Sacrement (Église catholique)

Les sept sacrements.

Un sacrement est, dans la théologie de l'Église catholique, un geste qu'une parole accompagne dans lequel Dieu agit par l’intermédiaire d'un ministre ordonné (évêque, prêtre ou diacre) pour le salut des hommes[1].

Définition

Les sept sacrements de l'Église catholique (et les sacramentaux).

L'Église catholique distingue sept sacrements qui forment une liste dite septénaire. Ces sacrements sont :

Ces sept actes sacramentels sont à distinguer des actes appelés les sacramentaux parmi lesquels les bénédictions occupent une place importante. « Les sacramentaux ne confèrent pas la grâce de l'Esprit-Saint à la manière des Sacrements, mais par la prière de l’Église, ils préparent à recevoir la grâce et nous disposent à y coopérer »[2].

Le paragraphe 1127 du Catéchisme de l'Église catholique affirme que « les sacrements confèrent la grâce qu’ils signifient »[3]. Le paragraphe 1129 : « L’Esprit guérit et transforme ceux qui les reçoivent en les conformant au Fils de Dieu. L'Esprit d’adoption déifie les fidèles en les unissant vitalement au Fils unique, le Sauveur »[4].

Les Sacrements ont été institués par Jésus-Christ et leur nombre de sept a été fixé définitivement en 1274 par le deuxième concile de Lyon. Quand on dit qu'ils agissent ex opere operato, il ne faut pas comprendre qu'ils ont une efficacité automatique, mais bien qu'ils sont d'abord un acte de Dieu, acte qui obtient son effet dans la mesure où les dispositions humaines d'accueil sont présentes[5].

Les sacrements sont célébrés à divers moments de la vie du catholique depuis les trois sacrements de l'initiation chrétienne (baptême, confirmation et eucharistie) jusqu'à l'onction des malades.

Histoire

Triptyque des Sept Sacrements, de Rogier van der Weyden. Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers, Belgique.

Au Ier siècle, dans le droit romain, le mot sacramentum était l'engagement juridique d'une personne qui acceptait de perdre son gage s'il venait à rompre sa foi jurée.[6]

Au IIIe siècle, Tertullien (160–220) applique le sacramentum aux rites chrétiens, à commencer par le baptême comme sacrement de la foi (sacramentum fidei), et avec le baptême on entre dans la Militia Christi ;[7]

Aux IVe – Ve siècles, les débats permettent d'affiner la compréhension des sacrements. Saint Augustin (354-430) tente une première théologie des sacrements[8],[9].

Au XIIe siècle, sacramentum a remplacé mysterium pour désigner l'acte sacramentel. Pierre Lombard (1100-1160) affirme que le sacrement est un signe visible de la grâce de Dieu et en même temps la cause de la grâce. Il distingue les sacrements majeurs (qui signifient et produisent la grâce) et les sacrements mineurs ou sacramentaux (qui signifient seulement la grâce sans la produire).[10]

On ne sait pas très bien à quelle date les actes sacramentels ont été fixés au nombre de sept. Jusqu'au douzième siècle, date où commence le temps de la préscolastique, le nombre des sacrements varie énormément : des deux sur lesquels tout le monde s'accordait, à douze et plus. Le nombre de sacrements est large et sans fixation précise. Les théologiens de l'époque énumèrent, selon les cas, et sans vouloir en fixer une liste exhaustive : les évêques Fulbert de Chartres et Brunon de Wurtzbourg n'en comptent que deux (le Baptême et l'Eucharistie), Lanfranc quatre, Abélard cinq, saint Bernard de Clairvaux, quant à lui, en voit dix (dont le lavement des pieds), le cardinal Pierre Damien douze (y compris l'onction royale), et d'autres varient entre ces limites.

Ce n'est qu'avec le goût de la scolastique naissante pour la systématique qu'apparaissent les premiers traités sacramentaires, et avec leurs essais de définition, la fixation du Septénaire[11]. Le premier ouvrage connu à avoir établi la liste de sept sacrements qui allaient devenir canoniques a été publié par un auteur anonyme aux environs de 1145 et s'intitulait « Sentences de la théologie ». La liste comprenait les cinq sacrements communs à tous les chrétiens et deux autres que tous ne partageaient pas. Cette distinction, ainsi que le chiffre sept, fut acceptée en une vingtaine d'années[12].

Les choses suivantes ne furent pas acceptées comme sacrements : la consécration monastique, l'onction royale, la consécration d'une église. D'où l'idée actuelle des « sacramentaux ». Le concept de sacrement, large et sans fixation précise, de l’Église ancienne, a cours jusqu'au douzième siècle. Au temps de la préscolastique, circulent encore des conceptions très variées sur le nombre des sacrements. Les évêques Fulbert de Chartres et Brunon de Wurtzbourg n'en comptent que deux, le baptême et l'Eucharistie. Bernard de Clairvaux, quant à lui, en voit dix (dont le lavement des pieds), le cardinal Pierre Damien douze (y compris l'onction royale), et d'autres varient entre ces grandeurs. Ce n'est qu'avec le goût de la scolastique naissante pour la systématique qu'apparaissent les premiers traités sacramentaires, et avec leurs essais de définition, la fixation du Septénaire (vers le milieu du douzième siècle)[11].

Au XVIe siècle, les controverses avec les protestants portaient sur de nombreuses questions, notamment sur le rôle de la papauté, du sacerdoce ministériel et, plus généralement sur le rapport entre l'Écriture et la Tradition, ce qui amenait à s'interroger sur l'origine et la nature des sacrements. Le concile de Trente fut convoqué pour répondre à ces interrogations et promouvoir des réformes dans l'Église.

En général, la théologie de la Réforme, fondée uniquement sur la lecture de la Bible, sola scriptura, affirme que le Nouveau Testament ne présente aucun signe d'existence des sacrements. Les églises réformées contestent l'efficacité du sacrement par rapport à celle de la grâce, au motif que l'action divine ne peut dépendre de l'action humaine. Les sacrements sont des symboles de manifestation et de présence de la grâce, mais ils ne la confèrent pas. Pour Luther, les sacrements sont avant tout des signes visibles de la grâce de Dieu, institués par le Christ, et ils n’opèrent pas le salut par eux-mêmes (ex opere operato), mais sont des promesses de grâce reçues par la foi.[13] L'acte sacramentel quel qu'il soit, est incapable de se substituer à la foi chrétienne et est finalement inefficace en lui-même. Cette notion du sacrement lui a permis de réduire leur nombre de sept à deux, appelés ordonnances par les évangéliques : Baptême et communion (ou Sainte Cène). Il rejette la pénitence, la confirmation, le mariage, l’ordination et l’extrême-onction.

Luther écrit dans De la captivité babylonienne de l’Église que les sacrements appartiennent à tous les chrétiens, et non pas seulement aux prêtres, et qu’ils sont donnés pour nourrir la foi. Ainsi, il affirme : « Les sacrements sont la manifestation objective d’une révélation que Dieu a voulue, à la fois donnée de l’extérieur et matérialisée dans l’incarnation, dans le Livre, l’Eau, dans le Pain et le Vin ». Ils sont donc des signes concrets de la promesse de Dieu, reçus par la foi, et non des actes magiques ou méritoires.

Jean Calvin, qui fonde sa théorie sur la prédestination et la passivité de l'acte de foi, donne aux sacrements la valeur de témoignage extérieur ou de preuve de l'action divine dans l'âme.Concernant l’eucharistie, Calvin refuse la doctrine catholique de la transsubstantiation et la considère comme une idolâtrie.[14] Il s’oppose aussi à la conception luthérienne de l’union sacramentelle (présence réelle du Christ dans les éléments du pain et du vin).[15] Pour Calvin, le Christ est présent spirituellement lors de la Cène, et non physiquement dans les espèces. La Cène est donc une communion spirituelle au corps et au sang du Christ, nourrissant l’âme du croyant.

Aujourd'hui

Le concile Vatican II a défini l’Église comme « étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité du genre humain ». (Constitution dogmatique Lumen gentium, 1)[16].

Pour qu'un sacrement soit valide, la célébration du rite doit répondre à des conditions précises et en utilisant les formules sacramentelles fixées par les livres liturgiques[17].

Pour qu'un sacrement soit valide, la célébration du rite doit répondre à des conditions précises et en utilisant les formules sacramentelles fixées par les livres liturgiques[17]. De même, il existe des conditions fixées par le droit à la réception des sacrements, en particulier pour l'accès à la communion eucharistique.

Sacrements dans l'Église orthodoxe

Les Églises orthodoxes célèbrent aussi ces sept sacrements, en suivant leur liturgie et tradition propres. Dans l'église orthodoxe, les sacrements sont des actes sacrés par lesquels l’Église communique aux fidèles la grâce du Saint-Esprit, les purifiant de leurs péchés et leur donnant les forces indispensables au salut. Le nombre de sept sacrements est traditionnel, mais il n’est pas dogmatique. L’Église orthodoxe accepte aussi des actes sacramentaux parallèles, qui possèdent la même force spirituelle, comme la profession monastique, les funérailles, la consécration d’une église ou la grande consécration des eaux de la Théophanie.[18]

Les sacrements sont appelés « mystères » : ils associent un signe visible (eau, pain, vin, huile) à la grâce invisible de l’Esprit Saint. L’Église orthodoxe insiste sur la matérialité des sacrements, car l’homme entier, corps et âme, participe à la liturgie sacramentelle. La validité du sacrement ne dépend pas de la valeur morale du prêtre, mais de la grâce de l’Église, et la foi du fidèle influe sur l’efficacité personnelle du sacrement.

Les actes sacramentels donnent accès à la vie même de Dieu caché (mysterium qui a donné mystères ) qui s'est révélé à travers l'Histoire sainte et l'Écriture sainte et continue de s'offrir à l'humanité par le Christ. La finalité des sacrements est l’union avec Dieu, autrement dit le fait de pouvoir vivre à la suite du Christ le mystère pascal.

Notes et références

  1. « Définition : Sacrement », sur Église catholique en France (consulté le ).
  2. Catéchisme de l'Église catholique (lire en ligne), no 1670.
  3. Catéchisme de l'Église catholique (lire en ligne), no 1127.
  4. Catéchisme de l'Église catholique (lire en ligne), no 1129.
  5. Robert Le Gall, Dictionnaire de liturgie, C.L.D., , 279 p. (ISBN 2-85443-049-2).
  6. « DAGR - Feuilleter SACRAMENTUM », sur dagr.univ-tlse2.fr (consulté le ).
  7. Albert Houssiau, « L'engagement baptismal », Revue théologique de Louvain, vol. 9, no 2, , p. 138–165 (DOI 10.3406/thlou.1978.1620, lire en ligne, consulté le ).
  8. Ngalula Tumba, Petit Dictionnaire de Liturgie et de Théologie Sacramentaire, Francfort-sur-le Main, Peter Lang, , 173 p. (ISBN 978-3-631-66915-0 et 3-631-66915-1), p. 135.
  9. Mariama Gueye, « La valeur du serment militaire dans les guerres civiles à Rome: l’exemple du conflit de 49-45 av. J.-C. », Gerión. Revista de Historia Antigua, vol. 33, , p. 111–129 (ISSN 1988-3080, DOI 10.5209/rev_GERI.2015.v33.50976, lire en ligne, consulté le ).
  10. Pierre Lombard et Marc Ozilou, Les quatre livres des sentences, les Éd. du Cerf, coll. « Sagesses chrétiennes », (ISBN 978-2-204-09656-0).
  11. 1 2 (de) Franz-Josef Nocke (de), Handbuch der Dogmatik, Patmos, édit. Theodor Schneider, .
  12. Alexandre Ganoczy, La doctrine catholique des sacrements, Paris, Desclée,  :
    « Au Xe siècle, les Églises occidentales commençaient à reconnaître, en plus du baptême et de l'eucharistie, la sacramentalité de la pénitence et du mariage. On y ajouta diverses onctions d'initiation: du baptême, de la confirmation, du sacre du roi, de l'ordination des prêtres et de la consécration des moines. Les nombres cités variaient entre cinq et douze. Quelques docteurs allaient jusqu'à trente »
  13. « Martin Luther, sa théologie », sur Musée protestant (consulté le ).
  14. Henri Blocher, « Calvin sur la Cène : pour une lecture globale », théologie évangélique, vol. 10, no 2, , p. 159-182 (lire en ligne).
  15. Canal Académies, « Points de vue calvinistes sur la messe, les sacrements, le prêtre, les rites... », sur Canal Académies, (consulté le ).
  16. (fr + la) Concile œcuménique Vatican II, Centurion, , 1012 p..
  17. 1 2 (fr + la) Code de Droit canonique, Libreria Editrice Vaticana, , Canon 840 et suivants.
  18. « La Doctrine Orthodoxe des Sacrements – Église Catholique Orthodoxe de France » (consulté le ).

Bibliographie complémentaire

  • Miguel Nicolau, Teología del signo sacramental, Madrid: BAC,
  • Miguel Paz, Los signos del encuentro con Cristo : teología de los sacramentos en general, México: Editorial Nueva Evangelización,
  • Carlo Rochetta, I sacramenti della fede. Saggio di teologia biblica come «Eventi di salvezza» nel tempo della Chiesa, Bologna: Editorial Dehoniana,
  • Antonio Miralles, Los sacramentos cristianos : curso de sacramentaria fundamental, Madrid: Palabra,
  • Catechismus Ecclesiae Catholicae, Roma: Libreria Editrice Vaticana,
  • « CATHOLIC ENCYCLOPEDIA: Sacraments », sur www.newadvent.org (consulté le )
  • Compendium du catéchisme de l'Église Catholique

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