Statue de Bertrand du Guesclin (Caen)

Statue dite de du Guesclin
La statue en 2010.
Présentation
Type
Créateur
Matériau
Construction
Propriétaire
Commune
Patrimonialité
Localisation
Pays
Département
Commune
Coordonnées
49° 11′ 02″ N, 0° 22′ 12″ O
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La statue dite de du Guesclin, ou originairement Un compagnon de Duguesclin à Cocherel : B. Goyer de Matignon, est une statue équestre située à Caen, dans le département du Calvados, en France. Réalisée par Arthur Le Duc dans les années 1910, elle représente un chevalier à cheval, identifié au moins depuis les années 1920 comme étant Bertrand du Guesclin[1],[2],[3],[4].

Localisation

La statue équestre se trouve à l'extrémité des fossés Saint-Julien, sur la place Saint-Martin.

Histoire

La statue est présentée par Arthur Le Duc au salon des artistes français de 1912 sous forme de plâtre[A 1]. Elle est alors nommée Un compagnon de Duguesclin à Cocherel : B. Goyer [sic] de Matignon[5]. La statue représente Bertrand II de Goyon, seigneur de Matignon[note 1]. Porte-bannière du connétable Bertrand du Guesclin, il est présent à la bataille de Cocherel qui a lieu en 1364. En 1914, une nouvelle version en bronze est présentée[6]. Elle est fondue par René Fulda[A 1].

À la mort de l'artiste, survenue en , la statue est conservée dans son atelier[A 2]. Le [7], sa veuve[note 2] offre la statue au Département du Calvados, dont l'artiste a été conseiller général[note 3], pour qu'elle soit installée dans la ville de Caen[A 2]. À la demande de la donatrice[A 2], il est décidé dans un premier temps de l'installer devant l'hôtel de préfecture du Calvados, place Gambetta[9]. Mais le conseil municipal vote finalement en son installation place Saint-Martin, dans l'axe des fossés Saint-Julien et de la rue Saint-Manvieu, la face tournée vers le château de Caen[9],[10]. De ce fait, « le cavalier, se détachant des flèches de Saint-Étienne, semble depuis 1921 rejoindre le château »[A 2]. On demande à André Guillemin-Tarayre, architecte du département[A 3], un socle qui est fin prêt en [11]. La statue est transportée depuis la place Gambetta pour être installée sur le socle le 28 août 1921[12].

En 1923, André Guillemin-Tarayre propose de reprendre le titre de 1912, mais la veuve d'Arthur Le Duc refuse[A 3]. L'identification au connétable (et non à son compagnon Bertrand II de Goüyon de Matignon) n'est officiellement gravée sur le piédestal qu'en 1925[1],[13]. Bertrand du Guesclin, noble breton né en 1320, fut armé chevalier par le roi de France Charles V. Il se battit contre les Anglais en Bretagne, en Normandie et dans le Maine. Ayant eu un rôle décisif dans le rétablissement de l'autorité royale en Normandie notamment, il fut nommé connétable en 1370. Quelque temps après, il fut accueilli en héros par les Caennais qui lui offrirent des fêtes splendides huit jours durant[14].

Son déboulonnement et sa fonte sont envisagés sous le régime de Vichy, dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux. Elle est retirée de la liste des statues en bronze sacrifiées, car elle présente un intérêt tant artistique qu'historique. La statue de Guillaume le Conquérant à Falaise, de Louis Rochet, et le monument commémoratif de la bataille de Formigny, également d'Arthur Le Duc, sont sauvés pour les mêmes raisons[15].

Le 7 décembre 2010, la statue est retirée de son piédestal et envoyée à Périgueux pour restauration[16]. Le système de fixation entre la statue et son socle est remplacé et consolidé[A 2]. Elle est réinstallée sur son socle le 6 avril 2011[17],[18].

Photographie du monument après la Seconde guerre mondiale.
Le monument entouré de baraquements provisoires après la Seconde guerre mondiale.

Protection

La statue, dite « de Duguesclin », et son socle font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le [1]. Le même jour, la statue de Louis XIV, située sur la place Saint-Sauveur, est également inscrite.

Description

Le monument est une statue de bronze. Son piédestal est réalisé en béton avec un parement en granit[A 2] breton et fait 80 m3[11]. Sur le piédestal, est inscrit sur la face principale (côté nord-est, vers les fossés Saint-Julien) :

LE CONNETABLE
BERTRAND DU GUESCLIN



ARTHUR J LE DUC

SCULPTEUR

1848-1918

Le Duc a apporté un grand soin dans le traitement du mouvement du vêtement, de l'armure et surtout du cheval[1]. « Plus qu'un hommage à un héros, le monument se révèle une célébration du cheval et du mouvement, dans une reconstitution d'une scène du moyen-âge, période de prédilection de l'artiste »[A 3].

La tenue de ce chevalier est une tenue militaire du dernier tiers du XIVe siècle[A 3]. La tête est protégée par bassinet avec mézail dit « à bec de passereaux », recouvrant un camail en anneau de métal[A 3]. Le reste du corps est protégé par une armure de plates[A 3]. Le haut est constitué d'épaulières, de brassards[A 3], de cubitières à ailette, de canons d'avant-bras et de gantelets[A 4]. Par dessus l'armure, le chevalier porte un surcot avec des armoiries sur lesquelles on devine un lion rampant, correspondant au blason des Goyon de Matignon[A 4]. La partie basse est constituée de cuissots, genouillères, grèves pour les jambes et solerets terminés en pointe pour les pieds[A 5]. « Refusant le lisse, le sculpteur exploite la ductilité du bronze pour faire vibrer la matière au moyen de mille détails »[A 5].

Formé par Antoine-Louis Barye, qui fut son professeur d'anatomie animale au Muséum national d'histoire naturelle, Arthur Le Duc est connu pour son talent de sculpteur animalier[19]. S'inspirant des travaux de zoopraxographie d'Eadweard Muybridge et de chronophotographie d'Étienne-Jules Marey , le sculpteur reproduit avec légèreté un galop rapide, avec son allure naturelle à quatre temps[A 5]. Le cheval est présenté lors de la première phase d'un galop à droite. Seule sa patte postérieure gauche, sa jambe d'appui, est posée au sol[A 5]. Afin de garantir la stabilité de l’ensemble, le sculpteur devrait trouver un second point d'appui. Il ajoute donc une bannière tombée au sol et que l'animal foule de sa patte droite[A 5]. « Tout dans ce groupe concourt à traduire la vitesse : l'équilibre horizontal du cheval, la nuque ouverte, la tête tendue en avant, les oreilles rabattues, la queue en panache »[A 5]. La position du cavalier, à l’unisson de sa monture, participe aussi au mouvement. Dressé sur un troussequin relevé, le cavalier a les jambes tendues et les pieds, dont les pointes sont tournées vers le bas, chaussés à fond dans les étriers[A 2].

Arthur Le Duc représente avec brio une scène de charge militaire, la scène se déroulant pendant la bataille de Cocherel. Confiant en l'animal, le chevalier a en effet lâché les rênes pour se saisir de son épée en la sortant de son fourreau[A 2]. Le dynamisme de la scène est ainsi accru par la torsion du buste du cavalier et les regards divergents de l'homme et de l'animal[A 2]. « Magnifique représentation du mouvement, cette statue équestre constitue un défi à l’équilibre pour un art synonyme de stabilité »[A 2].

Notes et références

Notes

  1. Les seigneurs de Matignon étaient également comtes de Torigny, commune natale d'Arthur Le Duc. Un musée est d'ailleurs consacré à l'artiste dans le château des Matignon à Torigni-sur-Vire.
  2. Arthur Le Duc se marie à Caen le 4 octobre 1881 avec Marie Célestine Lecomte, née le 8 mars 1860 à Caen et décédée le 13 septembre 1939 à Luc-sur-Mer[8].
  3. Le sculpteur a été maire d'Asnières-en-Bessin à partir de 1893 et conseiller général du canton d'Isigny-sur-Mer (actuel canton de Trévières) à partir de 1904 jusqu'à sa mort en 1918.

Références

  • Emmanuel Luis, Direction de l'inventaire général du patrimoine culturel de la Région Normandie, Portraits en ville : les hommages sculptés à Caen, Lyon, Lieux dits, coll. « Parcours du patrimoine », (ISBN 978-2-36219-128-2)
  • Autres références :
  1. 1 2 3 4 « Statue de Duguesclin », notice no PA14000065, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Statue de Bertrand du Guesclin à Caen sur À nos grands hommes
  3. Statue de Bertrand du Guesclin à Caen sur e-monumen
  4. Statue de Bertrand du Guesclin à Caen sur le site de René et Peter van der Krogt
  5. Société des artistes français, Catalogue illustré du Salon (lire en ligne), p. 208
  6. « Au salon des artistes français », Journal de Caen, 11-12 mai 1914 (lire en ligne)
  7. « Et Du Guesclin galopa place Saint-Martin... », Ouest-France, (lire en ligne)
  8. « État-civil de la commune de Luc-sur-Mer - Décès (4E/13666) », sur Archives départementales du Calvados (consulté le )
  9. 1 2 « Statue de Du Guesclin », Journal de Caen, (lire en ligne)
  10. « Caen – Au conseil municipal », Ouest-Éclair, , p. 3 (lire en ligne)
  11. 1 2 Le patrimoine des communes du Calvados, Flohic Éditions, 2001 (ISBN 2-84234-111-2), p. 446.
  12. « Duguesclin en place », Journal de Caen, 28-29 août 1921 (lire en ligne)
  13. « Le conseil général et Duguesclin », Journal de Caen, (lire en ligne)
  14. Musée de Normandie, Caen au Moyen Age, Caen, , p. 6
  15. Emmanuel Luis, « Entre envois à la fonte et souci de sauvegarde, la statuaire publique sous le régime de Vichy dans le Calvados », Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, vol. LXXV (2016), , p. 16-17
  16. « Rénovation de la statue de du Guesclin à Caen », sur duguesclin.ek.la, (consulté le )
  17. « À Caen, la statue de Duguesclin a retrouvé son socle », Ouest-France, (lire en ligne)
  18. « Patrimoine. Le retour de la statue de Du Guesclin, à Caen », Côté Caen, (lire en ligne)
  19. Clara Lespessailles (Mémoire de l'école du Louvre), Le centaure dans les arts (XIXe – XXe siècles) : permanence ou rupture ? : annexe 2, (lire en ligne [PDF]), p. 206

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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