Affaire de la Clinique du sport

Affaire de la Clinique du sport
36 boulevard Saint-Marcel, Paris 5e
36 boulevard Saint-Marcel, Paris 5e

Chefs d'accusation Blessures involontaires, tromperie et omission de porter secours
Pays Drapeau de la France France
Ville Paris
Date entre 1988 et 1993
Nombre de victimes Plus de 59
Jugement
Statut Condamnations
Tribunal Tribunal correctionnel de Paris ; Cour d'appel de Paris

L'affaire de la Clinique du sport est une affaire concernant des infections nosocomiales ayant eu lieu entre 1988 et 1993.

Révélation de l'affaire

Le , Le Parisien évoque le cas de Béatrice Ceretti, opérée en 1991 pour une hernie discale à la Clinique du sport alors même que l'opération n'était pas forcément nécessaire[1],[2]. Elle est hospitalisée en 1994 en raison de violentes douleurs à la colonne vertébrale. Début 1997, après trois ans d'errance médicale et de nombreux diagnostics, la cause de son mal est identifiée : il s'agit d'une infection nosocomiale au Mycobacterium xenopi (en)[1].

La médiatisation de l'affaire permet à Béatrice Ceretti de découvrir que 57 autres patients opérés des cervicales ou des lombaires entre et souffrent également d'infections nosocomiales. En , les autorités sanitaires ouvrent un numéro vert. Treize patients gravement touchés portent plainte au pénal tandis que les autres engagent des poursuites au civil[1].

À la suite de ce scandale, l'époux de Béatrice Ceretti, Alain-Michel Ceretti, crée l'association du LIEN (Association de lutte, information et études des infections nosocomiales et sécurité sanitaire)[3], officiellement créée en .

Enquête

L'enquête a montré plusieurs manquements et carences notamment la contamination du circuit d'eau potable de la clinique par Mycobacterium xenopi (en) et de mauvaises pratiques de stérilisation reprochées à trois chirurgiens. Une première alerte avait été déclenchée en 1989 après la découverte de la mycobactérie dans les lombaires d'un patient opéré en 1988. À la suite de cette alerte, l'établissement mène une étude mais personne ne pense à analyser l'alimentation en eau du bloc opératoire : la cause de l'infection n'est donc pas identifiée et aucune suite n'est donnée à l'alerte[1].

Claude Rambaud note que des informations alarmantes sont connues dès 1993 grâce aux structures de surveillance mises en place précédemment. En effet, le centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales (CCLIN) de Paris Nord déclenche une première alerte sur deux cas de patients infectés par Mycobacterium xenopi dans la même clinique[3].

Au premier semestre de l'année 1993, la clinique décompte neuf cas de patients infectés opérés du rachis. Le Dr Pierre Sagnet, directeur de l'établissement, alerte le centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales, la direction départementale des affaires sanitaires et sociales et la direction générale de la Santé. Le centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales enquête et conclut que l'origine de l'épidémie est une contamination des instruments chirurgicaux lors du rinçage à l'eau des instruments[1].

Des questionnaires de satisfaction sont envoyés aux patients mais sans les informer du risque de contamination. Il faut attendre la publication de l'article du Parisien en 1997 pour que la justice intervienne[1]. Après la publication de l'article du Parisien en , 5 000 patients font l'objet d'un rappel mais seuls ceux opérés de la colonne vertébrale feront l'objet d'un suivi médical[3]. Ainsi, le secrétariat d’État à la Santé émet notamment un arrêté le dans ce but, après avis favorable de la CNIL le [4],[5].

En 2001, les experts judiciaires notent le non-respect des règles de stérilisation des instruments chirurgicaux : du fait d'un grand nombre d'interventions programmées, certains instruments n'étaient pas stérilisés à chaud mais placés dans une solution désinfectante et rincés avec l'eau filtrée non-stérile du lave-mains du bloc opératoire[1]. Selon le témoignage d'un aide-soignant en poste à l'époque, seuls les deux premiers patients de la journée bénéficiaient d'une stérilisation parfaite[6].

Après la découverte de contaminations de patients opérés du genou dans la même clinique, le ministère de la Santé fait rappeler les patients opérés du genou à la Clinique du sport sur la période concernée par voie d'arrêt le [3],[7]. Le premier cas avait été signalé le par le centre hospitalier de Versailles au CCLIN Paris Nord et avait ensuite été rapporté par des médecins lors d'une communication à un colloque sur l’hygiène médicale durant l'été 2004[8].

Condamnations

En 2010, le directeur Pierre Sagnet est condamné à quatre ans de prison dont 18 mois ferme et 50 000 euros d'amende[1], au-delà des réquisitions du ministère public qui demandait trois ans de prison dont deux avec sursis[9]. Le chirurgien Patrick Béraud est condamné à huit mois de prison avec sursis et le chirurgien Didier Bornert est condamné à deux ans de prison dont six mois ferme[1]. Ils sont tous trois déclarés coupables de blessures involontaires et de tromperie. Le Dr Pierre Sagnet est également déclaré coupable d'omission de porter secours[10],[11]. À la suite de sa condamnation, Pierre Sagnet se dit « profondément meurtri » au micro d'Europe 1, il ajoute que même une « condamnation de principe, de quelques jours ou d'un euro symbolique, n'était pas acceptable » pour lui[12].

Les Dr Pierre Sagnet et Didier Bornert font appel de la décision, estimant qu'ils ne peuvent être tenus responsables de la contamination[13]. Le procès initialement prévu en est reporté en 2013 en raison de la crise cardiaque du Dr Didier Bornert[14]. Le parquet demande la confirmation des peines de première instance mais elles sont réduites par la cour d'appel de Paris en [13],[15]. Ils sont tous deux condamnés pour blessures involontaires : Pierre Sagnet à trois ans de prison avec sursis et 70 000 euros d'amende, et Didier Bornert à deux ans de prison avec sursis et 40 000 euros d'amende[16],[13].

Conséquences

Pour Hugo Bertillot, cette affaire, avec la publication des Palmarès des hôpitaux français et d'autres éléments, a en partie motivé les autorités publiques à se créer des indicateurs de qualité des hôpitaux[17].

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « Procès de la Clinique du sport : prison ferme pour deux médecins : Soixante patients avaient été contaminés par des infections nosocomiales entre 1988 et 1993. », Le Monde, (lire en ligne Accès libre)
  2. Jamila Aridj, « Clinique du sport, le procès de la délinquance en blouse blanche », Le Point, (lire en ligne Accès libre)
  3. 1 2 3 4 Claude Rambaud, « Les décisions ont une histoire : les infections nosocomiales », Santé Publique, , p. 353-356 (lire en ligne Accès libre)
  4. « Arrêté du 19 décembre 1997 relatif à la création par le centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales de l'interrégion Paris-Nord d'un traitement automatisé d'informations nominatives ayant pour objet d'identifier et d'informer les patients opérés à la clinique du Sport (Paris Ve) entre le 1er janvier 1988 et le 31 mai 1993 et exposés au risque d'infection à Mycobacterium xenopi et à l'utilisation du Répertoire national interrégimes des bénéficiaires de l'assurance maladie à des fins de recherche des personnes perdues de vue opérées à la clinique du Sport entre le 1er janvier 1988 et le 31 mai 1993 » Accès libre, sur legifrance.gouv.fr
  5. « Délibération 97-094 du 02 décembre 1997 » Accès libre, sur legifrance.gouv.fr
  6. Estelle Saget, « La Clinique du sport, une bactérie en procès », L'Express, (lire en ligne Accès payant)
  7. « Arrêté du 13 décembre 2004 relatif à l'utilisation par la Clinique générale du sport du répertoire national interrégimes des bénéficiaires de l'assurance maladie à des fins d'identification des organismes servant des prestations d'assurance maladie aux personnes devant être contactées dans le cadre d'une information et d'un rappel des patients ayant été opérés à la Clinique du sport (Paris Ve) entre le 1er janvier 1988 et le 31 décembre 1993 » Accès libre, sur legifrance.gouv.fr
  8. Brigitte Castelnau, « Des années après, la bactérie xenopi frappe encore », AFP - Infos Françaises,
  9. Ingrid Gallou, « Prison ferme pour les chirurgiens de la clinique du sport », 20minutes, (lire en ligne Accès libre)
  10. « La justice a rendu mercredi son jugement dans le dossier de la contamination par une bactérie à la Clinique du sport », France 2, (lire en ligne Accès libre)
  11. Benoît Zagdoun, « Clinique du sport : peines réduites en appel pour deux médecins », France info, (lire en ligne Accès libre)
  12. « Docteur Sagnet : "Profondément meurtri" » Accès libre, sur www.dailymotion.com (consulté le )
  13. 1 2 3 « Affaire de la Clinique du Sport : peines allégées en appel pour deux médecins », Le Parisien, (lire en ligne Accès libre)
  14. Coline Garré, « Clinique du sport : le procès en appel reporté en 2013 », Le Quotidien du médecin, (lire en ligne Accès libre)
  15. « Clinique du Sport : le parquet demande la confirmation des peines de prison pour 2 médecins », Le Quotidien du médecin, (lire en ligne Accès libre)
  16. « De la prison avec sursis pour l'ancien patron de la Clinique du sport », Le Point, (lire en ligne Accès libre)
  17. Hugo Bertillot, « Mesurer la qualité pour rationaliser l’hôpital. La genèse des indicateurs de qualité et de sécurité des soins en France », Informations sociales, vol. 198, no 3, , p. 38–44 (ISSN 0046-9459, DOI 10.3917/inso.198.0038, lire en ligne Accès libre, consulté le )

Bibliographie

  • Béatrice Ceretti (préf. Bernard Kouchner), Ils m'ont contaminée, L'Archipel, , 235 p. (EAN 9782841876310)
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