À propos de l'album
Cet album est l’unique album musak / easy listening de Bill Evans. En 1970, Evans enregistrera un autre album à visées commerciales, From Left to Right, mais ce deuxième album reste quand même essentiellement un « album de jazz ».
De 1956 à 1963, Bill Evans est sous contrat avec Riverside Records. Orrin Keepnews, le producteur, lui laisse une grande liberté dans ses choix artistiques. Evans n’enregistre donc que des albums de « pur jazz ».
En 1963, Evans signe avec Verve Records-MGM. Creed Taylor, qui produit les albums des deux labels, va le pousser à diversifier sa production : albums avec d'autres « vedettes » de la marque (Stan Getz, Gary McFarland,...), en solo, en re-recording, avec orchestre symphonique,...
Le présent album est l’album le plus « commercial » de la période « Verve-MGM ». Le concept de Creed Taylor est de faire jouer à Evans des musiques de films (généralement produits par la MGM), un générique de série télévisée (Mr. Novak) et deux "tubes" de l'année (On Broadway des Drifters, Sweet September des Lettermen). Pour augmenter le « potentiel commercial », Taylor fait accompagner Evans par un grand orchestre et des chœurs. Les arrangements sont écrits par un des «arrangeurs habituels» de la compagnie[4], Claus Ogerman[5]
Bill Evans n'était pas dupe sur la faible qualité artistique de ce disque. À la fois fataliste et réaliste, il avait déclaré que la réalisation de cet album avait été "a cold, hard business"[6] et avait même proposé qu'il soit publié sous le pseudonyme de Gregorio Ivan Ivanoff (forme "russe" pour William John Evans)[7]. Evans, qui dans les années 50 avait joué dans des orchestres de variétés[8], tempérait ses propos en déclarant : "I've played lot of lousy jobs and lousy music. Certainly, this is nice and pleasing, a lot better that I'm refering to"[7]. Certes, ce disque est un agréable album de "musique d'ascenseur" mais est très en dessous de la production habituelle du pianiste.