Manifestations de 2016-2017 au Cameroun anglophone

Manifestations de 2016-2017 au Cameroun anglophone
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Manifestation des avocats anglophones, le .
Informations
Date -
(11 mois et 21 jours)
Localisation Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Drapeau du Cameroun Cameroun
Caractéristiques
Revendications Application de la common law au lieu du droit romano-civiliste
Traduction en anglais des lois votées par l'Assemblée nationale, des règlements de la CEMAC et de l'OHADA
Dénonciation de la marginalisation de la minorité anglophone
Opposition à l'utilisation du français dans les écoles
Révocation du délégué du gouvernement et son remplacement par un maire central élu
Dénonciation du manque d'investissement dans les régions anglophones
Retour au fédéralisme
Indépendance des régions anglophones
Libération des manifestants arrêtés
Types de manifestations Manifestations
Émeutes
Grèves
Barrages routiers
Désobéissance civile
Ville morte
Issue Conflit armé dans les régions anglophones du Cameroun
Bilan humain
Morts 27[1]
Blessés plusieurs[1]
Parties au conflit civil
Gouvernement du Cameroun
Personnages-clés

Les manifestations de 2016-2017 au Cameroun anglophone (qu'on appelle également révolution du cercueil au Cameroun), sont une série de manifestations qui se déroulent du au dans les deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

Contexte

Période coloniale et décolonisation

Colonisé par l'Allemagne sous le régime du protectorat, le Cameroun est ensuite partagé entre la France et le Royaume-Uni après la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale[2]. Les deux parties du pays sont administrées séparément jusqu'en 1961, date à laquelle une partie du territoire britannique, le Cameroun méridional, se rattache à la république du Cameroun, anciennement sous mandat français pour former une république fédérale.

Fin du fédéralisme et malaise de la minorité anglophone

Le fédéralisme ne dure qu'une décennie. Le Cameroun abandonne ce système lors du référendum constitutionnel de 1972 et met en place un système centralisé qui permet au pouvoir de rester fermement ancré dans la capitale, Yaoundé. La minorité anglophone, qui représente 20 % de la population, affirme avoir souffert d'une marginalisation accrue à la suite de ce référendum[2].

Déroulement

Octobre 2016

Le 11 octobre, les avocats des régions anglophones se sont mis en grève pour dénoncer l'inexistence, au Cameroun, d'une version anglaise des « actes uniformes » de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), et pour refuser l'application du Code civil francophone dans les juridictions des régions anglophones[3].

Novembre 2016

Le , des avocats anglophones se rassemblent devant la Cour d'appel de Bamenda pour annoncer la création d'un nouveau barreau spécifique à la communauté anglophone. À la suite d'une intervention des forces de l'ordre, les avocats décident de défiler dans les rues de la ville. Alors qu'ils tentaient de se rassembler au centre-ville, les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymogènes pour les disperser[4].

Le , deux syndicats des enseignants anglophones, la Cameroon Teachers Trade Union (CATTU) et la Teachers Association of Cameroon (TAC), appellent à la grève et à la fermeture des écoles à Bamenda, pour dénoncer la « francophonisation du système éducatif anglo-saxon du Cameroun » et, en particulier, le déploiement d'enseignants francophones dans les écoles anglophones. Par ailleurs, des manifestants réclament la révocation du délégué du gouvernement et son remplacement par un maire central élu. Les manifestants protestent également contre le chômage et le manque d'investissement du pouvoir central dans les régions anglophones[5].

Après plusieurs heures de manifestation, un important contingent de forces de l'ordre est déployé pour rétablir le calme. Entre-temps, des slogans antigouvernementaux sont scandés par les jeunes manifestants, qui brûlent des pneus sur la voie publique[5]. Les et , de violents heurts font trois morts à Bamenda[6].

Décembre 2016

Début décembre, au moins quatre personnes sont tuées lorsque les forces de sécurité tirent à balles réelles en l'air et lancent des gaz lacrymogènes sur un marché[7]. Durant le mois, des journalistes regroupés au sein d'un « consortium des associations de journalisme du sud-ouest » dénoncent « l’anéantissement » de leur langue au profit du français[8]. Le 8 décembre, à Bamenda, des manifestants dressent des barricades et brûlent des pneus sur les routes menant à l'hôtel où se trouve la délégation du parti au pouvoir[9]. Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre font deux morts dans la ville[10]. Quatre personnes sont abattues par la police lors d'une manifestation dans la région du Nord-Ouest[11].

Janvier 2017

Le 9 janvier, le Consortium de la société civile anglophone du Cameroun (CSCAC) lance une « journée ville morte ». L'action est suivie dans les régions anglophones[12]. Le 16 janvier, plusieurs villes de ces régions suivent une action similaire lancée par le CSCAC[13].

Février 2017

L'activiste Mancho Bibixy (en jaune) haranguant une foule de manifestants à Bamenda, en février 2017.

Le 10 février, une centaine de personnes manifestent devant un commissariat de police pour demander la libération de personnes arrêtées. La police ouvre le feu sur la foule, tuant deux manifestants et blessant dix autres à Ndop[14].

Dans la nuit du 22 au 23 février, des affrontements éclatent entre des jeunes et la police à Mutengene à la suite de la mort d'un jeune homme, abattu par la police[15].

Septembre 2017

Le 22 septembre, des milliers de personnes manifestent dans les régions anglophones pour réclamer, entre autres, la « libération des prisonniers anglophones » et l'« indépendance de la partie anglophone ». Selon des témoins contactés par Le Monde Afrique à Buéa, Bamenda et Kumbo, des policiers, des gendarmes et des camions anti-émeutes étaient stationnés dans toutes les villes. Certains policiers tirent à balles réelles sur les manifestants à plusieurs endroits. A Mamfé et Santa, trois personnes sont tuées et de nombreuses autres sont blessées[16].

Octobre 2017

Le 1er octobre, le leader séparatiste Sisiku Julius Ayuk Tabe, déclare symboliquement l'indépendance des régions anglophones sous le nom de république fédérale d'Ambazonie. À la suite de cette proclamation symbolique, les séparatistes tentent de manifester dans les deux régions. D'importantes forces de sécurité sont déployées. Ces dernières tirent à balles réelles sur les manifestants dans plusieurs villes, notamment Bamenda, Ndop, Kumbo et Kumba, et procèdent à des interpellations. Selon Amnesty International, dix-sept personnes sont tuées par les forces de sécurité au cours des manifestations[17].

Le 2 octobre, les affrontements entre la population et les forces de l'ordre reprennent[18]. Quelques tentatives de rassemblement sont dispersées par des gaz lacrymogènes et des tirs à Bamenda. Plusieurs personnes sont hospitalisées à la suite d'échauffourées entre les manifestants et la police[19].

Répression

Le , plusieurs leaders anglophones à l'origine des manifestations sont arrêtés et inculpés d'« actes de terrorisme »[20]. Paul Biya abandonne les poursuites en août[21]. Entre janvier et avril, Internet est coupé dans les régions anglophones[22].

Réactions nationales

Le , le président Paul Biya déclare dans son discours de fin d'année à la nation : « Par le fait d’un groupe de manifestants extrémistes, manipulés et instrumentalisés, des Camerounais ont perdu la vie ; des bâtiments publics et privés ont été détruits ; les symboles les plus sacrés de notre nation ont été profanés ; les activités économiques ont été paralysées momentanément », tout en rappelant que le Cameroun était « un et indivisible ». Il ajoute : « En pareille circonstance, l’Etat a le devoir impérieux de rétablir l’ordre, au nom de la loi et dans l’intérêt de tous »[23].

Le , le gouvernement publie un arrêté interdisant le Conseil national du Cameroun méridional (CNCM) et le CSCAC[24].

Le , le gardien de but des Lions indomptables Fabrice Ondoa lance : « I am from Bamenda […] For you ! » après la victoire du Cameroun à la Coupe d'Afrique des nations[25].

Réactions internationales

Organisations internationales

  • Drapeau des Nations unies ONU : Le , le représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale, François Louceny Fall, encourage le gouvernement camerounais à « prendre toutes les mesures qu’il jugerait appropriées, dans les meilleurs délais et dans le cadre de la loi » pour résoudre la crise des régions anglophones[26]. Le , le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, exhorte les autorités camerounaises « à promouvoir des mesures de réconciliation nationale »[27].
  • Drapeau de l'Union africaine Union africaine : Le , la présidente de la Commission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, fait part de ses préoccupations concernant la crise. Elle appelle à la retenue et encourage le dialogue pour résoudre les problèmes sociopolitiques et économiques à l'origine de la crise. Elle insiste également sur le respect de la loi, en particulier le droit de mener des manifestations pacifiques[28].

États

  • Drapeau de la France France : Le , la France se dit « préoccupée par les incidents (…) qui ont fait plusieurs victimes » et appelle « l’ensemble des acteurs » à la retenue[29].
  • Drapeau des États-Unis États-Unis : Le , Anthony G. Brown, membre du Congrès des États-Unis, dépose une pétition auprès du secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, pour demander au gouvernement camerounais de se préoccuper immédiatement de la situation et de résoudre les crises en cours[30]. Les États-Unis condamnent les pertes de vies humaines et la brutalité contre les manifestants anglophones[31].

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. 1 2 (en) « Cameroon urged to investigate deaths amid anglophone protests », sur The Guardian, (consulté le )
  2. 1 2 « Crise anglophone au Cameroun : comment a-t-elle commencé et quand finira-t-elle ? », sur BBC News Afrique, (consulté le )
  3. « Cameroun : les avocats anglophones en grève », BBC News Afrique, (lire en ligne, consulté le )
  4. « Cameroun : manifestation des avocats anglophones », BBC News Afrique, (lire en ligne, consulté le )
  5. 1 2 « Cameroun : à Bamenda, les anglophones se rebiffent », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  6. « Des violentes manifestations ont éclaté à Bamenda au Cameroun », sur Voice of America, (consulté le )
  7. (en-GB) Eyong Blaise Okie, « Cameroon urged to investigate deaths amid anglophone protests », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  8. « Cameroun : des activistes anglophones prônent la partition du pays », sur Franceinfo, (consulté le )
  9. « Cameroun : pourquoi les anglophones se rebiffent », sur France 24, (consulté le )
  10. « Cameroun: affrontements meurtriers entre jeunes et policiers à Bamenda », sur RFI, (consulté le )
  11. Ouest-France, « Cameroun. La police tue quatre personnes lors d’une manifestation », sur Ouest-France.fr, (consulté le )
  12. « Cameroun: journée de mobilisation dans plusieurs villes anglophones », sur RFI, (consulté le )
  13. « Cameroun: opération ville morte dans les zones anglophones », sur RFI, (consulté le )
  14. (en) « Cameroon police kill two in protests in English-speaking northwest », Reuters, (lire en ligne, consulté le )
  15. « Biya limoge un chef de la police dans la zone anglophone du Cameroun », sur VOA, (consulté le )
  16. « A Bamenda et à Buéa, les anglophones rêvent désormais de bâtir leur « Ouest-Cameroun » », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  17. « Cameroun anglophone: lourd bilan humain après la proclamation symbolique d'"indépendance" », sur Le Point, (consulté le )
  18. « Cameroun : à Bamenda, des sécessionnistes ont bravé les balles pour proclamer leur « indépendance » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  19. « Cameroun: la contestation anglophone a été étouffée, mais le malaise persiste », sur Franceinfo, (consulté le )
  20. « Cinq choses à savoir sur la crise anglophone au Cameroun », sur Voice of America, (consulté le )
  21. « Cameroun : Paul Biya décrète l’arrêt des poursuites contre des leaders anglophones », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  22. « Après trois mois de coupure, Internet est de retour dans la partie anglophone du Cameroun », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  23. « Au Cameroun, les négociations avec la partie anglophone dans l’impasse », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  24. « Deux mouvements anglophones interdits au Cameroun », sur RFI, (consulté le )
  25. Georges Dougueli, « Crise anglophone au Cameroun : le message de Fabrice Ondoa rassemble les communautés », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  26. « Cameroun : l’ONU exhorte le gouvernement à trouver une sortie de crise rapide », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  27. « Cameroun : l'ONU encourage les autorités à poursuivre leurs efforts pour résoudre les griefs de la communauté anglophone », sur news.un.org, (consulté le )
  28. « AU expresses concern on the situation in Cameroon | African Union », sur au.int, (consulté le )
  29. « Le Cameroun anglophone, en ébullition, compte ses morts », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  30. (en-GB) « US Congress members petition Secretary of State over Anglophone crisis », sur Cameroon Concord-In the Heart of Cameroon's News Pulse, (consulté le )
  31. « Cameroon Strike: The United States expresses concern over the loss of life and brutality against anglophone protesters », sur web.archive.org, (consulté le )
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