Félicien Mallefille

Félicien Mallefille
Portrait photographique de Nadar.
Biographie
Naissance
Décès
(à 55 ans)
Bougival
Sépulture
Domicile
Formation
Activités
Rédacteur à
Sépulture avec médaillon portant l’inscription : « A la mémoire de Félicien Mallefille, Adam-Salomon » au cimetière du Montparnasse.

Félicien Mallefille, né le à Port-Louis et mort à Bougival le , est un journaliste, romancier, dramaturge et diplomate mauricien.

Biographie

Né à l’île Maurice où un accident lui a fait perdre, dans sa jeunesse, un œil, Mallefille prend, jeune encore, le chemin de l’Europe. Le vaisseau qui le transportait ayant fait naufrage à la hauteur du détroit de Mozambique, il a dû s'accrocher à une épave et nager des heures entières, avant d’être recueilli par un bâtiment qui passait[1].

Arrivé en France, il a fait partie de l’armée romantique de 1830[2]. Déterminé à entrer dans la carrière des lettres, il rédige une centaine de pages sur un mulâtre souffrant des créoles et des blancs venus d’Europe, pour occuper une terre qui n’était pas à eux. Incapable de poursuivre, il va trouver Alexandre Dumas, qui lui explique comment développer les personnages et la trame d’un roman. Au bout de trois jours, découragé, Mallefille revient, pour avouer son insuccès à mener son roman à bien, préférant lui abandonner l'idée première de son roman, pour débuter en littérature par une pièce de théâtre. Dumas lui offre alors 1000 francs pour un manuscrit, dont Mallefille demandait 500 francs[1], et qui deviendra Georges (1843)[3].

En 1837, il remplace Camille Pelletan, comme précepteur des enfants de George Sand, mais également comme amant de leur mère[4]. Cette liaison ne dure pas et, la même année, recruté par le directeur Harel à la Porte-Saint-Martin, après le grand succès de Glenarvon à l’Ambigu, il connait à nouveau le succès avec les Sept Infants de Lara, puissant drame romantique avec Bocage, dans le rôle principal, qui le place immédiatement à côté des maitres du théâtre moderne. Son troisième ouvrage a été le Paysan des Alpes, histoire d’une jeune fille séduite et enceinte, créé à la Gaîté, au printemps de 1837, avec Maillart dans le rôle principal. Revenu à la Porte-Saint-Martin en 1839, il donne Randal, drame avec Mélingue dans le rôle d’Edmond, un homme de génie qu’un gouvernement désire soustraire à la gloire populaire avec un mariage qui force un honnête homme à satisfaire les caprices d’une femme légère en épuisant son patrimoine. Après trois œuvres assez méconnues, Trégault-le Loup, les Enfants-Blancs et Psychéil sort Forte-Spada, en 1845. En 1846, il compose, avec Alexandre Soumet, le libretto d’un opéra biblique pour l’Opéra : le Roi David d’Auguste Mermet[5].

En 1848, appartenant depuis plusieurs années à la rédaction du National, l’une des fractions du parti républicain portée au pouvoir par la révolution de Février, il a l’occasion de jouer un petit rôle politique, fort court, mais assez original[6]. Dès la proclamation de la IIe République, il se voit confier, le 25 février, la direction du château de Versailles, que l’on craignait de voir attaquer par les mêmes bandes pillardes qui avaient saccagé le château de Neuilly, la villa Rothschild ou le port de Chalon. Son activité et son énergie ont galvanisé la garde nationale chargée de ce défense[6].

Envoyé, quelques jours après, par Cavaignac au Portugal pour représenter le gouvernement provisoire de la république française, il se présente, sans y entendre malice, à la cour en habit noir au milieu des fonctionnaires couverts de décorations et chamarrés de broderies. Deux heures après cette audience, il se présente à la porte des appartements de la reine Marie II, dans la même costume. Cette visite de courtoisie effectuée à l’encontre du cérémonial fort gourmé à la cour de Lisbonne. Dans l’incertitude où l’Europe était encore de la politique qu’allait adopter la nouvelle République qui n'était pas encore reconnue, dédaigner un envoyé de la jeune république était risqué, surtout au Portugal. Charmant, causeur, pétillant et galant, en présence de la souveraine, comme il avait paru raide et fier devant le roi et la cour. Le lendemain, le Portugal reconnaissait le gouvernement républicain provisoire et insistait auprès de l’Angleterre pour l’appuyer dans cette reconnaissance[6].

Rappelé, peu de temps après, il est candidat à la députation de Seine-et-Oise aux élections législatives françaises de 1848 des 23 et 24 avril 1848[7], mais à la suite de son échec, il reprend ses activités théâtrales. Comme l’avait fait Harel à la Porte-Saint-Martin, Arsène Houssaye l’appelle à la Comédie-Française, qui réunissait alors de grands noms comme : Alfred de Musset, Émile Augier, Jules Lacroix, Auguste Maquet, Francis Wey, Ponsard, Méry, Gozlan, Delphine de Girardin, en même temps qu’étaient repris Angelo et Marion Delorme. En 1852, le Théâtre-Français joue le Cœur et la Dot, avec Augustine Brohan, Delphine Fix, Clémentine Jouassain et Mademoiselle Nathalie ; Beauvallet, Regnier, Edmond Got et Delaunay. Le rôle de Nanon, dans le Cœur et la Dot a été un des plus beaux succès d’Augustine Brohan[5].

Comptant terminer son existence dramatique à la Comédie-Française, il avait misa dans sa dernière pièce, le drame les Sceptiques, tout son cœur et plus de son âme peut-être que dans aucune autre. Sa pièce terminée, il consulta quelques amis, qui l’affermirent encore dans la pensée de soumettre son œuvre au Théâtre-Français son œuvre. Lue aux comédiens de la rue de Richelieu, celle-ci a été refusée[1].

À l’issue de ses obsèques, à l’église Notre-Dame-de-Lorette, en présence plus de deux cents noms connus de littérateurs, il a été inhumé au cimetière du Montparnasse[8]. Le ministère de la Maison de l’Empereur a pris les frais de son enterrement à sa charge. Sa veuve a reçu du même ministère une pension de 1 200 francs[9].

Jugements

« Je sais bien pour mon compte que je trouverai toujours ses lettres ravissantes, car j’espère bien n’en lire jamais une seule. Je l’aime de toute mon âme. Il peut me demander la moitié de mon sang, mais qu’il ne me demande jamais de lire une de ses lettres[10] »

 George Sand à Liszt

« Il n'a qu'un œil. Dans un feuilleton qui remonte à cinq ou six ans, M. Eugène Pelletan a raconté la vie orageuse de l'auteur des Sept Infans de Lara : des voyages, des tempêtes, la mort et la résurrection. Randal est un beau drame, trop peu connu ; Le Cœur et la Dot n'a que des portions réussies[11]. »

 Charles Monselet

« C'était un vrai hidalgo de lettres. Sa tête fine et maigre, au nez busqué, aux cheveux déjà argentés sur les tempes, avait un caractère héroïque et rappelait celle de Miguel de Cervantes. [...] Son ambition fut plus haute que son vol. C'était un aigle sans doute, et qui avait toujours l'œil fixé sur le soleil, mais son essor était parfois inégal, pénible ; il manquait quelques plumes à cette grande aile fiévreusement palpitante. [...] Mallefille avait guerroyé dans cette grande armée romantique de 1830, dont les rangs, hélas ! s'éclaircissent de jour en jour. S'il n'a pas commandé en chef, c'était un officier brillant et hardi ; il a tenu haut son enseigne pendant la bataille, et, le combat fini, il ne l'a pas abaissée. Quel que soit le talent qu'il ait montré, l'impression qui reste de Félicien Mallefille, c'est qu'il était plus grand que son œuvre [12]. »

 Théophile Gautier

Œuvres

Théâtre
Opéras
Romans et nouvelles

Notes et références

  1. 1 2 3 Alexandre Dumas, « Félicien Mallefille », Théâtre-Journal, Paris, vol. 1, no 24, , p. 1 (ISSN 2138-6234, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  2. Théophile Gautier, « Félicien Mallefille », Le Moniteur universel, Paris, Charles-Joseph Panckoucke, no 334, , p. 1-2 (ISSN 1169-2529, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  3. Alexandre Dumas, Georges, Paris, Calmann Lévy, , 312 p., 18 cm (OCLC 28579333, lire en ligne).
  4. « L’Amoureuse George Sand », Mercure de France, Paris, vol. 206, , p. 40 (ISSN 2419-2007, lire en ligne, consulté le ).
  5. 1 2 Roger L’Estrange, « L’Œuvre de Félicien Mallefille », Gazette des étrangers, Paris, vol. 12, no 2736, , p. 1 (ISSN 2534-0816, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  6. 1 2 3 L. Coulloy, « Correspondance spéciale du Bulletin International », Le Bulletin international, Nîmes, vol. 1, no 70, , p. 3 (ISSN 3075-1543, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  7. « Élections », Le Courrier de Versailles, Versailles, vol. 1, no 14, , p. 1-2 (ISSN 2400-5762, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  8. « Samedi à midi… », Gazette des étrangers, Paris, vol. 12, no 2738, , p. 1 (ISSN 2534-0816, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  9. Théophile Deschamps, « Encore un nouveau deuil », L’Indépendance dramatique, Paris, vol. 17, (ISSN 2967-5936, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  10. Mercure de France, t. ccvi, Paris, , 354 vol. in-8º (OCLC 64220986, lire en ligne), p. 40.
  11. Charles Monselet, « Mallefille (Félicien) », dans La Lorgnette littéraire : dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps, Poulet-Malassis et de Broise, , xviii-240 p., in-16 (OCLC 1724058, lire en ligne sur Gallica), p. 142.
  12. Théophile Gautier (Extrait du Moniteur du 30 novembre 1868), « Félicien Mallefille : né en 1815. - mort en 1868 », dans Histoire du romantisme : suivie de Notices romantiques ; et d'une Étude sur la poésie française, 1830-1868, Paris, Charpentier, , vi-410 p., in-18 (OCLC 154256323, lire en ligne sur Gallica), p. 172-3.

Liens externes

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