Royaume de Tiggida
ⵜⵉⴳⴷⴷⴰ
| Statut | Sultanat |
|---|---|
| Capitale | Tegidda-n-Tesemt |
| Langue(s) | Tamajaq |
| Religion | Islam |
Le royaume de Tigidda ou royaume de Takkeda est un ancien sultanat saharien établi entre les XIe et XVIe siècles dans la région de l'Ighazer, au nord du Niger actuel. Il constitue l'une des premières entités politiques islamisées du Sahel central, jouant un rôle important dans le commerce transsaharien grâce à ses ressources en sel et en cuivre[1].
Contexte géographique et fondation
La plaine de l'Ighazer, entre les massifs de l’Aïr et les confins sahéliens, constituait une zone fertile en ressources minières, en particulier le cuivre et le sel[1]. Le site de Tegidda-n-Tesemt, mentionné dès le XIe siècle, servait de capitale à cette entité, qui est également identifiée par les chercheurs sous le nom de Takadda[2]. Certains auteurs établissent un lien avec les Masūfa – une composante berbère sanhaja – qui auraient formé l’aristocratie dirigeante de Tigidda[3].
Organisation politique et société
Le royaume de Tigidda était gouverné par un sultan, dans un système de monarchie islamique, dont l’élite dirigeante était probablement issue de lignages berbères islamisés. La société locale était structurée autour des populations touarègues, notamment les Kel Ferwan, et pratiquait un islam influencé par les traditions locales[4].
Économie et commerce
Tigidda tirait sa prospérité de ses mines de cuivre et de ses salines[1]. Le cuivre extrait à Azelik-Takadda faisait l’objet d’un traitement métallurgique local et était échangé dans tout le Sahel et au-delà, jusque dans le monde songhaï et les cités de l’Ifoghas[4]. Le commerce du sel représentait également une ressource stratégique, ce produit étant essentiel à la préservation des denrées et à l’alimentation des bêtes de somme[5].
Relations extérieures et déclin
Au XVIe siècle, l’essor du sultanat d'Agadez provoque le déclin de Tigidda, dont le pouvoir fut absorbé par cette nouvelle puissance politique du nord[2]. Le déplacement des routes caravanières vers des axes plus nordiques, ainsi que l'épuisement relatif de certaines ressources, ont contribué à cette transition[4].
Archéologie et vestiges
Les fouilles archéologiques menées par l'équipe de Suzanne Bernus et Pierre Gouletquer dans les années 1970 ont mis en évidence des installations de métallurgie du cuivre à Azelik[1]. D'autres sites secondaires attestent d'une occupation continue et d’une activité commerciale intense dans la région[4].
Héritage
Les traditions orales recueillies dans la région d'In Gall et d’Agadez mentionnent encore la mémoire du royaume de Tigidda. Le vocabulaire local conserve des traces de cette histoire, et l’identité des groupes comme les Inusufan est parfois rattachée à cette entité ancienne[3].
Voir aussi
Références
- 1 2 3 4 Suzanne Bernus et Pierre Gouletquer, « Du cuivre au sel. Recherches ethno-archéologiques sur la région d'Azelik (campagnes 1973-1975) », Journal des Africanistes, vol. 46, nos 1–2, , p. 7–68 (ISSN 0399-0346, DOI 10.3406/jafr.1976.1803)
- 1 2 Henri Lhote, « Recherches sur Takedda, ville décrite par le voyageur arabe Ibn Battouta et située en Aïr », Bulletin de l'Institut fondamental d'Afrique noire, vol. 34, no 3, , p. 621–648
- 1 2 « Le royaume de Tigidda », sur ingall-niger.org (consulté le )
- 1 2 3 4 Danilo Grébénart, Azelik-Takadda : vestiges d’un site métallurgique saharien médiéval, Paris, CNRS Éditions, (ISBN 978-2-271-05049-1[à vérifier : ISBN invalide])
- ↑ « Azelik Tabedat », sur Visit Niger (consulté le )
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