Le Crayon guidant le peuple

Images externes
Le Crayon guidant le peuple
(Stéphane Mahé)
Le Crayon guidant le peuple
(Martin Argyroglo)
Le Triomphe de la République de Jules Dalou sur la place de la Nation à Paris, lieu où les photographies ont été prises.
Photo prise le à 18 h par Rémi Mathis, montrant la même scène que les photos de Mahé et Argyroglo.

Le Crayon guidant le peuple est le titre donné à au moins deux photographies prises le à Paris  et par extension au phénomène internet associé  lors de la grande manifestation hommage aux victimes des attentats du qui coûtèrent notamment la vie à une partie de la rédaction de Charlie Hebdo. Les photographies représentent des manifestants montés sur le groupe monumental du Triomphe de la République de Jules Dalou, place de la Nation à Paris.

La symbolique générale des prises de vue évoque le tableau La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, ce qui a contribué à l'intitulé des œuvres photographiques[1],[2],[3]

Contexte des prises de vue

Les clichés ont été pris le , place de la Nation à Paris, à l'occasion de la marche républicaine[4].

Un premier cliché a été réalisé vers 17 heures[5] par le photographe Stéphane Mahé pour l'agence Reuters[1]. À l'initiative de la ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, la photographie a été affichée en grand format (13 × 8 mètres) sur la façade du Centre Pompidou[6],[7]. Elle a également fait la une de The Times, le [8], et été utilisée par d'autres journaux[9],[Note 1]. Au sujet de son travail, Stéphane Mahé a précisé ce qui suit :

« Je suis arrivé vers 17 heures, la lumière était très douce. J'ai dû rester trois quarts d'heure, j'ai tourné autour de la statue en attendant que la photographie se compose, en rassemblant différents éléments… Le crayon, le drapeau français, la statue. C'est rentré dans l'image[10]. »

Un second cliché est le travail du photographe indépendant Martin Argyroglo (basé à Paris, né en )[1]. Prise vers 20 heures, la photographie a été partagée plus de 5 000 fois sur Twitter, le [1], et choisie pour la une de L'Obs la même semaine. Le nom qui lui a été donné par son auteur est Nation[11]. Celui-ci a indiqué, concernant son travail :

« Je fais d'abord des photos horizontales, en coupant la statue. Le résultat n'est pas satisfaisant. J'opte alors pour une composition verticale[11]. »

Description et analyse des images

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple (), Paris, musée du Louvre.

Outre le lieu qui est lui-même symbolique avec Le Triomphe de la République comme cadre de l'événement, de multiples symboles sont visibles sur les clichés : « le crayon, le drapeau tricolore ou les slogans (dont celui, en haut à gauche du cliché, de « l'homme à la pancarte ») »[1],[12].

Sur la photographie de Stéphane Mahé, un jeune homme, Charles Bousquet (22 ans, comédien, originaire de Lamalou-les-Bains[13]), brandit un crayon (on le voit également sur la photographie d'Argyroglo). Il est juché sur le bras du Génie de la Liberté, l'une des figures située à l'avant du monument. Il précise : « Il y avait trop de monde dans les rues. J'ai grimpé dessus [la statue] et je suis resté comme ça pendant cinq heures. C'était un endroit génial pour suivre la manif : je voyais toutes les grandes artères de Paris converger là[10]. »

Un article de L'Obs dresse la liste des détails symboliques de la photographie d'Argyroglo qui « révèlent une multitude d'histoires » : l'homme au crayon, le fumigène (dont la lumière a « sauvé » la photo selon son auteur), une foule compacte, une manifestante fait le clown (avec un nez rouge) et un gros crayon et des pancartes[11].

Références iconographiques

Si La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix apparaît comme référence immédiate des photographies de Mahé et d'Argyroglo, celle d'Argyroglo évoque également Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault[14].

Par ailleurs, les photographies renvoient à d'autres images classiques de manifestations, comme La Marianne de Mai 68[14].

Selon l'historien Jean Garrigues, le cliché de Stéphane Mahé « est devenu l'image symbole de cette manifestation spontanée »[15]. Pour le magistrat Denis Salas, il correspond à « l'esprit de défense de la liberté d'expression après l'attentat contre Charlie Hebdo »[16].

Postérité

La photo « historique » de Stéphane Maé est étudiée en classe dix ans plus tard[17]. Le cliché de Martin Argyroglo est quant à lui choisi pour l'affiche des Rendez-vous de l'histoire dont le thème est « La France ? ». L'organisation du festival blésois souligne que sur cette photo la statue devient « une allégorie vivante des grandes valeurs républicaines »[18].

Notes et références

Notes

  1. Notamment par The Daily Telegraph, El periodico, La Repubblica, La Razón et La Libre.

Références

  1. 1 2 3 4 5 Pauline Croquet et Gabriel Coutagne, « Mobilisation du à Paris : la photo que les internautes aimeraient voir dans les livres d'histoire », Le Monde, .
  2. Jean-Claude Caron, « Si proche, si loin : Réflexions sur quelques usages contemporains du XIXe siècle », Romantisme, vol. 191, no 1, , p. 42–54 (DOI 10.3917/rom.191.0042, lire en ligne, consulté le ).
  3. Charles-Édouard Houllier-Guibert, « La symbolique des lieux urbains en France lors des attentats de  », EchoGéo, (DOI 10.4000/echogeo.14437, lire en ligne, consulté le ).
  4. Fanny Arlandis, « Manifestations pour Charlie Hebdo : À chaque moment historique son Delacroix ? », sur Slate.fr, (consulté le ).
  5. Jérôme Lachasse, « Qui est Stéphane Mahé, l'auteur du « crayon guidant le peuple » ? », Le Figaro, .
  6. Florian Bardou, « "Le crayon guidant le peuple" affiché sur le centre Pompidou », Metronews, (version du sur archive.is).
  7. (en) John Lichfiel, « Charlie Hebdo march photograph draped over the Pompidou Centre in Paris », The Independent,  : « A tarpaulin 13 metres high and 8 metres wide printed with the image was unfurled this moring on the Centre Georges Pompidou. »
  8. Joel Metreau, « Comment deux photos sont devenues emblématiques de la marche républicaine », sur 20 Minutes, .
  9. Alain Korkos, « Le crayon guidant le peuple...vers un Patriot Act ? », sur Arrêt sur images, (consulté le ).
  10. 1 2 « Le crayon guidant le peuple : la photo symbole du  », L'Express, (version du sur archive.is).
  11. 1 2 3 Cyril Bonnet, « Charlie Hebdo : Le crayon guidant le peuple, décryptage d'une photo culte », L'Obs, .
  12. Antoine Sabot, « L'homme à la pancarte, icône des manifestations », Le Monde, .
  13. René Ferrando, « L'Héraultais Charles Bousquet et le photographe de Reuters se sont enfin rencontrés », Midi libre, .
  14. 1 2 André Gunthert, « Les images « iconiques » du , un monument involontaire ? », sur imagesociale.fr, .
  15. Jean Garrigues, La République incarnée : De Léon Gambetta à Emmanuel Macron, Paris, Perrin, , 464 p. (ISBN 978-2-262-03349-1, DOI 10.3917/perri.garrig.2019.01, lire en ligne), p. 397.
  16. Denis Salas, « Face au terrorisme, quelle solidarité ? », dans Michel Wieviorka (dir.), Les Solidarités, Éditions Sciences humaines, (DOI 10.3917/sh.wievi.2017.01.0161, lire en ligne), p. 161–171.
  17. Vanessa Ripoche, « Dix ans après Je suis Charlie, sa photo du « Crayon guidant le peuple » est étudiée en classe », sur Ouest-France, (consulté le ).
  18. « L'affiche de la 28ème édition », sur rdv-histoire.com, Les Rendez-vous de l'histoire, (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • Maëlle Bazin, « Brandir un crayon, geste-emblème des rassemblements post-attentats de  », Mots. Les Langages du politique, no 110 « Le geste, emblème politique », , p. 67–82 (DOI 10.4000/mots.22227, lire en ligne).
  • Pascal Ory, chap. 2 « Le Crayon guidant le peuple », dans Ce que dit Charlie : treize leçons d'histoire, Gallimard, coll. « Le débat », (ISBN 978-2-07-011433-7), p. 28–38 [lire en ligne].
  • Justine Simon, « Appropriation, reformulation et circulation de La Liberté guidant le peuple sur les réseaux socionumériques durant les événements de Paris », Interstudia, Centrului Interdisciplinar de Studiu al Formelor Discursive Contemporane (INTERSTUD), Université de Bacău, no 24, , p. 48–60 (HAL hal-03124017).
  • (en) Justine Simon, « #JeSuisCharlie & #PeaceForParis : Appropriation, reformulation and circulation of Liberty Leading the People on socio-digital networks during the Paris attacks », Scripta, Centro de Estudos Luso-afro-brasileiros (CESPUC), PUC Minas, vol. 22, no 45, , p. 37–54 (DOI 10.5752/P.2358-3428.2018v22n45p37-54, HAL hal-03123997).

Article connexe

Liens externes

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