Mademoiselle Nathalie

Mademoiselle Nathalie
Huile sur toile de Gustave Boulanger (1867). Don de l’artiste à la Comédie-Française.
Fonction
Sociétaire de la Comédie-Française
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 69 ans)
Rue Ballu
Sépulture
Nom de naissance
Zaïre Nathalie Martel
Nationalité
Activité

Mademoiselle Nathalie née Zaïre Nathalie Martel, le au château de Combreux et morte le à Paris 9e, est une actrice française.

Biographie

Fille du maitre perruquier Vaast Joseph Prosper Martel (1785-1844) et de Sophie Marie Lecuire (1791-1839), née sur la propriété du marquis de Jaucourt, elle vient toute jeune à Paris, lorsque son père vient s’y installer avec sa famille[1]. Sa vocation théâtrale est due au hasard. Au mariage de sa sœur ainée avec un négociant qui avait le goit de la scène, celui-ci a fait représenter le Philtre champenois de Melesville et Brazier à ses noces. L’apparition de la petite Nathalie dans le rôle de Virginie Dejazet a eu un effet tel que l’avenir théâtral de l’enfant était perceptible. Entrée en carrière à l’âge de quinze ans, elle s’essaaie à l’Odéon et parait, en 1835, débute au petit théâtre Saint-Antoine, où ses débuts confirment les impressions reçues lors de la fête de famille[2].

Passée aux Folies-Dramatiques, en 1836, elle crée, dans la Fille de l’air, le rôle d’Azurine, qui la classe tout de suite au nombre des plus jolies actrices de Paris. Atteinte d’une grave maladie, pendant les représentations de cette féerie-ballet, elle tombe en léthargie. crue morte, on l’ensevelit, jusqu’au premier coup de marteau frappé sur son cercueil, qui la réveille. Reparue devant le public au Gymnase, ses succès sérieux commencent. Elle débute, en 1838, dans Un ange au sixième étage. Elle crée la Gitana, Lucrèce à Poitiers, Jean le Noir, le Cadet de famille, les Jolies filles de Stilbert, où elle joue le rôle d’un officier[3]. Ses talents et son éclatante beauté la alors mettent au rang des artistes les plus en vogue de Paris[2].

Ayant quitté le Gymnase en 1845, elle est allée passer une saison à Londres, avant de revenir débuter au Palais-Royal, le 16 juin de la même année, moyennant le chiffre de vingt-cinq mille francs par an, dans le rôle de Dorothée de la Pêche aux beaux-pères. Elle succède alors à Déjazet et se fait remarquer dans Mademoiselle ma femme et les Pommes de terre malades, etc[3]., avant que le Vaudeville ne l’enlève, à son tour, au Palais-Royal. À la suite d’une foule de créations brillantes, elle produit une telle sensation, en 1847, dans le Dernier Amour de Léon Guillard, que la Comédie-Française lui ouvre ses portes, avec la promesse d’une création importante : celle de Gabrielle d’Émile Augier[2].

Entrée aux Français le , elle débute dans la Camaraderie de Scribe, et enchaine dans Marion Delorme de Victor Hugo, puis Une chaîne de Scribe. Elle joue d'abord les grandes coquettes, dans L'Aventurière d’Émile Augier), puis les « mères nobles », Madame de Prie dans Mademoiselle de Belle-Isle d'Alexandre Dumas, Madame Desaubier dans La joie fait peur de Delphine de Girardin, la baronne d’Il ne faut jurer de rien de Musset et trois ans après, à la suite de ses brillantes créations de Gabrielle, de l’Amitié des femmes, du Joueur de flûte et des Derniers Adieux, elle est reçue 272e sociétaire, en 1852[4].

À partir de cette époque, la comédienne des théâtres de genre crée, à la maison de Molière, nombre de rôles tous marqués par son talent consommé, comme Mademoiselle de la Seiglère, le Testament de César, la Chute de Séjan, le Village, la Fiammina, Œdipe Roi, etc[2]. Après la mort de Louise Allan, elle reçoit de droit les principaux rôles de cette artiste dans Bataille de dames, la Joie fait peur, Par droit de conquête, etc[2]. Elle interprète également les « duègnes » et les « caractères » (Philaminte, Béline, Madame Turcaret…) Elle participe à de nombreuses créations, comme le rôle de Manon Roland dans Charlotte Corday (1850) ou Jocaste dans Œdipe Roi (1858)[1].

En 1862, une violente altercation l'oppose à la jeune débutante Sarah Bernhardt qui aboutit au départ de cette dernière de la Comédie-Française[5], anecdote rapportée par Sarah Bernhardt elle-même dans ses mémoires[6]. À la cérémonie du Malade imaginaire, Régina la jeune sœur de Sarah Bernhardt marche sur la robe de Mademoiselle Nathalie, qui réagit en bousculant vivement la fillette, qui se cogne la tête contre un angle et saigne. Scandalisée par la violence du geste, Sarah gifle la sociétaire, en l’appelant : « grosse dinde ! » Refusant de présenter des excuses, Sarah Bernhardt, privée de son rôle, donne sa démission.

Le peintre Gustave Boulanger, dont elle a été l'amie intime, a exécuté, en 1867, son portrait, qu’il a donné la Comédie Française, à la mort de l'actrice. Il n'en existe aucune trace écrite attestant les rumeurs de mariage qui ont circulé[7], et son acte de décès la déclare célibataire. Elle n’a pas été pas épargnée par ses contemporains, en témoigne l'épigramme peu amène de Théodore de Banville :

« Ci-git la fausse Nathalie,
Qui fausses dents à fausse natte allie[8]. »

Elle prend sa retraite de la Comédie Française en 1876, après avoir joué Philaminte des Femmes savantes et Madame Désaubier de La joie fait peur, deux de ses plus grands succès, pour sa représentation de retraite[4]. Morte d’une embolie au cœur, son corps a été transporté, à l’issue de ses obsèques à la Sainte-Trinité de Paris, à Mailly-l'Église, où elle repose[3].

Théâtre

Hors Comédie-Française

Carrière à la Comédie-Française

Entrée en à la Comédie-Française, elle y est nommée 272e sociétaire en , avant d'en partir en .

Notes et références

  1. 1 2 Henry Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français, ceux d'hier : biographie, bibliographie, iconographie…, t. 2 E-Z, 19.. (lire en ligne sur Gallica).
  2. 1 2 3 4 5 Jules Lecomte, « Mad. Nathalie », Le Monde illustré, Paris, vol. 3, t. 5, no 142, , p. 9 (ISSN 0996-2336, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  3. 1 2 3 « Hier jeudi… », Gil Blas, Paris, vol. 7, no 2195, , p. 4 (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  4. 1 2 « Mademoiselle Nathalie : 272e sociétaire », sur Comédie Française (consulté le ).
  5. Jules Huret, Sarah Bernhardt, F. Juven, (lire en ligne sur Gallica), p. 17.
  6. Sarah Bernhardt, Ma double vie : mémoires, (lire en ligne sur Gallica).
  7. Marie-Madeleine Aubrun, « Gustave Boulanger, peintre éclectique », Bulletin de la Société d'histoire de l'art français, nº 72, cat. 110, 1986, p. 170.
  8. Théodore de Banville, « Épigrammes rétrospectifs », Le Midi, Nîmes, vol. 12, no 336, , p. 3 (ISSN 2132-2007, lire en ligne sur Gallica, consulté le ).

Liens externes

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