Histoire coloniale de la France

« Carte anachronique »[N 1] représentant l'ensemble des territoires ayant appartenu à l'Empire colonial français entre 1534 et 1980[1].

L'histoire coloniale de la France s'étend sur près de cinq siècles, du début du XVIe siècle au milieu du XXe siècle. Durant cette période, la France a constitué l'un des plus grands empires coloniaux de l'histoire. Après une première vague d'expansion coloniale du XVIe siècle au XVIIIe siècle en Amérique du Nord, aux Antilles et en Inde, largement perdue au profit du Royaume-Uni en 1763, la France a établi un second empire colonial à partir de 1830, principalement en Afrique et en Indochine. À son apogée, dans les années 1930, l'Empire colonial français était le deuxième plus vaste empire colonial au monde, après l'Empire britannique, couvrant 12,3 millions de km² (soit 8,6 % des terres émergées) et comptant environ 110 millions d'habitants (5 % de la population mondiale de l'époque)[N 2]. La décolonisation, engagée après la Seconde Guerre mondiale, s'est achevée dans les années 1960, à l'exception de quelques territoires qui demeurent aujourd'hui sous souveraineté française sous le statut de départements et régions d'outre-mer (DROM) ou de collectivité d'outre-mer (COM)[2].

Premier empire colonial (XVIe siècle-1763)

Voyage de Giovanni da Verrazzano en 1524.

Les prémices de l'expansion coloniale

L'expansion coloniale française commence véritablement sous le règne de François Ier (1515-1547), bien que des navigateurs normands et bretons aient déjà exploré les côtes de Terre-Neuve et du Brésil à la fin du XVe siècle. En 1524, le roi de France envoie le navigateur florentin Giovanni da Verrazzano explorer les côtes de l'Amérique du Nord. Celui-ci remonte le littoral de la Floride jusqu'à Terre-Neuve et prend possession, au nom du roi de France, des territoires qu'il nomme Nouvelle-France[N 3].

En 1534 et 1535, Jacques Cartier effectue deux voyages d'exploration dans le golfe du Saint-Laurent et remonte le fleuve jusqu'à l'emplacement actuel de Montréal. Ces explorations marquent le début de la présence française en Amérique du Nord, même si les premières tentatives d'implantation permanente, comme celle de la colonie de Charlesbourg-Royal (1541-1543), se soldent par des échecs[N 4],[3].

La Floride française (1562-1565)

Carte des établissements de la Nouvelle-France floridienne.

Au milieu du XVIe siècle, la France tente de s'implanter en Floride, dans une région revendiquée par l'Espagne. En 1562, l'explorateur huguenot Jean Ribault explore la côte atlantique de la Floride et établit un premier poste, Charlesfort, sur l'actuelle Parris Island (Caroline du Sud). Abandonné rapidement, ce premier établissement est suivi en 1564 par la fondation de Fort Caroline près de l'actuelle Jacksonville par René Goulaine de Laudonnière.

Cette colonie, composée principalement de protestants français fuyant les persécutions religieuses, représente une tentative stratégique de contestation de l'hégémonie espagnole dans la région. Cependant, en septembre 1565, une expédition espagnole dirigée par Pedro Menéndez de Avilés attaque et détruit Fort Caroline, massacrant la plupart des colons français. Cet épisode met fin aux ambitions françaises en Floride pour plus d'un siècle.

Bien qu'éphémère, cette tentative témoigne de la volonté française de diversifier ses implantations coloniales en Amérique et de l'importance des motivations religieuses dans certaines entreprises coloniales françaises.

Saint-Pierre-et-Miquelon (1536-présent)

La Nouvelle-France, à partir de 1713, par le traité d’Utrecht, perdait l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.

L'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, situé à proximité de Terre-Neuve, constitue le dernier vestige du premier empire colonial français en Amérique du Nord.

Si des pêcheurs bretons, normands et basques fréquentaient déjà ces eaux dès le début du XVIe siècle, c'est lors de son second voyage en 1536 que Jacques Cartier reconnaît et nomme officiellement l'île de Saint-Pierre. La présence française s'y établit plus durablement vers 1604, lorsque des bases de pêche permanentes sont installées. L'archipel connaîtra ensuite une histoire mouvementée, changeant neuf fois de mains entre la France et le Royaume-Uni jusqu'au traité de Paris de 1814 qui le rend définitivement à la France. Le traité d'Utrecht de 1713 avait précédemment cédé l'archipel aux Britanniques, avant que le traité de Paris de 1763 ne le restitue à la France comme maigre compensation à la perte de la Nouvelle-France. Au XIXe siècle, l'archipel connaît un développement considérable grâce à l'industrie de la pêche à la morue. Cette prospérité est interrompue par plusieurs incendies majeurs qui ravagent Saint-Pierre en 1844, 1865 et 1867. L'archipel bénéficie d'un nouvel essor économique durant la période de la Prohibition (1919-1933), servant de plaque tournante pour le trafic d'alcool vers les États-Unis.

Le statut administratif de Saint-Pierre-et-Miquelon a connu plusieurs évolutions : territoire d'outre-mer de 1946 à 1976, département d'outre-mer de 1976 à 1985, puis collectivité territoriale à statut particulier. Depuis la réforme constitutionnelle de 2003, il s'agit d'une collectivité d'outre-mer. La population actuelle, d'environ 6 000 habitants, est majoritairement issue de Français venus des provinces du Pays basque, de Bretagne et de Normandie, ainsi que d'Acadiens arrivés après la Déportation de 1755. L'archipel continue de témoigner de cette histoire coloniale française unique en Amérique du Nord, préservant une identité culturelle distincte à travers sa langue, ses traditions et son patrimoine architectural[4],[5],[6].

La Nouvelle-France

Implantation et développement (1608-1663)

Colonies au sein de la Nouvelle-France.

C'est sous le règne d'Henri IV que débute véritablement la colonisation française en Amérique du Nord. En 1608, Samuel de Champlain fonde Québec, premier établissement permanent français au Canada. La colonie se développe lentement, principalement autour du commerce des fourrures avec les nations amérindiennes. En 1627, le cardinal de Richelieu crée la Compagnie des Cent-Associés pour développer la colonie, mais celle-ci peine à attirer des colons. En 1642, la fondation de Ville-Marie (ancien nom de Montréal) par Paul Chomedey de Maisonneuve marque une nouvelle étape dans l'expansion française[7],[8],[9].

En parallèle, les Français s'implantent en Acadie (actuelle Nouvelle-Écosse) dès 1604 avec la fondation de Port-Royal par Pierre Dugua de Mons, ainsi que dans la vallée du Mississippi, où ils établissent plusieurs postes de traite et missions jésuites[10].

La Nouvelle-France royale (1663-1763)

En 1663, Louis XIV décide de faire de la Nouvelle-France une province royale. Il nomme Jean Talon premier intendant de la colonie et engage une politique de peuplement plus active, notamment par l'envoi des Filles du Roy entre 1663 et 1673. La population de la colonie passe ainsi de 3 000 habitants en 1663 à près de 10 000 en 1684[11],[12].

Sous l'impulsion des gouverneurs successifs, notamment le comte de Frontenac, et d'explorateurs comme René-Robert Cavelier de La Salle, les Français poursuivent leur expansion vers l'ouest et le sud. En 1682, La Salle descend le Mississippi jusqu'à son embouchure et prend possession du territoire qu'il nomme Louisiane en l'honneur de Louis XIV. Au début du XVIIIe siècle, la Nouvelle-France forme un vaste territoire en forme de croissant, s'étendant des Grands Lacs au golfe du Mexique, et englobant une grande partie de l'est du continent nord-américain[N 5]. Malgré cette expansion territoriale, la colonie reste fragilisée par sa faible population (environ 70 000 habitants en 1760, contre plus d'un million dans les colonies anglaises) et par les conflits récurrents avec les colonies britanniques voisines et leurs alliés amérindiens.

Le Texas Francais (1685-1762)

Fort Saint-Louis (Texas) (1685-1689)

Détail d'un plan français édité entre 1690 et 1715 présentant le naufrage d'un navire de Cavelier de La Salle (sans doute La Belle) et le village où furent recueillis les derniers survivants par les Espagnols en 1689.

En 1685, l'explorateur René-Robert Cavelier de La Salle établit Fort Saint-Louis sur la côte du golfe du Mexique, dans l'actuel Texas. Cette tentative d'implantation française représente un chapitre méconnu mais significatif de l'expansion coloniale française en Amérique du Nord, et s'inscrit dans la stratégie d'encerclement des possessions espagnoles.

L'expédition de La Salle, partie de France en 1684 avec quatre navires et environ 300 colons, visait initialement à établir une colonie à l'embouchure du Mississippi, afin de contrôler ce fleuve stratégique et de contester les prétentions espagnoles dans la région. Cependant, à la suite d'erreurs de navigation et de la perte de plusieurs navires, l'expédition manqua son objectif et débarqua finalement dans la baie de Matagorda, à plus de 600 kilomètres à l'ouest de l'embouchure du Mississippi.

Malgré ces conditions défavorables, La Salle fit construire un fort et tenta d'établir une colonie. Les colons, mal préparés aux conditions difficiles, furent rapidement confrontés à de nombreux défis : hostilité des populations autochtones Karankawa, maladies, pénuries alimentaires et isolement complet. La Salle lui-même périt en 1687 lors d'une expédition terrestre visant à rejoindre les établissements français du Canada, assassiné par des membres de sa propre expédition.

Les derniers survivants de Fort Saint-Louis furent massacrés par des guerriers Karankawa en 1689, mettant fin à cette éphémère présence française au Texas. Peu après, les Espagnols, alertés par cette intrusion française dans un territoire qu'ils considéraient comme le leur, envoyèrent plusieurs expéditions pour localiser et détruire l'établissement.

Bien que Fort Saint-Louis n'ait existé que quatre années, cette tentative de colonisation eut des conséquences importantes sur l'histoire de la région. Craignant d'autres intrusions françaises, l'Espagne intensifia sa présence au Texas, y établissant missions et présides (forts militaires), contribuant ainsi à façonner l'avenir de ce territoire. Pour la France, cet échec illustre les limites de sa politique d'expansion en Amérique du Nord au-delà de la vallée du Saint-Laurent et du Mississippi[13].

Les revendications françaises au Texas : au-delà de Fort Saint-Louis (1685-1762)

Cette carte de 1681 montre la perception de l'Amérique du Nord par le cartographe Claude Bernou avant que La Salle ne traverse le Mississippi. Le Río Grande est inscrit sous le nom de Rio Bravo, et la carte révèle un manque de connaissances de la géographie du Texas.

Les ambitions françaises au Texas dépassèrent largement l'éphémère Fort Saint-Louis de La Salle. Entre 1685 et 1762, la France revendiqua un territoire s'étendant du golfe du Mexique au fleuve Rouge, et du Mississippi au Rio Grande, englobant une grande partie de l'actuel Texas, ainsi que des portions de l'Oklahoma, de l'Arkansas et de la Louisiane.

Les possessions françaises au Texas au-delà de Fort Saint-Louis (1685-1762)

Les ambitions françaises au Texas ne se limitèrent pas à l'éphémère Fort Saint-Louis de La Salle. Entre 1685 et 1762, la France maintint des revendications territoriales sur une vaste région s'étendant du Mississippi au Rio Grande, englobant la majeure partie de l'actuel Texas ainsi que des portions de l'Oklahoma, de l'Arkansas et de la Louisiane. Ces prétentions, fondées sur les explorations de La Salle, créèrent une zone de conflit persistant avec l'Empire espagnol qui allait marquer l'histoire de la région pendant près de huit décennies.

Fondements juridiques et géopolitiques des revendications françaises
La Salle prenant possession de la Louisiane au nom de Louis XIV, illustrant l'acte fondateur des revendications françaises.

Les revendications françaises sur le Texas trouvaient leur origine dans le voyage de La Salle en 1682, lorsqu'il descendit le Mississippi jusqu'à son embouchure et proclama la souveraineté française sur l'ensemble du bassin fluvial, qu'il baptisa « Louisiane » en l'honneur de Louis XIV. Cette proclamation s'appuyait sur le principe juridique européen selon lequel la découverte de l'embouchure d'un fleuve conférait des droits sur l'ensemble de son bassin versant.

La France interpréta extensivement cette doctrine pour inclure non seulement le bassin du Mississippi, mais aussi les territoires adjacents jusqu'au Rio Grande. Cette interprétation audacieuse, défendue par les juristes de la couronne française, s'opposait directement aux prétentions espagnoles fondées sur les explorations antérieures de Francisco Vásquez de Coronado et l'établissement de missions au Nouveau-Mexique.

Les autorités françaises maintinrent leurs prétentions sur ces vastes territoires du Texas français, s'appuyant sur plusieurs principes légaux:

  • Le droit de première découverte et exploration par La Salle
  • Les alliances établies avec diverses nations amérindiennes, notamment les Caddos et les Wichitas
  • La théorie des bassins versants, selon laquelle la découverte de l'embouchure d'un fleuve donnait droit à tout son bassin
Développement d'un réseau commercial et diplomatique
Une nouvelle carte des parties nord de l'Amérique revendiquées par la France sous le nom de Louisiane en 1720 par Herman Moll.

Pour concrétiser ces revendications, les gouverneurs successifs de la Louisiane organisèrent des expéditions visant à établir une présence française effective. Louis Juchereau de Saint-Denis, figure centrale de cette politique, mena plusieurs missions entre 1714 et 1716. Partant de Natchitoches, qu'il fonda en 1714 comme avant-poste le plus occidental de la Louisiane, Saint-Denis pénétra profondément en territoire texan, établissant des contacts avec les Caddos et atteignant les missions espagnoles de l'est du Texas.

Ces expéditions permirent le développement d'un réseau commercial sophistiqué qui reliait la Louisiane française aux établissements espagnols. Malgré l'interdiction officielle du commerce entre les colonies françaises et espagnoles, un trafic clandestin florissant s'établit, impliquant l'échange de marchandises européennes contre des chevaux, du bétail et des peaux. Les Caddos jouèrent un rôle d'intermédiaires essentiels dans ce commerce, profitant de leur position géographique pour contrôler les routes commerciales.

Carte de l'exploration du Centre-Sud par La Harpe

Jean-Baptiste Bénard de la Harpe poursuivit cette politique d'expansion entre 1718 et 1722. Remontant la rivière Rouge, il établit en 1719 le fort Saint-Louis de Carlorette près de l'actuelle Texarkana, créant ainsi un point d'appui français à la frontière du Texas. La Harpe explora également l'Arkansas et noua des alliances avec les Wichitas, étendant l'influence française vers l'intérieur des Grandes Plaines[14],[15],[16].

La réaction espagnole et la militarisation de la frontière
Les franciscains des missions de Californie portaient des habits gris, plutôt que les soutanes marron portées aujourd'hui. Extrait de la page 20 de San Juan Capistrano Mission par Engelhardt, Zephyrin (1922).

L'expansion française provoqua une réaction vigoureuse de l'Espagne, qui perçut ces incursions comme une menace directe à ses possessions. En 1716, alarmées par les explorations de Saint-Denis, les autorités espagnoles lancèrent une campagne de colonisation défensive du Texas oriental. Domingo Ramón conduisit une expédition qui établit quatre missions et un presidio (fort) dans la région des Caddos, dont la mission San Antonio de Valero (futur Alamo).

La fondation de San Antonio en 1718 par Martín de Alarcón marqua un tournant dans la stratégie espagnole. Cette ville-forteresse, située à mi-chemin entre le Rio Grande et les établissements français, devint le centre névralgique de la présence espagnole au Texas, contrebalançant efficacement l'influence française venue de Louisiane.

Diplomatie indienne et zones d'influence
Frontenac avec les Indiens.

La rivalité franco-espagnole au Texas se manifesta particulièrement dans les relations avec les nations amérindiennes. Les Français excellèrent dans l'art de la diplomatie indienne, établissant des alliances durables fondées sur le respect mutuel et le commerce équitable. Leur politique contrastait avec l'approche espagnole centrée sur la conversion religieuse et l'établissement de missions.

Les Français nouèrent des relations particulièrement étroites avec les Caddos, les Wichitas et les Comanches, créant une sphère d'influence qui s'étendait des forêts de l'est du Texas aux Grandes Plaines. Ces alliances leur permirent de maintenir leur présence commerciale malgré l'absence de colonisation formelle. Les postes de traite français, approvisionnés depuis la Louisiane, fournissaient aux nations indiennes des fusils, des outils métalliques et des textiles de qualité supérieure aux produits espagnols.

L'effacement progressif des prétentions françaises
Carte montrant les possessions de 1750 de la Grande-Bretagne (rose), de la France (bleu) et de l'Espagne (orange) dans le Canada et les États-Unis contemporains.

Les revendications françaises sur le Texas prirent fin avec le traité de Fontainebleau (1762), négocié secrètement pendant la guerre de Sept Ans. Face à la défaite imminente, la France céda à l'Espagne toute la Louisiane à l'ouest du Mississippi, y compris ses prétentions sur le Texas, en compensation des pertes territoriales espagnoles aux mains des Britanniques.

Cette cession mit officiellement fin à près de 80 ans de présence française au Texas, mais son héritage perdura bien au-delà. L'influence française se manifesta dans la toponymie (noms de rivières comme Sabine, Neches, Trinity), dans les relations établies avec les nations amérindiennes, et dans les routes commerciales qui continuèrent d'être utilisées par les trappeurs et commerçants américains au XIXe siècle[17].

L'expérience française au Texas, bien que n'ayant pas abouti à une colonisation permanente, démontra la capacité française à projeter son influence loin de ses bases coloniales principales et à créer des réseaux d'alliances durables avec les populations autochtones, préfigurant les méthodes qui seraient employées plus tard dans l'expansion vers l'Ouest américain.

Les Illinois (1699-1763)

Les forts du pays des Illinois à l'époque de la Nouvelle-France.

La région des Illinois, partie intégrante de la Louisiane française, constitua un maillon essentiel dans la chaîne d'établissements reliant le Canada aux territoires français du sud, le long du Mississippi. Explorée dès les années 1670 par les Français Jacques Marquette et Louis Jolliet, cette région fut nommée en référence au peuple autochtone des Illinois qui l'habitait.

La colonisation effective débuta en 1699 avec la fondation de Cahokia, premier établissement permanent dans la région. D'autres implantations suivirent rapidement : Kaskaskia (1703), qui devint le centre administratif et commercial de la région, fort de Chartres (1720), siège du commandement militaire français, et Sainte-Geneviève (1735). Ces établissements formèrent un réseau de petites villes et de villages le long du Mississippi et de ses affluents, notamment la rivière des Illinois.

Le Pays des Illinois se distinguait des autres territoires de la Nouvelle-France par son économie diversifiée. Si la traite des fourrures y demeurait importante, l'agriculture s'y développa considérablement, favorisée par des terres fertiles et un climat plus clément que celui du Canada. Les colons français y cultivaient principalement le blé, le maïs et introduisirent la culture de la vigne. L'élevage, notamment des bovins et des porcs, y prospéra également. La région devint rapidement le « grenier » de la Louisiane, exportant ses surplus agricoles vers la Nouvelle-Orléans et les autres établissements français du sud.

La société qui se développa dans le Pays des Illinois présentait des caractéristiques uniques. Les relations avec les nations amérindiennes, principalement les Illinois et les Miami, y étaient généralement pacifiques, favorisant les échanges commerciaux et culturels, ainsi que les mariages mixtes. L'esclavage, tant amérindien qu'africain, y fut néanmoins pratiqué, bien que dans une moindre mesure que dans la Basse-Louisiane.

Le Pays des Illinois passa sous contrôle britannique à la suite du traité de Paris de 1763, qui mit fin à la guerre de Sept Ans. Malgré ce changement de souveraineté, la population française y demeura majoritaire pendant plusieurs décennies, préservant sa langue, ses coutumes et son droit, et influençant durablement la culture de la région. Cette présence française historique dans le cœur de l'Amérique du Nord reste visible aujourd'hui à travers la toponymie, l'architecture et certaines traditions culturelles perpétuées dans les États actuels de l'Illinois, du Missouri et de l'Indiana[18].

Fort Toulouse : la présence française en Alabama (1717-1763)

Reconstitution moderne du Fort Toulouse/Fort Jackson, témoignant de l'héritage français en Alabama.

Le Fort Toulouse, établi en 1717 à la confluence des rivières Coosa et Tallapoosa (dans l'actuel État de l'Alabama), représente un exemple remarquable de la stratégie française d'expansion dans l'intérieur de l'Amérique du Nord. Cette installation militaire et commerciale, baptisée en l'honneur de Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV, illustre l'efficacité de la politique française d'alliances avec les peuples autochtones et son habileté à établir des réseaux commerciaux continentaux.

Construit sous la direction de Jean-Baptiste Le Moyne, sieur de Bienville, gouverneur de la Louisiane, Fort Toulouse servait de pivot stratégique pour contrôler le commerce des fourrures dans la région et contrebalancer l'influence britannique venue des Treize colonies. La France y établit des relations diplomatiques privilégiées avec la confédération Creek (particulièrement les Alabamas), développant un modèle de coopération interculturelle qui favorisait les échanges économiques et le respect mutuel.

Le fort, également connu sous le nom de « fort des Alibamons » ou « poste des Alabamas », était remarquablement bien conçu pour son époque. Sa structure en bois et terre, typique de l'architecture militaire française en Amérique du Nord, comprenait quatre bastions, des casernes pour la garnison, une chapelle, et des entrepôts commerciaux. La garnison, composée d'environ 20 à 50 soldats français, cohabitait pacifiquement avec les communautés autochtones environnantes, facilitant un métissage culturel qui enrichissait la région.

L'importance diplomatique et commerciale de fort Toulouse se manifesta particulièrement pendant la guerre de la Quadruple-Alliance (1718-1720) et la guerre de Sept Ans (1756-1763). Le poste servit de centre névralgique pour les négociations entre les Français et les diverses nations autochtones, démontrant l'habileté française à maintenir la paix dans une région stratégiquement cruciale. Les commandants français successifs, notamment Bienville et ses successeurs, y développèrent un système d'échanges équitables qui favorisait la prospérité locale.

L'influence française à Fort Toulouse se caractérisait par plusieurs aspects novateurs :

  • L'établissement d'un commerce équitable avec les nations autochtones, basé sur le respect mutuel et des prix justes ;
  • Le développement d'une agriculture adaptée au climat local, introduisant de nouvelles techniques culturales ;
  • La création d'un centre d'apprentissage interculturel où Français et autochtones échangeaient savoirs et traditions ;
  • L'instauration d'un système judiciaire hybride respectant les coutumes autochtones.

Le fort demeura sous contrôle français jusqu'au traité de Paris de 1763, qui mit fin à la guerre de Sept Ans. Ce traité transféra la Louisiane orientale, incluant fort Toulouse, à la Grande-Bretagne. Les Britanniques rebaptisèrent l'établissement « fort Jackson », mais l'héritage français perdura dans la toponymie, les pratiques commerciales et les relations avec les populations autochtones.

Aujourd'hui, le site historique de fort Toulouse/fort Jackson, géré par l'État de l'Alabama, témoigne de cette période fondatrice de l'histoire américaine. Les archéologues y ont mis au jour de nombreux artéfacts attestant de la richesse des échanges culturels franco-autochtones : objets de traite, ustensiles domestiques, et documents administratifs qui illustrent la sophistication de l'administration coloniale française. Ce patrimoine historique rappelle que la présence française en Amérique du Nord ne se limitait pas aux régions bien connues du Canada et de la Louisiane, mais s'étendait profondément dans le continent, laissant une empreinte durable sur le développement culturel et économique de vastes territoires[19].

Fort Niagara : gardien stratégique des Grands Lacs (1726-1759)

Vue du fort Niagara depuis le lac Ontario, montrant le célèbre « Château français » construit en 1726.

Le Fort Niagara, établi en 1726 à l'embouchure de la rivière Niagara sur la rive sud du lac Ontario, constituait la pierre angulaire du système défensif français dans la région des Grands Lacs. Cette forteresse exceptionnelle, qui succédait à deux forts en bois antérieurs construits par La Salle en 1679 et Joncaire en 1687, contrôlait le passage stratégique entre le lac Ontario et le lac Érié.

La construction du fort permanent en pierre fut confiée à l'ingénieur militaire Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, qui conçut un chef-d'œuvre de l'architecture défensive française. Le « Château français », bâtiment principal du fort toujours visible aujourd'hui, fut érigé en 1726 sous la supervision du capitaine Pierre Pouchot. Cette structure ingénieuse combinait un rez-de-chaussée voûté à l'épreuve des bombes avec des murs de pierre de plus d'un mètre d'épaisseur, des meurtrières dissimulées derrière des volets en bois, et abritait une chapelle, des magasins et des logements pour la garnison. Le fort fut progressivement renforcé par l'ajout de bastions et d'une poudrière souterraine, formant un ensemble défensif considéré comme l'un des plus sophistiqués de l'Amérique du Nord coloniale.

Plan du Fort Niagara vers 1728, illustrant son système défensif sophistiqué.

Fort Niagara servait non seulement de verrou militaire contrôlant le portage du Niagara, mais aussi de centre diplomatique majeur pour les relations avec les Six Nations iroquoises. Le commandant du fort, souvent un officier expérimenté dans les relations amérindiennes, organisait régulièrement des conseils diplomatiques dans la « Maison de la Paix », construite spécifiquement à l'extérieur du fort pour ces rencontres. La forteresse servait également de base logistique pour le ravitaillement des forts français de l'Ouest et de poste de traite important pour le commerce des fourrures.

La garnison, comptant généralement entre 100 et 300 hommes, comprenait des soldats des Compagnies franches de la marine, des miliciens canadiens, des interprètes et des artisans. La vie au fort était rythmée par l'approvisionnement régulier depuis Montréal, la culture des jardins potagers, et le travail des ateliers qui assuraient l'entretien des armes et équipements.

Durant la guerre de Sept Ans, Fort Niagara devint un objectif prioritaire pour les Britanniques. En juillet 1759, une armée de 3 000 hommes commandée par le général John Prideaux assiégea le fort défendu par le capitaine Pierre Pouchot et 600 hommes. Malgré une résistance héroïque de 19 jours, la défaite d'une armée de secours française à la bataille de La Belle-Famille et l'épuisement des munitions contraignirent Pouchot à capituler le 25 juillet 1759. Cette reddition marqua la fin de la domination française sur les Grands Lacs et ouvrit la voie à la conquête britannique du Canada.

Fort Niagara représente aujourd'hui l'un des sites historiques français les mieux préservés en Amérique du Nord. Le « Château français » demeure intact, témoignage exceptionnel de l'architecture militaire française du XVIIIe siècle. Géré comme site historique d'État de New York, le fort attire des milliers de visiteurs annuellement et constitue un lieu de mémoire essentiel pour comprendre l'ampleur et la sophistication de la présence française en Amérique du Nord.

France Equinoxiale et la France Antarctique

Fort Coligny dans la baie de Rio de Janeiro, centre de la France Antarctique (1555-1560).

Parallèlement aux explorations en Amérique du Nord, la France tente de s'implanter au Brésil[20]. En 1555, Nicolas Durand de Villegagnon, un chevalier de Malte, établit une colonie dans la baie de Rio de Janeiro, baptisée France antarctique. Cette colonie, qui accueille notamment des protestants français fuyant les persécutions religieuses, est rapidement confrontée à des divisions internes et à l'hostilité des Portugais. En 1560, après plusieurs attaques, les Portugais parviennent à expulser les Français[N 6].

Une seconde tentative d'implantation française au Brésil a lieu entre 1612 et 1615 avec la fondation de Saint-Louis-de-Maragnan (aujourd'hui São Luís) dans le nord du pays. Cette colonie, connue sous le nom de France équinoxiale, est dirigée par Daniel de La Touche et François de Razilly. Malgré des relations pacifiques avec les populations autochtones, cette colonie est également conquise par les Portugais après seulement trois ans d'existence[N 7].

Ces échecs dans l'établissement de colonies durables au Brésil orientent définitivement la politique coloniale française vers l'Amérique du Nord et les Caraïbes[21].

L'occupation française de Madagascar (1642-1674)

La colonie au début du XXe siècle.

Bien avant la conquête de Madagascar au XIXe siècle, la France avait déjà tenté de s'implanter sur la grande île. En 1642, la Compagnie française de l'Orient établit Fort-Dauphin (aujourd'hui Tôlanaro) sur la côte sud-est de Madagascar. Cette première implantation, dirigée par Jacques Pronis puis par Étienne de Flacourt, avait pour objectif de créer une base pour le commerce avec l'Inde et de développer une colonie de peuplement.

Malgré quelques succès initiaux, cette première tentative coloniale se heurte à l'hostilité des populations locales, aux maladies tropicales et à l'isolement. Les conflits avec les Malgaches s'intensifient, notamment sous le gouvernorat de François Martin, et conduisent finalement à l'abandon de Fort-Dauphin en 1674. Les survivants se replient alors sur l'île Bourbon (La Réunion).

Cet échec colonial précoce a néanmoins permis d'accumuler des connaissances sur Madagascar, notamment grâce aux travaux d'Étienne de Flacourt, dont l'« Histoire de la grande isle Madagascar » (1658) constitue une source précieuse sur la société et l'environnement malgaches au XVIIe siècle[22].

Les Mascareignes : île Bourbon et île de France (1642-1815)

Plan de l'île Bourbon (La Réunion) par Jacques-Nicolas Bellin, 1763.

La colonisation des îles désertes (1642-1715)

Les îles des Mascareignes, archipel de l'océan Indien comprenant l'île Bourbon (actuelle La Réunion), l'île de France (actuelle Maurice) et l'île Rodrigues, représentent un modèle unique de colonisation dans l'histoire de l'expansion française. Contrairement à la plupart des territoires colonisés, ces îles étaient inhabitées lors de leur découverte par les Européens, offrant ainsi un terrain vierge pour l'implantation française.

L'île Bourbon devient une possession française permanente en 1642, lorsque le gouverneur de Fort-Dauphin à Madagascar, Jacques Pronis, en prend formellement possession au nom du roi. Les premiers colons permanents s'y établissent en 1663, et en 1665, la Compagnie française des Indes orientales établit une administration régulière, marquant le début d'une présence française ininterrompue jusqu'à nos jours.

L'île de France, occupée brièvement par les Néerlandais qui l'abandonnent en 1710, est colonisée par la France à partir de 1715. Sous l'impulsion de gouverneurs visionnaires comme Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais (1735-1746), elle devient rapidement le centre stratégique des activités françaises dans l'océan Indien, notamment grâce au développement du port de Port-Louis, véritable chef-d'œuvre d'ingénierie maritime pour l'époque[23].

Développement économique et stratégique (1715-1810)

Esclaves au travail dans une habitation caféière à Bourbon, vers 1800.

Les Mascareignes connaissent un développement remarquable au XVIIIe siècle, illustrant la capacité française à valoriser des territoires initialement dépeuplés. Leur économie évolue vers le modèle prospère de la plantation avec l'introduction de cultures d'exportation majeures : le café à partir de 1715, qui connaît un grand succès commercial, puis la canne à sucre vers 1750, qui transformera durablement le paysage économique et social des îles.

Ce développement agricole s'accompagne d'un essor démographique significatif, notamment par l'arrivée d'esclaves venus de Madagascar, de la côte orientale de l'Afrique et d'Inde. Ce peuplement constitue la base du métissage culturel unique qui caractérise encore aujourd'hui les sociétés réunionnaise et mauricienne. En 1788, l'île Bourbon compte environ 45 000 habitants et l'île de France près de 40 000, témoignant du succès de cette entreprise coloniale.

Sur le plan stratégique, les Mascareignes jouent un rôle crucial pour l'empire français dans l'océan Indien. Situées sur la route des Indes, elles servent de bases navales essentielles pour les opérations françaises dans la région. Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) et les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, elles s'imposent comme des centres majeurs de la guerre de course contre les navires britanniques, illustrant leur importance militaire et économique[24].

Destin divergent pendant les guerres napoléoniennes (1810-1815)

Les destins de l'île Bourbon et de l'île de France divergent lors des guerres napoléoniennes. Face à la puissance maritime britannique, les deux îles deviennent des cibles stratégiques majeures. En 1810, les Britanniques s'emparent successivement de l'île Bourbon (juillet) puis de l'île de France (décembre), mettant temporairement fin à la présence française dans l'océan Indien.

Lors du traité de Paris (1814), confirmé après les Cent-Jours par le second traité de Paris en 1815, l'île Bourbon est restituée à la France, mais l'île de France, rebaptisée Maurice, reste définitivement britannique. Cette séparation marque un tournant majeur dans l'histoire des Mascareignes, mettant fin à l'unité administrative et économique de ces îles qui avaient connu un développement parallèle pendant plus d'un siècle.

L'île Bourbon, renommée La Réunion en 1848 lors de l'abolition définitive de l'esclavage, demeure jusqu'à aujourd'hui une possession française, évoluant successivement vers les statuts de colonie, de département d'outre-mer (1946) puis de région ultrapériphérique de l'Union européenne. Cette continuité administrative exceptionnelle témoigne de l'importance stratégique et symbolique de ces territoires pour la France, véritables ponts entre l'Europe et l'océan Indien[25].

Les dépendances de Maurice : Agaléga et Saint-Brandon

Vue satellite des îles Agaléga, montrant l'une deux îles principales.

Les îles Agaléga et l'archipel de Cargados Carajos (également connu sous le nom de Saint-Brandon) constituèrent des dépendances importantes de l'île de France (actuelle Maurice) durant la période coloniale française (1715-1810). Ces territoires, bien que géographiquement éloignés de l'île principale, furent administrés comme parties intégrantes de la colonie française de l'océan Indien.

Les îles Agaléga (1760-1810)
Carte des îles Agaléga.

Les îles Agaléga, situées à environ 1 100 kilomètres au nord de Maurice, comprennent deux îles principales : l'île du Nord et l'île du Sud, séparées par un étroit chenal. Découvertes par les navigateurs portugais au début du XVIe siècle, elles furent colonisées par les Français au XVIIIe siècle.

L'exploitation française débuta vers 1760 avec l'établissement des premières plantations de cocotiers pour la production de coprah. Une petite communauté créole, composée principalement d'esclaves venus de Madagascar et d'Afrique orientale, s'y établit sous la supervision de quelques colons français. L'isolement extrême de ces îles favorisa le développement d'une culture créole particulière, mélangeant traditions africaines, malgaches et françaises.

Durant la période révolutionnaire et napoléonienne, les îles Agaléga servirent occasionnellement de refuge pour des corsaires français opérant dans l'océan Indien. Leur position stratégique sur les routes maritimes entre l'Afrique et l'Inde en faisait un point de ravitaillement potentiel pour les navires français.

L'archipel de Cargados Carajos (Saint-Brandon) (1726-1810)
Carte montrant l'archipel de Saint-Brandon.

L'archipel de Cargados Carajos, communément appelé Saint-Brandon, se compose d'une trentaine d'îlots et de bancs de sable disposés en arc de cercle, situés à environ 400 kilomètres au nord-est de Maurice. Ces îles furent officiellement rattachées à l'administration de l'île de France en 1726.

Les Français exploitèrent Saint-Brandon principalement pour ses ressources naturelles : pêche abondante, tortues marines, et guano utilisé comme fertilisant. Des campements saisonniers furent établis pour la pêche et la récolte des œufs d'oiseaux marins. L'archipel servait également de point de repère crucial pour la navigation dans cette partie de l'océan Indien.

En 1756, le gouverneur Mahé de La Bourdonnais ordonna une exploration détaillée de l'archipel, qui aboutit à la cartographie précise des îlots et des récifs. Cette connaissance approfondie permit aux navigateurs français d'utiliser les passes entre les récifs pour échapper aux poursuites britanniques durant les guerres navales du XVIIIe siècle.

Administration et développement colonial

L'administration des dépendances suivait un modèle particulier adapté à leur éloignement. Un représentant du gouverneur de l'île de France, généralement un officier de marine, supervisait ces territoires lors de visites périodiques. Les îles étaient concédées à des particuliers ou des compagnies qui en assuraient l'exploitation économique.

Le développement resta limité en raison des contraintes géographiques : absence de ports naturels, exposition aux cyclones, et difficultés d'approvisionnement. Néanmoins, ces dépendances contribuaient à l'économie coloniale par leurs productions spécifiques : coprah et huile de coco pour Agaléga, guano et produits de la pêche pour Saint-Brandon.

Transition vers l'administration britannique

Apres le transfer de l'île de France en décembre 1810, les dépendances passèrent automatiquement sous contrôle britannique. Le traité de Paris (1814) confirma ce transfert de souveraineté. Les Britanniques maintinrent le lien administratif entre ces îles et Maurice, perpétuant ainsi l'organisation coloniale française.

La population créole francophone des îles Agaléga conserva sa langue et ses traditions, malgré le changement de souveraineté. À Saint-Brandon, les activités économiques se poursuivirent selon les mêmes modalités, avec une exploitation saisonnière des ressources marines.

Ces dépendances demeurent aujourd'hui partie intégrante de la république de Maurice, témoignant de la continuité administrative établie durant la période coloniale française. L'héritage français y reste visible dans la toponymie, la langue créole, et certaines pratiques culturelles perpétuées par les descendants des premiers habitants[26],[27].

Les Antilles françaises (1625-présent)

Les territoires ayant fait partie des Antilles françaises.

Implantation dans les Caraïbes

L'implantation française aux Antilles débute en 1625 avec l'occupation de l'île de Saint-Christophe (actuelle Saint-Kitts) par Pierre Belain d'Esnambuc. La Compagnie des îles d'Amérique, créée en 1635, permet l'établissement de colonies françaises à la Guadeloupe et à la Martinique la même année, puis à Saint-Domingue (partie occidentale de l'île d'Hispaniola, actuelle Haïti) à partir de 1659.

Ces colonies se développent initialement autour de la culture du tabac, puis, à partir des années 1640, adoptent progressivement le modèle de la plantation sucrière, à l'instar des colonies portugaises et anglaises. Ce système économique repose sur l'exploitation d'une main-d'œuvre servile importée d'Afrique.

Saint-Martin et Saint-Barthélemy (1648-présent)

Saint-Martin et Sint Maarten.
Vues aériennes de Saint-Barthélemy.

L'implantation française dans les Petites Antilles s'enrichit de deux joyaux insulaires dont l'histoire coloniale illustre le rayonnement et l'adaptabilité de la présence française dans les Caraïbes : Saint-Martin et Saint-Barthélemy[28].

L'île de Saint-Martin, après avoir été brièvement occupée par les Espagnols, devient en 1648 un exemple remarquable de coopération internationale avec la signature du traité de Concordia entre la France et les Provinces-Unies (future Hollande). Ce traité, l'un des plus anciens accords de partage territorial toujours en vigueur dans le monde, attribue à la France la partie nord de l'île (53 km2), plus étendue que la partie hollandaise (34 km2).

La partie française de Saint-Martin, intégrée administrativement à la Guadeloupe en 1763, développe une économie prospère basée sur les plantations de canne à sucre, de coton et de tabac. L'abolition de l'esclavage en 1848 ouvre une nouvelle ère de transformations sociales et économiques, témoignant de la capacité d'adaptation de ce territoire insulaire aux évolutions politiques de la métropole[29].

Quant à Saint-Barthélemy, acquise par la France en 1648, son histoire prend un tournant fascinant en 1784, lorsque Louis XVI la cède au royaume de Suède en échange de précieux droits d'entrepôt à Göteborg. Sous administration suédoise, l'île connaît un essor commercial remarquable : son port principal, Gustavia, devient un centre de négoce florissant durant les guerres napoléoniennes, profitant de son statut de neutralité.

Le 10 août 1877, à la suite d'un référendum local, Saint-Barthélemy réintègre le giron français, enrichie de son héritage suédois visible encore aujourd'hui dans son architecture et certains noms de lieux. Rattachée administrativement à la Guadeloupe, l'île préserve une identité culturelle unique, fusion d'influences françaises, suédoises et caribéennes.

L'histoire de ces deux îles illustre parfaitement la diversité des expériences coloniales françaises dans les Caraïbes, où coexistent héritage colonial, influences internationales et développement d'identités insulaires distinctives qui continuent d'enrichir le patrimoine français d'outre-mer.

Sainte-Lucie (1650-1814)

Carte de Sainte-Lucie, 1758.

L'île de Sainte-Lucie, située dans les Petites Antilles entre la Martinique et Saint-Vincent, représente l'un des territoires les plus disputés des Caraïbes durant la période coloniale. Si les Français tentèrent une première installation dès 1605 avec l'expédition de Pierre Belain d'Esnambuc, qui échoua face à la résistance des Caraïbes, l'occupation française effective commença en 1650 sous l'impulsion du gouverneur de la Martinique, Jacques Dyel du Parquet.

La particularité de Sainte-Lucie réside dans son histoire mouvementée : l'île changea de mains à quatorze reprises entre 1660 et 1814, au gré des conflits franco-britanniques. Cette instabilité politique entrava longtemps son développement économique. Ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle que l'île connut un essor significatif avec le développement des plantations de canne à sucre et de café, cultivées grâce à la main-d'œuvre servile importée d'Afrique.

Pendant les périodes d'occupation française, Sainte-Lucie était administrativement rattachée au gouvernement de la Martinique. L'influence française s'y fit sentir particulièrement dans les domaines juridique, religieux et linguistique. L'élite coloniale y développa un mode de vie similaire à celui des autres Antilles françaises, avec ses grandes habitations, ses moulins à sucre et son organisation sociale rigidement hiérarchisée.

L'île fut définitivement cédée au Royaume-Uni par le traité de Paris de 1814. Malgré ce changement de souveraineté, l'héritage français y demeure visible aujourd'hui, notamment à travers le créole saint-lucien (kwéyòl), dérivé du français, qui reste parlé par une grande partie de la population. Les toponymes français, certaines traditions culturelles et l'influence du droit civil français dans le système juridique témoignent également de cette période coloniale[30].

Grenade (1649-1763)

Carte de la Grenade au XVIIIe siècle.

La colonisation française de la Grenade débuta en 1649, lorsque Jacques Dyel du Parquet, gouverneur de la Martinique, acheta l'île aux Caraïbes pour le compte de la Compagnie des îles d'Amérique. Cette acquisition se solda rapidement par un conflit avec les autochtones, qui culmina en 1654 avec le massacre de la population caraïbe au lieu-dit « Le Morne des Sauteurs », où les derniers résistants préférèrent se jeter dans la mer plutôt que de se rendre aux Français.

Sous administration française (1649-1763), la Grenade connut un développement économique considérable. L'île devint rapidement un centre important de production de sucre, de cacao, de café et d'indigo. Sa position stratégique en fit également une base navale significative pour les Français dans les Petites Antilles méridionales. La société coloniale qui s'y développa était similaire à celle des autres Antilles françaises, fondée sur l'économie de plantation et l'esclavage.

Le 29 mars 1762, durant la guerre de Sept Ans, la Grenade fut conquise par les forces britanniques. Le traité de Paris de 1763 officialisa cette prise, cédant définitivement l'île au Royaume-Uni, en même temps que d'autres possessions françaises en Amérique du Nord.

Malgré ce transfert de souveraineté, l'influence française persista à la Grenade. De nombreux colons français y demeurèrent, conservant leurs propriétés et une partie de leurs traditions. L'héritage de cette période coloniale française reste visible aujourd'hui dans le créole grenadien, dans certains aspects de la culture locale, ainsi que dans la toponymie et l'architecture de l'île[31],[32].

L'économie de plantation

Carte du commerce triangulaire entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique.

À partir des années 1670, l'économie des Antilles françaises s'organise autour des plantations de canne à sucre, qui nécessitent une main-d'œuvre abondante. Le besoin croissant en travailleurs conduit à l'intensification de la traite négrière, organisée selon le système du commerce triangulaire entre la France, l'Afrique et les Antilles.

En 1685, Louis XIV promulgue le Code noir, un édit qui réglemente l'esclavage dans les colonies françaises. Bien qu'il accorde certaines protections minimales aux esclaves, ce code institutionnalise et légalise le système esclavagiste en définissant les esclaves comme des biens meubles[33],[34],[35].

Au XVIIIe siècle, Saint-Domingue devient la plus riche colonie française et la première productrice mondiale de sucre, générant d'immenses profits pour la métropole[35]. En 1789, à la veille de la Révolution française, l'île compte environ 500 000 esclaves pour 40 000 Blancs et 30 000 affranchis ou « libres de couleur »[N 8],[36].

L'Inde française (1668 – 1954)

Armoiries de la Compagnie des Indes Orientales.

Établissement des comptoirs et territoires

La présence française en Inde débute en 1664 avec la création de la Compagnie française des Indes orientales par Colbert, ministre de Louis XIV[37]. La compagnie établit son premier comptoir à Surate sur la côte ouest de l'Inde, puis à Pondichéry en 1674, qui devient le centre des possessions françaises en Inde[N 9].

Au début du XVIIIe siècle, sous l'impulsion de Joseph François Dupleix, gouverneur général des établissements français en Inde de 1742 à 1754, la France tente d'étendre son influence en s'immisçant dans les conflits entre princes indiens et en établissant des alliances stratégiques. La Compagnie française des Indes orientales établit de nouveaux comptoirs à;

Chandernagor : le comptoir français du Bengale (1673-1952)

Entrée sud de l'enclave de Chandernagor en 1945. Sur les pilliers, l'inscription Liberté, Égalité, Fraternité apparaît en dessous des symboles de la République. La circulation entre l'enclave française et l'Inde britannique ne faisait l'objet d'aucun contrôle. Image tirée d'un film d'actualités diffusé en novembre 1945.
Plan de Chandernagor montrant l'organisation urbaine française du comptoir.

Chandernagor (aujourd'hui Chandannagar), établi le 24 janvier 1673 par Ibrahim Khan, représentant de la Compagnie française des Indes orientales, constitua le principal établissement français au Bengale. Situé stratégiquement sur la rive droite de l'Hooghly, à 30 kilomètres au nord de Calcutta, ce comptoir prospéra rapidement grâce au commerce des textiles fins, de la soie, de l'opium et de l'indigo.

Sous l'administration de Joseph François Dupleix, qui y fut directeur de 1730 à 1741 avant de devenir gouverneur de Pondichéry, Chandernagor connut son âge d'or. Dupleix transforma le modeste comptoir en une ville prospère dotée d'infrastructures remarquables : larges avenues, système de drainage, quais en pierre le long de la rivière, et magnifiques demeures coloniales qui bordaient le Strand, l'artère principale longeant l'Hooghly.

La particularité de Chandernagor résidait dans son statut municipal exceptionnel. Dès 1880, la ville fut dotée d'un conseil municipal élu, faisant d'elle un laboratoire unique de démocratie locale en Asie coloniale. Cette tradition démocratique précoce créa une culture politique distincte qui influença profondément l'identité de la ville.

Le Collège Dupleix, fondé en 1862, devint un centre d'excellence éducative réputé dans toute l'Inde, formant plusieurs générations d'élites franco-bengalies bilingues. Des institutions comme la Bibliothèque Dupleix et l'Institut de Chandernagor contribuèrent au rayonnement culturel français dans la région.

Durant la période révolutionnaire et napoléonienne, Chandernagor fut occupé par les Britanniques à plusieurs reprises (1757, 1794-1802, 1803-1816), mais fut systématiquement restitué à la France lors des traités de paix successifs, témoignant de son importance symbolique pour la présence française en Inde.

Au XXe siècle, Chandernagor maintint son caractère distinct malgré la montée du nationalisme indien. La ville comptait environ 30 000 habitants en 1947, dont une communauté française et franco-indienne active. Lors du référendum historique du 19 juin 1949, 97 % des électeurs choisirent le rattachement à l'Union indienne, marquant la fin pacifique de près de trois siècles de présence française.

Le transfert de facto eut lieu le 2 mai 1950, suivi du transfert de jure le 9 juin 1952. Contrairement aux autres comptoirs français, Chandernagor ne fut pas intégré au territoire de Pondichéry mais devint une subdivision du Bengale-Occidental, conservant néanmoins son héritage architectural et culturel français qui fait aujourd'hui sa renommée touristique.

Expansion et territoires secondaires en Inde

Au-delà des cinq comptoirs principaux, la France a établi plusieurs comptoirs secondaires en Inde au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment :

  • Masulipatam (1669-1692) : Premier comptoir français sur la côte de Coromandel, établi par François Martin avant la fondation de Pondichéry. Cette place de commerce importante fut temporairement occupée par les Français avant d'être abandonnée au profit de Pondichéry.
  • Surat (1666-1778) : Important centre commercial du Gujarat où la Compagnie française des Indes orientales établit sa première loge permanente en Inde. La présence française y perdura jusqu'à la dissolution de la compagnie.
  • Calicut (1701-1817) : Comptoir établi sur la côte de Malabar, important pour le commerce des épices, particulièrement du poivre. La France y maintint une présence commerciale jusqu'au début du XIXe siècle.
  • Balasore (1674-1747) : Établissement commercial au Bengale, servant de point d'appui pour le commerce avec l'intérieur du sous-continent avant d'être supplanté par Chandernagor.

Comptoirs français en Asie du Sud-Est (XVIIe siècle)

  • Bantam (Java, 1668-1682): Comptoir commercial sur l'île de Java.
  • Patani (Thaïlande, 1601-1631): Premier établissement français en Asie du Sud-Est.

Apogée

Au début du XVIIIe siècle, la ville de Pondichéry est dotée d'un plan en damier et s'accroît considérablement. Des gouverneurs comme Pierre-Christophe Lenoir (1726-1735) et Pierre-Benoît Dumas (1735-1741) agrandissent la ville. Les Français étendent leur influence à la cour du nawab du Bengale et augmentent leur volume de commerce dans ce pays.

L'expansion de l'Inde française commence vers 1740 et dure jusqu'au départ de gouverneur Dupleix en 1754[42].

De 1747 à 1753, la majeure partie de la péninsule indienne au sud de la plaine indo-gangétique est tombée dans la mouvance française. L'ensemble de la superficie est égale à deux fois la France, et est peuplée d'environ 30 millions d'habitants[43].

Rivalité franco-britannique

Carte à échanger représentant les « Comptoirs des Indes » (1920).

La rivalité entre la France et le Royaume-Uni pour la domination commerciale et politique en Inde s'intensifie au milieu du XVIIIe siècle. Les deux puissances européennes s'affrontent directement lors de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) et de la guerre de Sept Ans (1756-1763).

Malgré les succès initiaux de Joseph François Dupleix, qui parvient à étendre considérablement l'influence française dans le sud de l'Inde, la France ne parvient pas à maintenir sa position face à la puissance navale et financière britannique. Le rappel de Dupleix en 1754, à la suite des pressions britanniques et des difficultés financières de la Compagnie des Indes, marque le début du déclin de la présence française en Inde[44],[45].

L'expédition vers l'Australie et les terres australes

Expédition Baudin, le Géographe (corvette) et Le Naturaliste.

Le 17 mars 1772, l'explorateur français Louis Aleno de Saint-Aloüarn débarque sur la côte occidentale de l'Australie, dans la baie des Chiens-Marins (aujourd'hui Shark Bay), et prend officiellement possession du territoire au nom du roi de France. Il y enterre une bouteille contenant une pièce de monnaie et une proclamation affirmant la souveraineté française sur ces terres. Cette revendication, connue sous le nom d'Australie occidentale française, ne sera cependant pas suivie d'une colonisation effective[46].

En effet, la France tardant à envoyer des colons, les Britanniques s'installent à Sydney en 1788, puis s'étendent progressivement sur l'ensemble du continent australien. La revendication française est officiellement abandonnée avec le temps, même si l'intérêt pour les terres australes perdure, comme en témoignent les explorations ultérieures de Nicolas Baudin (Expédition Baudin) au début du XIXe siècle.

Île de Clipperton ou île de La Passion (1711-présent)

Image satellite de l'île de La Passion.

L'île de Clipperton, également connue sous le nom d'île de La Passion, est un atoll corallien isolé dans l'océan Pacifique nord-est, situé à environ 1 300 kilomètres au sud-ouest du Mexique. Représentant une superficie émergée d'à peine 1,7 km2, ce minuscule territoire constitue la possession française la plus éloignée de la métropole.

L'île fut découverte le 3 avril 1711 par deux navires français, la Découverte et la Princesse, commandés par Michel Dubocage et Mathieu Martin de Chassiron, alors qu'ils transportaient des marchandises entre le Pérou et la Chine. Dubocage la nomma « île de La Passion » en référence au Vendredi saint, jour de sa découverte. Le nom actuel de Clipperton provient du corsaire britannique John Clipperton, qui l'utilisa comme base dans les années 1720.

La France prit officiellement possession de l'île le 17 novembre 1858, par l'entremise du lieutenant Victor Le Coat de Kerveguen. Cette revendication fut contestée par les États-Unis en vertu du Guano Islands Act de 1856, puis par le Mexique qui y établit une garnison en 1897.

La période la plus dramatique de l'histoire de l'île débuta en 1914, lorsque la garnison mexicaine, dirigée par le capitaine Ramón Arnaud, fut abandonnée sur l'île à la suite de l'éclatement de la révolution mexicaine. Isolés et sans ravitaillement, les habitants connurent un sort tragique. En 1917, après la mort du capitaine Arnaud et de la plupart des hommes, le gardien du phare Victoriano Álvarez s'autoproclama « roi » de l'île et soumit les survivants à un régime de terreur, avant d'être tué par la dernière femme adulte[47].

La souveraineté française sur Clipperton fut définitivement reconnue par une sentence arbitrale du roi d'Italie Victor-Emmanuel III le 28 janvier 1931, mettant fin au différend avec le Mexique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis occupèrent temporairement l'île pour y établir une base d'observation.

Aujourd'hui inhabitée en permanence, l'île de Clipperton est placée sous l'autorité directe du ministre chargé des outre-mer. Elle est visitée périodiquement par des expéditions scientifiques qui étudient son écosystème unique, caractérisé notamment par la plus grande colonie de fous masqués au monde. L'île constitue également une zone économique exclusive de 435 600 km2, riche en ressources halieutiques et potentiellement en nodules polymétalliques, ce qui lui confère une importance stratégique certaine malgré son isolement.

La fin du premier empire colonial français

Le Prévôt des marchands et les Échevins de la Ville de Paris, allégorie du Traité de Paris (1763), Jean-Baptiste Deshays de Colleville, Musée Carnavalet.

Le Traité de Paris de 1763, qui met fin à la guerre de Sept Ans, marque un tournant décisif dans l'histoire coloniale française. La France perd l'essentiel de son premier empire colonial : le Canada et la rive gauche du Mississippi sont cédés au Royaume-Uni, tandis que la Louisiane à l'ouest du Mississippi est transférée à l'Espagne en compensation de la perte de la Floride (qui elle-même sera rétrocédée par l'Espagne au Royaume-Uni). En Inde, la France conserve ses cinq comptoirs, mais doit renoncer à toute ambition territoriale et politique sur le sous-continent, désormais dominé par la Compagnie britannique des Indes orientales[N 11],[48].

La France ne conserve de son premier empire colonial que les Antilles (Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue), la Guyane, quelques comptoirs en Inde et au Sénégal, ainsi que des droits de pêche à Terre-Neuve. Ces territoires, bien que réduits, demeurent économiquement très importants pour la métropole, notamment Saint-Domingue, dont les exportations de sucre, de café et d'indigo génèrent d'importants revenus[N 12],[49].

La Côte française de Terre-Neuve (1713-1904)

Carte de La Côte française de Terre-Neuve le traité d'Utrecht de 1713.

Parmi les vestiges les plus durables du premier empire colonial français figure un territoire d'un genre particulier : La Côte française de Terre-Neuve. Cet espace maritime et côtier, où la France conserva des droits exclusifs de pêche pendant près de deux siècles après avoir perdu sa souveraineté sur l'île, illustre l'importance cruciale des ressources halieutiques dans l'économie et la diplomatie françaises.

Ces droits, établis initialement par le traité d'Utrecht en 1713 puis confirmés par le traité de Paris de 1763, attribuent aux pêcheurs français l'usage exclusif d'une portion significative du littoral terre-neuvien pour y établir temporairement des installations de séchage de morue. De 1713 à 1783, ce territoire s'étend du cap Bonavista à la pointe Riche, englobant la majeure partie de la côte nord-est de l'île[50].

Le traité de Versailles de 1783 redéfinit les limites de la Côte française de Terre-Neuve, le déplaçant du cap Saint-Jean au cap Ray, une modification qui témoigne de l'importance accordée à cette question dans les négociations diplomatiques entre grandes puissances. Cette redéfinition territoriale vise à réduire les frictions avec les pêcheurs britanniques, illustrant l'art du compromis diplomatique français.

L'importance économique de ces droits est considérable pour la France : la pêche terre-neuvienne emploie plusieurs milliers de marins français chaque année, principalement bretons et normands, et constitue un pilier de l'économie maritime nationale. Elle joue également un rôle crucial dans la formation des marins qui composeront les équipages de la Marine royale, faisant de la Côte française de Terre-Neuve un enjeu stratégique autant qu'économique.

Le XIXe siècle voit naître des tensions croissantes autour de ce territoire partagé. Le développement de l'industrie halieutique terre-neuvienne et l'essor du peuplement britannique dans l'île rendent l'exercice des droits français de plus en plus délicat. L'évolution des techniques de pêche, notamment l'adoption de navires-usines qui traitent le poisson directement en mer, transforme également les enjeux économiques liés à l'accès aux côtes.

C'est finalement dans le cadre du rapprochement diplomatique franco-britannique que se résout cette question territoriale. La convention du 8 avril 1904, élément central de l'Entente cordiale, met fin aux droits français sur la Côte française de Terre-Neuve en échange de compensations territoriales en Afrique, notamment la rectification de la frontière entre le Sénégal et la Gambie. Ce règlement pacifique d'un différend territorial séculaire illustre l'évolution des priorités coloniales françaises, désormais tournées vers l'Afrique et l'Asie.

La fin de la Côte française de Terre-Neuve marque symboliquement l'abandon de l'un des derniers vestiges du premier empire colonial français (sauf pour Saint Pierre et Miquelon) en Amérique du Nord, près de 400 ans après les premières explorations de Jacques Cartier. Elle témoigne également de la capacité de la diplomatie française à transformer un héritage colonial en monnaie d'échange pour servir de nouvelles ambitions impériales[50].

Territoires français en Méditerranée

  • Tabarka (Tunisie, 1635-1741) : Concession française pour la pêche au corail, administrée par la famille Lomellini de Gênes pour le compte de la France.
  • Minorque française (1756-1763) : Occupation française de l'île pendant la guerre de Sept Ans.

De la Révolution à la monarchie de Juillet (1789-1830)

La Révolution française et les colonies

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 entrent en contradiction avec le système esclavagiste en vigueur dans les colonies.

La Révolution française a des répercussions profondes sur les colonies. Les principes d'égalité et de liberté proclamés par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 entrent en contradiction avec le système esclavagiste en vigueur dans les colonies. Les débats sur l'abolition de l'esclavage et sur les droits politiques des « libres de couleur » divisent l'Assemblée constituante, puis l'Assemblée législative et la Convention nationale[54],[55].

À Saint-Domingue, ces débats précipitent une série de soulèvements qui évoluent en une révolution générale des esclaves à partir d'août 1791, sous la direction de figures comme Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines. Le 4 février 1794, la Convention nationale vote l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises, une décision historique mais qui ne sera réellement appliquée qu'à Saint-Domingue et en Guadeloupe[56],[57].

Le Premier Empire et l'Europe napoléonienne (1804-1815)

Napoléon dans son cabinet de travail par Jacques-Louis David, 1812.
L'Europe napoléonienne en 1812 à son apogée territoriale. Au centre se trouve la France des 130 départements, entourée des États vassaux du système continental.

L'Empire français, proclamé le , inaugure une période d'expansion territoriale exceptionnelle dans l'histoire de France. Napoléon Ier, couronné « Empereur des Français » le à Notre-Dame de Paris, transforme en moins d'une décennie l'organisation politique de l'Europe. Cette expansion, sans précédent depuis l'Empire carolingien, s'étend des îles Ioniennes à la mer du Nord, créant un vaste système impérial où se mêlent conquêtes directes, protectorats et alliances dynastiques.

La France des 130 départements : l'apogée territoriale (1811-1812)

La France des 130 départements en 1811. En rouge, le territoire métropolitain élargi ; en rose, les territoires directement annexés ; en jaune, les États satellites.

Le territoire français atteint son extension maximale entre 1811 et 1812, comptant alors 130 départements contre 83 à la proclamation de l'Empire. Cette expansion méthodique répond à une triple logique stratégique: établir les « frontières naturelles » théorisées depuis la Révolution, contrôler les côtes européennes pour renforcer le blocus continental, et intégrer des territoires économiquement prospères capables de soutenir l'effort de guerre.

La conquête des frontières naturelles

La doctrine des frontières naturelles, héritée de la pensée politique révolutionnaire, guide la première phase de l'expansion impériale. Dès 1795, les Pays-Bas autrichiens sont annexés et transformés en neuf départements, dont la Dyle avec Bruxelles pour chef-lieu, rejoints par le territoire luxembourgeois. Cette annexion s'inscrit dans la continuité des guerres révolutionnaires, mais Napoléon lui donne une dimension nouvelle en développant systématiquement ces régions. La rive gauche du Rhin, conquise progressivement entre 1797 et 1801, devient partie intégrante de l'Empire avec la création de quatre départements allemands: le Roer établi à Aix-la-Chapelle, la Sarre centrée sur Trèves, le Rhin-et-Moselle administré depuis Coblence, et le Mont-Tonnerre dont le chef-lieu est Mayence. Ces territoires rhénans, densément peuplés et économiquement développés, constituent un apport considérable à la puissance impériale. Leur intégration s'accompagne d'une modernisation administrative rapide, avec l'introduction du Code civil dès 1804 et la mise en place du système préfectoral.

Louis Bonaparte, roi de Hollande de 1806 à 1810, frère de Napoléon qui finira par annexer son royaume.

L'annexion du royaume de Hollande en juillet 1810 marque un tournant dans la politique impériale. Initialement confié à Louis Bonaparte, frère de l'Empereur, ce royaume est directement incorporé à l'Empire après que Louis a refusé d'appliquer strictement le blocus continental. Sept nouveaux départements sont créés, dont les Bouches-de-l'Escaut à Middelbourg, les Bouches-de-la-Meuse à La Haye, et les Bouches-du-Rhin à Bois-le-Duc. Amsterdam, l'une des plus grandes villes d'Europe avec ses 200 000 habitants, devient la troisième ville de l'Empire après Paris et Lyon. La logique du blocus continental pousse Napoléon encore plus au nord. En 1811, les villes hanséatiques sont annexées pour empêcher la contrebande britannique. Hambourg devient le chef-lieu du département des Bouches-de-l'Elbe, Brême celui des Bouches-du-Weser, et Osnabrück administre l'Ems-Supérieur. Cette expansion septentrionale porte la frontière de l'Empire jusqu'au Danemark, créant une situation géopolitique inédite où la France contrôle directement les grands ports de la mer du Nord.

L'Italie française : laboratoire de l'Empire

Élisa Bonaparte, sœur de Napoléon, grande-duchesse de Toscane (1809-1814).

L'Italie occupe une place particulière dans le système napoléonien, servant à la fois de laboratoire politique et de vitrine du modèle impérial. Le Piémont, annexé dès 1802, est divisé en six départements qui introduisent le modèle administratif français dans la péninsule. Turin, ancienne capitale du royaume de Sardaigne, devient un simple chef-lieu départemental, symbolisant la rupture avec l'ordre ancien. La République ligurienne, héritière de l'antique république de Gênes, est annexée en 1805 après un plébiscite soigneusement orchestré. Transformée en trois départements, dont celui des Apennins avec Chiavari pour capitale, cette région apporte à l'Empire son importante façade maritime et sa tradition commerciale séculaire. Le port de Gênes devient l'un des principaux arsenaux de la Marine impériale. L'annexion du duché de Parme en 1808 crée le département du Taro, tandis que la Toscane, confiée initialement à Élisa Bonaparte, sœur de l'Empereur, est directement intégrée à l'Empire la même année. Trois départements sont créés : l'Arno centré sur Florence, la Méditerranée à Livourne, et l'Ombrone à Sienne. Cette annexion permet à Napoléon de contrôler l'ensemble de la côte tyrrhénienne.

Le Sacre de Napoléon par David. L'Empereur s'apprête à couronner Joséphine sous les yeux du pape Pie VII, qu'il emprisonnera plus tard après l'annexion des États pontificaux.

L'annexion des États pontificaux en 1809 constitue l'acte le plus audacieux de la politique italienne de Napoléon. Le département de Rome est créé, et Rome devient officiellement la « seconde ville de l'Empire ». Cette décision provoque la rupture définitive avec le pape Pie VII, qui excommunie l'Empereur avant d'être arrêté et transféré en France. Pour Napoléon, Rome représente un symbole impérial majeur, et il envisage même d'y installer son fils, le roi de Rome, comme futur empereur d'Occident.

Les Provinces française illyriennes : bastion oriental de l'Empire

Les Provinces illyriennes en 1812, gouvernées depuis Ljubljana par le maréchal Marmont.

Les Provinces illyriennes, créées en 1809 après la bataille de Wagram, forment une entité particulière dans l'architecture impériale. Comprenant la Dalmatie, l'Istrie, la Carniole, une partie de la Carinthie et de la Croatie, ces territoires ne sont pas organisés en départements mais constituent un gouvernement général confié au maréchal Marmont, duc de Raguse. Ces provinces remplissent plusieurs fonctions stratégiques : elles coupent l'empire d'Autriche de la mer Adriatique, établissent une continuité territoriale entre l'Italie napoléonienne et l'Empire ottoman, et permettent de contrôler les routes commerciales des Balkans. Ljubljana devient la capitale de cet ensemble, où Marmont applique avec zèle les réformes impériales: Code civil, conscription, système métrique, et développement des infrastructures. La route impériale reliant Vienne à Trieste est modernisée, et un lycée impérial est créé à Ljubljana, formant une nouvelle élite locale francophone.

L'Espagne Francaise

Napoléon recevant la capitulation de Madrid le 4 décembre 1808. Huile sur toile d'Antoine-Jean Gros, 1810.

L'intervention française en Espagne, débutée en 1808, témoigne de l'ambition réformatrice de Napoléon qui cherche à moderniser la péninsule ibérique. Après le soulèvement du Dos de Mayo à Madrid, les troupes françaises s'imposent militairement, prenant notamment la capitale espagnole le 4 décembre 1808 lors d'une campagne menée par l'Empereur en personne. Poursuivant son projet d'intégration administrative, Napoléon procède à l'annexion de la Catalogne en 1812, y introduisant les principes modernes de l'administration française. Quatre départements sont créés selon le modèle impérial : le Ter à Gérone, le Sègre à Puigcerdà, les Bouches-de-l'Èbre à Lérida, et Montserrat à Barcelone. Cette organisation administrative apporte à la région le Code civil, l'abolition des privilèges féodaux et une administration rationnelle. Bien que la résistance locale, appuyée par les forces britanniques de Wellington, nécessite le maintien d'importantes forces françaises, environs 300,000 hommes.

Le système continental : Europe des Bonaparte et États vassaux

Napoléon rencontre Frédéric-Auguste Ier de Saxe à Dresde en 1807. Le roi de Saxe devient l'un des plus fidèles alliés de l'Empereur.

Au-delà des territoires directement annexés, Napoléon établit un vaste système d'États satellites dirigés par des membres de sa famille ou des souverains alliés. Cette « Europe des Bonaparte » vise à créer un glacis protecteur autour de l'Empire et à imposer le blocus continental contre le Royaume-Uni.

Les royaumes napoléoniens

Le royaume d'Italie, créé en 1805, constitue la première expérience de monarchie satellite. Napoléon s'en proclame roi le à Milan, se faisant couronner avec la couronne de fer des rois lombards. Il délègue néanmoins le gouvernement effectif à son beau-fils Eugène de Beauharnais, nommé vice-roi. Ce royaume, qui s'étend de la Lombardie à la Vénétie et aux Marches, devient un modèle d'administration napoléonienne en Europe. Joseph Bonaparte, frère aîné de l'Empereur, est placé sur le trône de Naples en 1806. Deux ans plus tard, il est transféré en Espagne, et Naples passe à Joachim Murat, maréchal d'Empire et beau-frère de Napoléon. Murat, cavalier flamboyant surnommé « le roi des braves », tente de moderniser son royaume tout en développant une politique de plus en plus autonome qui finira par inquiéter l'Empereur.

Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, le plus jeune frère de Napoléon.

Le royaume de Westphalie, créé en 1807 à partir des territoires prussiens et hessois, est confié à Jérôme Bonaparte, le plus jeune frère de Napoléon. Ce royaume artificiel, avec Cassel pour capitale, sert de vitrine au système napoléonien en Allemagne. Jérôme y introduit le Code civil, l'égalité devant la loi et la liberté des cultes, y compris pour les juifs, ce qui représente une révolution sociale dans cette région. Louis Bonaparte, placé sur le trône de Hollande en 1806, tente de concilier les intérêts de ses nouveaux sujets avec les exigences de son frère. Cette politique modérée lui vaut d'être surnommé « Louis le Bon » par les Hollandais, mais provoque la colère de Napoléon qui finit par l'obliger à abdiquer en 1810 avant d'annexer purement et simplement son royaume.

La Confédération du Rhin : recomposition de l'espace germanique

La Confédération du Rhin en 1808, regroupant 36 États allemands sous protectorat français.

La confédération du Rhin, créée le , marque l'aboutissement de la politique allemande de Napoléon. Cette création entraîne la dissolution du Saint-Empire romain germanique, vieux de plus de mille ans. Initialement composée de 16 États, la Confédération s'élargit progressivement pour atteindre 36 membres en 1808. Les principaux États de la Confédération voient leur statut élevé par Napoléon: la Bavière, le Wurtemberg et la Saxe deviennent des royaumes, tandis que Bade et Hesse sont érigés en grands-duchés. Ces souverains, reconnaissants envers Napoléon pour leur promotion, deviennent ses alliés les plus fidèles et fournissent des contingents importants à la Grande Armée. Le grand-duché de Francfort, créé en 1810 pour Charles-Théodore de Dalberg, ancien archevêque de Mayence, représente une création purement napoléonienne. Ce micro-État, centré sur l'ancienne ville libre de Francfort-sur-le-Main, sert de capitale à la Confédération.

Les conquêtes militaires : socle de l'expansion impériale

La bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805). L'Empereur dirige la manœuvre qui anéantit les armées austro-russes.

L'expansion territoriale de l'Empire repose sur une série de victoires militaires éclatantes qui établissent la suprématie française en Europe continentale.

Austerlitz : le soleil de gloire (1805)

La bataille d'Austerlitz, livrée le , jour anniversaire du sacre, reste le chef-d'œuvre tactique de Napoléon. Face aux armées coalisées de l'Autriche et de la Russie, l'Empereur met en œuvre une manœuvre parfaite qui anéantit les forces ennemies. Cette « bataille des Trois Empereurs » entraîne la signature de la paix de Presbourg le , par laquelle l'Autriche cède la Vénétie au royaume d'Italie et reconnaît les transformations territoriales en Allemagne.

La campagne de Prusse : l'effondrement d'une grande puissance (1806)

Napoléon à la bataille d'Iéna (14 octobre 1806), où il défait l'armée prussienne.

La quatrième coalition voit la Prusse entrer en guerre contre la France en octobre 1806. En une seule journée, le , les batailles jumelles d'Iéna et d'Auerstadt détruisent l'armée prussienne, réputée invincible depuis Frédéric le Grand. Napoléon entre à Berlin le et y proclame le décret de Berlin, acte fondateur du blocus continental.

Friedland et Tilsit : l'alliance franco-russe (1807)

La campagne de 1807 contre la Russie culmine avec la bataille de Friedland le . Cette victoire décisive amène le tsar Alexandre Ier à négocier. Les traités de Tilsit, signés les 7 et sur un radeau au milieu du Niémen, établissent une alliance franco-russe qui partage l'Europe en deux zones d'influence. La Prusse, grande perdante, est amputée de la moitié de son territoire.

Wagram : la dernière grande victoire (1809)

La cinquième coalition voit l'Autriche tenter une nouvelle fois sa chance en 1809. Après l'échec d'Essling, première défaite tactique de Napoléon, la bataille de Wagram (5-) rétablit la situation. Cette victoire coûteuse entraîne la signature du traité de Schönbrunn le , par lequel l'Autriche cède les provinces illyriennes et accepte de rejoindre le blocus continental.

L'administration impériale : modernisation et uniformisation

Napoléon présentant le Code civil au Conseil d'État. Cette œuvre juridique sera imposée dans tous les territoires conquis.

L'Empire napoléonien ne se contente pas de conquérir: il transforme en profondeur les territoires annexés par une politique systématique de modernisation administrative et juridique.

Le Code Napoléon : unification juridique de l'Europe

Le Code civil, promulgué le , devient l'instrument privilégié de l'uniformisation juridique. Progressivement étendu à tous les territoires de l'Empire et des États satellites, il abolit les privilèges féodaux, établit l'égalité devant la loi, garantit la propriété privée et instaure le mariage civil. Son influence perdurera bien au-delà de la chute de l'Empire, restant en vigueur dans de nombreux pays européens jusqu'au XXe siècle.

Le système préfectoral : centralisation administrative

Napoléon à Brienne. Lithographie de Jacques Onfroy de Bréville, dit JOB, de 1908.

Le système préfectoral, créé par la loi du 28 pluviôse an VIII (), est étendu à tous les départements de l'Empire. Les préfets, véritables « empereurs au petit pied », appliquent uniformément les décisions du pouvoir central. Ils supervisent la conscription, lèvent les impôts, surveillent l'opinion publique et développent les infrastructures. Ce modèle administratif, remarquablement efficace, survivra à l'Empire et influencera l'organisation administrative de nombreux pays européens.

Uniformisation économique et fiscale

L'Empire impose partout le système métrique, adopté en France depuis 1795, ainsi que le franc comme monnaie de référence. Un système fiscal uniforme remplace la mosaïque des taxes féodales et locales. Les douanes intérieures sont abolies, créant un vaste marché unique de 44 millions d'habitants en 1811. Les grands travaux d'infrastructure – routes, canaux, ports – visent à intégrer économiquement les territoires conquis.

Les tentatives de reconquête coloniale

Carte de l'île d'Hispaniola.

Si l'expansion continentale constitue la priorité de Napoléon, l'Empereur tente également de restaurer l'empire colonial français, largement perdu pendant les guerres révolutionnaires.

L'expédition de Saint-Domingue (1802-1804)

L'expédition de Saint-Domingue, lancée en 1802 sous le commandement du général Leclerc, beau-frère de Napoléon, vise à reprendre le contrôle de la plus riche colonie française. L'objectif inavoué est de rétablir l'esclavage, aboli par la Convention en 1794. Face à la résistance menée par Toussaint Louverture, puis par Jean-Jacques Dessalines, et décimée par la fièvre jaune, l'expédition tourne au désastre. Sur les 35 000 hommes envoyés, moins de 7 000 survivront. Le , Dessalines proclame l'indépendance d'Haïti, première république noire de l'histoire.

La vente de la Louisiane (1803)

Le territoire vendu dépasse les 2 millions de kilomètres carrés.

Face à l'échec de Saint-Domingue et à l'impossibilité de défendre la Louisiane contre les Britanniques, Napoléon prend la décision de vendre ce vaste territoire aux États-Unis. Le traité, signé le , cède 2,1 millions de km² pour 15 millions de dollars, doublant la superficie des États-Unis. Cette vente marque l'abandon définitif du rêve d'un empire français en Amérique du Nord.

Les îles de l'océan Indien : derniers vestiges coloniaux

Dans l'océan Indien, la France parvient à conserver l'île Bourbon (La Réunion) jusqu'en 1810, mais perd l'île de France (Maurice) et les Seychelles au profit des Britanniques. Ces défaites navales illustrent l'incapacité de la France à protéger ses possessions lointaines face à la suprématie maritime britannique.

La chute de l'Empire et ses conséquences territoriales

Frontière Nord-Est de la France après le traité.

La campagne de Russie : le début de la fin (1812)

La campagne de Russie de 1812 marque le tournant décisif. La Grande Armée, forte de 600 000 hommes dont la moitié seulement sont français, s'enfonce dans l'immensité russe. La bataille de la Moskova () ouvre les portes de Moscou, mais l'incendie de la ville et l'arrivée de l'hiver contraignent Napoléon à une retraite désastreuse. Moins de 30 000 hommes repassent le Niémen en décembre 1812.

La campagne d'Allemagne et la bataille des Nations (1813)

La défaite en Russie provoque le soulèvement de l'Allemagne. La sixième coalition rassemble toutes les puissances européennes contre la France. La bataille de Leipzig (16-), dite « bataille des Nations », voit la défaite de Napoléon face à des forces coalisées deux fois supérieures. La Confédération du Rhin se dissout, et l'Empire perd tous ses territoires à l'est du Rhin.

Les traités de Paris : le retour aux anciennes frontières (1814-1815)

Le Congrès de Vienne (1814-1815) redessine la carte de l'Europe après la chute de Napoléon.

Le premier traité de Paris () ramène la France à ses frontières du , avec quelques ajustements favorables: conservation de Mulhouse, Montbéliard, Annecy, Chambéry et Avignon. Après les Cent-Jours et la défaite de Waterloo, le second traité de Paris () impose des conditions plus dures: la France perd Landau, Sarrelouis, Sarrebruck et doit payer une indemnité de 700 millions de francs.

Le Congrès de Vienne : nouveau concert européen

Le Congrès de Vienne (septembre 1814 - juin 1815) réorganise l'Europe post-napoléonienne. La Belgique est unie aux Pays-Bas pour former le royaume des Pays-Bas. La Rhénanie est partagée entre la Prusse et divers États allemands. L'Italie retrouve son morcellement, à l'exception du royaume lombard-vénitien attribué à l'Autriche. La Pologne est à nouveau partagée, le grand-duché de Varsovie étant transformé en royaume du Congrès de Pologne sous contrôle russe.

L'héritage territorial et administratif de l'Empire

Napoléon Ier couronné par le Temps, écrit le Code Civil par Jean-Baptiste Mauzaisse, 1833.

Malgré son caractère éphémère, l'Empire napoléonien laisse une empreinte durable sur l'Europe. Le Code civil reste en vigueur dans de nombreux territoires, notamment en Rhénanie, en Belgique, aux Pays-Bas, dans certains cantons suisses et dans plusieurs États italiens. Le système administratif centralisé influence profondément l'organisation de nombreux États européens. L'abolition des structures féodales et l'introduction de l'égalité juridique transforment durablement les sociétés européennes. Le système métrique, imposé par l'Empire, finit par s'imposer comme standard international. L'expérience de l'unification, même forcée, inspire les mouvements nationaux du XIXe siècle, particulièrement en Allemagne et en Italie. Les guerres napoléoniennes, par leur ampleur et leur durée, marquent profondément la mémoire collective européenne. Elles accélèrent la diffusion des idées révolutionnaires tout en provoquant, en réaction, la naissance des nationalismes modernes. L'Europe de 1815, redessinée à Vienne, porte ainsi paradoxalement la marque indélébile de celui qui avait voulu la transformer à son image.

Napoléon et le projet colonial

Napoléon Bonaparte, devenu Premier consul en 1799, tente de restaurer l'empire colonial français. En 1801, il envoie une expédition militaire à Saint-Domingue pour rétablir l'autorité française et réinstaurer l'esclavage. Cette expédition se solde par un échec face à la résistance des troupes de Toussaint Louverture et aux ravages de la fièvre jaune. Le , Jean-Jacques Dessalines proclame l'indépendance d'Haïti, premier État né d'une révolte d'esclaves victorieuse[N 13],[58].

Par ailleurs, Napoléon rétablit l'esclavage dans les colonies françaises par la loi du , une décision qui provoque des révoltes, notamment en Guadeloupe où Louis Delgrès et ses compagnons préfèrent se suicider plutôt que de retomber en esclavage[59]. Parallèlement, confronté aux difficultés de la guerre contre le Royaume-Uni et anticipant l'impossibilité de défendre des possessions d'outre-Atlantique, Napoléon vend la Louisiane aux États-Unis en 1803 pour 15 millions de dollars, doublant ainsi la superficie de la jeune république américaine[N 14].

Les occupations temporaires durant les guerres napoléoniennes

Durant les guerres napoléoniennes, la France occupe temporairement plusieurs territoires, certains étant intégrés directement à l'Empire français, d'autres conservant un statut colonial distinct.

L'île de Tobago, dans les Caraïbes, est occupée par les Français à plusieurs reprises entre 1781 et 1814, alternant avec des périodes de contrôle britannique. De même, l'île de Sainte-Lucie change de mains à plusieurs reprises, étant sous contrôle français de 1784 à 1803. Ces îles, bien que temporairement françaises, ne connaissent pas de transformations coloniales profondes du fait de la brièveté et de l'instabilité de l'occupation.

Plus significativement, les îles Ioniennes (Corfou, Céphalonie, Zante, etc.), prises à Venise en 1797, perdues puis réoccupées de 1807 à 1814, furent administrées par la France. Napoléon y voyait une position stratégique en Méditerranée orientale. Un département français (Corcyre, Ithaque, Mer-Égée) y fut même brièvement créé durant la Première République. Ces occupations, illustrent l'étendue des ambitions impériales françaises de l'époque.

La prise de l'Égypte (1798-1801)

Bonaparte devant le Sphinx, par Jean-Léon Gérôme (1886).

L'expédition d'Égypte (1798-1801), menée par le général Napoléon Bonaparte, représente une entreprise coloniale d'un genre entièrement nouveau, mêlant ambitions stratégiques, visée scientifique et projet culturel. Cette campagne audacieuse s'inscrit dans la stratégie française de rivalité avec la Grande-Bretagne, visant à établir une présence française en Méditerranée orientale et à menacer la route des Indes britanniques.

Le 1er juillet 1798, après la prise d'Alexandrie, Bonaparte adresse aux Égyptiens une proclamation visionnaire :

« Depuis trop longtemps les beys qui gouvernent l’Égypte insultent la nation française et couvrent ses négociants d’avanies. L’heure de leur châtiment est arrivée. Depuis trop longtemps ce ramassis d’esclaves, achetés dans le Caucase et la Géorgie, tyrannise la plus belle partie du monde ; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur empire finisse. Peuple de l’Égypte, on vous dira que je viens pour détruire votre religion, ne le croyez pas ; répondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte Dieu, son prophète et le Coran plus que les Mameloucks. Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu ; la sagesse, les talents, les vertus mettent seuls de la différence entre eux… Y a-t-il une plus belle terre ? elle appartient aux Mameloucks. Si l’Égypte est leur ferme, qu’ils montrent le bail que Dieu leur en a fait… Cadis, cheiks, imans, tchorbadjis, dites au peuple que nous sommes aussi de vrais musulmans. N’est-ce pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte ? N’est-ce pas nous qui avons détruit le pape qui disait qu’il fallait faire la guerre aux musulmans ? N’est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis du Grand-Seigneur et les ennemis de ses ennemis ?… Trois fois heureux ceux qui seront avec nous ! Ils prospèreront dans leur fortune et dans leur rang. Heureux ceux qui seront neutres ! Ils auront le temps de nous connaître, et ils se rangeront avec nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s’armeront pour les Mameloucks et qui combattent contre nous ! Il n’y aura pas d’espérance pour eux, ils périront[60]. »

Cette déclaration novatrice manifeste l'ambition d'établir un nouveau type de relation coloniale, théoriquement fondée sur le respect des cultures locales et la collaboration avec les élites autochtones.

L'originalité sans précédent de cette expédition réside dans sa dimension scientifique exceptionnelle. Bonaparte emmène avec lui plus de 160 savants et artistes qui constituent la prestigieuse Commission des sciences et des arts, véritable préfiguration des missions scientifiques modernes. Ces éminents spécialistes - mathématiciens, astronomes, naturalistes, dessinateurs - fondent l'Institut d'Égypte au Caire et entreprennent un travail monumental d'étude du pays sous tous ses aspects : géographie, architecture, faune, flore, minéralogie, démographie et antiquités.

Leurs travaux, publiés ultérieurement dans la monumentale Description de l'Égypte (1809-1829), chef-d'œuvre d'érudition en 23 volumes comportant plus de 900 planches gravées, constituent une contribution scientifique majeure qui transforme profondément les connaissances européennes sur l'Égypte ancienne et moderne. Cette œuvre collective fonde l'égyptologie moderne et inaugure une approche scientifique globale des civilisations non-européennes, représentant l'un des legs les plus durables de cette expédition.

Sur le plan militaire et colonial, l'expédition rencontre néanmoins d'importantes difficultés. Après la destruction de la flotte française par l'amiral Horatio Nelson à Aboukir le 1er août 1798, les troupes françaises se trouvent isolées. Bonaparte quitte l'Égypte en août 1799, laissant le commandement au général Kléber, assassiné en juin 1800. Son successeur, le général Menou, doit finalement capituler face aux forces britanniques et ottomanes en août 1801.

Les colonies sous la Restauration

Après la chute du Premier Empire, le congrès de Vienne (1814-1815) restitue à la France certaines de ses colonies, notamment la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon, l'île Bourbon (aujourd'hui La Réunion) et les comptoirs indiens. Le Royaume-Uni conserve toutefois plusieurs anciennes possessions françaises, comme l'île Maurice (anciennement Île de France), Sainte-Lucie et Tobago[61]. Sous la Restauration (1815-1830), les gouvernements de Louis XVIII et Charles X maintiennent l'esclavage dans les colonies et s'efforcent de revitaliser le commerce colonial, notamment avec les Antilles. En 1817, la France fonde Saint-Louis du Sénégal, premier établissement permanent français en Afrique subsaharienne depuis le XVIIe siècle, marquant le début d'une nouvelle phase d'expansion coloniale sur ce continent[62],[N 15].

Bombardement de la ville d'Alger par l'amiral Duperré le .

La période est également marquée par les débuts de l'implantation française en Algérie. La tension croissante entre la France et la Régence d'Alger aboutit à la décision de Charles X de lancer une expédition militaire en 1830, qui aboutit à la prise d'Alger le . Cette conquête, initialement motivée par des considérations de prestige national et de politique intérieure, marque le début d'un long processus de colonisation de l'Algérie, qui s'étendra sur plusieurs décennies[63],[64].
La flotte française entreprend de bombarder la ville d'Alger en soutien des troupes débarquées, le , et à nouveau le . La flotte échange avec les batteries côtières de vives canonnades, mais à peu près hors de portée. Quelques jours plus tard, le général Valazé, commandant le génie, qui visitait les forts, ironisait, disant « qu'il se chargeait de réparer, pour 7 francs 50 centimes, toutes les avaries causées par la marine aux fortifications »[65].

Le second empire colonial (1830-1939)

Territoire du second empire colonial français (de 1815 à 1958, date du début des indépendances).
Jean-Baptiste Marchand, affiche relatant l'expédition Marchand à travers l'Afrique.

La conquête de l'Algérie

Le drapeau français entre à In-Salah, 10 janvier 1900.

Les débuts de la conquête (1830-1847)

La prise d'Alger en juillet 1830 ne constituait initialement qu'une opération punitive contre la Régence d'Alger, sans projet colonial clairement défini. Cependant, sous la monarchie de Juillet (1830-1848), la France s'engage progressivement dans la conquête et la colonisation de l'ensemble du territoire algérien.

Cette conquête se heurte à une résistance, notamment celle de l'émir Abd el-Kader, qui organise un État musulman et mène une guerre de harcèlement contre les forces françaises entre 1832 et 1847. Après plusieurs traités conclus puis rompus par Abd el-Kader, il est finalement contraint de se rendre au général Lamoricière en décembre 1847, marquant la fin de la première phase de résistance algérienne[N 16].

La colonisation de peuplement

Drapeau tricolore avec deux pieds noirs.

Parallèlement à la conquête militaire, la France met en place une politique de colonisation de peuplement en Algérie. Des colons européens, majoritairement français, mais aussi espagnols, italiens et maltais, s'installent sur des terres confisquées aux populations locales. Ces colons, appelés « pieds-noirs », bénéficient de concessions de terres et de divers avantages pour s'établir durablement dans la colonie[66],[67].

Pour faciliter cette colonisation, l'administration française met en œuvre une politique de bouleversement des structures foncières traditionnelles. Les terres collectives des tribus (arch)[N 17], les terres habous (biens religieux) et les terres beylicales (domaine public) sont progressivement intégrées au domaine de l'État français, puis redistribuées aux colons ou à des sociétés concessionnaires[68],[N 18].

L'organisation administrative et juridique

La construction du chemin de fer de Guinée en AOF, vers 1904.

En 1848, l'Algérie est intégrée au territoire français et divisée en trois départements : Alger, Oran et Constantine. Cependant, cette intégration n'est que partielle et ne concerne véritablement que les zones de forte présence européenne[69].

Sur le plan juridique, un système dual se met en place. Les populations européennes sont soumises au droit français, tandis que les populations musulmanes relèvent du statut personnel musulman pour les questions de droit civil (mariage, divorce, héritage) et sont soumises à un régime juridique spécifique, le « Code de l'indigénat », instauré en 1881. Ce code impose aux indigènes des obligations particulières et des restrictions de libertés. Ainsi, les Algériens musulmans, bien que théoriquement citoyens français depuis le sénatus-consulte du 14 juillet 1865, ne peuvent accéder à la citoyenneté pleine et entière qu'en renonçant à leur statut personnel musulman, ce que très peu acceptent de faire[N 19].

Cette organisation administrative et juridique consacre l'inégalité fondamentale entre Européens et indigènes, caractéristique du système colonial français en Algérie[70].

L'abolition de l'esclavage

L'abolition définitive de l'esclavage

L'Abolition de l'esclavage (1849) par François-Auguste Biard - Château de Versailles.

Sous l'impulsion du mouvement abolitionniste, notamment la Société française pour l'abolition de l'esclavage fondée en 1834, et après plusieurs décennies de débats, la Seconde République abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises par le décret du 27 avril 1848, signé par Victor Schœlcher, sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies[71].

Cette abolition concerne environ 250 000 esclaves, principalement dans les colonies sucrières des Antilles (Guadeloupe, Martinique) et à La Réunion[72],[N 20]. L'abolition s'accompagne de mesures d'indemnisation pour les propriétaires d'esclaves, mais pas pour les anciens esclaves eux-mêmes. Les nouveaux affranchis obtiennent théoriquement les mêmes droits civils et politiques que les autres citoyens français, mais dans la pratique, diverses mesures sont prises pour limiter ces droits et maintenir le contrôle social et économique sur cette population[72].

L'expansion en Afrique et en Asie du Sud-Est

L'implantation en Afrique occidentale et équatoriale

Pierre Savorgnan de Brazza, dans les années 1880, photographié par Fratelli Vianelli, Venise.

À partir du milieu du XIXe siècle, la France étend son influence en Afrique occidentale, depuis ses bases au Sénégal. Sous l'impulsion de gouverneurs comme Louis Faidherbe, qui dirige le Sénégal de 1854 à 1861 puis de 1863 à 1865, les Français remontent le fleuve Sénégal et établissent un réseau de comptoirs commerciaux et de postes administratifs à l'intérieur des terres[73]. L'action de Faidherbe est particulièrement notable : il modernise Saint-Louis, crée des écoles, développe l'agriculture et instaure une organisation administrative qui apporte une nouvelle structure dans la région. Cette période voit également la mise en place des premières infrastructures qui faciliteront les échanges économiques et culturels[74],[75],[N 21].

Au-delà de Saint-Louis (fondé en 1659) et de l'Île de Gorée, l'influence française s'étendit progressivement le long de la côte et vers l'intérieur. Des comptoirs comme Albreda en Gambie furent également occupés par intermittence (depuis 1681 jusque en 1857). La pénétration vers l'intérieur mènera à la création de la colonie du Soudan français (actuel Mali) en 1880, après des campagnes militaires contre les empires locaux.

Après 1870, la Troisième République poursuit cette politique d'expansion. La France étend sa présence en Afrique occidentale, intégrant la colonie du Soudan français (actuel Mali) en 1880, puis s'implantant au Niger, en Côte d'Ivoire, au Dahomey (actuel Bénin) et en Guinée. Cette expansion permet d'unifier administrativement ces territoires et d'y introduire de nouvelles structures[76],[77]. En Afrique équatoriale, l'explorateur Pierre Savorgnan de Brazza privilégie une approche diplomatique. Il négocie des traités avec les chefs traditionnels, notamment le traité de 1880 avec le roi Illoy Ier des Teke, et fonde Brazzaville[78]. Sa méthode, davantage fondée sur la négociation que sur la force armée, se distingue de celle d'autres explorateurs européens de l'époque et permet d'établir des relations moins conflictuelles avec certaines populations locales[N 22],[79]. La colonie du Congo français est officiellement créée en 1882, puis étendue au Gabon, à l'Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine) et au Tchad pour former l'Afrique-Équatoriale française (AEF) en 1910. Cette organisation administrative permet de coordonner le développement de ces territoires et d'y déployer progressivement des services publics[80],[79],[81].

La colonie du Congo français est officiellement créée en 1882, puis étendue au Gabon, à l'Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine) et au Tchad pour former l'Afrique-Équatoriale française (AEF) en 1910. Cette organisation administrative permet de coordonner le développement de ces territoires et d'y déployer progressivement des services publics[81].

La Guinée française (1891-1958)

Carte de la Guinée française en 1897, montrant les limites administratives dans l'AOF.

La Guinée française, qui correspond approximativement à l'actuelle république de Guinée, constitua l'un des territoires les plus anciens et les plus importants de l'Afrique-Occidentale française. L'implantation française dans cette région débuta dès le XVIIe siècle avec l'établissement de comptoirs côtiers, mais la colonisation effective ne commença qu'au milieu du XIXe siècle.

Les premiers comptoirs et l'expansion progressive
Le comptoir de Boké, l'un des premiers établissements français en Guinée.

La présence française en Guinée s'établit initialement à travers des comptoirs commerciaux le long de la côte. Boké, fondé en 1849, devint le premier établissement permanent, suivi par Boffa et Dubréka. Ces comptoirs servaient principalement au commerce de l'arachide, du caoutchouc et de l'huile de palme. En 1865, la France établit un protectorat sur la région côtière des Rivières du Sud, formalisant ainsi sa présence.

L'expansion vers l'intérieur s'accéléra sous l'impulsion du gouverneur Noël Ballay, nommé en 1890. Ballay négocia habilement avec les chefs locaux, notamment avec l'almamy du Fouta-Djalon, pour étendre l'influence française. Le traité de Bissandougou de 1891 avec Samory Touré, puis sa défaite définitive en 1898, permirent à la France de contrôler l'ensemble du territoire.

Organisation administrative et développement colonial

En 1891, la Guinée devint officiellement une colonie française distincte, avec Conakry comme capitale. Le choix de Conakry, situé sur la presqu'île de Tumbo, répondait à des considérations stratégiques et commerciales. La ville fut dotée d'un port moderne et reliée à l'intérieur par le chemin de fer Conakry-Niger, dont la construction débuta en 1900 et atteignit Kankan en 1914.

L'administration coloniale divisa le territoire en cercles, subdivisés en cantons, suivant le modèle standard de l'AOF. Les principaux cercles incluaient Kindia, Mamou, Labé, Kankan et N'Zérékoré. Chaque cercle était dirigé par un administrateur français assisté de chefs de canton locaux, créant ainsi un système d'administration indirecte.

Développement économique et infrastructures
Construction du chemin de fer Conakry-Niger, infrastructure majeure de la Guinée française.

La Guinée française connut un développement économique significatif basé sur l'exportation de produits agricoles et miniers. Les principales productions incluaient :

La banane devint la culture d'exportation dominante, particulièrement dans la région de Kindia. La Guinée était le premier exportateur de bananes de l'AOF dans les années 1930. Le café, cultivé dans les régions montagneuses du Fouta-Djalon et de la Guinée forestière, constituait une autre exportation majeure. L'exploitation minière commença avec la bauxite à Fria dans les années 1950, préfigurant l'importance future de ce secteur.

Les infrastructures se développèrent progressivement avec la construction de routes reliant les principales villes, le développement du port de Conakry qui devint l'un des plus modernes de l'AOF, et l'établissement d'écoles, notamment l'École primaire supérieure de Conakry.

Formation d'une élite et éveil politique
Sékou Touré, leader syndicaliste formé dans les écoles françaises, futur président de la Guinée indépendante.

La Guinée française se distingua par le développement précoce d'une élite intellectuelle et politique. L'éducation coloniale, bien que limitée, forma une génération de cadres qui joueront un rôle crucial dans l'indépendance. L'École primaire supérieure de Conakry, créée en 1910, forma de nombreux futurs leaders. Les écoles coraniques traditionnelles coexistaient avec le système éducatif français, créant une double culture.

Le mouvement syndical se développa fortement après 1945, notamment dans les secteurs des chemins de fer et des ports. Ahmed Sékou Touré, formé dans les écoles françaises et leader syndicaliste, émergea comme figure politique majeure dans les années 1950.

Vers l'indépendance : Le choix guinéen de 1958

Dans le cadre de la réorganisation des liens entre la France et ses territoires d'outre-mer voulue par le Général de Gaulle, la Guinée française se trouva à un carrefour historique. Le référendum du 28 septembre 1958 proposait la création de la Communauté française, offrant une voie vers une large autonomie en association avec la France, ou l'option de l'indépendance immédiate en cas de refus.

Sous l'impulsion de Ahmed Sékou Touré et du Parti démocratique de Guinée, la Guinée fut le seul territoire à rejeter massivement cette proposition en votant « Non » à 95 %. Ce choix, exprimé démocratiquement, distinguait la Guinée des autres territoires qui acceptèrent d'intégrer la nouvelle Communauté.

Conformément aux termes du référendum définis par la France, ce vote entraîna l'accession de la Guinée à la pleine souveraineté le 2 octobre 1958. Elle devint ainsi le premier État d'Afrique subsaharienne anciennement sous administration française à emprunter cette voie distincte. En conséquence directe de ce choix de rupture totale avec le cadre proposé, la France procéda au retrait de ses cadres administratifs et techniques.

Bien que cette décision ait marqué une divergence par rapport aux autres territoires engagés dans la Communauté, l'héritage de la présence française demeura significatif. Les structures administratives, le système éducatif mis en place, ainsi que les infrastructures développées, notamment le chemin de fer et le port de Conakry, constituèrent des éléments fondamentaux sur lesquels le nouvel État guinéen allait devoir construire son avenir[82],[83].

Le Soudan français (1880-1960)

Carte du Soudan français en 1890, montrant l'expansion progressive de la colonie.
Le drapeau du Soudan français était le drapeau utilisé par la colonie française du Soudan français jusqu'à sa disparition en 1958.Le drapeau continua d'être utilisé après l'indépendance de la colonie en 1958, mais ses couleurs furent remplacées par le vert, le jaune et le rouge que l'on retrouve sur le drapeau de la Fédération du Mali en 1959.

Le Soudan français, correspondant approximativement au Mali actuel, représentait le territoire le plus vaste de l'AOF et jouait un rôle central dans la stratégie coloniale française en Afrique de l'Ouest. Sa conquête, son développement et son évolution politique illustrent parfaitement les ambitions et les méthodes de la colonisation française en Afrique subsaharienne.

Gravure représentant le lieutenant-colonel Bonnier hissant le drapeau français à Tombouctou en 1894
La conquête militaire
Le colonel Joseph Gallieni, artisan de la conquête du Soudan français.

La conquête du Soudan français s'étala sur près de deux décennies (1880-1898), marquée par la résistance opiniâtre des empires et royaumes locaux. L'expansion française, initiée depuis le Sénégal, fut menée par une succession d'officiers coloniaux ambitieux.

Le colonel Joseph Gallieni, nommé commandant supérieur du Haut-Fleuve en 1886, établit la stratégie de la « tache d'huile » : progression méthodique, construction de forts reliés par des pistes, et politique d'alliance avec certains chefs locaux. Cette approche permit la fondation de Bamako en 1883 et de Kayes en 1881, qui devinrent des bases importantes pour la pénétration française.

Le colonel Louis Archinard, successeur de Gallieni (1888-1893), adopta une politique plus agressive. Il affronta successivement le royaume toucouleur d'Ahmadou Tall, fils d'El Hadj Oumar Tall, dont la capitale Ségou tomba en 1890, et l'Empire wassoulou de Samory Touré, le plus redoutable adversaire des Français en Afrique de l'Ouest.

La capture de Samory Touré en 1898 marqua la fin de la conquête militaire. Cette victoire permit à la France de réaliser son rêve d'un empire continu de l'Atlantique au Tchad, reliant le Sénégal au Congo français.

Organisation administrative et territoriale

Le Soudan français connut plusieurs réorganisations administratives reflétant les tâtonnements de la politique coloniale. Initialement appelé « Haut-Sénégal » (1880), puis « Haut-Sénégal-Niger » (1890-1899), le territoire fut temporairement démembré entre 1899 et 1902 avant d'être reconstitué sous le nom de « Haut-Sénégal-Niger » (1904-1920), et finalement baptisé « Soudan français » en 1920.

La colonie était divisée en cercles, eux-mêmes subdivisés en subdivisions et cantons. Les principaux cercles incluaient Kayes, Bafoulabé, Kita, Bamako, Ségou, Mopti, Tombouctou et Gao. Chaque cercle était administré par un commandant de cercle français, assisté d'adjoints et de chefs de canton africains.

Développement économique important : l'Office du Niger
Travaux d'irrigation de l'Office du Niger dans les années 1930.

Le développement économique du Soudan français s'articula autour de plusieurs axes, dont le plus ambitieux fut la création de l'Office du Niger en 1932. Ce projet pharaonique, conçu par l'ingénieur Émile Bélime, visait à transformer la vallée du Niger en grenier à riz et à coton de l'AOF.

L'Office du Niger comprenait la construction du barrage de Markala (1934-1947), l'aménagement de vastes périmètres irrigués (initialement prévus pour 1 million d'hectares), et l'installation de colons africains venus de diverses régions de l'AOF. Le projet créa une importante zone agricole qui reste aujourd'hui cruciale pour l'économie malienne.

Le chemin de fer Dakar-Niger, achevé en 1923, constitua l'autre grande réalisation infrastructurelle. Cette ligne de 1 286 kilomètres reliait Dakar à Koulikoro (près de Bamako), facilitant l'exportation des produits soudanais et l'importation de marchandises européennes.

Société coloniale
Le marché de Bamako pendant la période coloniale, lieu de rencontre des cultures.

La société coloniale soudanaise se caractérisait par une coexistence complexe entre administrateurs français, commerçants libano-syriens, et populations africaines diverses. Les villes comme Bamako, Kayes et Ségou devinrent des centres cosmopolites où se côtoyaient Bambara, Peuls, Songhay, Touaregs et Européens.

L'islam, religion majoritaire, coexistait avec les religions traditionnelles et le christianisme des missions. Les autorités coloniales adoptèrent une politique pragmatique envers l'islam, s'appuyant sur certains marabouts tout en surveillant étroitement les confréries considérées comme potentiellement subversives.

L'éducation coloniale, limitée mais significative, forma une élite africaine francophone. L'École des fils de chefs de Kayes, créée en 1886, puis transférée à Saint-Louis, forma de nombreux futurs cadres de l'administration coloniale et post-coloniale.

Du RDA à la république du Mali

L'éveil politique au Soudan français s'accéléra après 1945. Le Rassemblement démocratique africain (RDA), fondé en 1946 à Bamako, devint le principal mouvement anticolonial. Sa section soudanaise, l'Union soudanaise-RDA, dirigée par Modibo Keïta, domina rapidement la vie politique locale.

La loi-cadre Defferre de 1956 accorda une autonomie interne au territoire. En 1958, le Soudan français devint la République soudanaise au sein de la Communauté française. Une tentative de fédération avec le Sénégal donna naissance à la fédération du Mali en 1959, mais celle-ci éclata dès 1960.

Le 22 septembre 1960, la République soudanaise proclama son indépendance sous le nom de république du Mali, avec Modibo Keïta comme premier président. Ce choix symbolique du nom « Mali » marquait la volonté de renouer avec le prestigieux passé précolonial de l'empire du Mali[84],[85].

La course aux colonies en Afrique et le partage de Madagascar

La conférence de Berlin et la « Ruée vers l'Afrique »

Comparaison de l’Afrique dans les années 1880 et 1913. Montre comment la « ruée vers l’Afrique » a affecté le continent.

Entre 1881 et 1914, les puissances européennes se lancent dans une course effrénée à la colonisation de l'Afrique, un phénomène connu sous le nom de « ruée vers l'Afrique ». La conférence de Berlin (1884-1885), organisée à l'initiative du chancelier allemand Otto von Bismarck, établit les règles de ce partage : pour qu'une revendication territoriale soit reconnue, une puissance doit y exercer une autorité effective, principe dit de l'occupation effective[N 23].

La France participe activement à cette course, cherchant à relier ses possessions d'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie) à celles d'Afrique occidentale et équatoriale. Cette ambition se heurte aux projets britanniques, notamment lors de la crise de Fachoda en 1898, où une expédition française menée par Jean-Baptiste Marchand rencontre les forces britanniques du général Kitchener au Soudan. Cet incident, qui manque de peu de déclencher une guerre, se résout par le retrait français[86].

Malgré cet échec, la France parvient à constituer un vaste empire colonial en Afrique, comprenant notamment l'Afrique-Occidentale française (AOF) et l'Afrique-Équatoriale française (AEF), formalisées administrativement en 1895 et 1910 respectivement.

Colonie de Madagascar et dépendances

Île de Madagascar (appelée en latin « insule divi laurentii », signifiant « île du Saint-Laurent ») sur l'Atlas Miller, 1519.

Cette colonie est fondée lorsque la France condamne à l'exil la reine Ranavalona III et met fin à l'autonomie de l'ancien protectorat dont le territoire correspondait à la fusion de l'ancien Royaume merina et des établissements Français de Diego Suarez, de Nosy-Be et de l'Île Sainte-Marie. Elle disparaît à la suite de l'approbation, , du référendum sur la Communauté française, la colonie étant de fait dissoute et la république de Madagascar est proclamée le sur le territoire de l'ancien protectorat[87].

La « pacification » conduite par l'administration française dura une quinzaine d'années, en réponse aux guérillas rurales dispersées dans le pays. Au total, la répression de cette résistance à la conquête coloniale fit entre 100 000 et 700 000 victimes malgaches[88].

L’administration coloniale continue la « politique des races » promue par le maréchal Gallieni lors de la conquête en 1896[89], en opposant les Merinas des hautes terres centrales, jugés hostiles à la colonisation, aux populations côtières, décrites comme moins « évoluées » mais plus « dociles »[90].

L'île de Saint-Paul et l'île Amsterdam (1843-présent)

Les îles Saint-Paul et Amsterdam, situées dans l'océan Indien austral à mi-chemin entre l'Afrique et l'Australie, sont officiellement annexées par la France en 1843, lorsque le capitaine Martin Dupeyrat en prend possession au nom du roi Louis-Philippe Ier. Cette annexion s'inscrit dans la stratégie française de développement de stations maritimes sur les routes des Indes et de l'Australie[91].

Malgré plusieurs tentatives d'exploitation économique, notamment pour la pêche à la langouste et la chasse aux phoques, ces îles n'ont jamais connu d'implantation permanente significative. La plus ambitieuse de ces tentatives est celle menée par les frères Cail en 1871, qui établissent une conserverie de langouste sur l'île Saint-Paul. Cette entreprise, qui emploie jusqu'à 40 personnes, se solde par un échec après quelques années.

En 1924, les deux îles sont rattachées administrativement à Madagascar. Après l'indépendance de cette dernière en 1960, elles sont intégrées aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) créées en 1955. Aujourd'hui, seule l'île Amsterdam abrite une présence humaine permanente avec la base scientifique Martin-de-Viviès, qui accueille une trentaine de personnes. L'île Saint-Paul, quant à elle, reste inhabitée[92].

Ces territoires, bien que périphériques dans l'histoire coloniale française, représentent aujourd'hui un patrimoine scientifique et environnemental important, ainsi qu'une vaste zone économique exclusive de près de 509 000 km2.

L'archipel des Comores (1841-1975)

Distinct de Madagascar bien que géographiquement proche, l'archipel des Comores entre progressivement dans l'orbite française au XIXe siècle. L'île de Mayotte est cédée à la France par le sultan Andriantsoly dès 1841. Les autres îles (Grande Comore, Anjouan, Mohéli) deviennent des protectorats français en 1886-1887, avant d'être administrativement rattachées à la colonie de Madagascar en 1912. Elles suivront un chemin différent lors de la décolonisation, menant à l'indépendance de l'union des Comores en 1975, à l'exception de Mayotte qui choisira de rester française.

L'île Europa et les îles Éparses (1897-présent)

Les îles Éparses de l'océan Indien constituent un ensemble de petites possessions françaises disséminées autour de Madagascar. Parmi elles, l'île Europa (30 km2) est occupée par la France depuis 1897, lorsque le capitaine français Delagrange y plante le drapeau tricolore. Cette prise de possession est officialisée en 1905, puis confirmée par l'annexion à la colonie de Madagascar en 1921[93].

L'ensemble des îles Éparses (Europa, Juan de Nova, les îles Glorieuses, Bassas da India et Tromelin) a été rattaché administrativement au ministère des Colonies en 1928. Ces îles inhabitées, à l'exception de quelques personnels militaires et scientifiques, revêtent une importance stratégique en raison de leur position dans le canal du Mozambique. Elles sont revendiquées par Madagascar depuis son indépendance en 1960, créant un différend territorial non résolu.

En 1960, ces îles sont placées sous l'autorité du ministre chargé des DOM-TOM, puis intégrées en 2007 au Territoire des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Aujourd'hui, ces territoires insulaires constituent d'importantes réserves naturelles et génèrent des zones économiques exclusives significatives. Leur histoire coloniale, peu documentée en raison de leur isolement et de leur absence de peuplement permanent, s'inscrit dans la logique d'expansion française dans l'océan Indien et de contrôle des routes maritimes.

La France Antarctique

la Terre Adélie (1840-présent)

Vue de la base antarctique Dumont-d'Urville
Situation de la terre Adélie sur le continent.
L'Astrolabe et La Zélée lors de la découverte des Terres Louis-Philippe (terre de Graham aujourd'hui) le 27 février 1838. Lithographie d'après Ernest Goupil (1846).

L'expansion coloniale française atteint littéralement les confins du monde avec la découverte et la revendication de la Terre Adélie, illustrant l'audace des explorateurs français et l'ampleur mondiale des ambitions nationales. Le 20 janvier 1840, l'explorateur Jules Dumont d'Urville, à bord de L'Astrolabe et de La Zélée, découvre une portion de la côte antarctique qu'il baptise en hommage à son épouse, Adèle[94].

Le 21 janvier 1840, il débarque sur l'îlot le plus occidental de l'archipel de Pointe-Géologie et prend symboliquement possession de ce territoire au nom de la France, plantant le drapeau tricolore sur ce qui deviendra le point le plus méridional de l'empire colonial français. Ce geste s'inscrit dans la grande tradition des explorateurs français, de Jacques Cartier à Louis-Antoine de Bougainville, qui ont contribué à l'expansion mondiale de l'influence française[95].

L'officialisation de cette possession intervient en 1924, lorsqu'un décret rattache administrativement la Terre Adélie aux Établissements français de l'Océanie (Polynésie française). En 1938, un nouveau décret crée le « Territoire français des Terres australes et antarctiques », donnant à cette région polaire un cadre administratif adapté à ses spécificités.

L'occupation effective de ce territoire, condition essentielle de la souveraineté selon les principes du droit international, ne débute qu'après la Seconde Guerre mondiale. En 1949, les Expéditions polaires françaises établissent la première mission permanente française sur le continent antarctique, la base Port-Martin. Détruite par un incendie en 1952, elle est remplacée par la base Dumont-d'Urville, opérationnelle depuis 1956, qui constitue aujourd'hui encore le centre névralgique de la présence française en Antarctique.

Dans le contexte de la guerre froide et des rivalités internationales concernant l'Antarctique, la France joue un rôle déterminant dans l'élaboration du traité sur l'Antarctique, signé à Washington le 1er décembre 1959. Ce traité innovant, entré en vigueur en 1961, instaure un modèle de gouvernance internationale unique : gel des revendications territoriales, démilitarisation complète du continent et promotion de la recherche scientifique internationale. La France, tout en maintenant sa revendication territoriale, contribue ainsi à l'émergence d'un nouveau paradigme de coopération internationale[95].

La terre Adélie, d'une superficie d'environ 432 000 km2, demeure officiellement un territoire français, intégré aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Son importance scientifique est considérable : la station Dumont-d'Urville accueille des programmes de recherche de premier plan sur la climatologie, la glaciologie et la biodiversité polaire. Cette présence française en Antarctique, bien que relevant désormais davantage de la coopération scientifique internationale que de la logique coloniale traditionnelle, témoigne de la capacité d'adaptation de la France aux évolutions du système international et de son engagement continu dans l'exploration et la connaissance des environnements les plus extrêmes de notre planète[96].

Revendications antarctiques secondaires

Outre la Terre Adélie, la France a émis plusieurs revendications en Antarctique au cours de son histoire :

  • Côte de Clarie : Découverte en 1840 par Jules Dumont d'Urville en même temps que la Terre Adélie, cette portion du littoral antarctique fait l'objet d'une revendication française depuis 1924, bien qu'elle soit aujourd'hui généralement considérée comme faisant partie de la Terre Adélie par la France et reconnue come faisant partie de la .
La côte Clarie entre la Terre Adélie et la côte Wilkes.
Découverte de la côte Clarie par Jules Dumont d'Urville le 26 janvier 1840.
  • Participation à l'Année géophysique internationale (1957-1958) : La France établit plusieurs bases scientifiques temporaires sur le continent antarctique, contribuant à affirmer sa présence dans la région au-delà de la Terre Adélie[97].

Le Levant français (1920-1946)

Carte des Accords Sykes-Picot montrant la Turquie orientale en Asie, Syrie et Perse occidentale, ainsi que les zones de contrôle convenues entre la France et le Royaume-Uni. Royal Geographical Society, 1910-15. Signés par Mark Sykes et François Georges-Picot, le 8 Mai 1916.
Le général Henri Gouraud en 1920 au Liban avec le Grand Mufti de Beyrouth, Cheik Moustafa Naja, et le Patriarche maronite Elias Hoyek.

À l'issue de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman est démantelé. En application des accords Sykes-Picot de 1916 et des décisions de la conférence de San Remo (1920), la Société des Nations confie à la France un mandat sur la Syrie et le Liban. Contrairement aux colonies ou protectorats, le mandat est présenté comme une tutelle temporaire destinée à préparer ces territoires à l'indépendance.

Dans les faits, la France organise ces territoires selon ses intérêts stratégiques et économiques. En 1920, le général Henri Gouraud proclame la création du Grand Liban, détachant de la Syrie des régions à forte population chrétienne pour former une entité distincte. La Syrie elle-même est initialement divisée en plusieurs États (État de Damas, État d'Alep, territoire des Alaouites, État des Druzes), politique visant à affaiblir le nationalisme arabe[98].

L'administration mandataire française se heurte à d'importantes résistances, notamment la grande révolte syrienne de 1925-1927[99]. Face à ces mouvements nationalistes, la France adapte progressivement sa politique, accordant une autonomie croissante à ces territoires. Des traités d'indépendance sont négociés en 1936 mais ne sont pas ratifiés. C'est finalement dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale que le Liban obtient son indépendance en 1943, suivi par la Syrie en 1946.

Les subdivisions administratives des mandats français au Levant (1920-1946)

Le général Gouraud, haut commissaire de la république en Syrie, débarquant à Beyrouth, le 21 novembre 1919

La politique française au Levant se caractérisa par une approche novatrice de gouvernance fondée sur le respect des particularismes locaux. Entre 1920 et 1946, l'administration française mit en œuvre une division territoriale sophistiquée qui reconnaissait la diversité culturelle et religieuse de la région, créant ainsi plusieurs entités autonomes sous supervision française.

L'État des Alaouites (1920-1936)
Drapeau du territoire autonome des Alaouites.

Le territoire des Alaouites, créé dès 1920 et transformé en État des Alaouites en 1922, témoignait de la volonté française de protéger les minorités confessionnelles de la région. Couvrant la région côtière autour de Lattaquié, cet État bénéficiait d'une autonomie administrative considérable. La France y développa des infrastructures modernes, notamment le port de Lattaquié, des écoles et des hôpitaux, permettant à cette région historiquement marginalisée de connaître un développement économique et social sans précédent.

L'administration française forma une élite locale alaouite, lui donnant accès à l'éducation et aux postes administratifs, ce qui permit l'émergence d'une classe dirigeante qui jouerait un rôle crucial dans l'histoire future de la Syrie. Le général Henri Gouraud et ses successeurs mirent en place des institutions représentatives qui respectaient les structures sociales traditionnelles tout en introduisant progressivement des principes de gouvernance moderne.

Timbre de 10 piastres de la poste aérienne avec surcharge du territoire des Alaouites en 1926.
L'État du Djebel Druze (1921-1936)

L'État des Druzes, établi en 1921 dans la région montagneuse du sud de la Syrie, illustrait parfaitement la politique française de reconnaissance des spécificités communautaires. Avec Soueïda comme capitale, cet État jouissait d'une large autonomie sous la direction de gouverneurs druzes nommés avec l'accord des autorités françaises. La France y investit dans le développement agricole, construisant des systèmes d'irrigation et introduisant des techniques modernes qui permirent d'améliorer significativement les conditions de vie de la population.

Malgré la grande révolte syrienne de 1925-1927, initiée par sultant el-Atrache dans le Djebel Druze, les autorités françaises maintinrent leur politique de développement et de dialogue. Après la répression de la révolte, la France œuvra à la réconciliation, accordant des amnisties et poursuivant les investissements dans la région, démontrant ainsi une capacité d'adaptation remarquable aux réalités locales.

Les États de Damas et d'Alep (1920-1925)

Les États de Damas et d'Alep, créés en 1920, représentaient les centres urbains traditionnels de la Syrie. Ces deux entités administratives permirent à la France de moderniser ces villes historiques tout en préservant leur patrimoine culturel exceptionnel. À Damas, l'administration française entreprit des travaux d'urbanisme qui respectaient le tissu urbain ancien tout en introduisant des équipements modernes : électrification, adduction d'eau, et création de larges avenues.

À Alep, deuxième ville de Syrie, les autorités françaises développèrent le commerce et l'industrie textile, faisant de la ville un pôle économique majeur. La création d'écoles, de lycées et d'institutions culturelles permit la formation d'une élite urbaine bilingue qui contribuerait au développement futur de la Syrie. La fusion de ces deux États en 1925 pour former l'État de Syrie répondait aux aspirations unitaires de la population tout en maintenant les acquis de la période précédente.

Un héritage administratif durable
Le Parlement libanais, héritier des institutions démocratiques mises en place pendant le mandat français.

La politique française de division administrative au Levant, loin d'être un simple exercice de fragmentation coloniale, permit de préserver les équilibres communautaires et de moderniser la région tout en respectant ses particularismes. Cette approche innovante créa les bases institutionnelles qui perdurent encore aujourd'hui au Liban et influencèrent durablement l'organisation administrative de la Syrie.

Les infrastructures développées durant cette période – routes, chemins de fer, ports, écoles, hôpitaux – constituent toujours une part importante du patrimoine de ces pays. L'héritage juridique français, notamment l'introduction du Code civil et l'organisation judiciaire, reste présent dans les systèmes légaux actuels. La formation d'élites locales dans les écoles et universités françaises créa des liens culturels durables entre la France et le Levant.

Cette expérience administrative unique démontra la capacité de la France à adapter son modèle colonial aux réalités locales, créant un système de gouvernance qui, malgré ses imperfections, permit une transition relativement pacifique vers l'indépendance et laissa un héritage institutionnel positif dans la région.

Les mandats africains : Togo et Cameroun (1922-1960)

Chambre de commerce de Douala.

À l'issue de la Première Guerre mondiale, tout comme au Levant, la France se voit confier par la Société des Nations l'administration de deux territoires africains précédemment colonisés par l'Allemagne : le Togo et le Cameroun. Ces mandats, établis officiellement en 1922, élargissent considérablement l'aire d'influence française en Afrique, créant une continuité territoriale entre l'AOF et l'AEF.

Le Togo sous mandat français (1922-1960)

Blason du Togo français

Le Togo, petite colonie allemande depuis 1884, est conquis dès les premières semaines de la Grande Guerre par les forces franco-britanniques. En 1916, un partage provisoire place la partie occidentale sous contrôle britannique et la partie orientale (environ deux tiers du territoire) sous administration française. Ce partage est officialisé par le mandat de la SDN en 1922[100].

Dans ce territoire de 57 000 km2, l'administration française poursuit et approfondit l'œuvre de mise en valeur commencée par les Allemands. La production de café et de cacao est encouragée, les infrastructures développées, notamment le chemin de fer et le port de Lomé. L'administration s'appuie largement sur les chefs traditionnels, selon le principe de l'indirect rule emprunté au modèle britannique.

Après la Seconde Guerre mondiale, le statut du territoire évolue : le mandat de la SDN est transformé en tutelle des Nations unies en 1946. Sous la pression internationale et locale, la France accorde progressivement plus d'autonomie au Togo. En 1956, la république autonome du Togo est créée au sein de l'Union française, avant d'accéder à l'indépendance complète le 27 avril 1960 sous la présidence de Sylvanus Olympio.

Le Cameroun : du mandat à la tutelle (1922-1960)

Le Cameroun, vaste territoire de 432 000 km2 conquis par l'Allemagne à partir de 1884, est également divisé entre la France (80 % de la superficie) et le Royaume-Uni après la Première Guerre mondiale. Le mandat français sur le Cameroun, formalisé en 1922, s'étend sur un territoire aux ressources naturelles considérables et à la grande diversité ethnique et culturelle.

L'administration française au Cameroun se caractérise par une politique de mise en valeur économique ambitieuse. Les plantations de cacao, de café et de bananes se développent, principalement dans la région du littoral et de l'ouest. Des infrastructures sont construites, notamment le chemin de fer reliant Douala à Yaoundé, puis à Ngaoundéré. Comme au Togo, l'administration s'appuie sur les chefs traditionnels tout en formant une élite locale francophone.

Après 1945, le mandat devient une tutelle des Nations unies. Face à la montée du nationalisme camerounais, notamment l'Union des populations du Cameroun (UPC) de Ruben Um Nyobé, qui réclame l'indépendance et la réunification avec le Cameroun britannique, l'administration française alterne répression et concessions politiques. Une insurrection éclate en 1955 dans les régions Bamiléké et bassa, que les autorités françaises répriment sévèrement.

Malgré ce contexte troublé, la France accorde progressivement plus d'autonomie au territoire. Le , le Cameroun sous tutelle française accède à l'indépendance sous la présidence d'Ahmadou Ahidjo. En 1961, une partie du Cameroun britannique choisit par référendum de rejoindre le nouvel État, formant ainsi la république fédérale du Cameroun.

L'héritage des mandats (1922-1960)

Les mandats du Togo et du Cameroun représentent une expérience particulière dans l'histoire coloniale française. Contrairement aux colonies traditionnelles, ces territoires étaient administrés sous la supervision théorique d'une instance internationale, d'abord la SDN puis l'ONU. Cette supervision, bien que limitée dans ses effets pratiques, a néanmoins créé un cadre juridique différent et a facilité l'évolution de ces territoires vers l'indépendance.

Aujourd'hui, l'héritage de cette période se manifeste notamment dans l'appartenance du Togo et du Cameroun à la francophonie et dans les liens privilégiés que ces pays entretiennent avec la France, tout en conservant des spécificités liées à leur passé colonial multiple, d'abord allemand puis français.

Les échelles du Levant : présence française dans l'Empire ottoman (XVIe – XIXe siècles)

Les limites de l'Empire ottoman (1683). Les échelles de Barbarie se situent dans le Maghreb actuel. Les échelles du Levant longent la côte depuis l'Égypte jusqu'à l'Anatolie.

Les échelles du Levant constituaient un réseau sophistiqué de comptoirs commerciaux français établis dans l'Empire ottoman à partir du XVIe siècle. Ces établissements, fruit d'une diplomatie habile et de relations privilégiées entre la France et la Sublime Porte, permirent à la France de dominer le commerce méditerranéen pendant près de trois siècles et d'exercer une influence culturelle considérable dans tout le Proche-Orient.

Fondements diplomatiques : les Capitulations
Document original des Capitulations de 1536 entre François Ier et Soliman le Magnifique, fondement juridique des échelles du Levant.

L'établissement des échelles françaises trouve son origine dans l'alliance stratégique conclue entre François Ier et Soliman le Magnifique en 1536. Les Capitulations, traités accordant des privilèges commerciaux et juridiques exceptionnels aux marchands français, créèrent un cadre juridique unique. Ces accords, régulièrement renouvelés et étendus, garantissaient aux Français la liberté de commerce, l'exemption de certaines taxes, et surtout le droit d'être jugés par leurs propres consuls selon les lois françaises.

Cette relation privilégiée, maintenue par les successeurs de François Ier, fit de la France la « puissance protectrice » des chrétiens d'Orient et établit une prééminence française dans le commerce levantin qui perdura jusqu'au XIXe siècle. Louis XIV renforça considérablement ce système en 1673 avec la création de la Chambre de commerce de Marseille, qui obtint le monopole du commerce avec le Levant.

Organisation et fonctionnement des échelles
Les pères de l'alliance franco-ottomane, François Ier (à gauche) et Soliman le Magnifique (à droite), peints séparément par Titien vers 1530.

Le réseau des échelles s'articulait autour de plusieurs centres majeurs, chacun dirigé par un consul nommé par le roi de France :

Constantinople (Istanbul) abritait l'ambassade de France, véritable centre administratif et diplomatique du système. L'ambassadeur, souvent issu de la haute noblesse, supervisait l'ensemble des échelles et négociait directement avec la Sublime Porte. Le quartier de Galata devint un véritable enclave française avec ses négociants, ses interprètes et ses institutions.

Smyrne (Izmir), principal port commercial de la mer Égée, constituait la plaque tournante du commerce des produits du Levant. Les marchands français y exportaient des draps du Languedoc et importaient soie, coton, et fruits secs. La communauté française y était si importante qu'elle disposait de ses propres églises, hôpitaux et écoles.

Alep, carrefour des routes caravanières vers la Perse et l'Inde, servait de point d'entrée pour les produits d'Extrême-Orient. Le khan des Français, vaste caravansérail, témoignait de l'importance des échanges. Les marchands français y côtoyaient des négociants venus de tout l'Orient.

Impact économique et culturel
Plan de Marseille en 1720 tiré de: Paul Gaffarel et le marquis de Duranty, La Peste de 1720 à Marseille & en France, Perrin et Cie, Paris, 1911.

Les échelles du Levant transformèrent profondément l'économie française et méditerranéenne. Marseille devint le premier port français grâce au commerce levantin, développant des industries spécialisées dans les produits d'exportation vers l'Orient. Les manufactures de draps du Languedoc, de savon de Marseille, et de produits de luxe prospérèrent grâce à ce commerce.

L'influence culturelle française se diffusa à travers ce réseau commercial. Les Jeunes de langue, formés à Paris puis à Constantinople pour servir d'interprètes, créèrent une élite bilingue qui facilita les échanges culturels. Les missionnaires français, protégés par les Capitulations, établirent des écoles et des hôpitaux qui introduisirent l'éducation à la française dans tout l'Orient.

Les échelles secondaires et leur rayonnement
Le quartier français de Beyrouth vers 1860-61, exemple du développement urbain autour des échelles.

Au-delà des grands centres, un réseau d'échelles secondaires couvrait l'ensemble de l'Empire ottoman :

Alexandrie en Égypte servait de porte d'entrée vers le commerce de la mer Rouge et de l'océan Indien. Beyrouth devint progressivement un centre intellectuel majeur grâce aux institutions éducatives françaises. Salonique (Thessalonique) contrôlait le commerce des Balkans. Tripoli de Syrie, Saïda (Sidon), et Acre complétaient le maillage des ports levantins.

Chaque échelle développait ses spécialités commerciales et ses relations avec l'arrière-pays, créant un système économique intégré qui reliait l'Europe occidentale aux confins de l'Asie.

Héritage et influence durable

L'héritage des échelles du Levant dépasse largement le cadre commercial. Ce système créa des liens durables entre la France et le Proche-Orient, établissant une tradition d'influence culturelle française qui perdure encore aujourd'hui. Les institutions éducatives fondées durant cette période, comme le Lycée Saint-Joseph d'Istanbul ou l'université Saint-Joseph de Beyrouth, continuent de former les élites locales.

L'architecture des quartiers francs, les traditions culinaires métissées, et surtout la francophonie persistante dans certaines régions du Levant témoignent de cette présence séculaire. Les échelles du Levant représentent ainsi un modèle unique de présence coloniale fondée sur le commerce et l'influence culturelle plutôt que sur la conquête militaire, démontrant la capacité de la France à projeter son influence par des moyens pacifiques et durables.

La Tunisie et le Maroc : le système des protectorats

Le protectorat tunisien

Carte de la régence de Tunis (« État de Tunis »), 1843.

En 1881, la demande de réprimer des incursions de tribus tunisiennes en Algérie, la France envoie une expédition militaire en Tunisie. Le bey de Tunis, Muhammad III as-Sadiq, signe alors le traité du Bardo qui instaure un protectorat français. Ce statut est renforcé par les conventions de La Marsa en 1883, qui donne à la France un contrôle complet sur l'administration et les finances tunisiennes[101].

Contrairement à l'Algérie, la Tunisie conserve formellement sa dynastie régnante (les beys husseinites) et ses institutions traditionnelles, mais le pouvoir réel est exercé par un résident général français. Cette forme de controle indirecte, moins coûteuse et plus souple que la colonisation directe, devient un modèle pour d'autres possessions françaises.

Le protectorat favorise le développement d'une colonisation de peuplement, quoique moins massive qu'en Algérie, et la mise en place d'infrastructures modernes (ports, chemins de fer, routes). La politique française vise également à « moderniser » les structures économiques et sociales du pays, tout en préservant formellement certaines institutions traditionnelles[102].

Le protectorat marocain (1912-1956)

Paul Deschanel, président de la Chambre des députés et spécialiste des questions coloniales, conversant avec le résident général au Maroc, Hubert Lyautey (Casablanca, 1914).

Au début du XXe siècle, le Maroc, restant indépendant, devient l'objet d'une intense rivalité entre puissances européennes, notamment la France, l'Espagne et l'Allemagne. Après plusieurs crises diplomatiques, notamment les crises marocaines de 1905 et 1911, la France parvient à imposer son protectorat par le traité de Fès du 30 mars 1912.

Comme en Tunisie, le sultanat est maintenu, mais le pouvoir effectif est exercé par un Résident général français, poste occupé de 1912 à 1925 par le maréchal Hubert Lyautey. Une zone nord est placée sous protectorat espagnol, tandis que Tanger devient une zone internationale.

L'établissement du protectorat français au Maroc se heurte à quelques résistances, notamment dans les régions montagneuses du Rif et de l'Atlas[103]. La pacification complète du territoire ne sera achevée qu'en 1934. Lyautey met en œuvre une politique de modernisation économique tout en cherchant à préserver certaines structures traditionnelles marocaines[104].

La colonie de la côte des Somalis (1885-1977)

La présence française sur la côte orientale de l'Afrique débute en 1862 avec l'achat du port d'Obock par Henri Lambert, consul de France à Aden. Ce territoire limité s'étend progressivement avec l'acquisition de Djibouti en 1888. En 1896, ces possessions sont unifiées sous le nom de « côte française des Somalis », qui deviendra le « territoire français des Afars et des Issas » en 1967, puis la république de Djibouti après l'indépendance en 1977.

Ce petit territoire colonial, d'une superficie d'environ 23 000 km2, revêt une importance stratégique considérable en raison de sa position à l'entrée de la mer Rouge, sur la route des Indes. La construction du port de Djibouti à partir de 1888 et du chemin de fer Djibouti-Addis-Abeba (1897-1917) en fait un point de passage commercial majeur et la principale porte d'accès à l'Éthiopie.

La colonie se distingue par sa situation géopolitique particulière, entre les possessions britanniques, italiennes et l'Éthiopie indépendante, et par sa composition ethnique complexe, avec principalement des populations afars et somalis. Cette diversité pose des défis à l'administration coloniale française, qui doit naviguer entre les différentes identités et loyautés.

Expansion en Asie

L'établissement français en Indochine

Carte de l'Indochine française : localisations du Tonkin, de l'Annam, de la Cochinchine, du Laos, du Cambodge et (au nord-est) de Kouang-Tchéou-Wan.

La présence française en Extrême-Orient débute sous le Second Empire, avec l'intervention militaire en Cochinchine (sud du Vietnam actuel) en 1858, motivée officiellement par la protection des missionnaires catholiques[105]. En 1862, l'empereur Tu Duc cède les trois provinces orientales de la Cochinchine à la France par le traité de Saigon[106]. Dans les décennies suivantes, la France étend sa présence dans la péninsule indochinoise. Le Cambodge devient un protectorat français en 1863, ce qui permet à ce royaume de maintenir une certaine autonomie face aux pressions de ses voisins siamois et vietnamiens. Sous l'administration française, notamment grâce à l'action de l'École française d'Extrême-Orient créée en 1900, le patrimoine culturel khmer, en particulier les temples d'Angkor, fait l'objet d'études archéologiques et de travaux de restauration qui contribuent à sa préservation et à sa renommée mondiale[N 24]. L'Annam (centre du Vietnam) et le Tonkin (nord du Vietnam) sont placés sous protectorat français par les traités de 1874 et 1883-1884, après plusieurs campagnes militaires. Le Laos, longtemps disputé entre le Siam et le Vietnam, rejoint la sphère d'influence française en 1893. L'administration française y mène d'importants travaux de cartographie et d'études ethnographiques qui contribuent à une meilleure connaissance de ces territoires[107].

En 1887, ces différents territoires sont réunis au sein de l'Union indochinoise, sous l'autorité d'un gouverneur général siégeant à Hanoï. Cette organisation administrative distinctive permet de maintenir certains particularismes locaux : la Cochinchine est administrée directement comme une colonie, tandis que l'Annam, le Tonkin, le Cambodge et le Laos conservent le statut de protectorat, avec des structures monarchiques traditionnelles placées sous tutelle française[108],[109]. Sous l'administration française, l'Indochine connaît d'importantes transformations infrastructurelles : développement du réseau ferroviaire (notamment le Transindochinois), construction de routes, de ports et de systèmes d'irrigation, création d'écoles et d'hôpitaux, modernisation de l'agriculture. La production de riz en Cochinchine s'accroît considérablement, faisant de cette région l'un des principaux exportateurs de riz d'Asie. Des institutions scientifiques et culturelles, comme l'Institut Pasteur de Saigon ou l'Université de Hanoï, contribuent également au développement local et au rayonnement intellectuel de l'Union indochinoise[N 25].

Les concessions françaises en Chine

La concession française de Shanghai (1849-1943)

Vue de la Concession française de Shanghai au début du XXe siècle.

En 1849, la France obtient une concession territoriale à Shanghai. Cette concession, initialement de 66 hectares, s'agrandit progressivement pour atteindre 1 025 hectares en 1914. Administrée par un Conseil municipal français, elle devient l'un des quartiers les plus prisés de la ville, avec ses larges avenues bordées de platanes, ses résidences luxueuses et ses établissements commerciaux et culturels[110],[N 26],[111].

La concession française de Shanghai se distingue par son statut juridique particulier : contrairement aux colonies, elle n'est pas sous souveraineté française mais demeure territoire chinois concédé à bail. Les ressortissants français et étrangers y bénéficient cependant de privilèges extraterritoriaux, échappant à la juridiction chinoise. Ce statut particulier prend fin en 1943, lorsque le gouvernement de Vichy signe un accord avec le gouvernement collaborationniste chinois pour la rétrocession de la concession[110],[N 27].

La concession française de Shanghai représente un exemple unique dans l'empire colonial français : elle constitue une enclave urbaine au sein d'un pays qui n'a jamais été colonisé par la France, et témoigne de la dimension commerciale et d'influence de l'impérialisme français en Extrême-Orient[112].

Kouang-Tchéou-Wan (1898-1945)

Localisation de Kouang-Tchéou-Wan et du reste de l'Indochine française.

En 1898, dans le contexte de la course aux concessions en Chine, la France obtient de la dynastie Qing un bail de 99 ans sur le territoire de Kouang-Tchéou-Wan (actuelle Zhanjiang) dans la province du Guangdong[113]. Ce territoire, d'une superficie de 1 300 km2, comprend la baie de Kouang-Tchéou et les îles environnantes

Administrativement rattaché à l'Indochine française en 1900, Kouang-Tchéou-Wan est conçu comme une base navale stratégique pour contrebalancer l'influence britannique à Hong Kong et comme un point d'accès au marché du sud de la Chine. La France y développe le port de Fort-Bayard (aujourd'hui Zhanjiang) et y établit des infrastructures commerciales et militaires.

Contrairement aux attentes françaises, Kouang-Tchéou-Wan ne connaît qu'un développement économique limité. Le territoire est occupé par les forces japonaises en 1943, durant la Seconde Guerre mondiale. En 1945, le gouvernement provisoire de la République française renonce officiellement à ses droits sur ce territoire, qui retourne à la souveraineté chinoise.

Drapeau du protectorates français de l'Annam et du Tonkin.

Cette possession, souvent oubliée dans l'histoire coloniale française, illustre les ambitions françaises en Extrême-Orient et la participation de la France à l'impérialisme européen en Chine à la fin du XIXe siècle[114].

Concession française de Tientsin (1860-1946)
Rue principale de la concession française de Tientsin, début du XXe siècle.

La concession française de Tientsin fut établie à la suite du traité de Tientsin de 1858 et à la convention de Pékin de 1860, dans le contexte de la défaite chinoise lors de la seconde guerre de l'opium. Située dans l'actuelle ville de Tianjin, à environ 120 kilomètres au sud-est de Pékin, cette concession couvrait initialement une superficie de 24 hectares, avant d'être agrandie à 171 hectares en 1900 après la révolte des Boxers.

Administrée par un conseil municipal français et placée sous l'autorité d'un consul, la concession de Tientsin développa un urbanisme caractéristique, mêlant influences françaises et chinoises. Les rues furent tracées selon un plan orthogonal et baptisées de noms français (rue de France, rue du Baron Gros, rue de Verdun). L'architecture y combinait styles européens et adaptations aux conditions locales, créant un paysage urbain distinct.

C'est dans cette concession qu'eurent lieu les terribles émeutes anti-chrétiennes de 1870, qui provoquèrent la mort du consul français Henri Victor Fontanier et la destruction de la première église Notre-Dame-des-Victoires. Le consul Charles Dillon (1842-1889), qui demeura à Tientsin jusqu'en 1886, s'efforça de moraliser les bas-fonds de la ville et de limiter les fumeries d'opium. La municipalité fut organisée selon le même principe que celle de Shanghai, et son conseil municipal fut élu à partir de 1896.

Sur le plan économique, la concession abritait des succursales de grandes entreprises françaises comme la Banque de l'Indochine, des maisons de commerce et diverses industries. Elle disposait également d'importantes infrastructures sociales et culturelles : hôpitaux, écoles françaises, églises catholiques et un hippodrome. La population, initialement modeste, atteignit environ 15 000 habitants dans les années 1930, dont une minorité de Français (environ 2 000) et une majorité de Chinois.

Plusieurs célébrités françaises vécurent dans cette concession, notamment l'écrivain Paul Claudel, consul à Tientsin de 1906 à 1909, qui trouva cependant la ville laide et regretta son ancien poste à Foutchéou. Le père Émile Licent, naturaliste, y mena des recherches entre 1914 et 1939, fondant le musée Hong Ho Bai Ho qui accueillit d'importantes collections scientifiques.

La concession française de Tientsin fut officiellement rétrocédée à la république de Chine le 24 février 1946, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les bâtiments et l'urbanisme hérités de cette période coloniale font aujourd'hui partie du patrimoine architectural de Tianjin et constituent une attraction touristique majeure[115].

Concession française d'Hankéou (1896-1943)
Plan de la concession étrangères à Hankou en 1912.

La Concession française de Hankou (actuelle Wuhan) fut établie en 1896, à la suite de la guerre sino-japonaise de 1894-1895. Située au confluent du Yangtsé et de la rivière Han, dans la Chine centrale, cette concession couvrait une superficie de 68 hectares et constituait, avec les concessions britannique et japonaise voisines, un centre économique majeur.

Stratégiquement positionnée dans une ville qui servait de porte d'entrée vers l'intérieur de la Chine, la concession française d'Hankéou jouait un rôle commercial important. Elle abritait des entrepôts, des comptoirs commerciaux et des installations portuaires facilitant le commerce fluvial le long du Yangtsé. Les principales exportations incluaient le thé, la soie et divers minerais, tandis que les importations comprenaient produits manufacturés et biens de luxe européens.

La présence française à Wuhan remontait au XIXe siècle avec l'ouverture d'un premier consulat de France en 1863, avant même l'établissement de la concession. La concession possédait son propre consulat, une église, un hôtel municipal, un commissariat de police et une succursale de la Banque d'Indochine. En 1904, elle comptait 599 habitants, mais ce nombre augmenta considérablement pour atteindre plus de 33 450 habitants en 1939, en majorité des Chinois.

L'administration française développa dans sa concession une infrastructure moderne pour l'époque : réseau électrique, adduction d'eau potable, systèmes d'égouts et transports urbains. Sur le plan urbain, la concession se caractérisait par ses larges avenues bordées d'arbres et ses bâtiments de style européen, contrastant avec les quartiers chinois environnants.

À la suite de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor et de l'entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941, le gouvernement de Vichy, allié de fait au Japon, accepta de rétrocéder la concession d'Hankéou au gouvernement collaborateur chinois de Wang Jingwei le . La France restaurée confirma formellement cette rétrocession en 1946[116].

Aujourd'hui, contrairement à l'ancienne concession française de Shanghai, celle de Wuhan est moins bien préservée et moins mise en valeur, bien que certaines architectures caractéristiques subsistent, notamment d'anciens bâtiments administratifs, des résidences et l'Église de l'Immaculée Conception datant de 1910[117]. Wuhan est souvent considérée comme « la plus française des villes de Chine », avec de nombreuses entreprises françaises implantées et une coopération franco-chinoise qui s'est poursuivie dans divers domaines, notamment médical[115].

Concession française de Canton (Shamian) (1861-1946)
Vue aérienne de l'île de Shamian à Canton.

La concession française de Canton, située sur l'île de Shamian qu'elle partageait avec la concession britannique, fut établie en 1861 à la suite de la seconde guerre de l'opium et du traité de Tianjin de 1858. D'une superficie de seulement 11 hectares (environ un cinquième de l'île), elle représentait la plus petite des concessions françaises en Chine mais occupait une position stratégique dans l'une des principales villes commerciales du pays[118].

L'île de Shamian, qui n'était à l'origine qu'un banc de sable vaseux presque inhabité, fut choisie en avril 1859 par la Commission de Canton comme nouveau site pour établir les concessions étrangères, après la destruction des anciennes factoreries en 1856. Un vaste programme d'aménagements, financé à 80 % par l'Angleterre et à 20 % par la France, fut entrepris pour transformer ce terrain marécageux en une zone habitable et sécurisée. Un canal délimitant les côtés nord et est du terrain et deux ponts reliant les concessions à la ville furent notamment aménagés.

Bien que la concession française fût officiellement établie en 1861, son véritable développement ne débuta qu'avec l'arrivée du consul Camille Imbault-Huart en avril 1889. Ce dernier organisa la mise aux enchères de 21 lots de terrain le 6 novembre 1889, forma une commission municipale provisoire et mit en place le premier corps de police municipal français composé d'un caporal et de six agents.

Un consulat français fut également édifié à partir de janvier 1894, grâce à des fonds débloqués par la Chambre des députés en France. L'accès à l'île était contrôlé par de grandes grilles qui empêchaient les Chinois d'y pénétrer librement, créant ainsi un véritable enclave européenne au cœur de Canton. Les deux puissances divisèrent l'île en 12 lots qu'elles sous-louèrent à d'autres États, dont les États-Unis, l'Allemagne, le Japon et plusieurs pays européens. Dix-neuf consulats et de nombreuses entreprises s'y établirent, dont la Banque d'Indochine et les Missions étrangères de Paris pour la France.

La concession française de Canton fut officiellement rendue à la Chine par le traité franco-chinois du 28 février 1946, signé à Tchongking, par lequel la France renonçait à ses territoires et concessions en Chine.

Aujourd'hui, l'île de Shamian, avec ses édifices historiques préservés, est classée comme site du patrimoine national chinois et constitue une importante attraction touristique. Contrairement à bien des sites historiques en Chine, le gouvernement a tenu à conserver ces anciennes concessions quasi à l'identique, rénovant même le quartier au goût européen à l'occasion des Jeux asiatiques de 2010. Les rues piétonnes arborées, les parcs verdoyants et l'architecture coloniale préservée en font un havre de paix apprécié tant des touristes que des habitants de Canton[119],[115].

L'expansion dans le Pacifique

Australie-Occidentale française (AOF)

La terre Terre Louis XV (1772)
Carte de 1663 éditée par le cartographe français Melchisédech Thévenot : « Terre Australe découverte l'an 1644 », Paris : De l'imprimerie de Jacques Langlois, en collaboration avec le cartographe néerlandais Joan Blaeu.

La terre Terre Louis XV, sur l'île Dirck Hartog, située sur la côte occidentale de l'Australie, fut le théâtre d'une tentative française historiquement significative d'établir une revendication territoriale sur le continent australien. Le 17 mars 1772, l'explorateur français Louis Aleno de Saint-Aloüarn, commandant du navire Le Gros Ventre, débarqua sur cette île et prit formellement possession de la côte occidentale australienne au nom du roi Louis XV.

Cette expédition s'inscrivait dans le contexte des grandes explorations françaises du Pacifique au XVIIIe siècle, notamment celle dirigée par Bougainville (1766-1769) et celle de Marion-Dufresne, dont Saint-Aloüarn s'était séparé quelques mois plus tôt. Elle visait à étendre l'influence française dans l'hémisphère sud et à contester l'hégémonie britannique dans ces régions.

Le rituel de prise de possession pratiqué par Saint-Aloüarn suivait un protocole bien établi : il fit enterrer sur l'île une bouteille contenant une pièce de monnaie et un parchemin proclamant la souveraineté française sur ces terres, baptisées pour l'occasion « Terre Louis XV ». Ce geste symbolique utilisait les mêmes codes diplomatiques et juridiques que ceux employés lors de la revendication d'autres territoires par les puissances européennes.

Cependant, cette revendication ne fut pas suivie d'effet. Saint-Aloüarn mourut à l'île de France (actuelle Maurice) lors de son voyage de retour en 1772, et son rapport n'atteignit jamais les autorités françaises. La France, alors engagée dans des rivalités européennes et confrontée à des difficultés financières, ne donna pas suite à cette initiative. Lorsque les Britanniques établirent leur premier établissement à Sydney en 1788, puis progressivement sur l'ensemble du continent australien, la revendication française ne fut pas suivie a l'epoque.

Ce n'est qu'en 1998, plus de deux siècles plus tard, qu'une équipe d'archéologues franco-australiens retrouva sur l'île Dirck Hartog la bouteille et la pièce de monnaie enfouies par Saint-Aloüarn, confirmant ainsi cet épisode longtemps oublié de l'histoire coloniale française. Ces artefacts sont aujourd'hui conservés au Musée maritime d'Australie occidentale à Fremantle.

Cet épisode, bien que sans conséquence directe sur la colonisation ultérieure de l'Australie, témoigne de l'étendue des ambitions françaises dans le Pacifique et illustre comment la cartographie politique du monde moderne s'est parfois décidée sur des hasards historiques et des opportunités manquées[120].

Archipel Crozet (1772-présent)
Drapeau des T.A.A.F.

L'archipel Crozet, situé dans le sud de l'océan Indien entre l'Afrique et l'Antarctique, fut découvert le 24 janvier 1772 par l'expédition du navigateur français Marion Dufresne. Le commandant nomma l'archipel en l'honneur de son second, Julien Crozet, qui fut le premier à débarquer sur l'île principale, aujourd'hui connue sous le nom d'île de la Possession. Cet archipel volcanique, composé de six îles principales réparties en deux groupes (oriental et occidental), s'étend sur une superficie totale d'environ 500 km2. Les îles principales sont l'île de la Possession, l'île de l'Est, l'île aux Cochons, l'île des Pingouins et les îles des Apôtres. Situées dans les quarantièmes rugissants, ces îles sont balayées par des vents violents quasi permanents et connaissent un climat subantarctique rigoureux.

Chapelle Notre-Dame-des-Oiseaux; Île de la Possession, archipel Crozet.

Bien que découvertes par la France dès 1772, les îles Crozet ne furent officiellement annexées qu'en 1924, par un décret qui les rattachait administrativement à la province de Tamatave (Madagascar). Cette annexion tardive s'explique par l'isolement extrême de l'archipel et l'absence d'intérêt économique immédiat. Au XIXe siècle, les îles furent principalement fréquentées par des chasseurs de phoques et de baleines, dont l'activité intensive conduisit presque à l'extinction de certaines espèces. Après l'indépendance de Madagascar en 1960, l'archipel fut intégré aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), créées en 1955. Une présence permanente y fut établie avec la construction de la base scientifique Alfred Faure en 1961 sur l'île de la Possession. Cette base, qui accueille entre 15 et 30 personnes selon les saisons, permet aux chercheurs d'étudier l'écosystème unique de l'archipel et de surveiller l'environnement austral. Aujourd'hui, l'archipel Crozet est reconnu mondialement pour sa biodiversité exceptionnelle. Il abrite notamment la plus grande colonie de manchots royaux au monde (plus de 700 000 couples sur l'île aux Cochons), d'importantes populations d'albatros et de pétrels, ainsi que quatre espèces d'otaries et d'éléphants de mer. Classé en réserve naturelle nationale depuis 2006, l'archipel est également inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre des « Terres et mers australes françaises » depuis 2019[121],[122].

Îles Kerguelen (1772-présent)
Carte topographique des îles Kerguelen.

Les îles Kerguelen, également connues sous le surnom de « désolation », furent découvertes le 13 février 1772 par l'explorateur français Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec. Situées dans le sud de l'océan Indien, elles constituent l'un des territoires les plus isolés de la planète, à plus de 3 400 kilomètres de toute terre habitée. Ce vaste archipel comprend une île principale, la Grande Terre, et environ 300 îles et îlots satellites, pour une superficie totale de 7 215 km2. Le relief, modelé par l'activité volcanique et l'érosion glaciaire, est dominé par des massifs montagneux, dont le point culminant est le mont Ross (1 850 m). Le climat, caractérisé par des précipitations abondantes et des vents violents presque constants, a valu aux Kerguelen le surnom de « îles de la désolation » donné par James Cook lors de son passage en 1776.

Drapeau de la France et des T.A.A.F.

Après leur découverte, les Kerguelen furent fréquemment visitées par des baleiniers et chasseurs de phoques anglais et américains au cours du XIXe siècle. La France n'affirma sa souveraineté sur l'archipel que tardivement, avec une prise de possession officielle en 1893. Des tentatives d'exploitation économique furent lancées, notamment l'élevage ovin et l'extraction de charbon, mais elles échouèrent face aux conditions climatiques extrêmes. En 1950, la France établit une présence permanente sur l'archipel avec la création de la base scientifique de Port-aux-Français. Cette base, qui accueille aujourd'hui entre 50 et 100 personnes selon les saisons, constitue le centre administratif et logistique des îles Kerguelen. Elle abrite des laboratoires de recherche en climatologie, géophysique, biologie marine et écologie terrestre[123].

Les Kerguelen représentent aujourd'hui un site scientifique de premier plan, notamment pour l'étude du changement climatique et de la biodiversité subantarctique. L'archipel est également important pour la France en raison de sa vaste zone économique exclusive de plus de 550 000 km2, riche en ressources halieutiques. Classé en réserve naturelle nationale depuis 2006, l'archipel fait partie du bien « Terres et mers australes françaises » inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2019[124].

Île Saint-Paul et Île Amsterdam (1843-présent)
Carte géologique de l'île du XIXe siècle.

Les îles Saint-Paul et Amsterdam, situées dans l'océan Indien austral à mi-chemin entre l'Afrique et l'Australie, constituent les territoires français les plus isolés géographiquement. Ces deux îles volcaniques, distantes d'environ 85 kilomètres l'une de l'autre, furent découvertes par des navigateurs hollandais au début du XVIIe siècle : l'île Amsterdam par Willem Schouten en 1618 et l'île Saint-Paul vraisemblablement par Harwick Claesz de Hillegom en 1617.

L'annexion française de ces îles remonte au , lorsque le capitaine Martin Dupeyrat, commandant du navire L'Olympe, en prit officiellement possession au nom du roi Louis-Philippe. Cette revendication fut confirmée par une nouvelle cérémonie de prise de possession effectuée par le contre-amiral Jean-Baptiste Thomas Médée Cécille le . Cette annexion s'inscrivait dans la stratégie française de développement de stations maritimes sur les routes des Indes et de l'Australie.

Au cours du XIXe siècle, plusieurs tentatives d'exploitation économique furent menées sur ces îles, principalement autour de la pêche à la langouste et de la chasse aux phoques. La plus ambitieuse fut celle des frères Cail qui, en 1871, établirent une conserverie de langouste sur l'île Saint-Paul, employant jusqu'à une quarantaine de personnes. Cette entreprise se solda par un échec après quelques années d'exploitation.

En 1924, les deux îles furent rattachées administrativement à Madagascar. Après l'indépendance de cette dernière en 1960, elles furent intégrées aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) créées en 1955. La présence française permanente fut établie en 1949 avec la construction de la base Martin-de-Viviès sur l'île Amsterdam, qui accueille aujourd'hui une trentaine de personnes (scientifiques, météorologues et personnel technique). L'île Amsterdam, d'une superficie de 58 km2, est caractérisée par son plateau central culminant à 881 mètres (le mont de la Dives) et ses falaises côtières escarpées. L'île Saint-Paul, plus petite (km2), est remarquable par sa caldeira effondrée ouverte sur la mer, formant un cratère naturel presque parfaitement circulaire. Ces deux îles abritent une faune et une flore uniques, adaptées à leur isolement et à leur climat océanique tempéré.

Aujourd'hui, ces territoires constituent d'importants sites de recherche scientifique, notamment en météorologie, géophysique et biologie marine. Ils représentent également un patrimoine naturel exceptionnel, l'île Amsterdam abritant notamment une forêt endémique de phylicas et la seule colonie d'albatros d'Amsterdam, une espèce en danger critique d'extinction[125].

La Nouvelle-Calédonie et ses dépendances (1853-présent)

Carte historique par William Hodges en 1774, British Library.

Le 24 septembre 1853, sur ordre de Napoléon III, l'amiral Auguste Febvrier Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie au nom de la France. Cette annexion s'inscrit dans la stratégie française de développement d'une présence dans le Pacifique et de contrepoids à l'influence britannique dans la région. En 1864, la Nouvelle-Calédonie devient une colonie pénitentiaire, accueillant à la fois des prisonniers de droit commun et des déportés politiques, notamment des Communards après 1871[126],[N 28],[127].

La mise en valeur territoriale de la Nouvelle-Calédonie, suivant le modèle colonial français de l'époque, a entraîné une réorganisation foncière affectant les Kanaks et leur établissement dans des réserves. Ce processus a rencontré des résistances locales, notamment avec l'insurrection de 1878 menée par le chef Ataï, que les autorités coloniales ont dû réprimer pour maintenir l'ordre. L'archipel des Loyauté (Maré, Lifou, Ouvéa) est méthodiquement intégré au territoire français entre 1864 et 1865, complétant ainsi l'unification administrative de l'archipel sous l'autorité française[128].

En 1917, à la suite de nouveaux troubles, le Code de l'indigénat est appliqué en Nouvelle-Calédonie, établissant un cadre juridique spécifique pour les Kanak[N 29]. Ce régime administratif, caractéristique de la politique coloniale française de l'époque, sera progressivement réformé puis aboli en 1946, marquant l'évolution de la politique française vers plus d'intégration et d'égalité[129].

Les Îles Matthew (ou Mathieu) et Hunter (ou Fern) (1929-Present)

L'Île Hunter ou L'île Fern

Les île Matthew ou L'île Mathieu et L'Île Hunter ou L'île Fern, situées à environ 300 kilomètres à l'est de la Nouvelle-Calédonie, font l'objet d'un différend territorial entre la France et le Vanuatu. Découvertes en 1788 par le navigateur britannique Thomas Gilbert, ces îles volcaniques inhabitées furent annexées par la France en 1929 et rattachées administrativement à la Nouvelle-Calédonie en 1975[130].

L'île Matthew ou L'île Mathieu

La France y maintient une station météorologique automatique depuis 1978 et revendique une zone économique exclusive de 200 milles marins autour de ces îles. Le Vanuatu conteste cette souveraineté depuis son indépendance en 1980, invoquant leur proximité géographique.

Îles Chesterfield (1878-présent)

Fou à pieds rouges sur son nid dans les faux-tabacs du pourtour d'un îlot de l'atoll des Chesterfield.

Les Îles Chesterfield sont un groupe d'îlots coralliens entre l'Australie et la Nouvelle-Calédonie, annexés par la France en 1878 et aujourd'hui réserve naturelle.

Récifs d'Entrecasteaux (1880-présent)

Carte de la Nouvelle-Calédonie et du Vanuatu.

Les récifs d'Entrecasteaux sont un atoll découvert en 1792 par Bruny d'Entrecasteaux, annexé par la France en 1880.

La Polynésie française (1842-Present)

Localisation de la Polynésie Française sur la carte du monde.

La présence française en Polynésie débute en 1842 avec l'établissement d'un protectorat sur Tahiti, à la demande de la reine de Tahiti Pomare IV, cherchant un appui contre les ambitions agressive britanniques. En 1880, le roi Pomare V demande a la France de prendre le controle et cède formellement la souveraineté de Tahiti et ses dépendances à la France, qui les intègre dans les Établissements français de l'Océanie, instaurant une stabilité politique nouvelle dans l'archipel[N 30].

La France étend méthodiquement son influence sur les autres archipels polynésiens : les Îles Marquises (annexées en 1842), les Îles Australes (entre 1880 et 1900), les Îles Tuamotu et les Îles Gambier (1881). Les Îles Sous-le-Vent, initialement sous protectorat conjoint franco-britannique en 1847, rejoignent définitivement l'ensemble français en 1888, contribuant à l'unification de cette mosaïque d'îles sous une administration commune[N 31].

L'administration coloniale française en Polynésie se distingue par une politique d'assimilation culturelle plus poussée que dans d'autres territoires et par une forte présence missionnaire, qui contribue à la diffusion du christianisme et de la langue française tout en préservant de nombreux aspects des traditions locales[131].

Le Condominium des Nouvelles-Hébrides (1906-1980)

Blason du Condominium franco-anglais des Nouvelles-Hébrides.

En 1906, la France et le Royaume-Uni établissent un régime colonial unique au monde sur l'archipel des Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu) : le condominium[N 32]. Ce système instaure une double administration, avec deux commissaires-résidents (un français et un britannique), deux systèmes juridiques, deux monnaies, deux langues officielles et deux systèmes éducatifs coexistant sur le même territoire[132],[N 33].

Cette situation, résultat de la rivalité franco-britannique dans le Pacifique et de l'impossibilité de parvenir à un accord sur le partage de l'archipel, crée un système administratif complexe et souvent inefficace. Les Mélanésiens, appelés indigènes ou natives, ne sont citoyens ni de la France ni du Royaume-Uni et restent largement exclus des processus de décision jusqu'aux années 1960[N 34].

Le condominium des Nouvelles-Hébrides, parfois surnommé « pandémonium »[N 35] en raison de sa complexité administrative, perdurera jusqu'à l'indépendance de l'archipel en 1980 sous le nom de Vanuatu[133].

Wallis-et-Futuna : des protectorats aux statuts particuliers (1887-présent)
Le drapeau de Wallis-et-Futuna.

Les îles Wallis-et-Futuna, situées entre la Nouvelle-Calédonie et Tahiti, présentent un cas particulier dans l'histoire coloniale française. L'île de Wallis (également appelée Uvea) devient un protectorat français le 5 avril 1887, à la demande de la reine Amélia Tokagahahau, désireuse de protéger son royaume contre les ambitions britanniques et allemandes dans le Pacifique.

Futuna et Alofi, quant à elles, sont placées sous protectorat français en 1888, créant ainsi une situation administrative distincte pour ces îles pourtant géographiquement proches. La France respecte largement les structures politiques traditionnelles, avec le maintien des trois royaumes coutumiers : Uvea à Wallis, Alo et Sigave à Futuna. Cette organisation politique préexistante, fortement influencée par les missions catholiques maristes présentes depuis 1837, facilite l'établissement d'un système d'administration indirecte.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les îles prennent parti pour la France libre, ce qui conduit à l'installation d'une base militaire américaine à Wallis. Cette période marque la fin d'un relatif isolement et accélère les transformations sociales et économiques. En 1959, les habitants optent par référendum pour le statut de territoire d'outre-mer, officialisé en 1961. Ce statut consacre l'originalité institutionnelle de Wallis-et-Futuna, où coexistent les institutions de la République française et les trois royaumes coutumiers.

Ce territoire, qui compte aujourd'hui environ 11 000 habitants, constitue un exemple unique de préservation des structures monarchiques traditionnelles au sein de la République française, témoignant de la diversité des adaptations administratives dans l'ancien empire colonial.

L'empire colonial à son apogée : l'entre-deux-guerres

L'Exposition coloniale de 1931

Plan de l'exposition.

L'Exposition coloniale internationale de 1931, organisée à Paris sous le commissariat général du maréchal Lyautey, marque l'apogée de l'empire colonial français. Cet événement, qui attire plus de 33 millions de visiteurs en six mois, vise à célébrer la « mission civilisatrice » de la France et à présenter les richesses et les cultures des différents territoires de l'empire[134].

L'exposition, qui s'étend sur 110 hectares dans le bois de Vincennes, reconstitue des monuments emblématiques des colonies (temple d'Angkor, mosquée de Djenné, casbah algérienne) et présente des « villages indigènes » où des personnes venues des colonies doivent reproduire leur vie quotidienne sous le regard des visiteurs métropolitains. Cette mise en scène contribue à diffuser une vision exotique et paternaliste des cultures colonisées, tout en justifiant l'entreprise coloniale par ses supposés bienfaits[135].

Le territoire de l'Inini en Guyane (1930-1946)

Carte de la Guyane en 1952 ; l'arrondissement de l'Inini est la partie en vert, au sud de l'arrondissement de Cayenne (bande côtière de la Guyane française).

En 1930, la France crée une entité administrative distincte à l'intérieur de la Guyane française : le territoire de l'Inini. Cette création répond à la nécessité de gérer différemment l'intérieur forestier, peuplé principalement de populations amérindiennes et bushinengues (descendants d'esclaves marrons), et la zone côtière plus urbanisée[136].

L'Inini, qui couvre plus de 90 % de la superficie de la Guyane, est placé sous l'autorité directe du gouverneur et administré selon un régime spécial, distinct de celui appliqué dans la partie côtière. Ce territoire est principalement exploité pour ses ressources minières, notamment l'or, avec l'installation de compagnies d'exploitation qui emploient une main-d'œuvre souvent venue d'autres colonies françaises[137].

Le statut particulier de l'Inini prend fin en 1946, lors de la départementalisation de la Guyane française. Cette expérience administrative témoigne de la diversité des modalités de gestion territoriale au sein même des colonies françaises et des adaptations aux réalités locales[138].

Fezzan-Ghadamès : occupation militaire française (1943-1951)

Affiche de la France Libre : « Trois couleurs, un drapeau, un empire ».

Le Fezzan, région désertique située au sud-ouest de la Libye actuelle, a connu une brève période d'administration française. En janvier 1943, les forces françaises libres du général Leclerc, parties du Tchad, s'emparent de cette région jusqu'alors sous contrôle italien. Le Fezzan est alors placé sous administration militaire française, tandis que la Tripolitaine passe sous contrôle britannique et la Cyrénaïque sous administration britannique.

Cette occupation, initialement temporaire, se prolonge après la guerre. La France cherche alors à rattacher le Fezzan à son empire nord-africain, notamment pour des raisons stratégiques liées au contrôle des routes transsahariennes. Cependant, la décision de l'ONU de créer un État libyen indépendant met fin à ces ambitions. En 1951, le territoire est intégré au nouveau royaume de Libye.

Cette occupation éphémère illustre les tentatives françaises d'étendre son influence en Afrique du Nord après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte où le système colonial traditionnel commençait déjà à être remis en question.

Les Établissements français de l'Inde : une transition pacifique vers l'indépendance (1947-1962)

Institut français de recherche à l'étranger.

Les cinq comptoirs français en Inde (Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal et Mahé) représentent un chapitre fascinant de la décolonisation française après la Seconde Guerre mondiale. Ces territoires, témoins d'une présence française de plus de trois siècles sur le sous-continent indien, connaissent une évolution originale après l'indépendance de l'Inde en 1947[139].

Chandernagor ouvre la voie à une transition pacifique : après consultation démocratique, un référendum organisé en 1949 voit 97 % des votants choisir le rattachement à l'Union indienne, officialisé en 1951. Ce processus exemplaire de décolonisation par les urnes témoigne de l'approche novatrice adoptée par la France dans ce contexte[140].

Pour les quatre établissements restants, la France et l'Inde élaborent une solution diplomatique élégante. Un accord franco-indien signé le 21 octobre 1954 prévoit le transfert de facto de l'administration à l'Inde, tout en préservant certains droits culturels et en permettant aux habitants de conserver leur nationalité française s'ils le souhaitent. Cette formule inventive permet une transition en douceur, respectueuse des identités locales.

Le traité de cession définitif, ratifié par le Parlement français en 1962, marque l'achèvement d'un processus de décolonisation exemplaire, privilégiant la négociation et le respect mutuel. Les anciens territoires français sont regroupés pour former le territoire de Pondichéry (devenu plus tard le territoire de l'union de Puducherry), qui conserve de nombreuses traces de l'influence française : architecture coloniale, système éducatif partiellement francophone, et pratiques juridiques hybrides.

L'héritage de cette présence française se perpétue aujourd'hui à travers plusieurs institutions culturelles prestigieuses, notamment l'Institut français de Pondichéry fondé en 1955, centre de recherche de renommée internationale spécialisé dans les études indiennes. Cette transition post-coloniale réussie constitue un modèle original dans l'histoire de la décolonisation française, illustrant la capacité d'adaptation et d'innovation diplomatique de la France dans le contexte du mouvement mondial de décolonisation[140].

La vision française de l'entreprise coloniale

Cahier de doléances de Saint-Louis (Sénégal), 1789.

L'expansion coloniale française en Afrique et en Asie s'accompagne d'une réflexion sur la nature et les objectifs de la présence française dans ces territoires. Au-delà des motivations économiques et stratégiques communes à toutes les puissances coloniales de l'époque, la France développe une conception particulière de son rôle colonial, souvent exprimée à travers la notion de « mission civilisatrice ».

Cette vision, qui s'enracine dans les idéaux universalistes hérités des Lumières et de la Révolution française, considère que la France a pour mission de diffuser ce qu'elle perçoit comme des progrès scientifiques, techniques et culturels. Jules Ferry définit cette approche en 1873 en affirmant que « la France a le devoir de répandre à travers le monde sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie »[141].

Éducation coloniale : formation des élites africaines

Diplôme de l'école normale William-Ponty.

Cette conception se traduit notamment par une attention particulière portée à l'éducation dans les colonies. L'établissement phare de cette politique éducative est l'École normale William-Ponty au Sénégal. Fondée en 1903 à Saint-Louis comme une simple section de l'école des fils de chefs, elle devient un établissement autonome transféré à Gorée en 1913 puis à Sébikhotane en 1937[142].

L'École William Ponty représente le sommet du système éducatif en Afrique-Occidentale française (AOF). Elle forme des instituteurs, médecins, vétérinaires et commis d'administration qui deviendront l'élite administrative africaine. Plus de 2000 élèves, surnommés « Pontins », en sortent diplômés entre 1903 et 1965. Parmi ses anciens élèves figurent de nombreux futurs dirigeants africains : Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), Modibo Keïta (Mali), Hamani Diori (Niger), Sylvanus Olympio (Togo), Mamadou Dia (Sénégal), et Hubert Maga (Bénin).

L'admission se fait par concours extrêmement sélectif, avec des taux de réussite variant entre 18 % et 60 % selon les années. Les élèves suivent une formation de trois ans incluant des cours académiques et des travaux pratiques. À partir de 1933, ils doivent rédiger des mémoires de fin d'études appelés « cahiers de Ponty », dont 791 sont conservés à l'Institut fondamental d'Afrique noire à Dakar.

Bien que limitée dans sa portée quantitative - moins de 5 % des enfants en âge scolaire sont scolarisés en AOF à la veille de la Seconde Guerre mondiale - cette politique éducative contribue néanmoins à l'émergence d'une classe d'administrateurs, d'enseignants et d'intellectuels locaux qui joueront un rôle crucial dans les indépendances.

Santé publique et recherche médicale

Institut Pasteur de Nha Trang, fondé par Alexandre Yersin en 1895.

Dans le domaine sanitaire, l'action française se concentre sur la lutte contre les grandes endémies tropicales. Le réseau des instituts Pasteur d'outre-mer devient l'instrument principal de cette politique sanitaire. Créé à partir de 1891 avec l'Institut Pasteur de Saïgon (aujourd'hui Hô Chi Minh-Ville), ce réseau s'étend progressivement à l'ensemble de l'empire colonial[143].

Le réseau Pasteur d'outre-mer

Les instituts Pasteur se multiplient dans les colonies :

Ces instituts combinent trois missions essentielles : la recherche médicale sur les maladies tropicales, la production de vaccins et de sérums, et la formation du personnel médical local. Les médecins du Corps de santé colonial y jouent un rôle fondamental, créant des liens durables entre l'Institut Pasteur et l'administration coloniale.

Réalisations majeures

Mémorial Eugène Jamot à Yaoundé (Cameroun).Eugène Jamot, médecin colonial spécialiste de la maladie du sommeil.

Les réalisations les plus notables incluent :

Recherche scientifique et patrimoine culturel

Le temple d'Angkor Wat photographié en 1866, avant les travaux de restauration de l'EFEO.

La recherche scientifique française dans les colonies apporte également des contributions significatives dans les domaines de l'ethnographie, de la linguistique et de l'archéologie[144],[145].

L'École française d'Extrême-Orient (EFEO)

Fondée en 1898 à Saigon sous le nom de « Mission archéologique d'Indochine », l'École française d'Extrême-Orient devient en 1900 une institution majeure de la recherche française en Asie. Son siège est installé à Hanoï en 1902 avec pour missions principales :

  • L'exploration archéologique
  • La collecte de manuscrits
  • La conservation des monuments
  • L'inventaire ethnographique
  • L'étude du patrimoine linguistique
  • L'histoire des civilisations asiatiques

L'EFEO est particulièrement connue pour ses travaux de restauration à Angkor au Cambodge. Dès 1907, elle crée la « Conservation des monuments d'Angkor » qui devient l'un des plus importants chantiers archéologiques d'Asie[146]. Des architectes et archéologues comme Henri Parmentier, Henri Marchal, Jean Laur, Bernard-Philippe Groslier et Jacques Dumarçay développent des méthodes innovantes de restauration, notamment l'anastylose, qui permettent de sauvegarder ce patrimoine exceptionnel[147],[146],[148].

L'Institut français d'Afrique noire (IFAN)

Créé en 1938 à Dakar, l'Institut français d'Afrique noire (IFAN) devient un centre majeur de recherche en Afrique de l'Ouest. Dirigé successivement par Théodore Monod et Vincent Monteil, l'IFAN mène des études approfondies sur[149] :

  • Les sociétés et cultures africaines
  • L'archéologie préhistorique
  • Les langues africaines
  • L'histoire naturelle
  • L'ethnomusicologie

Bilan et héritage

Institut Pasteur de Tunis, vers 1900.

Cette action culturelle et scientifique laisse un héritage complexe et contrasté. Si elle contribue effectivement à des avancées significatives dans la connaissance et la préservation des cultures locales, elle s'inscrit néanmoins dans le cadre d'une domination coloniale qui impose ses propres valeurs et hiérarchies[150],[N 36].

Entrée de l'institut Pasteur d'Hô Chi Minh-Ville, Vietnam.

Les institutions créées pendant la période coloniale - écoles, instituts de recherche, musées - perdurent souvent après les indépendances et continuent à jouer un rôle important dans la coopération scientifique et culturelle franco-africaine et franco-asiatique. Le réseau des Instituts Pasteur compte aujourd'hui 33 instituts dans le monde, dont 17 en zone tropicale.Tandis que l'EFEO maintient une présence active en Asie avec 18 centres de recherche[151].

Conséquences de la colonisation française

Les principales conséquences de la colonisation française incluent l’exploitation économique, la perte de cultures autochtones, des inégalités sociales persistantes et des tensions politiques durables[152],[153].

La colonisation française a laissé des marques indélébiles sur les sociétés et les cultures des pays concernés, engendrant des conséquences profondes et variées[154]. Des transformations économiques et sociales aux luttes identitaires, l’héritage colonial continue d’influencer les dynamiques contemporaines. Explorant les répercussions durables de cette période tumultueuse, en mettant en lumière les défis et les opportunités qui en découlent pour les générations actuelles et futures[155],[156].

Notes et références

Notes

  1. Sa pratique consiste à superposer des informations historiques sur des cartes contemporaines. Du point de vue de la temporalité, en restituant un phénomène ancien sur un relevé à jour, la cartographie rétrospective expose une réalité anachronique.
  2. Jacques Frémeaux, « L'empire colonial français : grandeur ou vanité ? », Politique étrangère, no 3,
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  17. Ce régime désigne les territoires des tribus, transformes par la législation du protectorat (dahir du 27 avril 1919) en propriétés inaliénables de collectivités ethniques, soumises a la tutelle de l’administration du Ministère de l’Intérieur.
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  23. Comme son nom l’indique, la conférence de Berlin et le partage de l’Afrique ont eu lieu dans la capitale du Reich Allemand, organisée par le chancelier Bismarck entre novembre 1884 et février 1885. Elle précise les conditions d’occupation entre les différentes puissances européennes pour l’Afrique.
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Voir aussi

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Articles connexes

Au sens du colonialisme français
Au sens de l'Empire français

Liens extérieurs

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