une dédicace à Louis Philippe d'Orléans et quatre gravures sur cuivre d'après Gravelot ; elle est rééditée l'année suivante.

Références

  1. Dans un recueil intitulé Choix de petites pièces de théâtre anglais traduites des originaux (tome I).
  2. Jacques Perot 1995.

Bibliographie

  • Éric Francalanza, « Deux Henri en concurrence : La Partie de chasse de Henri IV de Collé et La Bataille d’Ivry de Durosoi (1774) », dans Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval, Dominique Quéro (dir.), Charles Collé, 1709-1783 : au coeur de la République des lettres, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », (ISBN 978-2-7535-2280-0, lire en ligne Accès libre), p. 191-209.
  • Jacques Berchtold, « La Partie de chasse de Henri IV (1760-1762) », dans Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval, Dominique Quéro (dir.), Charles Collé, 1709-1783 : au coeur de la République des lettres, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », (ISBN 978-2-7535-2280-0, lire en ligne Accès libre), p. 177-190.
  • Jacques Perot, « Henri IV héros de théâtre au siècle des lumières : le rôle de La Partie de chasse de Henri IV de Collé », dans La Légende d’Henri IV (actes de colloque, 25 novembre 1994, Paris), Biarritz, Société Henri IV, (ISBN 2-84127-059-9), p. 243-259.
  • Jacques Truchet, « Notice du Théâtre de société », dans Théâtre du XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, , tome II, p. 1459-1465.

Liens externes

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