Statue de Louis XIV (Caen)

Statue de Louis XIV
Présentation
Type
Créateur
Matériau
Construction
Propriétaire
Commune
Patrimonialité
Localisation
Pays
Département
Commune
Coordonnées
49° 10′ 58″ N, 0° 22′ 09″ O
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La statue de Louis XIV est située à Caen, département du Calvados, en France. Elle est l'œuvre du sculpteur français Louis Petitot.

Localisation

La statue est située depuis 1961 sur la place Saint-Sauveur[1], une des principales places du centre-ville ancien de Caen. À l'origine, de 1828 à 1884, elle était située sur la place de la République, autre place importante du centre-ville. De 1884 à 1961, elle se trouvait devant le mur d'enceinte du lycée Malherbe, alors dans l'abbaye aux Hommes ; elle était située place Louis-Gillouard, dans l'axe de la place Fontette à l'avenue Albert-Sorel[2],[3].

Histoire

Première statue (disparue)

Encouragée par Antoine Barillon de Morangis, intendant de la généralité de Caen, la municipalité décide les 4 et 9 novembre 1684 de construire une statue de Louis XIV au centre d'une nouvelle place, dite place royale (actuelle place de la République)[A 1]. Ce projet est donc typique de l'architecture ordonnancée qui se developpe au XVIIe siècle.

Gravure représentant la place Royale.
Une évocation de l'ancienne place Royale au XVIIe siècle, peu fidèle à la réalité, mais représentant l'importance de la statue dans l'architecture ordonnancée.

Jean Postel avait commencé une statue en pierre[A 2] pour la ville de Rouen. Mais le donateur qui devait financer la statue meurt. Jean Regnault de Segrais, échevin de Caen, achète la statue[A 1].

La statue est inaugurée le 5 septembre 1685, jour de l'anniversaire du roi[A 1]. Cette inauguration est l'occasion de grandes festivités solennelles[A 3].

Nous ne possédons pas de représentation de cette statue mais seulement une description dans une brochure de 1685[A 2]. Haute de huit pieds (environ 2,64 mètres), elle reposait sur un piédestal de douze pieds de haut (environ 3,96 mètres). Le roi est représenté debout, le bras tendu dans un geste de commandement. Autour du piédestal, quatre figures tiennent les armes et la devise du monarque, mêlées à divers trophées (à l'image du tropaion antique). Des inscriptions latines sont gravées en lettres d'or sur quatre tables de marbre noir[A 4].

Sculptée dans une pierre friable, la statue en pierre est très vite endommagée. En 1738, Charles-Gabriel Porée la décrit ainsi comme « défigurée et abîmée, et menacée de devenir bientôt un épouvantail »[A 2].

La statue est abattue lors de la Révolution française. Les destructeurs, probablement le club des Jacobins, font une première tentative dans la nuit du 2 au , mais la garde est alertée et finalement seules les inscriptions sur le piédestal sont détruites[A 5]. Le lendemain, dans la nuit du 3 au 4, la statue elle-même est définitivement renversée[1],[5],[A 5].

Statue actuelle

La création de l’œuvre et son installation sur la place Royale

En 1813, l'idée est lancée d'ériger une statue de François de Malherbe sur la place Malherbe. En 1816, Jean-Joseph Espercieux est pressenti pour cette commande pour laquelle l’État pourrait fournir le marbre. Mais le projet est abandonné et à la place, la municipalité préfère faire ériger une nouvelle statue de Louis XIV pour montrer sa fidélité au nouveau régime dans le contexte de la Restauration[B 1]. Le projet prend douze ans à être réalisé[B 1].

Le 21 décembre 1819, la ville décide officiellement d'élever une nouvelle statue au centre de la place Royale[A 6]. Le 25 avril 1820, une ordonnance royale autorise la construction de la statue[B 2],[note 1]. Jean-Baptiste Philippe Harou est chargé d'établir le devis de la dépense du piédestal. Il dessine un croquis de la future statue. Il estime que Louis XIV doit être représenté « presque nu, vêtu à l'antique d'une robe qui faisait le buste à peu près découvert, la tête couronnée de lauriers, etc »[A 6]. La municipalité envisage dans un premier temps de construire la statue en marbre, en espérant se faire financer par l’État[B 3], mais décide finalement de la réaliser en bronze[A 7], matériel plus adapté au climat normand et moins long à travailler[B 3]. Le gouvernement accepte finalement de financer le marbre pour le piédestal[B 3].

Plusieurs projets sont présentés : Louis Petitot ; James Pradier ; Claude Ramey et François-Joseph Bosio ; Louis Pierre Deseine [A 8],[B 4]. Le fondeur Auguste-Jean-Marie Carbonneaux propose une reproduction de la statue équestre de louis XIV réalisée par François Joseph Bosio pour la place des Victoires[B 4]. Ce projet est jugé trop onéreux. La réalisation du piédestal et de la statue est finalement confiée à Louis Petitot[A 8],[note 2].

En juin 1822, Petitot soumet un dessin et deux esquisses de la statue à l'académie des beaux-arts[B 5]. Mais le projet met encore plusieurs années avant de se concrétiser. Ce n'est qu'en 1827 que la statue en bronze est fondue dans les ateliers de Charles Crozatier[A 9],[B 5].

Une première cérémonie est organisée le 9 septembre 1827 pour le scellement du piédestal en présence de Marie-Thérèse de France[A 8]. La statue en elle-même est présentée au Salon de 1827[6],[7],[B 5]. L'inauguration officielle de l'ensemble a lieu le [1],[A 10], jour du quatorzième anniversaire du retour de Louis XVIII en France[B 6]. Aucun membre de la famille royale n'est présent. Mais pour l'occasion, une médaille est commandée à Louis-Michel Petit[B 6] et Alphonse Le Flaguais rédige une ode[A 10]. Trois exemplaires en or sont offerts au roi, au dauphin et à la dauphine[B 6]. Soixante sont frappées en argent et trois cents en bronze[B 6]. L’œuvre est appréciée du pouvoir royal et elle a très probablement contribué à ce que Louis Petitot et Charles Crozatier reçoivent conjointement la Légion d'honneur en avril 1828[B 7].

La statue est entourée à partir de 1829 d'une grille tantôt peinte, tantôt dorée[A 11],[B 5].

Lors des Trois Glorieuses en , l’œuvre, chargée de symboles monarchiques, est menacée. Mais finalement seules sont supprimées les fleur de lys qui ornaient la statue[B 7].

La statue devant le lycée Malherbe (ancienne abbaye aux Hommes)

Le , le maire républicain de Caen, Albert Mériel, décide de faire déplacer la statue devant l'ancienne abbaye aux Hommes (alors occupée par le lycée Malherbe)[1],[5]. Ce transfert a pour but de permettre l'aménagement en square de la place, rebaptisée à la même occasion place de la République[8], mais également d'effacer le souvenir de toutes « les oppressions et des tyrannies » imputées à la monarchie[9]. Le projet provoque un scandale qui dépasse les limites de la capitale bas-normande ; la presse parisienne s'en fait les échos et même The Times participe à la polémique[A 12]. Les travaux sur la place ont lieu du 18 au 21 septembre 1882. La statue est un temps déposée dans la cour du palais Fontette, avant d'être placée sur son piédestal, place du Parc (actuelle place Louis-Guillouard), le 10 octobre suivant[A 12].

Lors de l'Occupation, les forces allemandes exigent en la mobilisation des métaux non ferreux. La loi du 11 octobre 1941 relative à l'enlèvement des statues et monuments métalliques en vue de la refonte prévoit que « sera procédé à l'enlèvement des statues et monuments en alliage cuivreux sis dans les lieux publics et dans les lieux administratifs, qui ne présentent pas un intérêt artistique ou historique »[C 1],[10]. Son déboulonnage en vue de sa fonte est donc envisagé sous le régime de Vichy. Mais l’œuvre est conservée, non pas pour son caractère artistique, jugé faible par la commission d'examen, mais pour son intérêt historique[C 2],[note 3].

La statue sur la place Saint-Sauveur

Après la Seconde Guerre mondiale, la mairie de Caen s'installe dans l'ancienne abbaye aux Hommes et la cour du lycée est réaménagée en jardin à la française. Le , la statue est installée sur son emplacement actuel, sur la place Saint-Sauveur. À cet effet, la statue en pierre de François de Malherbe qui y avait été installée après la Libération est retirée. Préalablement, sur le même piédestal se trouvait la statue de Léonce Élie de Beaumont de 1875 réalisée par Louis Rochet qui a été déboulonnée sous le régime de Vichy et fondue[1]. À cette occasion, la grille, qui entourait jusqu'alors, la statue disparait[B 5].

La statue et son socle sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 18 août 2006[5]. Au début des années 2010, la place Saint-Sauveur est réaménagée en vue de sa piétonisation. La statue de Louis XIV est retirée le 26 juillet 2012 pour être restaurée[11],[12],[note 4]. Cette restauration permet de redonner de la lisibilité aux détails iconographiques[B 5]. La direction régionale des Affaires culturelles envisage un temps de remplacer le piédestal en marbre, pourtant protégé par l'arrêté d'inscription, par un nouveau socle en plexiglas réalisé par un artiste plasticien[13],[14]. La statue est replacée le sur son socle d'origine, mais à quelques mètres à l'ouest de son emplacement d'origine[15]. Les trois marches sur lesquels reposaient le piédestal et la statue, qui existaient depuis 1828, sont supprimées[B 5].

Protection

Le , un arrêté inscrit au titre des monuments historiques l'ensemble du monument (la statue et son socle), ainsi que la statue de Bertrand du Guesclin, sur la place Saint-Martin[5].

Description

Le monument est une statue en bronze haute de onze pieds[A 9] (3,65 m[1] ou 3,66 m[5]).

La statue repose sur un piédestal sculpté dans du marbre du Boulonnais[A 7]. La perte des trois marches en marbre dans les années 2010 a légèrement altéré les proportions de l’œuvre[B 5]. La signature du sculpteur est gravée sur la plinthe du bronze[B 8].

Le roi est présenté en empereur romain Imperator, le front ceint d'une couronne triomphale[B 5]. Il porte une tunique courte et par dessus une cuirasse ornée au niveau du ventre d'un bas-relief dont le motif s’apparente à deux victoires ailées encadrant un trophée dressé avec des armes ennemies[B 9]. Sur la partie supérieure, au niveau du torse, on peut deviner un motif de soleil, en grande partie masqué par un paludamentum, fixé par une fibule ronde sur l’épaule droite[B 5]. Il est chaussé de calcei mullei, bottes traditionnelles des sénateurs romains, à haute tige et quadruple laçage. Elles sont décorées de la peau du lion de Némée[note 5] et d'un décor de rinceaux, représentatif de l'art classique de l'époque augustéenne[B 5]. Afin d'équilibrer la composition, Petitot a placé à ses pieds un galea, casque de combat, surmonté d'un cimier en plumes[B 5]. Jusqu'en 1830, le casque et les festons ornant le bas de la cuirasse étaient décorés de fleurs de lys[B 7].

Le roi pose le pied droit sur une épée brisée[B 5]. Sa main gauche est appuyée sur un glaive « qu'il est toujours près à la ressaisir »[A 9], la droite tenant des rameaux de laurier tressés en couronne. À la droite du monarque, se trouve un cippe sur lequel sont déposées les couronnes de lauriers que le roi distribue. La façade principale du cippe est ornée de caducée, alors que sur les autres faces sont figurés des trophées de guerre, de marine et d'arts[B 7].

Le roi porte une moustache « à la royale »[note 6] et sa chevelure, longue et naturelle, repose sur ses épaules, représentant ainsi le roi dans sa jeunesse[A 9],[B 5].

Petitot s'est inspiré de l'Auguste de Prima Porta[B 5]. Le choix du code vestimentaire et de la symbolique de célébration du retour à la paix place également cette œuvre dans la filiation de la représentation de Louis XIV à l'antique exécutée du vivant du monarque par Antoine Coysevox pour l'hôtel de ville de Paris[B 7],[note 7].

Cette idéalisation des traits et la référence appuyée à l'antiquité inscrivent l'œuvre dans le courant néo-classique[5],[B 5]. En mettant en scène la fin des guerres révolutionnaires et impériales, la composition se place également dans l'idéologie de la Restauration. Autant que Louis XIV, est représentée ici la dynastie des Bourbons développant les arts et le commerce dans un pays pacifié[B 7]. Appréciée du pouvoir royal lors de son installation, mais « surchargée de sens politique au détriment d'une gestuelle puissante et entraînante »[B 7], cette œuvre n'a pas été accueillie sans quelques critiques[B 7] qui ont duré jusqu'au XXe siècle (comme le montre l'avis de la commission de mobilisation des métaux non ferreux en 1941[B 7]).

Notes et références

Notes

  1. En même temps que l'obélisque au duc de Berry sur l'actuelle place Monseigneur-des-Hameaux.
  2. L’œuvre est à rapprocher de la statue équestre de Louis XIV, conçue par le même sculpteur pour la cour d'honneur du château de Versailles.
  3. François Darlan, chef du gouvernement vichyste lors du lancement de la campagne de mobilisation des métaux non ferreux, estime en effet que les monuments en l'honneur de Jeanne d'Arc, Henri IV, Louis XIV et Napoléon Ier doivent être préservés du fait de leur importance historique[B 8].
  4. La restauration est menée par Antoine Amarger.
  5. Le lion de Némée est une créature fantastique de la mythologie grecque. Tuer le Lion et rapporter sa peau constitue le premier des douze travaux d'Héraclès. La peau de lion (ou léonté) est un des attributs d'Héraclès.
  6. Fine moustache en croc dont les pointes relevées sont maintenues appliquées par de la cire[16].
  7. Inaugurée le 14 juillet 1689, la sculpture ornait l'arcade du fond de la cour de l'hôtel de ville[17]. Retirée de son emplacement d’origine, la statue de bronze est exposée depuis 1890 dans la cour du musée Carnavalet[18].

Références

  • Paul de Longuemare, Les statues de Louis XIV à Caen, Paris, Plon, (lire en ligne)
  • Emmanuel Luis, Direction de l'inventaire général du patrimoine culturel de la Région Normandie, Portraits en ville : les hommages sculptés à Caen, Lyon, Lieux dits, coll. « Parcours du patrimoine », (ISBN 978-2-36219-128-2)
  • Emmanuel Luis, « Entre envois à la fonte et souci de sauvegarde, la statuaire publique sous le régime de Vichy dans le Calvados », Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, vol. LXXV (2016), , p. 9-48
  1. Luis 2018, p. 11.
  2. Luis 2018, p. 16-17.
  • Autres références :
  1. 1 2 3 4 5 6 Le patrimoine des communes du Calvados, Flohic Éditions, 2001 (ISBN 2-84234-111-2), p. 446
  2. « Statue de Louis XIV en empereur romain à Caen », sur À nos grands hommes (consulté le )
  3. « Statue de Louis XIV en empereur romain à Caen », sur e-monumen (consulté le )
  4. Charles de Ferrare du Tot (16..-1694) sur data.bnf.fr
  5. 1 2 3 4 5 6 « Statue de Louis XIV », notice no PA14000066, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. Explication des ouvrages de peinture et dessins, sculpture, architecture et gravure des artistes vivans, Paris, Ve Ballard, (lire en ligne), p. 168
  7. « Louis XIV, statue colossale en bronze pour la ville de Caen », sur Base salons (consulté le )
  8. « Les bêtises municipales », Le bonhomme normand, no 35,
  9. Philippe Lenglart, Le nouveau siècle à Caen, 1870-1914, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, , p. 119
  10. « Lois », Journal officiel de l'État français, no 283, (lire en ligne)
  11. Murielle Bouchard, « La statue de Louis XIV fait peau neuve », Liberté - Le Bonhomme libre, (lire en ligne)
  12. Élodie Laval, « A Caen : la statue de Louis XIV flotte dans les airs », sur Tendance Ouest,
  13. Didier Rykner, « Inquiétudes pour la statue de Louis XIV sur la place Saint-Sauveur de Caen », sur La Tribune des arts,
  14. Bruno Genuit, « A Caen, la statue Louis XIV est-elle menacée ? », La Manche libre, (lire en ligne)
  15. « Eurêka : Louis XIV est de retour ! », Ouest-France, édition de Caen, (lire en ligne)
  16. Delalex, Louis XIV intime, Paris, Éditions Gallimard, (ISBN 978-2-07-014959-9), p. 84
  17. Alexandra Woolley, « L’œuvre de miséricorde du Roi : la statue de Louis XIV pour l’Hôtel de Ville de Paris par Antoine Coysevox, 1687-1689 », Les Cahiers de Framespa [En ligne], no 11, (lire en ligne)
  18. « Portrait de Louis XIV (1643-1715) », sur Musée Carnavalet (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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