Homoland

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Homoland est un projet de rencontres semestrielles à laquelle ont participé des personnes germanophones se définissant comme « gays autonomes, pédés de gauche, gauchistes homos ». Elles ont principalement eu lieu au printemps et à l'automne, entre le début des années 1990 et le milieu des années 2010, dans des régions souvent reculées d'Allemagne, et parfois de Suisse, du Danemark ou des Pays-Bas[1].

Ces rencontres ont été auto-documentées en allemand dans le fanzine Tuntentinte[2], qu'on pourrait traduire littéralement en français par « l’encre des tantes/tatas/tapettes ».

Histoire

Le projet est né à partir d'un constat : plusieurs gays politiquement engagés étaient frustrés par la domination hétérosexuelle et l'homophobie des milieux de gauche, mais aussi par le mainstream et le conformisme de la sous-culture commerciale gay. Un première rencontre s'est alors organisée en 1992 sous le nom de « Landwoche ». Cette semaine à la campagne était pensée à la fois comme le lieu d'une revendication, d'un travail politique, et une occasion de se retrouver en communauté[3].

Au fil des éditions, les « Landwoche », puis d'« Homolandwoche » se sont structurées autour de différents groupes de travail et de discussion. Les sujets abordés étaient très variés et ancrés dans les questions qui traversent la communauté : militantisme gay, homophobie dans la gauche, SM, communisme, coming out, antimilitarisme, prostitution, violence sexualisée, patriarcat, sida, érotisme et pornographie, amitié, logement, politiques identitaires...

À ces moments théoriques se sont ajoutées des promenades dans la nature, des parties de croquet « homolandais », parfois des spectacles ou des soirées à thèmes.

Le projet semble s'être éteint en 2016[4].

Tuntentinte

À l'origine en 1994, Tuntentinte n'était qu'une collection de comptes rendus des groupes de travail de la Landwoche. La publication s'est ensuite structurée comme une lettre d'information à destination des gays radicaux de gauche, pour enrichir les discussions et développer certains thèmes en dehors des Homolandwoche. La rédaction à plusieurs mains mêlait avec humour articles théoriques et discussions animées, recettes de cuisine, énigmes et images à collectionner, bandes dessinées et histoires d'amour photographiques. Il y avait des contributions d'Allemagne, des Pays-Bas, de France et de Suisse[5].

Basées initialement à Francfort-sur-le-Main, la rédaction et l'adresse postale ont été transférées à Berlin à partir de 1993, puis à Hanovre à partir de 2001. Si dans les premières années quatre à cinq numéros ont pu être produits par an, ce nombre a diminué au cours des années suivantes pour se stabiliser à un ou deux numéros par an à partir de 1999. Le tirage s'est toujours fait à petite échelle, et s'élevait à son apogée à 800 exemplaires. Tuntentinte a été distribué en Allemagne, en Autriche, en Suisse, aux Pays-Bas et en France par le biais d'infokiosques, de librairies de gauche, d'habitats collectifs et de bars autonomes, de Wagenplatz (de) et de particuliers.

Entre 2004 et 2006, faute de moyens, Tuntentinte est devenu Tuntentinte:extrakt, un format réduit publié à 150 exemplaires. À partir de 2008, une version numérique, Tuntentinte electronic, est envoyée par mail à ses lecteurs.

Localisation de l'évènement

Projets connexes

En parallèle de la semaine Homoland, le projet s'est structuré autour d'évènements, de cercles de discussion et de publications ayant lieu tout au long de l'année. Parmi elles on comptait l'organisation du Tuntengala, de la radio associative RadiOAton[6] ainsi que la création et l'animation de Tuntenhaus à Berlin-Est[7].

À partir de 2000, la rédaction de Tuntentinte s'est scindée en deux et une partie d'entre elle a lancé le projet Internet etuxx[8], un blog alimenté par des discussions tournant autour de thématiques similaires.

Homoland s'est enfin interconnecté à d'autre initiatives francophones ou anglophones, à l'image du projet La Croisière[9] auto-documenté dans la revue BangBang basée à Genève.

Archivage

En 2022, le site tuntentinte.noblog s'est proposé d'archiver numériquement les exemplaires PDF de Tuntentinte[10], ainsi qu'une série de lien qui retracent la constellation des sites internets liés au projet.

Cette digitalisation a fait l'objet d'une conférence proposée par Andreas Hechler à la Wikimedia Deutschland, dans le cadre de la 4e édition de tech from below du 25 août 2023[11].

Le Queer Zine Archive Project[12] de Milwaukee donne également l'accès à l'ensemble des parutions de Tuntentinte à travers le fonds Stefan Smith.

Notes et références

  1. Bruno Perreau, « Chapitre 2 - Pratique de la théorie », dans Qui a peur de la théorie queer, Paris, Presses de Sciences Po., , 320 p. (ISBN 9782724622454, lire en ligne), p. 109-164
  2. 1 2 (de) « Tuntentinte », (consulté le )
  3. (en) Azozomox, « Squatting and Diversity - Gender and Patriarchy: In Berlin, Madrid and Barcelona » [PDF] (consulté le )
  4. (de) « Homoland » (consulté le )
  5. (de) Lukas Tau, « Tuntentinte – „…ein ganzes Universum!“ », Boykott Magazin, no 2, , p. 47 (lire en ligne [PDF])
  6. (de) « RadiOAton » (consulté le )
  7. Martin Seeliger, « Le Berlin des années 1990 : quand les « rats queer » créèrent la Maison des Tantes et trainèrent dans la boue le conformisme gay », Allemagne d'aujourd'hui, no 240, , p. 93-102
  8. (de) « Etuxx » (consulté le )
  9. David Michels, « La Croisière. Une expérience de gays libertaires : Notes de terrain », Clio. Histoire, femmes et sociétés, no 22, , p. 9 (lire en ligne [https://doi.org/10.4000/clio.1763%5D)
  10. (de) Oliver Klaassen, « Tuntentinte ist online », (consulté le )
  11. (de) « 4. Treffen am 25.8.2023 » (consulté le )
  12. (en) Milo Miller, Christopher Wilde, « Queer Zine Archive Project » (consulté le )

Voir aussi

Liens externes

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