Vieillard de la Mer

Le Vieillard de la mer est le surnom de plusieurs personnages légendaires.

Mythologie grecque

Dans le premier livre de l'Iliade d'Homère, c'est le surnom (« ἁλίοιο γέροντος » en grec ancien) de la divinité marine Nérée, père de Thétis. Héra parle en effet de « Thétis aux pieds d'argent, la fille du vieillard de la mer »[1].

L'expression est reprise dans le quatrième livre de l'Odyssée du même auteur, mais cette fois pour désigner Protée. Ménélas raconte à Télémaque son voyage de retour et comment il est obligé de lui demander conseil : « Je répondrai sans détour aux questions que tu m'adresses et je ne te tromperai point. Je n'oublierai pas non plus les prédictions que m'a faites l'infaillible vieillard de la mer ; enfin je ne te cacherai rien. [...] Sans doute mes provisions se seraient consumées et le courage aurait abandonné mes compagnons, si l'une des déesses, la fille du puissant Protée, le vieillard de la mer, Idothée, touchée de compassion, ne m'eût sauvé : elle se sentit émue, et elle vint à moi qui errais seul, loin des autres guerriers ». Elle lui répond alors : « Étranger, je vais te dire la vérité. L'infaillible vieillard de la mer, l'immortel Protée d'Égypte, qui connaît toutes les profondeurs de l'Océan et obéit à Poséidon, réside souvent en ces lieux. On dit qu'il est mon père et qu'il m'a donné le jour. Si tu peux le saisir dans quelques embûches, il t'enseignera ta route, la longueur du voyage, le moyen de retourner dans tes foyers, et comment tu pourras naviguer sur la mer poissonneuse. Il te dira encore, si tu le désires, ô noble enfant de Zeus, ce qui est arrivé soit en bien soit en mal dans ta demeure chérie depuis que tu l'as quittée pour entreprendre un voyage si long et si périlleux ». Ménélas apprend que le vieillard répondra honnêtement à toutes les questions qui lui seront posées une fois capturé. Cependant, pour le capturer, il faudra le retenir tandis qu'il se métamorphose de façon déconcertante, tentant d'échapper à son interrogateur. L'obstiné Ménélas réussit à s'accrocher au dieu insaisissable tout au long de ses transformations et, lors de l'interrogatoire qui suit, il obtient une réponse à sa question : Ulysse, le père de Télémaque, est-il toujours en vie ?

Sindbad le marin

Après avoir fait naufrage , Sinbad le marin est réduit en esclavage par le « Vieil Homme de la Mer ».

Le conte persan Sindbad le marin, des Mille et une Nuits, raconte les nombreux voyages du héros éponyme à travers l'océan indien. Au cours du cinquième, se promenant sur une île, il rencontre le cruel Vieillard de la Mer. Celui-ci lui demande de le porter sur ses épaules pour l'aider à franchir un ruisseau. Cependant, le vieil homme serra ses jambes autour de son porteur, forçant sa victime à le transporter où bon lui semblait et lui accordant peu de repos. Les précédantes victimes du vieil homme ont toutes fini par mourir de ce traitement misérable, le vieil homme les mangeant ou les volant. Sindbad, cependant, après avoir enivré le vieil homme avec du vin, réussit à le faire tomber et à le tuer[2].

Références en poésie

Le Vieilard de la mer est évoqué dans le poème narratif King Jasper d'Edwin Arlington Robinson[3]. Dans la troisième partie, le roi Jasper rêve de son ami décédé Hébron (que Jasper a trahi) chevauchant son dos. « Tu ne peux pas encore tomber, et je roule bien », dit Hebron à Jasper. « Si seulement nous pouvions voir l'eau, / Nous dirions que je suis le Vieil Homme de la Mer, / Et toi, Sinbad le Marin ». Hébron se transforme alors en or (symbole de la motivation de Jasper pour le trahir) et persuade Jasper de sauter par-dessus un ravin avec le lourd Hébron doré sur son dos.

Le Vieilard de la Mer figure également dans l'œuvre du poète antillais Derek Walcott. Dans un article de 1965, « The Figure of Crusoe »[4], à propos du poème « Crusoe's Journal », Walcott note :

« It is not the Crusoe you recognize. I have compared him to Proteus, that mythological figure who changes shapes according to what we need him to be. Perhaps my mythology is wrong. I am, however, also summoning, in the combination of Crusoe and Proteus, the Old Man of the Sea with whom a mythological hero wrestled. The commercial Crusoe gives his name to our brochures and hotels. He has become the property of the Trinidad and Tobago Tourist board, and although it is the same symbol that I use, you must allow me to make him various, contradictory and as changeable as the Old Man of the Sea. [...] My Crusoe, then, is Adam. Christopher Columbus, God, a missionary, a beachcomber, and his interpreter, Daniel Defoe. »

Faisant référence successivement aux figures d'Adam, de Christophe Colomb et de Vendredi, le narrateur du poème remarque :

« All shapes, all objects multiplied from his,/our ocean's Proteus;/in childhood, his derelict's old age/was like a god's. »

Références

  1. Homère, Iliade, Livre I (lire en ligne).
  2. James Wood, ed. (1907), The Nuttall Encyclopædia, entrée "Old Man of the Sea" . Londres & New York : Frederick Warne & Co.
  3. Robinson, Edwin Arlington. King Jasper, New York, The Macmillan Company, 1935.
  4. Derek Walcott, Critical perspectives on Derek Walcott, Boulder, Colorado, 2nd, (1re éd. 1965) (ISBN 0-89410-142-0, lire en ligne), « The Figure of Crusoe », p. 33.
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