Philippe Mouskes est le chroniqueur d'une Chronique rimée qui retrace l'histoire des Francs et de la France depuis les origines jusqu'à 1242.
Biographie
Philippe Mouskes est un écrivain et un bourgeois de Tournai de la première moitié du XIIIesiècle qu'il ne faut pas confondre avec Philippe Muus, ou de Gand, évêque de Tournai de 1272 à sa mort en 1282[1].
Philippe Mouskes est connu pour sa Chronique rimée (ou Chronique métrique)[3],[4] de 31 286 vers[5],[6],[7]octosyllabiques[7],[8],[9] à rimesplates[7],[8], première chronique en vers de l'histoire complète des rois de France depuis les origines jusqu'à son temps, vraisemblablement composée entre 1242 et 1272.
La Chronique commence par la légende qui, sur le modèle de l’Énéide, fait des Francs des descendants de Troyens s'exilant après la prise de Troie. Cette légende de l'origine troyenne des Francs est un thème récurrent depuis le VIIe siècle. La partie la plus importante (un tiers) est consacrée au règne de Charlemagne. Elle se termine avec le règne de Louis IX, en 1242.
Sur le modèle de chroniques en vers comme la Chronique ascendante des ducs de Normandie de Wace (XIIesiècle), Mouskes utilise les matériaux de l'abbaye de Saint-Denis. La valeur historique directe et la valeur littéraire de l'œuvre apparaissent assez faibles et il semble que la Chronique, à en juger par le nombre des manuscrits subsistant, ait été « froidement accueillie ». Elle est connue essentiellement par les extraits qu'en donne du Cange dans son Glossarium mediœ et infimœ latinitatis et dans son édition de La Conquête de Constantinople de Geoffroi de Villehardouin.
Elle possède en revanche un certain intérêt comme témoignage de l'idéologie des milieux dirigeants de la France du nord au lendemain de la Croisade des albigeois.
Extrait
«Quar quant li buens rois Charlemaine
Ot toute mise à son demaine
Provence qui mult iert plentive
De vins, de bois, d'aigüe, de rive
As leceours, as menestreux,
Qui sunt auques luxurieus
Le donna toute & departi.»
où Philippe Mouskes regrette avec amertume que Charlemagne, après avoir conquis la riche Provence, l'ait donnée à ses bouffons et ménestrels (leceours = « lécheurs », « gourmands », « parasites »).
Anecdotes
Philippe Mouskes est l'auteur du dernier document écrit, à savoir la Chronique, sur lequel est attesté le mot normand esnèkes / esnèques (au pluriel) « snekkja » pluriel « snekkjur », désignant un navire de tradition viking[10].
«A vent k'il n'orent pas estroit,
Fist sigler à la mue droit
Galies et barges et nés,
Esnèques et dromons fiérés
Koges et busses et wissiers,»
↑ Jacques Nothomb, «La date de la Chronique rimée de Philippe Mousket», Le Moyen Âge. Revue belge de philologie et d'histoire, vol.4, no1, , p.77-89. (www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1925_num_4_1_6332)
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Bibliographie
[Bárány 2013] (en) Attila Bárány, «King Andrew II of Hungary in Philippe Mouskés' Chronique rimée», dans Emese Egedi-Kovács (dir.), Byzance et l'Occident, t.Ier: Rencontre de l'Est et de l'Ouest, Budapest, collège József-Eötvös, coll.«Antiquitas, Byzantium, renascentia» (no10), , 1reéd., 285p., 21 cm (ISBN978-615-5371-09-7, EAN9786155371097, OCLC1035838054, BNF43664848, SUDOC192148435, présentation en ligne, lire en ligne[PDF]), chap.3, p.27-45.
[Bouillot 2006] Carine Bouillot, «Au carrefour de l'épopée et de la chronique?: à propos de l'épisode de Bouvines dans la Chronique rimée de Philippe Mousket», dans Dominique Boutet (dir. et préf.) et Camille Esmain (dir.), Palimpsestes épiques: récritures et interférences génériques (actes du colloque Récriture et adaptations de l'épique, tenu à l'université Paris-IV les et ), Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, coll.«Colloque de la Sorbonne / mémoire de la critique», , 1reéd., 379p., 14,5 × 21 cm (ISBN978-2-84050-467-2, EAN9782840504672, OCLC470753180, BNF40955005, SUDOC111378370, présentation en ligne, lire en ligne), IIIepartie («Le recyclage du style»), chap.3, p.217-233.
[Mineo 2019] Émilie Mineo, «Le poète, les échevins et le parchemin: sur l'acte d'arrentement d'une maison à Philippe Mousket conservé aux Archives de la cathédrale de Tournai (Chartrier, noA 559, ou )», dans Jacques Pycke (dir.), Archives et manuscrits précieux tournaisiens: 5, Tournai et Louvain-la-Neuve, Archives de la cathédrale Notre-Dame de Tournai et Université catholique de Louvain, coll.«Tournai: art et histoire / instruments de travail» (no30), , 1reéd., 164p., 21 × 29,7 cm (ISBN978-2-87587-071-1, EAN9782875870711, OCLC1221004447, BNF46606804, SUDOC250494574, lire en ligne[PDF]), chap.1er, p.5-28.
[Molinier 1903] Auguste Molinier, Les sources de l'histoire de France, Irepartie: Des origines aux guerres d'Italie (), t.III: Les Capétiens (-), Paris, Picard, coll.«Manuels de bibliographie historique» (no3), (réimpr.1964), 1reéd., 248p., 22 cm (OCLC490464036, BNF30959513, SUDOC045250170, lire en ligne[PDF]), no2520 («Philippe Mouskes»), p.92.
[Rousseau 1971] Félix Rousseau, Légendes et coutumes du pays de Namur, Bruxelles, Ministère de la culture française, coll.«Folklore et art populaire de Wallonie» (no2), (réimpr.2006), 1reéd., 197p., 24 cm (OCLC1032418513, BNF35325800, SUDOC047405635, lire en ligne).
Chronique rimée, Bruxelles, Commission royale d'histoire, coll.«Collection de chroniques belges inédites publiée par ordre du gouvernement», — "publiée pour la première fois avec des préliminaires, un commentaire et des appendices" par le baron de Reiffenberg
[Armila 2025] Laurent Brun, «Philippe Mouskés», ‹Philippe Mouskes› et ‹Philippe Mousket› , Arlima: archives de littérature du Moyen Âge, (consulté le 8 juin 2025).